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33_I_169

BGE 33 I 169

Bundesgericht (BGE) · 1907-01-01 · Français CH
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168 A. StaatsrechtlIche Entscheidungen. III. Abschnitt. Kantonsverfassungen.

lunenten auc9 gar nic9t be~nu:ptet, bnU bieß nic9t nUß fac9Iicl}en

IDCotit>en gefcge~en fei, unb bau bie 11Munenten aJlberß be~anbelt

\t}orben feien,

ar~ aubm

Waffenec9t~beii,el; feit

mefte~en ber

neuen q3rariß. 5l(uc9 forgt au~ ben bi~l)erigen 5l(ußfü~rnnsen, Da~

bie Stonaeffion~oeftimmungen, fo\t}eit fie !)or 5l(rt. 7 orem aufrecl}t

au

er~a{ten ~nb, feineß\t}egß auf \t}iIIfüdicger @efe~eßaußlegung

berul)en.

~emnacl} ~at i)aß munbe~geric9t

erfannt:

~er :Refur~ \t}trb in bem (5inne gutgel)eifJen, bau 5l(rt. 9 unb

bie meftimmung in 5l(rt. 11 ber angefocl}tenen oreon3ef~on betref"

fenb Waffeqin~ autgel)o'ben \t}erben.

,3m übrigen \t}irb ber :Refurß \\oge\t}iefen.

Auslieferung. -

Vertrag mit Russland. N° 24.

169

Vierter Abschnitt. -

Quatrieme section.

Staatsverträge der Schweiz mit dem Ausland.

Traites de la Suisse avec l'etranger.

, .,..,

Auslieferung. -

Extradition.

Vertrag mit Russland. -

Traite avec la Russie.

24. Arret d.u 12 fmier 1907, dans la cause

Xeresselid.ze el MagalofI.

Extradition pour inculpation de vol a. main armee.

Art. 8 du traite flt art. 15 de la loi sur l'extradition, de 1892;

attributions du Conseil federal et du Tribunal federal. -

DeUt

poUtique (Art. 6 du traite) ~

A. -

Par notes des 1er et 9 septembre 1906, la Legation

Imperiale de Russie pres la Confederation suisse a demande

au Departement federal de Justice et Police de faire arreter

les nommes Leon et Georges Keresselidze, fils de feu Ma-

thieu, et Nestor Magaloff, fils de feu Simon, tous les trois

sujets russes, etudiants, soup€ionnes de s'etre refugies en

Suisse, poursuivis sous l'inculpation de «vol arme~, d'une

somme de 315000 roubles, commis le 12 avril1906 (aue. st.)

au prejudice de la Tresorerie de district de Douchety (Oll Dou-

chet). La seconde de ces notes etait accompagnee d'une ex-

pedition du mandat d'arret decerne le 31 juillet 1906 (a. st.)

contre les trois inculpes par le Juge d'instruction pour les

170

A. Staatsrechtliche Entscheidungen. IV. Abschnitt. Staatsverträge.

affaires de haute importauce pres le Tribunal d'arrondisse-

ment de Tifiis (Transcaucasie). Ce mandat d'arr~t expose que,

vers Ia fin du mois de mars 1906 (a. st.), une circulaire, dont

plus tard la faussete a ete etablie, et dont la suscription fut,

plus tard aussi, reconnue comme etant l'amvre de Georges

Keresselidze, a ete portee par un faux expres au poste de

police de Mtzkhet et transmise par celui-ci au colonel Dick,

commandant des troupes du district de DouchetYi -

que .cette

circulaire, renfermant de pretendus ordres du Chef de l'Etat·

major de la circonscription du Caucase (General-Major Berch-

mann), 6tait destinee a provo quer Ia suppression du service

de Ia garde militaire de nnit institue par le colonel Dick a Ia

Tresorerie de district de DouchetYi -

que, cette premiere

manreuvre ayant reussi, dans Ia nuit du 11 au 12 avril (a. st.),

six hommes portant l'uniforme des soldats du regiment local

et se donnant les apparences d'une nouvelle garde militaire

envoyee pour reprendre ce service de nuit, s'etaient presentes

a la tresoreriei -

qu'une fois dans les locaux ces six hommes

avaient menace les agents preposes a la garde de la caisse

de faire usage de leurs armes et etaient parvenus a forcer le

caveau de Ia tresorerie et a emporter une somme de 315000

roubles en billets de banque; -

que les agents et fonction-

naires de service avaient declare s'~tre trouves, lors de cette

attaque, sous le coup d'une frayeur teIle qu'ils n'avaient meme

pas pu se livrer aux observations necessaires pour donner

ensuite le signalement des agresseurs, et que 1'0n n'avait pu

obtenir ainsi de ces agents ou fonctionnaires aucune indica-

tion de nature a permettre de decouvrir les coupables. Dans

ce meme mandat,le Juge d'instruction de Tifiis rapporte que

cependant, d'informations ulterieures dont l'exactitude se va-

verifia dans la suite, il resultait que, au nombre des auteurs

du pillage de la Tresorerie de Douchety, il fallait compter

les deux freres Keresselidze et Magaloff. TI annonce avoir

fait arreter un certain nombre de personnes qui, ayant appris

que ce pillage etait l'reuvre des freres Keresselidze et de

Magaloff, se seraient livre es aupres de ceux-ci a diverses de-

marches pour obtenir d'eux de l'argent et se faire ainsi payer

Auslieferung. -

Vertrag mit Russland. NO 24.

171

leur silence; il ajoute qu'apres que ces personnes eurent

reussi dans leurs demarches, en particulier aupres de Georges

Keresselidze, mais pour de faibles sommes seulement, elles

s'approcberent, toujours dans le meme but, «de l'un des

organisateurs de l'attaque de la tresorerie de Douchety», le

.nomme Guedevanov (Joseph, capitaine du 263me regiment de

reserve d'infanterie de Novobo"iazete), mais que celui-ci les

renvoya a s'adresser au nomme TsagareU (Vladimir, lieute-

nant du 4me bataiUon des tirailleurs du Caucase); chez quel-

,ques-unes de ces personnes, relate-t-il encore, les perquisitions

operees amenerent la decouverte de billets de 25, de 5 et

de 3 roubles, neufs, de la meme serie, et, pOUf partie, avec

une numerotation continue. C'est pourquoi, dit-il enfin, il a,

par ordonnance du 19 mai 1906 (a. st.), mis en accusation

les deux freres Keresselidze, Nestor Magaloff et quatorze

autres pel'sonnes sous l'inculpation d'avoir commis a l'aide

,de violence, au prejudice de la Tresorerie de district de

Douchety, le vol d'une somme de 315000 roubles, deUt prevu

par l'art. 1632 du Code penal russe, et entrainant pOUl' ses

auteurs la peine des travaux forces et la privation de tous leurs

droits civils et politiques; c'est pour ces raisons, explique-t-il,

.qu'il decerne contre Leon et Georges Keresselidze et Nestor

Magaloff, presumes refugies en Suisse, un mandat d'arret, et

qu'il sollicite, par l'intermediaire du Procureur pres le Tri-

bunal d'arrondissement de Tißis, le Ministere de la Justice de

la Russie de reclamer de la Suisse l'extradition des trois in-

-culpes susnommes.

