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54_II_100

BGE 54 II 100

Bundesgericht (BGE) · 1927-11-11 · Français CH
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Erbrecht. N° 20.

Hauptberufung begründet erklärt, das Urteil des Ober-

gerichtes des Kantons Aargau vom 11. November 1927

aufgehoben und die Klage abgewiesen, insoweit sie

nicht anerkannt worden ist.

20. Arret de la. IIe Section civile du 15 mari 19a5

dans la cause Sugna.ux contre Jacquier.

Action en reduction. -

Le second mari ou Ia seconde femme

ont qualite pour demander la rMuction des liberaliUis faUes

par le defunt, avant la nouvelle union, aux enfants d'un

premier lit, dans les limites de la quotite disponible.

n y a liberalite partielle, lorsque !'interesse vend ou abandonne

a run de ses heritiers un immeuble rural contre des presta-

tions sensiblement inferieures a la valeur de rendement du

domaine.

Maniere de calculer la valeur des obligations assumees envers

le vendeur ou cedant, pour la duree de son existence.

Georges Sugnaux, agriculteur a' Billens, et Marie

Sugnaux nee Simon, sa fernrne, avaient, de Ieur mariage,

un fils, Isidore Sugnaux, et une filIe, Marie Sugnaux,

aujourd'hui epouse de Charles Jaequier. Isidore Sugnaux

mourut le 21 fevrier 1910, posterieurement a sa mere,

laissant tous ses biens a sa fernrne, Lueie Sugnaux nee

Chassot.

En 1911, Georges Sugnaux. songeait, bien qu'äge de

68 ans, a eontracter un nouveau mariage avee Alice

Dousse, fille de ses fermiers. Les fianc;ailles furent,

cependant, rompues.

Peu apres cet evenement, soit le 23 septembre 1911,

Georges Sugnaux. declara, par aete authentique, faire

abandon de l'universalite de ses biens, meubles et immeu-

bles a sa fille et unique heritiöre legale, Marie Jacquier

nee Sugnaux, moyennant une rente annuelle et viagere

de 1600 francs. Sugnaux se reservait, en outre, sa vie

durant, la jouissanee du mobilier cecle et un droit d'habi-

tation gratuite, portant sur une chambre, avec usage

de la cuisine.

Erbrecht. N° 20.

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Le domaine de Sugnaux., situe a Billens, Hennens et

Romont, etait franc d'hypotheques, a l'exception d'un

assignat de 17000 fr., cree pour garantir la restitution

des apports de feu Marie Sugnaux nee Simon. Cette

creanee de dame Sugnaux etant devolue a ses enfants,

soit pour 8500 fr. a Marie Jacquier, et pour 8500 fr. a

la veuve d'Isidore Sugnaux, Georges Sugnaux et sa fille

convinrent, Ie 28 oetobre 1911, que la part de Marie

Jacquier serait declaree eteinte par eompensatiol1, que

l'interessee paierait, en outre, 4500 fr. a veuve Isidore

Sugnaux et que Georges Sugnaux prendrait a sa charge

Ie surplus de la dette existante envers eette derniere.

En 1913, Sugnaux vendit, pour Ie prix de 1270 fr.,

une fon~t, sise sur Ie territoire de Ia eommune de Brenles

(Vaud), foret dont il etait demeure titulaire, faute d'aete

translatif de propriete et de mention speciale, lors de

l'abandon de biens.

Enfin Sugnaux. repTit ses relations avee Alke Doussc.

Age de 79 ans, ill'epousa, le 2 janvier 1922, sans conclure

avec elle de contrat de mariage.

Des difficultes avaient, toutefois, surgi entre Georges

Sugnaux et sa filIe, apropos d'une succession devolue

a Marie Jacquier, sous reserve de l'usufruit du premier.

Un arret de la Cour d'appel du eanton de Fribourg, du

15 mai 1922, mit fin au litige. L'arret eearte, notamment,

l'exeeption de nullite de l'acte d'abandon de biens, du

23 septembre 1911, opposee par Sugnaux, et le condamne

a verser a sa fille le produit de la vente de la foret de

Brenles.

