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49_II_208

BGE 49 II 208

Bundesgericht (BGE) · 1923-01-01 · Français CH
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Obliptionenreeht. N0 29.

29. Arrit da 1a Ire Section eivUe du a ma.i 19aa

dans la cause Perregaux-Dielf contre SJ21clicat des Scieura

NeuchAte101s.

Le pouvoir d'accomplir des actes juridiques pour autrui

peut s'inferer de l'attitude du represente. Lorsque ce der-

nier est une societe cooperative qui a distribue a ses membres

un formulaire de contrat portant que celui-ci est passe

en son nom, le tiers auquel ce formulaire est presente est

autorise en principe a admettre l'existence d'un pouvoir

de representation regulier. Conditions du contrat de reprise

de dette.

A. -

Le Syndicat des Scieurs Neuchatelois est

une societe cooperative ayant pour but « Ia centra-

lisation et l'achat des bois en grume pour tous les socie-

taires, l'unification des tarifs de vente des sciages et

des conditions de credit et d'escompte, la sauvegarde

des inter~ts communs de tous les societaires ainsi que,

si possible, une entente avec les syndicats similaires

de Ia Suisse.» Il est expressement prevu «qu'A cet

effet, la societe peut, plus speeialement, faire tous achats

et toutes ventes de bois, de for~, de domaines boises,

les exploiter, ou faire toutes ~ operations industrielles,

commerciales et financieres se rattachant directement

ou indirectement au comme~ce ou au sciage des bois,

venir en aide aux societaires, leur faciliter en parti-

culier l'ecoulement de leurs stocks de sciages.»

Il a fait imprimer des fonnulaires de contrat sous

Ia fonne suivante:

« Syndicat des Scieurs Neuchätelois a Neuchatel.

Marche

» Entre les soussignes, savoir:

» D'une part M .....; ............ vendeur.

» D'autre part, le Syndicat des Scieurs Neuchäte-

lois a Neuehatei, ici represente par M .......... .

acheteur de:

Obligationenrecht. N° 29.

209

» Situation de la coupe et cube approximatif ....

» Prix ......................................... .

» Paiement ..................................... .

» DeIai de livraison .............................. .

» Observations ................................. .

» Ainsi fait en tripie ä ........................... .

le ........................., un exemplaire etant

mis ä la disposition du vendeur.

» Le vendeur: .........

L'acheteur:

(pour le Syndicat des Scieurs Neuchatelois).

Au verso du fonnulaire, sous le titre: Conditions

generales, figure entre autres Ia disposition suivante:

«Le vendeur se declare dispose A traiter avec tout

seieur, membre du Syndicat auquel les bois dont il

est fait mention dans le present contrat pourraient

~tre livres.»

B. -

Le 17 juin 1920, des exemplaires de ce for-

mulaire ont eM utilises par E. Bura pour un marche

passe avec le demandeur Perregaux-Dielf, marche par

lequel ce dernier s'engageait A livrer environ.280 mD

de bois en grume au prix de 65 fra le mS• Ces formu-

laires ont ete completes comme suit: «Entre les sous-

signes, savoir, d'une part M. Perregaux-Dielf aux Gene-

veys si Coffrane, vendeur, d'autre part le Syndicat

des Scieurs Neuchatelois, ä Neuchätel, iei represente

par M. Emile Bura, Neuehatei, acheteur de ...... .

etc. » Sous l'inscription : «Le vendeur », figure la signa-

ture: «Emile Perregaux-Dielf»; sous la mention:

(L'acheteur (pour le Syndieat des Scieurs NeucM-

telois»), la signature suivante: « ppon. Emile Bura,

S. Herren.»

Un second marche a ete sigue par les m~mes le 17

janvier 1921, egalement sur 'le m~me formulaire. Il

partait sur environ 330 mS de bois de sapin «prove-

nant de Ia conuuune de Coffrane, coupe d'automne

210

Obligatioilenreebt. N° 29.

1920 », aux prix de 54 fr. le ml rendu a Valangin» et

57 fr. « rendu a Neuchätel. »

En execution du premier marche, il a ete· livre a

Bura, de juillet a decembre 1920, 365,90 m3 de bois

valant 23 785 fr. 50, pour lesquels Bura a remis a Perre-

gaux des effets de change. Au moment de l'ouverture

de l'action il restait impaye un billet de 5000 fr. au

31 decembre 1921, sigue par Bura.