Les trois inculpes ayant ete arretes a Geneve le 13 sep-

tembre, la Legation Imperiale de Russie, par note du 14,

demanda leur extradition, en se referant a ses deux notes

precedentes, et en invoquant Ia convention d'extradition

~ntre Ia Suisse et la Russie du 17/5 novembre 1873.

Les perquisitions operees au domicile des inculpes, a Ge-

neve, au moment de leur arrestation, n'amenerent la decou-

verte d'aucune valeur ni d'aucun objet de provenance sus-

pecte.

Interroges les 13 et 18 septembre au Commissariat de po-

172

A. Staatsrechtliche Entscheidungen. IV. Abschnitt. Staatsverträge.

lice de Geneve, les inculpes contesterent avoir commis Ie

deUt dont ils etaient accuses, et declarerent s'opposer a leul'"

extradition, soit pour cette raisou-Ia deja, soit parce qu'ils

craignaient de se voir condamner pour delit politique, tous

trois faisant partie de Ia «Federation georgienne ». Dans

un memoire au Conseil federal, en date du 29 septembre, les

conseils des inculpes renouveierent et developperent cette

opposition.

B. -

Au vu de Ia dite opposition, et conformement a l'art.

23 de la loi federale sur l'extradition aux etats etrangers, du

22 janvier 1892, le Conseil federal transmit le dossier au Tri-

bunal federal par office du 8 octobre 1906, en y joignant uu

memoire en date du 6, dans lequel Ie representant du Minis-

tere public federal conclut: a) sur le premier moyen des in-

culpes, consistant apretendre qu'ils ne seraient pas les au-

teurs du d61it qui leur est reprocbe, - a ce que le Tribunal fe-

deral n'entre pas en matiere a ce sujet; b) sur Ie deuxieme

moyen, suivant lequel les inculpes soutiennent que le Gou-

vernement russe serait impuissant a garantir le respect des

conditions prevues aux art. 9 et 10 i. f. de Ia Ioi federale sur-

l'extradition, - a ce que, eventuellement, l'extradition ne soit

accordee que sous une reserve expresse semblable a celle

figurant dans l'arret du Tribunal federal du 15 mars 1886,

en la cause Kompowsky (RO 12 n° 15, consid. 5, p. 135);

c) sur Ie troisieme moyen, revenant apretendre que le pH-

lage de Ia Tresorerie de district de Douchety constituerait

un delit de nature politique, - a ce que le Tribunal federal

fasse completer les informations, et recueille tous les rensei-

gnements necessaires pour juger la question en connaissance

de cause. A ce sujet, le representant du Ministere public

federal considere comme notoire le fait qu'a l'epoque ou le

deHt a ete commis, differents partis revolutionnaires se trou-

vaient, dans les Etats du Caucase, ouvertement ou secretement

aux prises avec Ie gouvernement russe ou ses representants

dans le but d'affranchir leur pays de la tutelle de la Russie,

et il admet que le caractere de la Tresorerie de district de

Douchety est bien celui d'une caisse ou d'une institution pu-

blique au service de l'Empire russe.

Auslieferung. -

Vertrag mit Russland. No 24.

173

C. -

Par memoire du 25 octobre, Jes conseils des inculpes

ont conclu a ce qu'il pUlt au Tribunal federni :

1. -

dire qu'il n'y a pas lieu a extradition de leurs clients;

2. -

subsidiairement: ordonner une enquete sur les faits

de la cause, sur les evenements auxquels les aecuses ont ete

meles, sur leurs familles, leur nationalite, leurs antecedents,

sur Ia connexite de l'infraction commise avec les evenements

politiques survenus dans les Etats du Cauease, ete., en un mot

sur toutes les cireonstances de nature a demontrer la non cul-

pabilite des ineulpes et le caractere politique de l'ade qui

leur est reproche;

3. -

ordonner alors, dans eette eventualite d'une en-

quete, la mise en liberte provisoire des inculpes eonforme-

ment a l'art. 25 de la loi federale.

A l'appui de la premiere de ees eonelusions, les conseils

des inculpes reitere nt d'abord les declarations precedentes

de leurs clients, suivant lesquelles eeux-ci meeonnaissent

toute participation directe de leur part au pillage de la Tre-

sorerie de Douchety; Hs invoquent en faveur de ehacun des

accuses un alibi special dont Hs offrent de rapporter la

preuve, et ils s'attachent a demontrer que, a supposer que

Georges Keresselidze soit bien l'auteur de l'ordre fausse-

ment envoye sous le nom du Chef de l'Etat-major du eau-

ease au colonel Dick, cet acte peut s'expliquer autrement

que par le desir qua cet inculpe aurait pu avoir de faciliter

l'execution d'un coup de maiu contre Ia Tresorerie de Dou-

ehety. -

En second lieu, Hs exposent que leurs elients ne

verraient pas encore de garantie suffisante pour leur seeurite

dans les reserves auxquelles le Tribunal federal pourrait lier

leur extradition en n'accordant celle-ei que sous les condi-

tions d'usage en pareille matiere, que les inculpes ne soient

traduits devant aueun tribunal d'exeeption et ne puissent

etre appeles a repondre d'aueun delit politique non plus que

n'aueun fait connexe a semblable deUt, car, disent les pre-

venus, dans Ia situation troublee Oll se trouve la Russie, il y

regne un tel mepris du droit des gens que, une fois amen es

da,ns les prisons de leur pays, ils courraient fort le risque

174

Ä. Staatsrechtliche Entscheidungen. IV. Abschnitt. Staatsverträge.