Georges Sugnaux. mourut ab intestat, le 21 decembre

1925. Sa veuve, Alice Sugnaux nee Dousse, opta pour

le quart de la suceession en propriete. Elle ouvrit action

contre Marie Jaequier, en demandant le partage de

l'heredite et en concluant a ce que la defenderesse soit

tenue de rapporter a la masse les biens re<;us en 1911,

subsidiairement la valeur de ces biens, dans la mesure

ou ils excederaient la quotite disponible. Dame Jacquier

s'opposa a la demande. En cours de proces, deux exper-

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Erbrecht. N° 20.

tises furent ordonnees, dans le but de determiner la

valeur venale et la valeur de rendement actuelles du

domaine.

Par jugement du 23 mai 1927, le Tribunal de la Gläne

debouta la demanderesse des fins, tant principales que

subsidiaires, de son action.

Ce jugementa ete confirme, en date du 25 octobre

1927, par la Cour d'appel du canton de Fribourg. L'ins-

tance cantonale considere, en resume, que l'acte d'aban-

don de biens du 23 septembre 1911 ne tombe pas sous

le coup de l'art. 626 al. 2 CCS; d'autre part, l'epouse

en seconde noces n'a droit a l'action en reduction que

sur les biens apportes en mariage par Ie de cujus ou

acquis, des lors, par lui.

Dame Alice Sugnaux a recouru en reforme au Tribunal

federal, dans le sens des conclusions principales et

eventuelles de sa demande.

Considerant en droll :

Il n'est point indispensable de rechercher si dame

Sugnaux est fondee DU non ademander Ie rapport. La

reserve de la demanderesse etant, en effet, egale a sa

part MrCditaire, l'action en rapport et l'action en reduc-

tion conduisent, en l'espece, exactement au meme

resultat pratique. Or, a supposer la demande non fondee

sur le terrain de l'art. 626 CCS, elle devrait, en tout cas,

etre accueilIie comme action en reduction.

Cette voie de droit appartient indistinctement a tous

les Mritiers leses dans leur reserve (art. 522 CCS). La

legitime du conjoint survivant en eoneours avec « des

Mritiers Iegaux) est de tout sün droit en propriete

(art. 471 chiff. 3). Elle porte done sur le quart de la

succession lorsque, comme en I'oceurrence, le defunt

laisse « des descendants II (art. 462 al. 1). Aucun motif

ne permet de faire de distinction, selon que lesdits

descendants sont issus du mariage du demandeur, DU

d'une preeedente union. Dame Sugnaux. est, des lors,

Erbrecht. ~o 20.

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fondee a ex.iger la reduction des liberalites du deJunt,.

dans Ia mesure voulue POUf parfaire son droit au quart

de la succession.

Sans meconnaitre la justesse de ce raisonnement, le

Tribunal cantonal s'est, toutefois, base sur l'art. 474

al. 1 CCS, aux termes duquel « la quotite disponible se

calcule suivant l'etat de la succession au jour du deces ».

. Il en conclut que les biens abandonnes en 1911 echap-

pent a Ia reduction. Mais 1'art. 475 CCS prescrit que

« les liberalites entre vifs s'ajoutent aux biens existants,

dans la mesure OU elles sont sujettes a reduction », ce

qui, d'apres l'art. 527 chiff. 1 et 2, est le cas des dots,

frais d'etablissement et abandons de biens non sujets

au rapport, lorsqu'ils sont faits a titre d'avancement

d'hoirie, ainsi que des liberalites constituant une liqui-

dation anticipee de droits hereditaires. L'abandon de

biens du 23 septembre 1911 est, par consequent, soumis

a I'action en reduction.

En vain alleguerait-on que le nouveau mariage du

de cujus ne peut porter atteinte aux liberalites faites,

anterieurement, en faveur d'un unique heritier legal. Il

suffit d'envisager le cas OU des enfants viennent au jour

apres l'acte de disposition. Ces enfants ont, sans aucun

doute, le droit de pretendre a la reduction des liberalites

faites, avant .leur naissance, dans les limites de la quotite

disponible, mais qui lesent Ieur reserve, calculee au jour

de l'ouverture de Ja succession. Or rien ne permet de

traiter differemment les descendants et le eonjoint

survivant. Si, au point de vue quantitatif, le legislateur

ne leur a pas eonfere les memes droits, il a, cependant,

oetroye aux uns et aux autres la pleine qualite d'heritier

reservataire, avec toutes les prerogatives qu'elle com-

porte, notamment celle d'exereer l'action en reduction.