Le 29 janvier 1921, quelques jours par consequent

apres la conclusion du second marche, mais avant

son execution, Perregaux a fait ecrire au Syndicat

pour lui demander de « se porter codebiteur solidaire

des obligations souscrites par M. Emile Bura. » « Cette

solidarite, disait-ll, semble aller de soi, puisque c'est

vous-m~mes qui vous ~tes portes acheteurs dans les

marches. » n s'etonnait que le Syndicat n'etlt pas ega-

lement sigue les billets a Iui remis par Bura et preten-

dait que s'il avait accepte (I cette substitution de debi-

teur », e'etait pour la raison « qu'on lui avait toujours

dit que le Syndicat etait garant du paiement.»

« En second lieu, ajoutait la lettre, et s'agissant du

second marche, je vous demande egalement d'inter-

venir comme eodebiteurs solidaires, mon client refu-

sant de .livrer le bois avant que sa situation de crean-

eier ne lui ait ete tout a fait garantie. »

Plusieurs lettres ont alo)'S ete echangees entre Per-

regaux et le Syndicat. 11 en resulte, d'une part, que

le Syndicat maintenait formellement l'opinion qu'll

n'etait aueunement engage dans le premier marche

et n'avait pas a repondre du solde impaye, d'autre

part, qu'll finit par consentir a prendre a sa charge

comme acheteur (lettres du Syndicat des 29 mars,

et 12 avril 1921) les 330 m8 de bois du second marche,

a la condition que ces bois ne seraient livres soit a Bura

soit a d'autres membres du Syndicat qu'ensuite d'une

autorisation expresse de sa part.

Le demandeur, de son cöte, tout en persistant a

soutenir que le Syndicat etait partie au contrat pour

Obligationenrecht. No 29.

21t

les deux marches, a neanmoins accepte la proposition

du Syndicat en ce qui conceme l'execution du second

marche (lettre du demandeur du. 11 avril 1921).

Le 14 avril 1921, le Syndicat a done avise Perre-

gaux qu'll l'autorisait a livrer a Bura 100 m3 de bois.

« Il restera donc, ajoutait-ll, 230 m 3 en foret que

M. Perregaux s'engage a ne voiturer que sur notre

consentement. »

Le 30 mru 1921, Perregaux a fait savoir au Syndi-

cat qu'll avait livre a Bura 120 ml de bois. Le Syndi-

cat Iui fit alors immMiatement observer qu'il ne l'avait

autonse a livrer a Bura que 100 m3 et qu'il lui ferait

savoir a breve echeance s'il pourrait continuer les livrai-

sons au dit Bura. En fait, le Syndicat n'a plus donne

d'autorisation pour les livraisons a Bura et a m~e

decline expressement toute responsabilite (lettre du

2 decembre 1921) pour les 20 m3 de bois que Perre-

gaux disait avoir livres en sus des 100 m3 prevus. Par

contre, et du consentement du Syndicat, 100 m 3 de

bois ont ete par la suite livres par Perregaux a sieurs

Sauser et Colomb.

Le 1 er fevrier 1922, le Syndicat a ecrit au conseil

de Perregaux: Cl qu'ensuite du desistement de M. Lueien

Boillon (auquelle solde des bois avait primitivement

ete cMe) les bois Perregaux-Dielf restant encore en

foret (74,63 m3) sont repris par la maison Sauser et

Colomb. »

Perregaux a repondu par une lettre du 6 fevrier

1922 contenant notamment le passage suivant:

« Comme vous le savez, M. Perregaux a deja livre sur

le marche environ 50 m3 a votre soeietaire M. Emile

Bura. En tenant compte de ces 50 m3 le solde a livrer

serait bien de 74,63 m3; si, par contre, le Syndicat

ne veut pas prendre a sa charge le paiement de ces

50 m3 livres a votre societaire prenomme, comme il

en a manifeste l'intention, le solde a livrer serait alors

de 124,363 m3• »

Par lettre du 13 fevrier 1922, le Syndicat a main-

212

Obligatlonenrecht. N° 29.

tenu que le solde des bois a livrer s'elevait a 74,63 m3,

de sorte qu'il ne devait plus a Perregaux que 353 ir. 90,

le decompte s'etablissant comme suit:

100 m3 livres a Bura. . . . . .