d'y ~tre massacres SOUS un pretexte ou SOUS un autre. -

Enfin, ils soutiennent que le delit a la base de Ia presente

demande d'extradition est un delit de nature politique; Hs

entreprennent d'etablir quelles sont les distinctions a faire

entre le precedent Belenzow (arr~t du Tribunal federal du

18 juillet 1906, RO 32 I, n° 76, p. 531 et suiv.; et Joum. des

Trib., Droit Federal1907, N° 5, p. 142 et suiv.) et la presente

espece. 11s insistent en particulier sur ce que Ia Tresorerie

de distriet de Douchety est, non pas une institution privee,

mais une institution publique, une institution d'Etat, depen-

dant exclusivement de celui-d, administree par lui et gardee

militairement. Ils signalent cette circonstance que l'attaque

de la Tresorerie de Douchety a ete effectuee en pleine

periode revolutionnaire, alors que, dans les Etats du Cau-

case, le regime militaire avait ete substitue a l'autorite civile,

-

que l'etat de siege avait ete proclame en differents en-

droits, notamment a Tiflis, -

que tout 19 pays, en particulier

toute la Georgie, etait a feu et a sang, -

et que les forces

gouvernementales y commettaient des actes d'atrocite. Ils

alleguent que e'est le parti national, c'est-a-dire le parti

socialiste-federaliste georgien qui, admettant avec d'autres

partis revolutionnaires en Russie que le pillage des institu-

tions d'Etat rentrait au nombre de leurs moyens de combat,

avait organise l'attaque de la Tresorerie de Douchety dans

le but exclusif « de reconquerir l'independance des Etats du

Caucase et de se pro eurer les moyens de resister au besoin

par les armes a la force oppressive du Gouvernement russe ~.

La defense fait enfin valoir que les inculpes etaient membres

du parti socialiste-federaliste georgien, -

qu'anterieurement

deja au sac de Douchety une recompense avait ete promise

pour I'arrestation de l'un d'eux, Leon Keresselidze, parce

que cet inculpe etait accuse d'avoir introduit clandestinement

en Russie des armes et des munitions, -

et que, tous les

trois, Hs appartenaient a d'honorables familles de Ia Georgie,

qu'ils n'avaient jamais subi de condamnation, n'etaient nul-

lement des malfaiteurs, n'avaient ete trouves porteurs que

de sommes insignifiantes bien qu'ils fussent accuses d'avoir

Auslieferung. -

Vertrag mit Russland. N0 24.

175

commis un vol de pres d'un million, et enfin qu'ils pouvaient

justifier de la provenance de leurs ressourees.

A l'appui de leur seeonde conclusion et en tant que celle-

ci vise a obtenir du Tribunal federal un eompIement d'infor-

mation destine a permettre l'examen du fond meme de

l'affaire, c'est-a-dire de Ia question de savoir s'ils ont reel-

lement pris part au pillage de Ia Tresorerie de Douchety,

les inculpes invoquent specialement les art. 2, 13 et 15 du traite.

D. -

Le 2 novembre 1906, le Tribunal federal a ecarte

Ia demande des inculpes tendant a Ieur mise en liberte pro-

visoire, et adeeide d'ouvrir un compIement d'information

sur la question de savoir s'il s'agissait bien, en l'espeee, d'un

delit politique. Ce complement d'information devait porter

sur les points suivants: etat d'insurrection ou de revolution

ou se trouvait le Caucase au printemps 1906, -- repression

de ce mouvement revolutionnaire ou insurrectionnel, -

for-

mation, but et activite du parti socialiste-federaliste georgien,

-

affiliation a ce parti des inculpes ou des auteurs du sae

de Douchety, -

organisation et execution de ce coup de

main par le dit parti, -

destination et affeetation veritable

des fonds, -

nature d'institution publique ou privee de Ia

Tresorerie de Douchety, -

situation personnelle et rela-

tions de familles des inculpes, ete.

E. -

Par memoire du 25 novembre, la defense a entre-

pris de completer les preuves administrees deja ou simple-

ment offertes dans son precedent memoire du 26 octobre.

Abstraction faite des moyens de preuve produits ou

invoques par la defense sur la question de culpabilite des

inculpes, ceux-ci ont fait verser au dossier, a l'appui des

deux memoires susindiques, et en vue de permettre au Tri-

bunal federal de fixer le caractere politique du delit:

1. -

une serie d'ouvrages ou brochures de differents

auteurs, et une consultation du professeur Ernest Nys, a

Bruxelles, du 24 novembre 1906, sur l'histoire de la Georgier

et notamment sur les circonstances dans Iesquelles les diffe-

rentes parties de randen royaume de Georgie ont ete, aU

COmmencement du dix-neuvieme sieeie, incorporees a l'Em-

176

A. Staatsrechtliche Entscheidunsen. I V. Abschnitt. Staatsverträge.

pire russe, dont elles forment maintenant, principalement,

les gouvernements de Tiflis et de KoutaIs;

.

2. -

les numeros 1 a 7 du journal La Georgte parus

a Paris du 1 er mai 1903 au 1·r avril 1904, organe des socia-

listes-federalistes georgiens, exposant les vues et les reven-

dications de ces derniers et s'attachant ales justifier par des

considerations historiques, sodales et politiques;

3. -

une carte publiee en 1903 par le journal susrappeIe,

et indiquant, pour differentes parties de Ia Georgie,. l~urs

fron tieres au commencement du sie eIe dernier, et les hmltes

qui, suivant les federalistes georgiens, devraient pris part ä. cet acte revolutionnaire.

» Oette expropriation a ete commise par I'Organisation

" de combat du parti socialiste-federaliste operant dans le

» district de Tifiis.

» L'argent enleve a Ia Tresorerie de Douchety, aussi bien

'b que celui dont on s'est empare sur Ie bateau Tzessarevitch

» Gueorguii, est destine aux buts revolutionnaires.

:& Dans le pays ou Ia bande gouvernementale se noie litte-

» ralement dans Ie sang de ses sujets, -

Oll, pour un attentat

» individuel, 1'on fusille d'innocents passants et 1'0n demolit

" des maisons entieres, -

Oll Ies regiments de punition re-

" conquierent le peuple par Ie feu et le sang, detruisant

» les villages par dizaines, en les incendiant, et usant des

" memes procedes a Ia campagne aussi, -

Oll Ia ba'ionnette

» ne fait pas meme grace aux vieillards, aux femmes en-

» ceintes et aux enfants, -

Oll, devant les peres ou les

" maris Iigo16s, on viole leurs fiIles ou leurs femmes, -

Oll,

» en se retranchant derriere l'etat de siege, I'armee du tzar

» pille ouvertement Ia ville, en faisant des casernes les mar-

» cMs ä. bas prix, -

Oll les perquisitions ont pour but ou

» pour effet d'ameuer Ia disparition de tout ce qui, dans Ia

» maison, avait quelque valeur, -

Oll rarement les per-

}) sounes arretees parviennent vivantes jusqu'ä. la prison, -

» Oll l'administration organise elle-meme les (meurtre, pillage et destruction) et distribue aux mains

AS 33 I -

1907

12

178

A. Staatsrechtliche Entscheidungen. IV. Abschnitt. Staatsverträge.

" d'une partie de Ia population des armes contre l'autre, -

» dans un tel pays, la population n'a pas d'autres moyens

7> que de prendre les armes pour la defense. de ses biensr

" de sa vie et de l'honneur des femmes.