On ne saurait donc apprecier de deux manieres Ie droit

a la reserve, suivant qu'il s'agit de l'enfant ou du conjoint

du de cujus. Comme Ie Tribunal federal l'a considere a

propos de l'application du droit dans le temps, l'avan-

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eement d'hoirie ne eonstitue, en effet, qu'un des elements

de l'acquisition de l'hCredite et il ne devient, des Iors,

definitif qu'au moment de l'ouverture de la suceession

, (RO 45 I I p. 11). On doit done, en fin de compte, admettre

la vocation du second m&ri ou de la seconde femme pour

demander la reduction des liberalites faites par le defunt,

avant la nouvelle union, aux enfants d'un premier lit

(cf. dans le meme sens, l'opinion unanime des eommen-

tateurs du C.C. all.: STAUDINGER, BGB § 2325chiff. H,

4, al. 2; Kommentar von Reiehsgeriehtsräten, § 2325,

note 1; FROMMHOLD, Das Erbrecht, § 2325, note 3).

Il convient maintenant de rechercher si et dans quelle

mesure l'operation attaquee constitue un negofium

mixtum cum don ation e. En comparant l'importance res-

pective des engagements pris, le juge arrive a fixer

l'etendue des ~lVantages consentis sans contre-prestation.

Dans l'arret Braun contre Braun, de ce jour 1, le

Tribunal federal a considere qu'en cas de vente ou d'aban-

don d'un immeuble rural, il y a lieu, a cet effet, de

mettre en regard des obligations de l'acheteur ou du

cessionnaire, non la valeur venale, mais 1a valeur de

rendement atteinte par le domaine, au moment de

l'operation. Or cette donnee ne reslllte pas du dossier,

lequel mentionne seulement qu'en 1911, la taxe cadas-

trale s'elevait a 37206 fr. D'autre part, le Tribunal

d'arrondissement a fait droi~, malgre l'opposition de

la partie defenderesse, a une requisition oe dame Sugnaux,

tendant a ce que la valeur vl~nale et Ja valeur de rende-

ment actuelles du domaine soient dHermillces par exper-

tise. Les expcrts ont fixe Ia prcmit\re a 60 000 fr. et la

seeonde a 46000 fr. Une surexpertisl', dc:mandce par

les deux partics, a porte ces chiHres ~\ tl2 550 fr., respec-

tivement 47500 fr., compte te nu de travaux d'amelio-

ration speeiaIe, pour 1200 fr. n n'appartient pas au

Tribunal federal de combler les lacunes oe la procedure

• Voir le present voIU!l1~, p. 93 et suiv.

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en renvoyant Ia cause a l'instanee cantonale et eu ordon-

nant d'offiee une ex,pertisc sur Ia valeur de rendement

du domaine. en 19 11, preuve que les interesses n'onJ

jamais requise ct a laquelle les jugcs fribourgfois n'ont

done point ete dans le cas de faire opposition. Le Tri··

bunal federal ne peut, des lors, qu'enoncer les principes

sur lesqucls devrait se baser Ia juridiction competentc,

si, a defaut d'accord entre parties, elle venait a etre

saisie, dans la suite, de conclusions formelles tendant a

determiner l'etcndue du droit a la reduetion.

Les prestations fournies par dame Jacquier, en echange

du domaine, sont constituces par Ia reprise de charges

reelles, par l'obligation de payer au disposant une rente

annuelle ct viagere de 1600 fr., et enfin par l'oetroi d'un

droit d'habitatiol1 et d'usage.

Au moment de l'abandon de biens, Georges Sugnaux

etait debiteur hypothCcaire de Marie Jacquier d'une

somme de 8500 fr., representant la moitie d'un assignat

cree eIi" faveur de son epouse predeeedee. Transmis libre

de toute charge (ensuite d'annulation dudit assignat

par voie de confusion vis-a-vis de Ia defenderesse et

d'acquittement envers un tiers), Ie domaine de Sugnaux

ne peut Hre considere comme cMe a sa valeur de rende-

ment integrale qu'a Ia condition de tenir compte, d'autre

part, a dame Jacquier, du fait que, par la-meme, sa

ereance de 8500 fr. s'est trouvee eteinte. A eette somme

s'ajoute eelle de 4500 fr., dont la defenderesse s'est

reconnue debitrice, en lieu et place de son pere, vis-a-vis

de Vve Isidore Sugnaux.