Fr.

5400,-

100 m3 livres a Sauser et Colomb .

»

5700,-

74,63 m3 a livrer aux m~mes .

»

4253,90

Total.

Fr. 15353,90

dont a deduire. . . . . . . .

»

15000,-

Solde. . . . . . Fr.

353.90

C. -

Par demande du 4 avril 1922, Emile Perre-

gaux-Dielf a ouvert action contre le Syndicat des Scieurs

Neuchätelois en concluant a ce qu'i1 plaise au Tribu-

nal:

10 Condamner Ie Syndicat des Scieurs Neuchäte-

lois a payer a M. Emile Perregaux-Dielf Ia somme

de 5028 fr. 45 avec int~r~ts 6 0/0 des Ie 1 er janvier 1922

(seion fait 9 de la demande).

20 Donner acte au Syndicat defendeur que le de-

mandeur lui bonifiera le montant du dividende qui Iui

reviendra cas echeant dans Ia liquidation Emile Bura.

30 (Retire.)

40 Condamner en outre le Syndicat defendeur a

payer au demandeur la somme de 3343 fr. 85 (seion

fait 16 de la demande) avec inter~ts 6 010 des l'intro-

duction de la demande.

>

50 Subsidiairement et pour lecas Oll la conclusion

4 ne serait pas admise: .

a) Donner acte au Syndicat defendeur que le deman-

deur tient a sa disposition 130 m3 de bois a 57 fr.

le m3 pour solde du marche du 17 janvier 1921.

b) Condamner le dit Syndicat a payer la somme

de 3510 fr. avec inter~t 6 0/0 des l'introduction de

l'action pour solde du marche du 17 janvier 1921.

6° Condamner le Syndicat defendeur aux frais et

depens de l'action.

Se prevalant des termes des contrats, le demandeur

soutenait en substance que ces derniers avaient eM

Obligatlonenrecht. _N° 29.

2-13

passes, par Bura sans _ doute, mais au nom et pour le

comptedu Syndicat et que ce dernier etait en conse-

quence tenu de payer le prix con;venu, c'est-a-dire:

a) le solde encore dft sur le premier matche, -savoir

le montant du billet Bura de 5000 fr. et _les frais, ce

sous reserve du dividende y afferent dans la faillite et

que le demandeur s'engageait a bonifier au Syndicat;

b) le montant non encore verse du total de la -valeur

de 330 m3 de bois faisant l'objet du second marche,

qu'll fixait a 3343 fr. 85 suivant le compte ci-apres:

155,37 m3 livres a Bura. . . . .

Fr.

8389,95

100 m3 livres a Sauser et Colomb .

»

5700,-

74 ml solde a disposition. . .

»

4253,90

Total

Fr. 18343,85

dont a deduire, acompte re/(u .

»

15000,-

_ - Solde

.

Fr. 3343,85

subsidiairement a ce dernier chef de conclusions, -la

somme de 3510 fr., representant la valeur de 130 m3 de

bois.

Le Syndicat des Scieurs Ne~chätelois a offert de

payer au demandeur pour solde -de compte la somme

de 353 fr. 90 et conclu pour le surplus au rejet de la

demande.

II soutenait qu'aux termes de ses statuts, i1 ne pou-

vait ~tre engage que par la signature collective de

deux membres de son conseil de direction ou par la

signature apposee' collectivement par l'un des mern-..

bres du conseil de direction et le gerant; qu'en l'espece

les contrats n'etant pas rev~tus de ces signatures ne

pouvaient

~tre invoques contre lui; qu'au surplus,

a supposer m~me que le demandeur ait eu un droit

contre le Syndicat en raison de l'emploi par Bura du

formulaire, il raurait en tout cas perdu en acceptant

et en renouvelant des effets de change signes par Bura

seul; qu'en ce qui concerne, d'autre part, le second

marche. il avait eM expressement convenu que le Syn-

AS 49 II -

1923

15

214

ObHgationenreeht. N° 29.

dicat n'en repondrait qu'a la condition que Perregaux

ne livrät aucun lot de bois sans l'autorisation du Syndi-

cat; que cette autorisation n'avait ete donnee. que

pour 100 mB et que par consequent les 55,37 mB livres

en trop a Bura devaient ~tre deduitsdu total de 330 m S,

qu'enfin le demandeur n'etait m~me pas en droit d'offrir

de les livrer, attendu que le marche portait sur une

coupe de bois individuellement determinee.