» Les partis revolutionnaires dirigeant le mouvement, ne

» possedant pas les moyens pecuniaires necessaires, sont

" souvent forces de recourir aux actes de l'expropriation

» revolutionnaire des biens de l'Etat pour acquerir des armes.

» Le pillage de Ia Tresorerie de Douchety est un de ces actes

» de l'Organisation de combat du parti socialiste-federaliste »,

. 10. -

une declaration signee le 23 novembre 1906 par

quatre georgiens, membres du pani socialiste -fMeraliste

georgien entendus plus tard comme temoins par Ia Delega-

tion du Tribunal federal, et attestant, entre autres, l'authen-

ticite de Ia piece precedente.

La defense avait invoque, en outre, les temoignages d'un

certain nombre de georgiens, affilies au parti socialiste-fede-

mliste georgien, et domicilies a Lausanne, Geneve et Paris,

temoignages que la Delegation du Tribunal federal a recueillis

en seances des 7 decembre 1906 et 25 et 26 janvier 1907.

Acette derniere date, Ia Delegation du Tribunal federal a

entendu aussi les trois ineulpes personnellement sur les faits

pertinents dans ce debat.

L'un des temoins entendus par la Delegation a produit un

exemplaire manuscrit des statuts de l'Organisation de eombat

du parti socialiste-federaliste georgien, exemplaire que, a-t-il

dit, il aurait reussi ä. se pro eurer aupres de l'un des membres

de cette organisation.

F. -

De son eote, en date du 7 novembre 1906, la Le-

gation Imperiale de Russie avait re .

Avec cette note, et avee d'autres ulterieures, des 18 decembre

1906! et 3 et. 28 janvier 1907, la Legation Imperiale de

Russle a prodmt :

1. -. copie de l'inte~rogatoire que le Juge d'instrnction pour

les affaIres de hau te lmportance pres le Tribunal d'arrondis-

sement de Tiflis a fait subir, du 21 au 23 mai 1906 (a. st.),

au nomme JO,~eph GU,edevanov, capitaine du 263me regiment

de reserve d mfantene de N ovobolazete noble hereditaire

,{

d"

"

prövenu

aVOIr pris part, d'une fa giny. Les combattants refuserent de se soumettre aux

, exigences du parti des federalistes, et ce dernier, dans Ulle

1> proclamation publi6e specialement ä cet effet, blama les

, actes des combattants et d6clara ces derniers etraugars au

, parti»; or, -

poursuit Ia note, -

c'est precis6ment a une

teIle bo'ievaya drougina que se rattachait, «dans Ia presente

affaire 1>, l'inculpe Leon Keresselidze, qui avait rtlsolu, a ses

risques comme aussi a son profit personneIs, et a ceux de ses

eomplices, de mettre a execution le projet imagine, puis aban-

donne, par le parti des federalistes, d'une attaque contre une

tresorerie; la note relate les sollicitations auxquelles Georges

Keresselidze se serait trouve en butte de Ia part des «bo'ie-

viki » a qui, pretend-eIle, il aurait avoue sa culpabilite et celle

de son frere Leon, et a quelques-uns d'entre Iesquels il aurait

distribue « diverses sommes 1> pour acheter leur silence; les

freres Keresselidze, -

ajoute-t-elle, -

« attribuerent des

sommes plus fortes aleurs parents 1>; eniin, elle a, dit-elle,

pris pour base de son expose «aussi bien les temoignages de

» personnes appartenant au parti des federalistes, nomme-

, ment Guedevanov et Tsagareli, que ceux d'individus se

:» disant bo'ieviki, tels que Azatov, Kiknadze et autres»;

12. -

Ia declaration faite par le Comite du parti socia-

liste-federaliste georgien dans Ie journal Chrom du 8 avril

1906 (lI.. st.) en ces termes: 4. Les voIs a l'aide de violen ce

.. et les attaques contre les particuliers et les institutions

1>. etant devenus plus frequents ces d~rniers temps, il s'est

184

A. Staatsrechtliche Entscheidungen. IV. Abschnitt. Staatsverträge.

1> repandu lebruit que ces vols et ces attaques seraient

1> l'rnnvre du parti socialiste-federaliste georgien. Le comite

1> de ce parti declare ici que Ie dit parti est contre les col-

1> lectes faites de pareille maniere, au moyen de vols

1> commis avec violence; mais si quelqu'un exerce des vio-

» lences au nom du parti, ce dernier, ainsi qu'ill'a fait sa-

1> voir precedemment deja, ne peut avoir a en repondre »;

13. -

un extrait du rapport du Chef de la. Police du

Caucase, du 17 avril 1906 (11.. st.), au Ministre russe de

l'Interieur, reproduisant l'article ei-dessus;

14. -

une proclamation, en date du 10 avril1906 (a. st.),

du «Comite unme du parti russe social-democratique des

ouvriers », constatant aussi combien etaient devenus frequents

Ies vols et les brigandages commis au nom de ce parti, indi-

quant a titre d'exempies les vols commis a Nachalovka au

prejudice de « quelques boutiques et magasins », et declarant

reprouver energiquement « de tels vols »;

15. -

une seconde proclamation, en date du 3 mai 1906

(a. st.), du meme comite, relative au meme objet, plus pre-

eise cependant, couvrant de sa reprobation les vols et autres

attentats a 111. propriete commis au prejudice des «habi-

tants », des «particuHers », du «peuple », et declarant le

gouvernement iucapable de proteger mieux 111. propriete

privee qu'll n'avait protege 111. sienne propre a Douchety et

ailleurs encore.

G. -

Le Tribunal federal 11. eherehe a obtenir aussi des

renseignements aupres du Consulat suisse a Tiflis; mais ces

renseignements ne font que reproduire des informations re-

cueillies aupres du Parquet de Tiflis.

Statuant sur I~es (aits, et considerant en droit :

1. -

Suivant I'art. 8 du traite d'extradition entre Ia Suisse

et 111. Russie, le jugement, rarret de condamnation ou de mise

en accusation, ou le mandat d'arret, a produire a l'appui

d'une demande d'extradition, doit indiquer non seulement le

crime ou le delit reproche a l'inculpe, mais encore la ou les

dispositions penales qui sont applicables a ce crime ou delit.

