opencaselaw.ch

23_I_858

BGE 23 I 858

Bundesgericht (BGE) · 1897-01-01 · Français CH
Source Original Export Word PDF BibTeX RIS
Volltext (verifizierbarer Originaltext)

858

C. Civilrechtspflege.

VI. Haftpflicht für den Fabrik- und

Gewerbebetrieb.

Responsabilite pour l'exploitation des fabriques.

118. Am!t du, 7 avril 1897 dans la cause

Commune de Lausanne c01~tre Blanchm'd.

Eugime Blanchard1 ne le 13 decembre 1856, marie le

1 er mai 1879 avec la recourante Marie Blanchard nee Forel,

est entre au service de la Oommune de Lausanne le 9 mai

1891 en qualite de manamvre attacM a l'entretien de la

voirie; il travaillait en general en qualite de manceuvre avec

les paveurs, parfois aussi avec d'autres ouvriers, mais jamais

comme charretier.

Le 6 juin 1896 il travaillait comme manceuvre; un des

charretiers de la commune le pria de garder un instant son

cheval, attele a un tombereau charge. Blanchard voulut faire

marcher l'attelage; sans qu'on sache comment le fait s'est

produit, Blanchard fut renverse et le cheval lui marcha sur

la jambe, qui fut fractun3e.

Blanchard, qui etait alcoolique, fut immediatement trans-

porte a l'H6pitai cantonal; le 7 juin il fut pris d'une crise

de delirium tremens; le 11, une double pneumonie se declara1

et il mourut le lendemain 12. Le docteur Vulliet avait declare

une ineapacite de travail probable de trois mois.

D'une expertise medieale intervenue en cours de pro ces,

il resulte notamment ce qui suit:

La fracture du tibia et du perone produite par l'accident

n'etait pas de nature a causer la mort. Oelle-ci doit etre attri-

buee a l'etat d'alcoolisme du lese. Des le 7 juin le tremor

dans la nuque apparait, puis dans les mains; le 8 le delirium

tremens se caracterise, et il ne s'arrete que quelques heures

avant la mort. Des le 11 la temperature s'eleve, une inflam-

mation aigue s'etant produite dans les deux poumons. Le

delirium est la preuve absolue de l'intoxieation alcoolique.

VI. Haftpflicht rur den Fabrik- und Gewerbebetrieb. N° 118.

859

ce delire special est caracteristique de l'alcoolisme chronique

et ne se retrouve nulle part aiIleurs. La pneumonie double

indique par son siege, sa forme, son evolution et sa gravite

un etat morbide anterieur; souvent les alcooliques meurent

ainsi. Le traumatisme, par simple chocou par choe nervenx.,

a ete le provocateur de la crise de delirium et de la pneu-

monie. BIanchard etait en etat de saturation alcoolique la-

tente; la cause la plus banale eilt pu faire eclore des phe-

nomenes qui, sans elle, eussent pu se produire plus tard, ou

meme jamais, si Blanchard eilt eesse de boire. La commo-

tion, le changement de vie et de regime, ont ete l'occasion

de l'evolution aigue de l'alcoolisme.

0' est a la suite du deees de Blanchard que sa veuve a, par

exploit du 27 juin 1896, ouvert a la Oommune de Lausanne

une action en responsabilite civile, tendant a faire condamner

Ia defenderesse a lui payer la somme.de 5000 fr., moderation

de justice reservee, avee interet a 5 % des Ia notification du

dit exploit.

La Oommune de Lausanne a conclu a liberation, et sub si-

diairement a une reduetion notable des conclusions de la

demanderesse.

Statuant par jugement du 9 fsvrier 1897, la Cour eivile

vaudoise a prononce ce qui suit:

1. -

La Oommune de Lausanne est condamnee a payer

a veuve Blanchard une somme de 2500 fr., avec interet

a 5 % l'an des le 27 juin 1896.

II. -

Elle est condamnee aux depens.

IH. -

Toutes plus amples conclusions des parties sont

ecartees.

Le dit jugement eonstate entre autres les faits ci-apres :

La demanderesse parait maladive et beaueoup plus agee

qu'elle ne l'est en realite; elle n'est pas malade, ni infirme,

mais son etat general de sante est miserable. Blanchard

gagnait, au moment de sa mort, 3 fr. 50 e. par jour et, eb6-

mant peu, il travaillait environ 300 jours par an; il depe~­

sait une partie de son gain abohe, mais la plus forte partIe

a son entretien et a eelui du menage. La demanderesse tra-

860

C. Civilrechtspflege.

vaille hors de chez elle et gagne environ 15 fr. par mois, en

aidant dans les menages, etc.; ce travail est paye de 20 a

25 c. l'heure. Elle depensait son gain a son entretien et a

celui du menage; elle n'avait pas d'autre soutien que son

mari. En conciliation, la Commune de Lausanne a offert amia~

blement 1000 fr. a Ia veuve Blanchard, et eHe a maintenu

cette offre, qui n'a pas ete acceptee, a l'audience du 19 sep-

tembre.