Sans meeonnaitre Ia portee eventuelle de diverses

cireonstances partieulieres, le Tribunal federa} a admis,

d'une fa.;on generale, dans son arret Braun, de ce jour,

auquel on peut se referer \ qu'en eas d'abandon de

biens, Ia valeur des prestations periodiques et via geres

assumees par le cessionnaire doit etre determince, non

• Voir le present volume, p. 93 et suiv.

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Erbrecht. N° 21.

pas en additionnant les sommes effectivement versees

jusqu'a la mort du beneficiaire, mais bien en capitali-

, sant la rente convenue, d'apres la duree de vie probable

du defunt. Au taux de 3 Y2 %, usuel a l'epoque, et sans

tenir compte d'elements speciaux, dont l'existence n'a

jusqu'ici pas He Hablie, comme dans l'affaire Braun, la

pension due a Georges Sugnaux correspondrait donc a

un capital d'environ 12000 Ir. Quant au droit d'habi-

tation et a la faculte donnee a Sugnaux de jouir, sa vie

durant, du mobilier, ils n'ont point fait l'objet d'une

estimation, en cours de procedure. Leur valeur, ajoutee

aux 25 000 fr. qui resultent des calculs ci-dessus (8500

+ 4500 + 12000), ne parait, en tout etat de cause,

pas devoir atteindre le prix du domaine, d'apres le

rendement obtenu a l'epoque. L'existence d'une « libe-

ralite l) reductible pour un quart doit, des lors, etre

constatee. Des raisons d'equite et le fait que la somme due

par dame Jacquier est, en definitive, peu elevee, com-

mandent, toutefois, de faire abstraction de depens.

Le Tribunal !ederal prononce:

Le recours est partiellement admis, le jugement

cantonal reforme et l'action en rectuction declaree fonde.e,

en principe, dans le sens des considerants qui precMent.

Le recours est rejete pour le surplus.

21. Extrait da l'arret da 1a. IIe Seotion oivila du aa ma.rs 19a5

dans la cause Kontandon contre Sohwaa.r et Kontandon.

Action en rapport. -

Il Y a liberalite partielle lorsqu'une

personne vend ou abandonne a l'un de ses heritiers un

immeuble rural contre des prestations sensiblement interieu-

res a la valeur de rendement du domaine.

Portee de l'expertise judiciaire pour la fixation de la valeur

. de rendement atteinte au moment de l'alienation.

Fritz-Abram Montandon est decede le 20 decembre

1924, laissant quatre enfants, parties au present proces.

Erbrecht. N° 21.

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Le 13 septembre 1924, il avait vendu a sa fille, dame

Schwaar-Montandon, la propriete agricole et viticole

de la Metairie sur Boudry, et a son fils Justin Montandon

le domaine de la Mossa pres Travers. La premiere vente

avait He conclue pour le prix de 75 000 fr., la seconde

pour le prix de 45 000 Ir. Montandon avait informe

trois jours plus tard, ses autres enfants de l'operation:

en ajoutant que les prix convenus lui paraissaient justes

et equitables.

L'Hablissement de l'inventaire de la succession a

donne lieu a diverses difficultes.

Par demande du 12 mars 1926, Arthur Montandon et

sa sreur Justine ont conclu a la restitution et au rapport

d'un certain nombre de biens par leurs co-heritiers. Dans

la mesure OU elle fait aujourd'hui l'objet du recours,

l'action tendait a ce que dame Schwaar soit condamnee a

payer a la succession 25 000 fr. et Justin Montandon

10000 fr., a titre de complement du prix de vente des

domaines de la Metairie, respectivement de la Mossa,

Je tout avec interets a 5% des le 13 septembre 1924.

Les demandeurs soutenaient que les prix faits Haient

inferieurs a la valeur reelle des proprietes et que les deux

ventes constituaient, des lors, des donations partielles

deguisees.

Le Tribunal cantonal du canton de Neuchatel a ecarte

les deux demandes, par jugement du 3 decembre 1927 ..... .

Arthur et Justine Montandon ont recouru en reforme

au Tribunal federal, dans le sens de l'admission des fins

de leur demande. I1s font valoir, essentiellement, que le

Tribunal cantonal devait se baser sur la valeur venale

de chaque domaine, et non sur sa valeur de rendement.

Considerant en droit:

Les dHendeurs ne peuvent etre astreints au rapport

que si les actes du 13 septembre 1924 constituent, par-

tiellement tout au moins, des liberalites.

Le Tribunal fMeral a debattu et tranche, dans deux

arrets du 15 mars 1928 (affaires Sugnaux contre Ja~quier