Selon l'art. 15, a1. 2 de 111. loi fed. du 22 janvier 1892, la de-

Auslieferung. -

Vertrag mit Russland. N° 24.

18»

mande d'extradition doit etre accompagnee « de l'indication

et, si besoin est, d'une copie des textes de loi qui sont appli-

cables au fait incrimine ». 01', en l'espece, ni dans 111. demande

d'extradition, ni dans les notes l'ayant precedee, ni dans

le mandat d'arret produit pour 111. justitier, l'on ne trouve

d'autres dispositions visees du Code penal russe que celles

de l'art.1632 dont aucune copie n'accompagnait Ia demande

et qui, par Iui seul, n'est pas susceptible d'application puis-

qu'il se borne a prescrire que les peines edietees aux articles

precedents et qu'il ne rappelie point, doivent etre elevees

encore chacune d'un degre dans les diverses eirconstances

qu'H enumere.

On pourrait donc soutenir que 111. demande d'extradition

ne satisfait pas aux exigences d'ordre formel prevues aux

art. 8 du traite et 15 de la loi; mais comme, aux termes de

l'art. 16, 11.1. 1 et 4, de la 10i, c'est au Conseil federal qu'il

appartenait de deeider s'il y avait lieu d'entrer en matiere

sur cette demande, le Tribunal federal n'aurait a retenir

cette informalite que s'il en resultait des doutes sur le carac-

tere delictueux des actes incrimines et le degre de gravite

de 111. peine attacMe aces actes par les lois du pays reque-

rant; 01', tel n'est pas le cas ici, car les faits incrimines

tombent evidemment sous le coup des art. 1627,1629 et 1632

du Code penal russe, articles dont la Legation a produit une

traduction fran<;aise dans le precedent Belenzow, de date

recente (arret deja rappele, Rec.o{f., loc. eit., litt. B, p. 532),

et aux termes desquels le crime dont s'agit est puni des

travaux forces pour une duree de 10 a 12 ans et de Ia perte

de tous droits eivils et politiques.

Quant a l'art. 1633 du meme code auquel se reiere la note

resumee plus haut, sous litt. F, chiff. 11 ci-dessus, et suivant

lequel Ia peine applicable aux prineipaux auteurs de ce meme

crime, lorsque ceIui-ci est encore accompagne de teIle eir-

constance aggravante determinee autre que celles prevues a

l'art. 1632, peut aller, non plus de 10 a 12 ans, mais de 12

ä 15 ans de travaux forces, l'on peut avoir des doutes sur 111.

ql!estion de savoir s'il doit etre considere comme vise par 111.

186

A. Staatsrechtliche Entscheidungen. IV. Abschnitt. Staatsverträge.

demande d'extradition. Mais cela importe peu ici, car il est

certain que le crime du chef duquel les trois inculpes sont

poursuivis, entraine, d'apres Ia Iegislation russe, une peine de

plus d'un an d'emprisonnement. Il en est de meme suivant le

droit du canton de Geneve, Ia peine prevue pour un crime

semblable par le Code penal de ce canton (art. 318 et 319)

etant au minimum de 5, ou peut-etre meme de 10 ans de

reclusion. Ainsi Ia condition inscrite a I'art. 3, aI. 1, du traite

pour la presentation d'une demande d'extradition se trouve

en tout cas realisee en l'espece.

D'autre part, il n'est pas conteste que, par « vol » au sens

du dit art. 3, al. 2, chiff. 7, il faille bien entendre aus si le

crime de « vol arme », ou de « vol avec violence », ou de

brigandage; il n'est done pas douteux que le crime reproche

aux inculpes soit bien du nombre de ceux enumeres par ce

meme article 3 comme pouvant ou devant donner lieu a

l'extradition de leurs auteurs (voir arret Belenzow, loc. cit.,

consid. 1).

II. -

Des trois moyens que les inculpes ont invoques

pour justifier leur opposition a Ia demande d'extradition, Ie

premier, consistant apretendre, et a vouloir prouver, que les

dits inculpes n'ont, en realite, pas commis les actes qui leur

sont reproches, ast sans pertinence, car aucune disposition

du traite ou de la loi ne donne au Tribunal fMeral le droit

de s'occuper de cette question reservee, au contraire, a

l'examen du juge du fond dans le pays requerant (comp.

von Salis, Schweiz. Bundesrecht, 2" edit., 4e voI., 1903,

nOS 1783 et 1785; trad. par Eug. Borel, Le droit federal

suisse, 1906, memes nOS). Les art. 2, 13 et 15 du traite, que

les inculpes ont invoques a ce sujet, se rapportent atout

autre chose qu'a l'attribution d'une pareille competence aux

autorites du pays requis; en effet, l'art. 2 prevoit le cas dans

lequel l'un des deux Etats, parce qu'il ne peut etre tenu de

livrer ses propres nationarix, est appele ales poursuivre lui-

meme sur son territoire; les art. 13 et 15 reglent l'assistance

judiciaire que celui des deux Etats dont les tribunaux ont a

juger au fond une cause penale non politique, est en droit de

Auslieferung. -

Vertrag mit Russland. N0 24.

187

reclamer de l'autre pour l'execution de commissions rogatoires

.ou pour la production de pieces ou documents determines.

ill. -

Le second moyen se fonde sur ce que, en raison

des troubles qu'il traverse actueiIement, l'Etat requerant ne

serait pas en mesure de garantir le respect effectif des con-

ditions auxquelles l'extradition devrait etre soumise, aux

termes des art. 9 de la Joi fMerale du 22 janvier 1892 et

6, .2" alinea, du traite correspondant a l'art. 10, 3e al., de la

loi, soit de garantir que les inculpes ne seraient pas traduits

devant des tribunaux exceptionnels ni poursuivis ou punis

pour des deIits politiques commis anterieurement, ou pour

des infractions connexes aces delits. Oe moyen etant de

nature subsidiaire, le Tribunal n'aura a l'examiner que si le

dernier moyen d'oppositiou a l'extradition n'etait pas admis.

