Sachverhalt
remontant au 28 juin 1939.
Ohevallier etait ainsi en principe, pour les infractions
a la LA, justiciable des tribunaux ordinaires. Mais comme,
en l'occurrence, l'infraction etait manifestement en relation avec sa situation militaire -
ce que le Ministere public
neuchatelois releve lui-meme, -
Ohevallier ne pouvait,
en vertu de l'art. 219 al. 2 OPM, etre defere aux tribunaux
ordinaires qu'avec l'autorisation du Departement militaire federal. Aussi bien le Procureur general a-t-il pris
soin de demander cette autorisation en vertu de l'art. 219
al. 2. C'est en invoquant le droit que lui confere cette
meme disposition que le Departement militaire federal
a refuse l'autorisation de poursuivre. Or, lorsque, comme
en l'espece, les conditions de l'art. 219 sont incontestablement realisees, l'application de cette disposition ne
peut pas donner lieu a un conflit de competence, ni faire
par consequent l'objet d'ml recours au Tribunal federal,
fonde sur l'art. 223 OPM (cf. TRÜSSEL, Revue penale
suisse 1926, p. 155; KIRCHHOFER, id. 1932, p. 26). Sans
doute la decision du Departement militaire federal a-t-elle
pour effet de soustraire le delinquant a la juridiction
ordinaire. Ce n'est pas toutefois pour le motif qu'il ne
releverait pas de cette juridiction, mais de la juridiction
militaire. C'est parce que la competence des tribunal lX
ordinaires, qui seule d'ailleurs peut entrer en ligne de
compte, est precisement subordonnee a l'autorisation du
Departement militaire federal, que ce dernier estime etre,
dans le cas particulier, en droit de refuser. L'autorisation
de l'art. 219 al. 2 est une condition (Prozessvoraussetzung)
speciale, a la quelle la legislation federale, en vertu de
son pouvoir derogatoire a l'egard de la Iegislation eanto-
Kornpetenzausscheidung zwischen Zivil- und Militärgerichtsbarkeit. N° 43. 261
nale et en tant que lex specialis a l'egard de la Iegislation
federale ordinaire, subordonne la poursuite penale (cf.
TRÜSSEL, 10c. cit. p. 155; KIRCHHOFlilR, 10c. cit. p. 26;
HAFTER, Motifs de l'avant-projet du CPM, p. 207).
Le present recours est ainsi irrecevable. Il est en effet
dirige contre le refus du Departement militaire federal
d'accorder l'autorisation prevue a l'art. 219 al. 2. Le
Ministere public neuchatelois estime ce refus illegal parce
qu'il part de l'idee que, des qu'il est etabli que l'infraction
releve de la juridiction ordinaire, le Departement militaire fedeml a l'obligation d'accorder l'autorisation. Cette
maniere de voir est certainement erronee. Elle serait
inconciliable avec la notion meme d'autorisation et
enleverait en realite a la disposition en cause toute signification et toute portee. Le but de Part. 219 est de permettre au Departement militaire federal de soustraire
un militaire, pour des raisons d'interet militaire, a une
poursuite penale devant la juridiction ordinaire, alors
meme que l'existence d'une infraction relevant de cette
juridiction est comme teIle incontestable (cf. TRÜSSEL,
loe. cit. p. 156; KIRCHHOFER, loe. cit. p. 25/26). Il n'appartient pas, au surplus, au Tribunal federal de se prononcer
sur la porMe du droit que l'art. 219 al. 2 confere au Departement militaire. federal. Il Iui suffit, pour decliner sa
propre competence, de constater qu'll n'y a pas conflit
entre la juridiction ordinaire, d'une part, et la juridiction
miIitaire, d'autre part, cette derniere ne revendiquant
pas et n'ayant jamais revendique le droit de connaitre
de l'infraction en cause.
Volltext (verifizierbarer Originaltext)
43. Extrait de l'arret du 22 decembre 1939
dans la cause Procureur general du Canton de Neuchätel
contre Departement militaire federn I.
Lorsque le Departement militaire federal refuse d'autoriser la
poursuite d'un militaire devant la juridiction ordinaire, en
vertu de l'art. 219 CPM, il n'y a pas confIit de competence
permettant de reoourir au T.F. en vertu de l'art. 223 CPM.
AS65I-1939
17
258
Staatsrecht.