Le jugement attaque s'appuie, en substance, sur les motifs

de droit suivants :

La defenderesse reconnait etre soumise aux dispositions

des lois federales sur Ia responsabilite civi1e, pour 1e service

de Ia voirie; elle se borne a soutenir que Ies circonstances

particu1ieres dans lesquelles s'est produite Ia mort de Blan-

chard sont de nature a l'exonerer de toute responsabilite. Il

y a donc lieu seulement a examiner si Ia Commune de Lau-

sanne, responsable meme en l'absence de toute faute de sa

part (art. 2 de Ia loi du 25 juin 1881), se trouve au bene:fice

d'une ou de plusieurs des circonstances mentionnees dans

cette loi comme excluant ou attenuant cette responsabilite,

ou si au contraire il existe une circonstance de nature ä.

aggraver celle-ci. Aucune faute ne peut etre reprochee a Ia

Commune; l'accident n'a point ete cause par Ia faute d'un

mandataire, representant, directeur ou surveiIlant de Ia defen-

deresse dans l'exercice de ses fonctions. Aucune faute n'est,

d'autre part, imputable a la victime. En revanche Ia Com-

mune peut invoquer a bon droit, en vue d'une equitable

reduction de l'indemnite, Ia circonstance que l'accident a ete

le resultat d'un cas fortuit (meme loi art. 5 litt. a). En second

lieu il est etabli que Blanchard etait un alcoolique, et que

sans cette circonstance a lui personnelle, l'accident n'aurait

pas ete suivi de mort. Cette circonstance doit entrainer une

reduction notable de l'indemnite, soit en appliquant par ana-

logie l'art. 5 litt. c precite, soit, meme a ce defant, a teneur

de l'art. 6 et 11 ibidem. En ce qui concerne Ia quotite du

dommage,l'eIement essentiel est le prejudice cause a l'epoux

survivant, l'incapacite de travail n'ayant dure que quelques

VI. Haftpflicht für den Fabrik- nnd Gewerbebetrieb. No 118.

861

jours, et les frais de traitement et de funerailles n'ayant point

et8 a la charge de la demanderesse. Vu l'ensemble des eir-

constances de Ia cause, il parait equitable de fixer a 2500 fr.

l'indemnite a aHouer a veuve Blanchard.

C'est contre ce jugement que Ia Commune de Lausanne a

recouru en reforrne pour fausse application des lois federales

des 25 juin 1881 et 26 avril 1887 sur la responsabilite civile

des fabricants, notamment des dispositions renfermees aux

art. 5 et 6 de Ia premiere de ces Iois. C'est a tort, au

dire de Ia recourante, qu'au regard des faits etablis par

l'instruction et admis par Ie premier juge, ceIui-ci a fixe au

chiffre de 2500 fr. une indemnite qui ne devait pas exceder

1000 fr.

La veuve BJanchard a conclu au rejet du recours.

Statuant sur ces faits et considemnt en droit :

1. -

Le recours de Ia COrnlJlUne de Lausanne porte

uniquement sur Ia fixation de Ia quotite de l'indemnite a

allouer a la demanderesse, indemnite que Ia recourante

estirne ne devoir pas depasser Ia somme de 1000 fr. Confor-

mement a l'art. 6, al. 2 de Ia Ioi federale du 25 juin 1881,

le Tribunal federal doit determiner cette quotite, en tenant

compte de l'ensemble des circonstances de Ia cause, et par

consequent aussi des conditions exceptionnelles dans les-

quelles se presente Ie litige actuel, ainsi que cela resulte de

l'etat de fait admis par l'instance cantonaie.

2. -

Il y a lieu, a cet effet, de rechercher d'abord

quelle eßt ete l'indemnite a payer a Ia demanderesse dans

des circonstances normales, et ensuite si la reduction que le

jugement cantonal a fait subir a cette 80mme en Ia fixant a

2500 fr. apparait comme suffisante.

Eu admettant, avec la Cour civile, que Blanchard gagnait

annuellement 1050 fr., salaire de 300 journees de travail a

3 fr. 50 c., et en deduisant de cette somme totale les frais

de son entretien personnei, ainsi que les depenses auxquelles

il se livrait pour satisfaire son penchant immodere a Ia

boisson, il convient d'evaluer au tiers de son gain total, soit

a 350 fr. par annee, Ie montant annuel dont profitait Ia

862

C. Civilrechtspflege.

demanderesse. Or pour assurer a celle-ci, agee de 43 ans

au moment de 1'accident, une rente viagere de cette impor-

tance, un capital de 5266 fr. serait necessaire.

De ce capital il y aurait lieu, en tout etat de cause, de

deduire d'abord, conformement a la jurisprudence du tribunal

de ceans et en application de l'art. 5, lettre a de la 10i de

1881 precitee, le 20 pour cent par le motif que la mort de

la victime a ete le resultat d'uu accident fortuit, et le 10

pour cent pour l'avantage resultant pour la demanderesse

du fait qu'elle per geringe5 ~rQuma au 2ungenlilutung

* In der Amtlichen Sammlung nicht abgedruckt.