IV. -

En troisieme lieu, les inculpes pretendent que le

delit qui leur est reprocM, est de nature politique et ne peut

ainsi, au regard de l'art. 6 du traite, donner lieu a extra-

dition. Les principes dont il doit etre fait application dans

l'examen du bien ou du mal fonde d'un pareil moyen, ont ete

expose~ deja dans l'arret Belenzow plus haut rappele, sous

~onsid. 2, en sorte que ron peut se borner ici a constater

que, en vertu de ces principes, l'art. 6 du traite doit s'en-

tendre en ce sens que les delits ne donnant pas lieu a l'extra-

dition de leurs auteurs, ce sont non pas seulement les delits

purement politiques et les faits connexes a semblables delits,

mais encore les infractions qui, bien que figurant dans l'enu-

meration contenue a l'art. 3 et bien qu'apparaissant ainsi, en

soi, comme des infractions de droit commun, revetent cepen-

dant le caractere de delits politiques) en raison des circons-

tances dans lesquelles elles ont ete commis es, et en parti-

culier des motifs et du but qui ont guide leurs auteurs (voir,

outre les precMents rappeIes dans le dit arret, et les mes-

sages du Conseil fMeral et l'ouvrage de doctrine [Schwarzen-

bach, Das materielle Auslieferungsrecht der Schweiz] auxquels

il se reiere: Ullmer, Le droit pubIic suisse, trad. par Eug.

Borei, 2e vol., 1867, nOS 1341 et 1391; von SaUs, et Eug. BOTel,

Oll. cit., nOS 1787 a 1792; A. Teichmann, Les delits politiques,

188

A. Staatsrechtliche Entscheidungen. IV. Abschnitt. Staatsverträge.

le regicide et l'extradition, Revue de droit international et de

Iegislation comparee, tome XI, 1879, p. 475 et suiv., notam-

ment 499 et suiv.; Louis Renault, Des crimes politiques en

matiere d'extradition, Journal de droit international prive,

Clunet, tome 7, 1880, p. 55 et suiv., notamment 67; von BaT,

Zur Lehre von der Auslieferung, der Gerichtssaal, Bd. 34

1882, p. 481 et suiv., notamment 497, 499, chiff. 3, et 500;

Lammasch, Auslieferungspflicht und Asylrecht, Leipzig, 1887,

p. 215, 240 et suiv, spt 245, 270, 273, 283 et suiv., 287, 291,

292 note 2, 301 et 350; d'autre part) et a titre de compa-

raison, von MaTtitz [qui, contrairement a von Bar et a

Lammasch, ne veut rechercher le caractere politique ou non

politique d'un delit qu'a l'aide d'une theorie purement objec-

tive mais dont les considerations sur les origiues ou la raison

,

d'etre du droit d'asile conduiraient plus loin], Internationale

Rechtshilfe in Strafsachen, Leipzig, 1897, p. 269 a 272.)

La question, ainsi, se resume a savoir si le delit qui est

reproche aux inculpes et qui, en soi, reunit incontestable-

meut les elements d'Ull deUt de droit commun, -

du crime

de vol a main armee, -

n'emprunte pas cependant le carac-

tere de delit politique aux motifs qui 1'0nt inspire, au but

qu'il devait permettre de realiser ou d'atteindre, ainsi qu'a

toutes les circonstances dans lesquelles il a ete execute, et

au nombre desquelles il faut specialement ranger la situation

politique de l'Etat sur le territoire duquel Ie delit a ete

perpetre. Dans Ia recherche de ces motifs, de ce but, de ces

circonstances, le Tribunal federal doit apprecier librement

les faits de Ia cause tels qu'ils lui sont reveIes par les pie ces

versees de part et d'autre au dossier, et par les temoignages

recueillis pour completer l'information. Il faut d'ailleurs

remarquer que, dans toute cause de ce genre, et, des

qu'il s'agit de faits aussi complexes, l'on ne peut songer a

exiger, de part ou d'autre, et sur tous les points, des preuves

materielles, tangibles, absolues, dont l'apport serait, le plus

souvent, impossible.

V. -

Pour la solution de la question qui se pose ici, du

caractere politique (ou non politique) du delit, il n'est pas ne-

Auslieferung. -

Vertrag mit Russland. No 'M.

IH9

eessaire d'entrer dans les details de l'histoire de la Georgie,

soit avant, soit apres l'incorporation a l'Empire russe des

differentes parties de l'ancien royaume de Georgie. TI suffit de

rappeier que les aspirations tendant a modifier plus ou moins

profondement l'etat politique et social de Ia Russie ont trouve

dans le peuple ge orgien un terrain fecond et que le mouve-

ment populaire finit par se concentrer, a un moment donne,

dans deut partis: le parti social-democratique qui se rattache

au grand parti socialiste-revolntionnaire russe et pretend

poursuivre, en adoptant le programme du soci~lisme interna-

tional l'amelioration du sort des classes ouvrieres, -

et le

parti' socialiste-federaliste qui, Iui aossi, veut bouIe;er~er

l'ordre social etabli, mais reclame, en outre, pour Ia Georgle,

une situation politique differente, l'octroi de droits plus

etendus et le relachement de ses liens de dependance envers

Ia Russie, dans le sens d'une certaine autonomie legislative

et administrative. -

Ce parti, socialiste-federaliste, a eu un

premier congres a Geneve, en 1904, et un second en Georgie

meme, en 1906. Un projet de programme elabore. a Ia suite

du premier de ces deux congres renferme u?e s~:le de pos-

tulats politiques et economiques et prevOlt deJa, pour sa

realisation la possibilite ou meme Ia necessite de l'emploi de

moyens d'~rdre revolutionnaire. Ce me me parti en vint a se

subdiviser en deux fractions plus ou moins independantes,

mais ne cessant pas neanmoins de poursuivre le meme but:

Ia fraction de propagande, luttant par la parole et la plume

seulement et Ia fraction ou l'organisation de combat, divisee

,

.

elle-meme en differents groupes ou en differentes compagmes

(bo'ievyia drouginy). celles-ci se trouvant toutefois placees

toutes sous la direction d'un comite general et l'autorite d'un

meme reglement; parmi les moyens d'action de cette .or~ani­

sation de combat figurent en premiere ligne «l'exproprlatlOn,

des biens appartenant a l'Etat, et l'acquisition d'armes a dis-

tribuer au peuple pour permettre a celui-ci de se soulever

et de renvers er, au besoin par Ia force, l'ordre de choses

etabli. On peut ici remarquer que les trois inculp~s appar~

tenaient, deja pendant les derniers mois de 1905, a ce parti

190

A. Staatsrechtliche Entscheidungen. IV. Abschnitt. Staatsverträge.

socialiste-federaliste georgien, et meme a l'une des bo'ievyia

drouginy dont il vient d'etre question.