Wenn das eidgen. Militärdepartement di~ E~äch~igung zur .Verfolgung einer Militärperson durch die burgerhchen Gench~e
gestützt auf Art. 219 MStG ablehnt, entsteht dadurch kern
Kompetenzkonflikt, der im Sinne von ~t. 223 MStG den
Rekurs an das Bundesgericht eröffnen wurde.
Se il Dipartimento militare federale rifiuta, in .v:irtu deli'art:
219 CPM, l'autorizzazione di perseguire un m~htare. davantl
aHa giurisdizione ordinaria, non sorge un confhtto dl compe:
tenza che consenta di ricorrere al Tribunale federale a,'sensl
deH'art. 223 CPM.
A. -
Roger Chevallier, piollilier a la cp. av. 1 motorisee, faisant le 26 juin, a La Chaux-de-Fonds, une course
de service sur motocyclette, entra en collision avec une
automobile conduite par Dame Henriette Taillard, sage-femme a La Chaux-de-Fonds. L'accident se produisit a
l'intersection des rues Leopold-Robert et de la Fusion.
Chevallier fut blesse. Dame Taillard n'eut aucun mal.
Les deux machines furent endommagees.
La police cantonale denon9a Chevallier et Dame Taillard
pour avoir contrevenu, le premier a l'art. 27 et la seconde
a l'art. 25 LA.
Saisi de l'affaire, le Procureur general du Canton de
NeuchateI demanda au Departement militaire federal,
conformement a l'art. 219 al. 2 CPM, d'autoriser la poursuite devant les tribunaux ordinaires de l'infraction
reprochee a Chevallier, les infractions a la LA n'etant
pas prevues par le CPM et relevant en consequence, en
vertu de l'art.219 al. 1, de la juridiction ordinaire.
Le Cdt reg. av. 1 ordonna une enquete en compIement
de preuves (art. 108 al. 3 OJPPM). Le Juge d'instruction
militaire de la 2e division arriva a la conclusion que
Chevallier n'avait commis aucune infraction a la LA.
Par lettre du 27 octobre 1939, le Departement militaire
federal informa le Procureur general du Canton de Neucha.-
tel que, vu le rapport du Juge d'instruction et conformement a I'art. 219 al. 2 CPM, l'autorisatioll de deferer le
prevenu Chevallier aux tribunaux ordinaires ne pouvait
etre accordee.
B. -
Le l er novembre 1939, le Procureur general, se
Kompetenzausscheidung zwischen Zhil. und l\:Iilitärgerichtsbarkeit. N0 43. 259
fondant sur l'art. 223 CPM, recourut au Tribunal federal
pour faire annuler le rapport du Juge d'instruction et
declarer les tribunaux penaux neuchatelois competents
pour juger l'infraction commise par Chevallier.
G. -
Le Departement militaire federal a concIu a
l'irrecevabiliM et subsidiairement au rejet du recours.
Extrait des motifs :
L'art. 223 CPM, sur lequel le Procureur general du
Canton de Neuchatel pretend fonder le present recours,
s'applique aux conflits de competence entre la juridiction
ordinaire et la juridiction militaire. Il ne peut etre question,
en l'espece, d'un tel conflit. On se trouve dans l'eventualiM prevue et reglee a l'art. 219 CPM. D'apres cette disposition, les personnes soumises au droit penal militaire
restent justiciables des tribunaux ordinaires pour les
infractions non prevues par le CPM. Toutefois, si l'infraction est en relation avec la situation militaire du delinquant, la poursuite ne peut avoir lieu qu'avec l'autorisation du Departement militaire federal, le cas echeant
du commandant en chef de l'armee. Or Chevallier est
prevenu d'avoir, alors qu'il etait en service militaire et
pendant une course de service, enfreint les prescriptions
de la LA. Les infractions a cette loi ne sont pas prevues
par le CPM. Elles relevent par consequent, d'apres
l'art. 219, des tribunaux ordinaires, meme lorsqu'elles
ont eM commises par une personne a la quelle, comme
c'etait le cas pour Chevallier, le droit penal militaire est
par ailleurs applicable.
Par arreM du 17 novembre 1939 etendant la competence de la justice militaire pendant le service actif
(ROLF, 1939 p. 1477), le Conseil federal a apporte une
derogation a l'art. 219 CPM precisement en ce qui concerne
les infractions a la LA. Il a decide que, lorsqu'elles sont
commises par des personnes qui se trouvent en service
militaire ou portent l'uniforme, elles sont soumises a la
juridiction militaire. Mais, bien qu'ayant effet retroactif
260
Staatsrecht.
