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37_II_608

BGE 37 II 608

Bundesgericht (BGE) · 1911-11-02 · Français CH
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B. Entsoheidungen des Bundesgeriohts als einziger

Zivilgeriohtsinstanz.

Arrets rendus par le Tribunal fadaral oomme

instanoe unique en matiere oivile.

Materiellrechtliche Entscheidungen. -

Arrets

snr le fond du droit.

Zivilstreitigkeiten zwischen Kantonen

und Korporationen oder Privaten. -

Dift'erends

de droit eivil entre cantons et corporations

ou particuliers.

89. Arret du 2 novembre 1911 dans ta canse

Buchs, dem., contre Etat da Fribourg, der·

Competence du Tribunal federal resultant de l'art. 48 chiff. 4

OJF. Action en dommages-interets pour arrestation ille-

gale; responsabilite de l'Etat qui a refuse l'autorisa-

tion de poursuivre son fonctionnaire en cause (loi fri-

bourO'eoise du 5 oct. 1850) : Arrestation d'nn pEll'e de famille a

raiso~ de son refns de payer une amende -

convertie en empri-

sonnement -

pour une absence scolaire illegitime de son en-

fant. Faute grave du fonctionnaire ordonnant la percep-

tion et la conversion en emprisonnement de l'amende prononcee

en violation manifeste des dispositions legales y relatives

(Reglement des ecoles primaires, art. 39 et 46). Pertinence de

cette faute pour le dommage cause au demandeur, la preuve

etant fournie que l'amende n'aurait pas ete prononcee si la pro-

cBdure legale avait ete suivie. Ne constitue pas une faute

Streitigkeiten zwischen Kantonen u. Korporationen oder Privaten: N° 89. 600'

propre du demandeur le fait de s'etre Iaisse arreter plutöt

que de payer l'amende injustifiee contre laquelle aucune voie

normale de recours ne lui etait ouverte. Le ({ dommage » pom'

lequel, aux termes de la loi precitee, l'Etat de Fribourg est res-

ponsable comprend aussi bien le dommage moral que le dom-

magemateriel. Evaluation dudommage materiel et 80110-

eation d'une indemnite satisfactoire a raison de l'at-

teinte portee a la situation personnelle du demandeur.

A. -

En 1910 le fils du demandeur, Henri Buchs, etait

eleve de l'eeole primaire eommunale de Villars s. Glane; il y

suivait l'enseignement religieux, branche seolaire obligatoirer

qui etait donne par le eure Singy. Suivant l'horaire de

dasse l'instruetion religieuse etait donnee le jeudi apres-

midi, mais le eure Singy renvoyait frequemment eette 1e De l'ensemble de ces faits on peut conclure

que, si Ia procedure legale avait ete suivie -

c'est-a-dire si Ie

lieutenant de prefet n'avait pas statue sur Ie vu d'une liste

d'absence irregulierement transmise -

Ia peine que le de-

mandeur a subie ne Iui aurait pas ete infiigee. TI y a done

relation de cause a effet entre Ia faute grave relevee a la

charge du lieutenant de preiet et le dommage dont se plaint

le demandeul'.

L'Etat de Fribourg allegue encore que 1e demandeur au-

rait pu eviter ce dommage en payant l'amende reclamee et

en adressant ensuite un recours a l'autorite competente, soit

a Ia Direction de l'Instruction publique.

Le demandeur aurait pu sans doute pl'endre ce parti qui

aurait peut-etl'e ete le plus avantageux; mais on ne saurait

cependant lui faire un reproche de n'avoir pas procede ainsi.

La Direction de l'Instruction publique exerce Ia haute sur-

veillance en ee qui concerne l'application de Ia loi sur l'ins-

truction primaire (art. 62), mais on ne peut Ia considerer

comme une instance reguliere de recours. Le Reglement ne

prevoit pas qu'on puisse recourir contre Ies amen des scolaires

et le defendeur admet lui-meme que Buchs devait commen-

cer par payer l'amende et pouvait seulement en solliciter

ensuite le remboursement. Le mandat d'arret ne prevoyait

que deux alternatives: payer ou subir une detention; il ne

mentionnait pas Ia faculte de reeourir. On ne peut done pas

faire un grief au demandeur de s'etre laisse arreter plutöt

que de payer une amende qu'il regardait comme injustifi.ee

et contre Iaquelle ancune voie normale de recours n'etait

ouverte.

4. -

L'action du demandeur etant fondee en principe, il

reste a determiner la quotite des dommages-interets auxquels

Ha droit.

Par Ie fait de l'arrestation il s'est trouve empecM pendant

un jour et demi de vaquer a ses affai1'es; le dommage qu'il a

subi de ce ehef peut etre estime ä 50 fr. Il pretend de plus

avoir perdu une partie de sa clientele a Ia suite des faits

Streitigkeiten zwischen Kantonen u. Korporationen oder Privaten. No 89. 615

exposes ci-dessus. Mais il n'en a pas rapporte Ia preuve et

ses allegations sur ce point man quent de vraisemblanee.

En sus de Ia reparation du dommage materiel il a droit ä.

une indemnite equitable ä. raison de l'atteinte portee a sa

situation personnelle; Ia loi f1'ibourgeoise du 5 octobre 1850,

il est vrai, porte simplement que l'Etat est responsable du

dommage cause par le dol et par Ia faute grave de ses fone-

tionnaires et elle ne specifie pas ce qu'on doit entendre par

le terme «dommage»; mais le Tribunal federal a dejll eu

l'oceasion (v. notamment arret du 9 decembre 1887, Python

c. Fribourg) de definir ce terme et il a juge qu'il eomprend

aussi bien le dommage moral que le dommage materiel. 01' il

est incontestable que Ie demandeur a ete blesse dans son

sentiment de l'honneur par l'arrestation et la detention injus-

tifiees qu'il a subies; il convient des 10rs de lui aUouer de ce

chef une indemnite satisfaetoire dont le montant peut etre

fixe, ex acquo cl bono, a 250 fr.

Par ces motifs,

Le Tribunal federal

prononce:

L'Etat de Fribourg est condamme a payer au demandeur

Ia somme de trois cents francs (300 fr.) avec interets a 50/0

des le 21 octobre 1910.

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