Le mouvement revolutionnaire en Georgie, longtemps

latent, puis effectif, mais se poursuivant en secret, eclata

enfin ouvertement en 1904, mais c'est en 1905 surtout qu'il

devint le plus violent, et il arriva a son point culminant en

novembre et decembre de cette meme annee 1905, si bien

que, en divers endroits, la revolution put etre, un instant,

consideree comme triomphante et maitresse du pays; mais t

bientöt, en tout cas des les premiers jours de janvier 1906,

le gouvernement, par l'emploi de ses troupes, reprit le

dessus. La repression, extremement rigoureuse, se heurta

cependant, par endroits, a une vive resistance, conduite par-

fois meme par des gens armes.

C'est au cours de ces evenements, en pleine periode revo-

lutionnaire, tandis que le gouvernement poursuivait la lutte

ou il avait du s'engager contre les populations insurgees

pour faire rentrer celIes-ci dans l'ordre et n'arrivait a

defendre le regime politique existant que par la procla-

mation de l'etat de siege en differentes regions et d'autres

moyens dont l'emploi n'intervient generalement que durant

l'etat de guerre, que fut preparee et executee l'attaque de Ia

Tresorerie de Douchety.

C'est en outre contre une institution d'Etat que cette at-

taque a ete dirigee, car il n'a pas ete conteste que le carac-

tere de la Tresorerie de district de Douchety fut bien celui

d'une institution publique, d'un service de l'Etat, d'un eta-

blissement exclusivement aux mains du gouvernement ou de

ses organes, et dont Ia garde avait fait l'objet de mesures

militaires speciales.

Une serie d'indices tendent ensuite a demontrer que cette

attaque a bien ete COllt;ue et accomplie par l'une des boievyia

drouginy des socialistes-federalistes georgiens. Le mode d'exe-

cution deja de ce coup de main laisse deviner que celui-ci

etait l'amvre d'une organisation dont les ramifications etaient

etendues et qui comprenait des personnes de differentes

c1asses. Des le Iendemain, en effet, l'opinion publique ä. Tiflis

Auslieferung. -

Vertrag mit Russland. No 24.

191

l'attribuait aux federalistes ou a une partie d'entre eux.

Quelques individus, sachant que les heres Keresselidze et

Magaloff appartenaient a ce parti, ont cherche alors aupres

d'eux a se faire acheter leur sileuce. -

Les temoin~ entendus

par le Tribunal federal ont tous affirme, sauf un seul qui

n'etait pas au courant de ces faits, que le sac de Douchety

etait l'ceuvre de l'organisation de combat du parti socialiste-

federaliste georgien. -

Cette organisation l'a aussi declare

dans une piece, dont l'authenticite ne sembIe pas pouvoir etre

contes tee et qui, sur ce point du moins, parait digne de foi.

_ Au surplus, Ia note redigee au 1 er Departement du Minis-

tere Imperial de Ia Justice (voir ci-dessus litt. F, chiff. 11)

admet qu'en 1905 deja le parti socialiste-federaliste avait

forme le projet d'organhier une attaque contre !'une des tre-

soreries de l'Etat, et que Ie coup a ete fait par une bo'ievaya

drougina, mais cette note pretend ne plus voir da~s ces

bO'ievyia drouginy ou leurs membres que des gens remes par

leur parti qui ne voulait plus rien avoir de commun avec eux.

Cette derniere allegation cependant ne s'est pas trouvee con-

firmee par l'enquete, la proclamation du 8 avril 1906 (voir

litt. F chiff. 12) ne fait pas mention de bO'ievyia drouginy ou

de bo:ieviki et se borne a reprouver « les vols a l'aide de vio-

lence contre les particuliers et les institutions » sans qu'on

puisse voir 13. de desaveu formel d'attentats du genre de celui

de Douchety. D'ailleurs, si meme 1'on pouvait voir la un tel

desaveu il ne s'ensuivrait pas necessairement que ce dernier

fut sinc~re et que les bo'ieviki eussent effectivement cesse

d'appartenir au parti socialiste-federaliste georgien. Quant

aux proclamations des 10 avril et 3 mai 1906 Ca. st), litt. F,

chiff. 14 et 15, elles emanent d'un autre parti, mais elles non

plus ne condamnent que les attentats. a ~a propriete pri;ee.

Du dossier de l'instruction, et en partlCuher des declaratlOns

du capitaine Guedevanov et du lieutenant Tsa!?areli, il .resulte,

d'autre part, qu'apres Ia scission qui se seralt prodmte ve~s

la fin de 1905 dans le parti socialiste-federaliste pour aboutIr

a Ia constitution de deux fractions, -

l'une reunissant les

fe<l.eralistes autonomistes ou moderes, l'autre les revolution-

19'.&

A. Staatsrechtliche Entscheidungen. IV. Abschnitt. Staatsverträge.

naires partisans de Ia politique de la teITeUr ou bO'ieviki, --

ces deux fractions auraient continue a entretenir des rela-

tions entre elles, relations dans lesquelles ces deux officiers

auraient joue un role d'intermediaires. Ces relations montrent

bien qu'il y avait, entre les deux fractiolls du parti, une com-

munaute d'efIorts vers un m~me but, et que Ia scission, reelle

ou apparente, qui s'est produite entre elles, n'avait sa cause

que dans une diversite de vues sur les moyens a employer et

la tactique a suivre.

Ce qui parait etabli ainsi, c'est que Ie coup de main de

. Douchety a ete decide et execute par un groupe de Ia frac-

tion de combat du parti socialiste-federaliste georgien, soit

par un groupe revolutionnaire organise. Selon les depositions

concordantes des temoins entendus ici, le coup, -

apres

avoir ete certainement decide en 1905 deja, -

aurait ete

m~me inutilement tente a deux reprises avant de pouvoir

etre execute avec succes le 12 ou Ie 13 avril 1906 (a. st.).

Quant a Ia destination de l'argent voM a Douchety, tous

les temoins a l'audition desqueis Ia Delegation du Tribunal

fMeral a procede, ont affirme que cet argent devait servir a

permettre au parti socialiste-federaliste d'atteindre son but;

iJ semble m~me que l'afIectation du produit de pareils pil-

lages ait ete l"l3glee a l'avance et une fois pour toutes, sur Ia

base du 90 % pour des achats d'armes et. du 10 %

pour

venir en aide aux victimes de greves ou acelIes de Ia revo-

lution ou pour favoriser au besoin Ia fuite de revolutionnaires

par trop compromis. Plusieurs des ternoins ont ajoute qu'une

partie de l'argent a efIectivement ete afIectee a l'achat

cl'armes, et que le reste est a Ia disposition de Ia fraction

de combat. n faut rapprocher de ces depositions le fait que

le parti federaliste avait, au mois d'aout ou de septembre 1905

deja, entrepris de transporter en Transcaucasie un important

convoi d'armes et de munitions, ou Leon Keresselidze parait

avoir joue quelque roIe, et dont il est question dans la lettre

du nomme Matchabeli a Kartvelov du 11 janvier 1906 (voir

litt. F ci-dessus, chifI. 6).