Par jugement du 5 janvier 1923, le Tribunal canto-

nal de Neuchätel a declare mal fondees les concIusions

1,2 et 4 de 1a demande, mais « partiellement bien fondre

la conclusion subsidiaire 5 de la demande, en ce, sens

qu'il est donne acte aux parties que Perregaux-Dielf

tient a la disposition du Syndicat des Scieurs Neucha-

telois 130 mS de bois formant le solde du marche du

17 janvier 1921 et cela aux conditions stipulees dans

le contrat de vente, le Syndicat restant tenu pour ce

solde dans les conditions du contrat precite.»

Quant aux frais elle les a repartis dans la propor-

tion des deux tiers a la charge du demandeur et d'un

tiers a la charge du defendeur.

Le demandeur a recouru en reforme en concluant

a ce qu'il plaise au Tribunal federal lui adjuger egale-

ment ses conclusions Nos 1, 2 et 4.

Le defendeur s'est joint au recours en concIuant

a ce qu'il plaise au Tribun~ federal declarer non fon-

dees non seulement les conclusions N°s 1, 2 et 4 de

la demande mais egalement le chef de conclusions

N0 5 et subsidiairement « reduire de 55,17 mS le solde

du marche dont il resterait a prendre livraison.»

Considerant en droit :

1. -

Il est sans doute exact qu'a teneur de l'ins-

cription qui figure au registre du commerce, le Syndi-

cat des Scieurs Neuchätelois, societe cooperative, ne

peut ~tre engage que par « la signature collectiv~ de

deux membres du conseil de direction ou par la slgna-

Obligatlonenreeht. N° 29.

215

ture apposee collectivement par run des membres

du conseil de direction et le gerant », tandis que les

contrats qui ont donne lieu au present litige ne por-

tent que la signature de Bura ou plus exactement celle

de Herren qui a signe en vertu d'une procuration du-

dito Contrairement ä. l'opinion de l'instance cantonale,

on ne saurait cependant deduire de ce seul fait que

les actes en question n'aient pas cree d'obligations

a la charge du' Syndicat, car de m~me que les person-

nes physiques, les personnes morales peuvent con-

clure un contrat soit en le negociant directement et

personnellement, autrement dit, par l'entremise de

leurs organes competents, soit par l'intermediaire

d'un tiers qu'elles auraient specialement charge de

traiter en leur nom. Ce qu'il importe donc de recher-

cher en l'espece, ce n'est pas si Bura ou Herren (lequel

se trouvait ~tre a ce moment-la president du conseil

de direction) pouvaient de par la loi ou les statuts,

engager le Syndicat par leur seule signature, mais

si, dans le cas particulier, Bura n'etait pas au bene-

fice de pouvoirs speciaux lui permettant de conclure

au nom du Syndicat. Or cette question doit ~tre tran-

chee par l'affirmative. Le pouvoir d'accomplir des

actes juridiques pour autrui peut resulter d'une decla-

ration donnee par le represente soit au representant soit

au tiers directement, mais elle peut egalement s'infe-

rer de l'attitude du represente, et si cette attitude

a He teIle que le tiers pouvait legitimement supposer

l'existence du rapport de representation allegue, c'est

en vain que le represente viendrait apres coup con-

tester l'existence du pouvoir. Or tel etait precise-

ment le cas en l'espece. Le Syndicat n'a pas conteste

avoir fait imprimer les formulaires de contrat; il n'a

pas allegue d'autre part que Bura se les fut indftm~nt

appropries et il y atout lieu de supposer au contr~~e

que ces formulaires avaient et{~ etablis pour les SOCle-

taires et qu'ils Haie nt a leur disposition. D'autre part,

216

Obligationenrecht. NI! 29;

il est non moins certain que les formulaires etaient

conc;us en termes tels qu'il ne pouvait y avoir aUCUJil

doute sur la personnalire des parties contractantes.

Il y etalt expressement prevu que le {(marche » etait

passe

« entre les soussignes,

savoir, d'une part,

M ................................. vendeur» ef « d'autre part, le

Syndicat des Scieurs Neuchatelois, a Neuchatei, ici

represenre par M ....................., aeheteur de ................ ».