(art. 2), cet arrete, edicte en vertu des pouvoirs extraordinaires accordes au Conseil federal par l'aueM federal du
30 aout 1939 (ROLF 35, p. 781), ne s'applique, comme le
precise d'ailleurs son article 1 er, qu'aux infractions commises pendant le service actif actuel. Il n'est donc pas
applicable dans le cas particulier, OU i1 s'agit de faits
remontant au 28 juin 1939.
Ohevallier etait ainsi en principe, pour les infractions
a la LA, justiciable des tribunaux ordinaires. Mais comme,
en l'occurrence, l'infraction etait manifestement en relation avec sa situation militaire -
ce que le Ministere public
neuchatelois releve lui-meme, -
Ohevallier ne pouvait,
en vertu de l'art. 219 al. 2 OPM, etre defere aux tribunaux
ordinaires qu'avec l'autorisation du Departement militaire federal. Aussi bien le Procureur general a-t-il pris
soin de demander cette autorisation en vertu de l'art. 219
al. 2. C'est en invoquant le droit que lui confere cette
meme disposition que le Departement militaire federal
a refuse l'autorisation de poursuivre. Or, lorsque, comme
en l'espece, les conditions de l'art. 219 sont incontestablement realisees, l'application de cette disposition ne
peut pas donner lieu a un conflit de competence, ni faire
par consequent l'objet d'ml recours au Tribunal federal,
fonde sur l'art. 223 OPM (cf. TRÜSSEL, Revue penale
suisse 1926, p. 155; KIRCHHOFER, id. 1932, p. 26). Sans
doute la decision du Departement militaire federal a-t-elle
pour effet de soustraire le delinquant a la juridiction
ordinaire. Ce n'est pas toutefois pour le motif qu'il ne
releverait pas de cette juridiction, mais de la juridiction
militaire. C'est parce que la competence des tribunal lX
ordinaires, qui seule d'ailleurs peut entrer en ligne de
compte, est precisement subordonnee a l'autorisation du
Departement militaire federal, que ce dernier estime etre,
dans le cas particulier, en droit de refuser. L'autorisation
de l'art. 219 al. 2 est une condition (Prozessvoraussetzung)
speciale, a la quelle la legislation federale, en vertu de
son pouvoir derogatoire a l'egard de la Iegislation eanto-
Kornpetenzausscheidung zwischen Zivil- und Militärgerichtsbarkeit. N° 43. 261
nale et en tant que lex specialis a l'egard de la Iegislation
federale ordinaire, subordonne la poursuite penale (cf.
TRÜSSEL, 10c. cit. p. 155; KIRCHHOFlilR, 10c. cit. p. 26;
HAFTER, Motifs de l'avant-projet du CPM, p. 207).
Le present recours est ainsi irrecevable. Il est en effet
dirige contre le refus du Departement militaire federal
d'accorder l'autorisation prevue a l'art. 219 al. 2. Le
Ministere public neuchatelois estime ce refus illegal parce
qu'il part de l'idee que, des qu'il est etabli que l'infraction
releve de la juridiction ordinaire, le Departement militaire fedeml a l'obligation d'accorder l'autorisation. Cette
maniere de voir est certainement erronee. Elle serait
inconciliable avec la notion meme d'autorisation et
enleverait en realite a la disposition en cause toute signification et toute portee. Le but de Part. 219 est de permettre au Departement militaire federal de soustraire
un militaire, pour des raisons d'interet militaire, a une
poursuite penale devant la juridiction ordinaire, alors
meme que l'existence d'une infraction relevant de cette
juridiction est comme teIle incontestable (cf. TRÜSSEL,
loe. cit. p. 156; KIRCHHOFER, loe. cit. p. 25/26). Il n'appartient pas, au surplus, au Tribunal federal de se prononcer
sur la porMe du droit que l'art. 219 al. 2 confere au Departement militaire. federal. Il Iui suffit, pour decliner sa
propre competence, de constater qu'll n'y a pas conflit
entre la juridiction ordinaire, d'une part, et la juridiction
miIitaire, d'autre part, cette derniere ne revendiquant
pas et n'ayant jamais revendique le droit de connaitre
de l'infraction en cause.