Rien, du reste, parmi toutes les pieces qui ont ete com-

Auslieferung. -

Vertrag mit Russland. N- 24.

193

muniquees au Tribunal federal, n'autorise cette supposition

que l'argent, une fois le coup fait, aurait ete reparti ou dis-

tribue anx auteurs du delit, ou que cenK-ci auraient tire de

l'afIaire un profit personnel. Si 1'0n s'etait trouve en presence

de presomptions du contraire, on aurait pu en dednire que,

au moment de l'execution du deUt deja, ses auteurs auraient

ob8i a des mobiles ayant leur source dans l'interet personnel

et la cupidite. ~Iais le fait qUß Azatow et quelques autres

individus seraient parvenus a se faire remettre quelque

argent, en echange de leurs promesses de silence, n'est pas

decisif pour Ia solution de Ia question de savoir dans quel

but et au profit de qui agissaient les auteurs du sac de

Douchety. Quant aux declarations de ce meme Azatow qui,

dans son interrogatoire, a rapporte que Georges Keresselidze

lui aurait, en quelque sorte, avoue avoir commis le deUt avec

son frere, dans leur interet personneI, elles ne peuvent avoir

de valeur, ainsi que cela resulte des constatation8 memes du

Juge d'instruction de Tiflis qui a interrompu l'interrogatoire

du dit Azatow pour inserer au proces-verbal l'observation

ci-apres: ~ interroge, le pn3venu ne repond a aucune qnes-

» tion directement et categoriquement, mais toujours evasive-

» ment, d'abord negativement, puis affirmativement, essayant

» de se soustraire a une reponse definitive ou d'embrouiller Ia

» question au moyen de circonstances etrangeres a l'afIaire ».

Azatow a, d'ailleurs, eherehe a jouer dans cette affaire un

double jeu: d'un cöte, et non pas sans la perspective d'une

recompense, il promettait son concours a Ia police dans les

recherehes a faire ponr decouvrir les auteurs du pillage de

Douchety, et ce concours Iui avait ete demande, au dire du

temoin Monastyrski, chef de Ia reserve de police de Tiflis,

parce qu'il etait connu pour avoir ete mele a de «Iouches

afIaires »; et, d'un autre cote, il s'ingeniait a s'insinuer aupres

d'un certain nombre de membres du parti sociaIiste-federaliste

ou de personnes supposees appartenir a ce parti, ponr tentel'

d'en tirer egalement de l'argent.

La liste que le Juge d'instruction de Tiflis a etablie, et

quf est censee enumerer les personnes entre lesqueHes aurait

AS 33 1-1907

13

194

A. Staatsrechtliche Entscheidungen. IV. Abschnitt. Staatsverträge.

ete reparti le produit du pillage (voir litt. F, chiff. 9), n'appa-

rait que comme le resultat de suppositions que rien ne vient

etayer; on ne voit nulle part a quoi elle correspond ni ä. l'aide

de queis renseignements elle a ete dressee.

Enfin, ä. supposer, avec l'accusation, que les trois inculpes

soient bien du nombre de ceux qui ont pris part ä. l'exe-

cution du coup de main de Douchety, il faut relever que leur

situation personnelle, comme aussi I'impression qu'ils ont

faite ä, la Delegation du Tribunal federal lOTs de leur audi-

tion, s'opposent a ce qu'ils soient consideres comme de vul-

gaires malfaiteurs. Ce sont des jeunes gens appartenant ä.

d'estimables familles georgiennes, et paraissant avoir tou-

jours vecu eux-memes d'une maniere honorable; l'un est

marie dejä.; les deux autres ont fait une partie de leurs

etudes ä. Geneve durant les annees 1904 et 1905; ils avaient

alors des ressources suffisantes, et Hs ont quitte cette ville

pour retourner dans leur pays, dans le but d'y prendre ac-

tivement part au mouvement revolutionnaire au moment ou

ceIui-ci paraissait devoir entrer dans Ia phase d'ou pouvait

dependre son triomphe. On peut noter d'ailleurs que le pere

des deux freres Keresselidze etait un publiciste de renom;

en 1901, il aurait redige une petition adressee alors au gou-

vernement russe par le peuple georgien pour tenter d'obtenir

plus de liberte.

Ainsi, tout dans les considerations qui precMent, est de

nature ä, faire admettre que, dans le delit dont sont accuses

les freres Keresselidze et Magaloff, le caractere de delit

politique est predominant, OU, en d'autres termes, que les

elements de nature politique absorbent les autres elements

de droit eommun ou l'emportent sur eux. En effet, et pour

autant qu'on en peut juger, le delit reproche aux inculpes a

ete decide, organise, prepare et execute, en pleine periode

revolutionnaire, par un parti politique poursuivant le renver-

sement de l'ordre politique etabli, ou par la fraction da

eombat de ce parti; il a ete eommis au prejudice de l'Etat

ou de l'une de ses institutions, dans le but tant d'affaiblir les

forces gouvernementales que de mettre aux mains du dit parti

Auslieferung. -

Vertrag mit Russland. No 24.

195

(socialiste-federaliste georgien) et de Ia population elle-meme

les armes destinees a leur permettre la continuation de Ia

lutte pour la conquete de leur ideal politique et eeonomique'

et enfin 1'on n'a aucun indiee que les organisateurs ou le~

auteurs du ~ouP. de main incrimine se seraient laisse guider

par des motüs tIrt3S de leur interet personnel.

Da~s ces conditions, l'extradition des trois inculpes ne

sauralt etre aceordee. TI n'y a done pas lieu d'examiner le

secon~ . moye~ invoque par les inculpes a l'appui de leur

OppO~ItlOn, pUlsque eel1e-ci doit etre, en tout cas, declaree

fondee pour d'autres motifs.

Par ces motüs,

Le Tribunal federal

prononee:

L'opp~sition faite par les inculpes Leon et Georges

Keressehdze et Nestor Magaloff a Ia demande d'extradition

dont .iIs o~t ete l'objet de Ia part de Ia Legation Imperiale de

Rus~le pres Ia Confederation suisse, est declaree fondee. _

Il ny a done, en l'espeee, pas lieu ä extradition.