L'espace_ menage pour la signature etait surmonre

de la mention:

(e Pour le Syndicat des Scieurs Neu-

chatelois»,

figurant elle-mme sous l'inscription:

« L'acheteur ». Enfin il n'etait pas jusqu'a la dispo-

sition des « eonditions generales» ci-dessus reproduite

qui ne montrait que c'etait bien avec le Syndicat que

le contrat etait conelu. En faisant ainsi imprimer ces

formulaires, en les disiribuant a ses membres, le Syn-

dicat eveillait donc necessairement chez les tiers l'idee

que le porteur du formulaire, pour peu qu'il fut membre

du Syndicat, avait l'autorisation de traiter pour lui

(cf. arr~t du 23 mai 1922 dans la cause Leuppi c. Schle-

gel) et il ne pourrait par consequent se soustraire aux

obligations souscrites en son nom qu'en tant qu'il

aurait prouve que les tiers, .c'est-a-dire en l'espece

le demandeur, savaient ou devaient savoir que celui

qui s'etait donne pour son -representant n'avait pas

les pouvoirs necessaires ou que ces pouvoirs etaient

subordonnes ades conditions non realisees. Or Ie Syn-

dicat n'a rapporte aucune preuve a ce sujet et il n'y

a d'ailleurs aucune raison de suspecter la bonne foi

du demandeur. En exigeant de ce dernier la preuve

que les formulaires de contrat lui avait ere remis par

deux membres du conseil de direction, l'instance can-

tonale a donc evidemment meconnu les regles qui

president a la repartition du fardeau de la preuve.

On doit des lors admettre qu'il n'etait pas necessaire

d'une ratification des contrats par le Syndicat et que

les droits et obligations decoulant desdits ont au con-

Obligationenrecht. Nil 29.

217

traire passe immediatement an Syndicat du seul fait

de leur conclusion (art. 32 CO).

2. -

Pour ce qui est du premier contrat on pour-

rait, il est vrai, se demander si les rapports ainsi etabhs

entre le demandeur et Ie Syndicat n'ont pas ete modi-

fies par la suite. Le fait que les livraisons ont ete effec-

tuees a Bura ne saurait en tout cas suffire pour justi-

fier Ia liberation du Syndicat. Si l'on admet, en effet,

que Bura avait qualite pour signer le contrat, on doit

en conclurequ'il avait egalement le pouvoil' de fixer

le lieu de la livraison. Mais etant donnees les condi·

tions Oll il est intervenu, on peut en dire de m~me aussi

du fait que le demandeur a accepte des billets de Bura.

II est exact qu'en signant ces billets, Bura s'est engage

a s'acquitter du prix du marche, mais on ne saurait

toutefois pretendre qu'il soit resulte de ce seul fait,

non plus d'ailleurs que de l'acceptation de ces billets

ou du paiement du premier o'entre eux, un change·

ment dans la personne du debiteur primitif de l'obli-

gation. Le contrat de reprise de dette (art. 176 CO)

suppose en effet qu'il yait eu soit de la part du repre-

nant soit de la part de l'ancien debiteur une offre de

substituer le premier au second et que cette offre

ait ete acceptee par le creancier. Or s'il est vrai que

le demandeur a bien accepte sans reserves le paiement

du premier billet, il reste toutefois que ni le Syndicat

ni Bura n'ont jamais offert au demandeur de COl1-

sentir ä. la reprise' de dette. Si tant est par conse-

quent qu'on puisse parler d'un engagement de Bura,

ce ne serait en tout cas qu'un engagement qui n'aurait

faH que s'ajouter a celui du Syndicat. Peu importe

d'ailleurs que le demandeur ne se soit pas exactement

rendu compte de la natute des droits qu'il avait envers

le Synaicat et qu'il ait m~me ä. un moment donne

demande au Syndicat de « se porter codebiteur soli-

~aire de la dette de Bura »; la seule chose qu'on puisse

mferer de cette demarche, c'est que le demandeur,

218

Obligationenreeht. N° 28.

comme il l'a d'ailleurs declare des ses premit~res lettres,

entendait ne pas perdre le benefice de sa position de

creancier du Syndieat et eonserver tous ses droits eon·

tre lui. Le premier chef de conclusions de la demande

apparatt done dans ces eonditions comme bien fonde

et il y a des 10rs Heu egalement de doniler acte au recou-

rant de l'offre qui fait l'objet de ses eonclusions N° 2.

