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20_I_790

BGE 20 I 790

Bundesgericht (BGE) · 1894-01-01 · Français CH
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,00 A. Staatsrechlliche Entscheidungen. If. Abschnitl. Kanlonsverfassungen.

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merfa!)ren~ at\9QJt9t9 gemael)t lPorbcl1.

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fotberIid)e ja!)! \.lon giUtigen Unterfd)riften (800) aUfammenge=

brael)t fei, tann ba~ roeUm mefur~oege9ren, e~ fet ba~ ~1titiati\.l=

oege9ren bel' 2anb~gemeinbe aur ~efel)!u~faffung au unter6reiten,

niel)t gutge9ei~en roerben.

6. @~ roirb im iUirigen aUf bie @rroligungen beG

ounbe~ge=

ricf)tnel)en @ntfd)eibe~ \.lom 21. ~e~tember 1893 in ~ad)en inteber=

oerger unb .R:onfl'rten (~mmcf)e ~ammrung XIX, ~. 501) tler=

roiefen. ~afe(bft ift untet anberm aud) au~gefu9rt, baf3 bel' £anbrat

(trrerbtng~ a(G aur q3rufung bel' Unterfd)riften befugt alt3u=

fegen fei.

1)emnad) 9at b(t~ munbeilgeriel)t

erfa nn t;

SDer iRefur~ roirb af~ begriinbet erfliirt unb bel' ~efd)luj3 be~

2anbrate~)Jon intbil.}afben tlom 28. 1"Yeliruar 1894 aufgel)o6en.

~ie iRegierung)Jon i)ctbmafben tft bemgemlif)

~fnd)tig,)Jor bel'

mefd)(uf3fafiung

be~ 2llnbrate~ iilier bie ~nittatitle IReel)enfd)aft

u6er bie nid)t anerfannten Unterfd)riften 5u gelien, unb biefef6e

iebcm murger augiingIid) au mnd)en.

123. Arret du 21 Novembre 1894 dans la cause

Wasserfallen.

, Le recourant Adolphe Wasserfallen, horticulteur, posseae

a Neuchatel, quartier des Fahys, une propriete comprenant

maison d'habitation, jardin, serres, etc., au nord-ouest de 1a-

queUe il a ouvert et exploite une carriere de pierres de

n. Anderweitige Eingriffe in garantierle Rechte. N° 123.

791

taille au moyen de la mine et d'un pont surmonte de rails·

pour Ie transport des materiaux sur wagons; ce pont a ete

etabli a l'extreme limite de la propriete de M. Henri Tou-

chon.

Par lettt'e du 21 Mars 1893 a la Direction de la police

communale de Neuchatel, H. Touchon expose que cette

exploitation de pierres constitue surtout ensuite des coups

de mine qu'elle necessite, un danger permanent pour sa pro-

priete et ses habitants, qne trois accidents ont deja failli se

produire, et qu'en outre cet etat de choses cause a. sa p~o­

priete une depreciation considerable. Le requerant pTIe la dlte

autorite de bien vouloir examiner l'affaire.

Par arrete du 26 Aout 1893, Ie Conseil d'Etat de N eu-

chatel, se fondant sur Ie rapport d'experts nommes par 1a

direction de police commnnale duquel il resulte que l'exploi-

tation de la carriere Wasserfallen est dangereuse pour la

propriete Touchon et qu'il y aurait lieu, d'une maniere gene-

rale d'interdire les exploitations de carrieres a proximite des

,

.

maisons d'habitation, en raison des dangers qm peuvent en

resulter pour la securite des personnes, et considerant, en

.outre, qu'une pierre enorme est tomMe sur la propriete

Touchon, du pont construit par Wasserfallen, et que Ie 6

Juin un wagon avait deraille sur la dite propriete, brisant

tout sur son passage, a prononce que l'exploitation de la dite

carriere au mo)'en du pont construit sur la limite de la pro-

priete Touchon est interdite.