3. -

Pour ce qui est du second marche, il resulte

de la correspondance produite qu'il est intervenu entre

le demandeur et le Syndicat, posterieurement a la

conclusion du 17 janvier 1921, un nouvel arrangement

modifiant le premier et aux termes duquel le deman-

deur a consenti a ne livrer aucun lot de bois soit a

Bura soit a d'autres membres du Syndicat sans l'au-

torisation expresse de ce dernier. Les parties sont d'ac ....

cord pour admettre la regularite de la livraison de

100 mll a Sauser et Colomb et de meme, mais a con-

currence de 100 mll, la regularite de la livraison faite

a Bura. Le litige se ramene done a la<questioll de savoir:

10 si le Syndieat doit etre egalement rendu respon-

sable des 55,37 m3 livres a Bura en plus des 100 mll

ci-dess~s e~ 20 si le Syndicat est ou non tenu d'accep-

ter la hvralso11 du solde du mar~he et a combien s'eIeve

ce solde.

Sur le premier point, il y a lieu de souscrire a l'argu-

melltation de l'instance cantonale. C'est a tort, en

effet, que le demandeur pretend n'avoir rec;u du Syn-

diea~,I' ordre de, suspendre les livraisons a Bura que

posteneurement a la date de la livraison des 155,37 m3•

Cette circonstance pourrait etre invoquee si le Syndi-

cat avait autorise le demandeur a commencer ses

livraisons a Bura sans fixation de quantite, mais tel

n'etait pas le cas. La lettre du Syndicat dl\ 14 avril

1921 n'autorisait le demandeur a livrer que 100 m3

seu~ement ~t. le

~yndi~.at le lui a expressement rap-

pele le 1 er JUll1 des qu Il < a He informe de la quantite

effeotivemellt livree. Ce qui a ete livre a Bura en plus

Obligationenrecht; N° 29.

219

de ces 100 m3 l'a done eie aux risques et perHs du

demandeur.

Reste la question de savoir ce qui doit etre decide

quant au surplus de 330 m3 fixes par le eontrat. Le

defendeur pretend n'avoir pas a repondre des bois

restants poui la raison que le marche portait sur un

corps certain, c'est-a-dire un lot de bois bien deter-

mine, et qui n'existerait plus actuellement :premie-

rement et ]lour ce qui concerne les 55,37 mll livres a

Bura, en raison de cette livraison elle-meme et secon-

dement, et d'une fal/on generale pour tout le solde,

en raison du fait que le demandeur « 11'a pu laisser

en forets pendant pres de trois ans du bois coupe deja

en 1920.

'1 L'argumentation du defendeur se heurte

sur ce point aux eonstatations de fait souverainement

fixees par l'instance cantonale. Celle-ci declare que

la coupe d'automne des bois de la eommune de Cof-

frane (la marchandise n'est pas autrement specifiee~

en effet) pouvait comprendre un nombre bien plus

eonsiderable de metres eubes que eelui de 330 qui a

He vendu au Syndicat et elle estime que le deman-

deur peut par consequent se trouver en mesure eneore

d'offrir des bois conformes aux stipulations interve-

nues. En presenee du jugement attaque, le reeours

du defendeur apparait done comme mal fonde, tant

en ce qui coneerne la quantite livree en trop a Bura

qu'en ce qui concerne les 130 m3 qui forment la dif..;

ference entre la quantite de bois convenue et celle

regulierement livree a Bura et a Sauser et Colomb.

En redigeant son dispositif comme il l'a fait le Tri-

bunal eantonal de Neuehatel a d'uilleurs menage les

droits du defendeur et sur ce point le jugement doit

etre confirme.

Le Tribunal IMiTal prononce:

1. Le recours par voie de jonction est rejete. Le

recours principal est admis en ce sens que les con-

220

ObHgationenrecht. N0 30.

clusions N°S 1 et 2 de la demande sont admises. Pour

le surplus et sous reserve des frais regles comme dit

ci-dessous, le jugement attaque est confirme.

30. t1rteU der I. Zivilabteilung vom 9. Kai 19~5

i. S. Deutsche Evaporator A..-G. gegen Bamberger,

Leroi 8G Oie A.-G.

Kau f : Rechtsanwendung, örtliche, Grundsätze.

Fixgeschäft: Begriff. Art. 190 OR stellt für den kaufmänni-

schen Verkehr die Vermutung auf, dass wenn ein bestimmter

Lieferungstermin verabredet ist, die Parteien ein Fixge-

schäft gewollt haben. Widerlegbarkeit dieser Vermutung.

A. -

Die Klägerin, -Deutsche Evaporator A.-G. in

Berlin, verkaufte im November 1919 der Beklagten, A.-G.

Bamberger, Leroi & Oe in Züricb, 1000 Badewannen,

lieferbar zum Einheitspreis von 125· Fr., franko Zürich,

Bern oder Basel innert 6 Monaten. Am 2. Januar 1920

verkaufte sie ihr weitere 1500 Badewannen franko ver-

zolltZürich,Basel,Bern oder Küsnachtzu 125 Fr. per Stück

oder nach Wahl der Beklagten. zum Einheitspreis von

110 Fr. f. o. b. Hamburg, lieferbar spätestens bis Ende

des Jahres 1920. Hievon wurden später im \Vege güt-

licher Verständigung 200 Stück gestrichen. Bis Ende

Oktober 1920 lieferte die KUtgerin 794 Badewannen und

im November und Dezember weitere 428 Stück; ferner

will sie im Dezember 205 Stück zum Versand gebracht

haben, sodass jedenfalls im Jahr 1920 873 Stück nicht

mehr zur Ablieferung gelangten. Ausserdem hatte die

Klägerin die 1000 Badewannen des ersten Vertrages

nicht innert 6 Monaten geliefert, sondern es dauerte bis

zum 16. Dezember 1920 bis die Beklagte aus diesem

ersten Vertrag voll und ganz befriedigt war.

Als die Klägerin gegen Ende 1920 der Beklagten drei

weitere Wagen avisierte, nämlich den Wagen Baden

Obligationenrecbt. N° 30.

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Nr. 26,355 am 24. Dezember 1920, den Wagen Kassel

Nr. 17,851 am 29. Dezember 1920 und den Wagen

Hannover Nr. 12,856 am 31. Dezember 1920, schrieb

die Beklagte am 31. Dezember 1920 und 6. Januar 1921

an Bosshardt, den Vertreter der Klägerin in St. Gallen,

dass sie die Annahme dieser am 31. Dezember 1920

nicht mehr nach Zürich gelangten 205 Badewannen ver-

weigere. Sie beharrte dabei trotz des Widerspruchs Boss-

hardts vom 15. Januar 1921 und liess die drei Fakturen

im Gesamtbetrage von 25,625 Fr. an - die Klägerin

zurückgehen. Am 2. Mai 1921 schritt die Klägerin zur

gerichtlich bewilligten Versteigerung der Wannen, wobei

sie einen Erlös von netto 17,813 Fr. erzielte, d. h. pro

Badewanne durchschnittlich 86 Fr. 90 Cts.

B. -

Mit der vorliegenden Klage belangt sie die Be-

klagte in einem ersten Rechtsbegehren auf Zahlung von

8894 Fr. 70 Cts. nebst 6010 Zins seit 1. Mai 1921. Diese

Summe berechnet sie wie folgt :

Differenz zwischen dem Fakturawert und

dem Ganterlös . . . . . . . . . . .

Fr. 7811.20

Zinsen vom Fakturabetrag von 25.625 Fr.

für die Zeit vom 1. Januar bis 1. Mai 1921

»)

512.50

Standgelder für die 3 Wagen gemäss Auf-

stellung der S.B.B. . . . . . . . . .

Entschädigung für die Mithilfe bei der Ver-

steigerung. . . . . . . . . . . . . .

»)

567.-

)

4.-

Fr. 8894.70

Zur Begründung' führt sie aus, die Beklagte habe die

Abnahme der 3 Wagenladungen, -

enthaltend 205

Wannen -, zu Unrecht verweigert, da es sich weder

beim ersten Vertrag vom November 1919, noch beim

zweiten vom Januar 1920 um ein Fixgeschäft handle.

Eine mündliche Abmachung des Inhalts, dass die Be-

klagte nur die bis zum 31. Dezember 1920 in Zürich ein-

getroffenen Wannen abzunehmen habe, wie sie in ihrem

Schreiben vom 23. Dezember 1920 behaupte, werde

bestritten. Eventuell wäre die Klägerin nur verpflichtet