Par lettre du 9 Septembre 1893 au Conseil d'Etat, Was-

serfallen conteste que sa carriere presente un danger pour

la securite des personnes et estime que pour tout Ie reste,

la question n'est qu'un simple differend de droit civil entre

voisins. II demande a cette auto rite de rapporter son arrete

du 26 Avril et, subsidiairement, d'en suspendre l'execution.

n se declare au surplus, pret a se conformer a to utes les

mesures de 'precaution raisonnables et praticables qui lui

seront imposees pour preserver la propriete Touchon de

tout dommage, et ses habitants de tout danger. n ajoute,

enfin, qu'ayant passe des conventions pour des fournitures

792

A. StaatsrechtIiche Entscheidungen. H. AbschniU. Kantonsverfassungen.

importantes de materiaux, il subirait un dommage conside-

rable si l'arrete du Conseil d'Etat devait sortir ses effets.

Par arrete du 23 Fevrier 1894, Ie Conseil d'Etat a ecarte

Ie recours de WasserfaIlen, et a maintenu l'interdiction de

l'exploitation de Ia carriere au moyen de mines et du pont

incline, prononce par arrete du 26 Aout 1893. Cet arrete

se fonde, en substance, sur les considerations suivantes :

Depuis leur premier rapport, les experts ont constate sur

la propriete Touchon la presence de plusieurs petits eclats

de mine; dans leur second rapport du 16 N ovembre 1893,

les memes experts disent que Wasserfallen a bien fait etablir

une paroi protectrice, mais que celle-ci ne forme pas un abri

suffisant; que, vu la nature du rocher et Ia position du point

d'attaque, l'exploitation de la carriere ne peut pas avoir lieu

sans que des eclats de mine soient projetes dans la direction

de la propriete Touchon; que Ie gros bloc tombe sur cette

propriete lors du deraillement du 6 Juin s'y trouve encore,

et que l'exploitation continue a presenter des dangers pour

la securite des personnes.

Dans cette situation il ne parait pas possible de prescrire

de nouvelles mesures de precaution efficaces et suffisantes,

et l'exploitation doit etre interdite aussi Iongtemps que ses

conditions n'auront pas eM modifiees de maniere a supprimer

toute cause de danger.

Wasserfallen a provoque, de son cote, une expertise, et,

dans leur rapport du 9 Mars 1894, les experts de Perregaux

et de Rham, pour ecarter toute eventuaIite de dommages

ulterieur a la propriete Touchon, proposent :

1 () Pour la carriere :

a) L'emploi d'un matelas en fascines pour chaque explosion.

b) La construction d'une toiture mobile sur la carriere.

c) L'emploi de cloisons mobiles en planches.

20 Pour Ie plan incline:

cC) Le ripage du pont en eloignement de Ia propriete

Touchon.

e) La construction d'un mur de separation des deux par-

celles.

II. Anderweitige Eingriffe in garantierte Rech!e. N° 123.

793

Par requete du 19 Mars 1894, Wasserfallen demande au

Conseil d'Etat de l'autoriser a reprendre l'exploitation de la

carriere par la mine et Ie pont, apres constatation que les

travaux ci-haut indiques auront ete executes.

Par arrete du 10 Avril 1894, Ie Conseil d'Etat a decide

ce qui suit:

10 L'arrete du 23 Fevrier 1894 est modifie en ce sens que

Wasserfallen sera autorise a faire usage du plan incline pour

l'enievement des materiaux provenant de sa carriere, moyen-

nant l'execution des travaux ci-apres :

a) Ripage du pont en 6loignement de la propriete Touchon

a un metre au moins de la limite.

b) Construction d'un mur de separation des deux parcelles

a une hauteur suffisante, selon Ie rapport des ingeuieurs de

Perregaux et de Rham.

20 Les autres conclusions de la requete de Wasserfallen

ne sont pas prises en consideration.

30 Les arretes du 26 Aout 1893 et 23 Fevrier 1894 sont

maintenus, sous reserve de ce qui est dit a l'article premier

ci-dessus.

C'est contre ces arretes que Wasserfallen a exerce un re-

cours de droit public au Tribunal federal; il clit avoir aussi

recouru au Conseil federal en conformite de l'article 189

chiffre 3 de la Ioi sur l'organisation judiciaire federaie.

Dans son recours au tlibunai de ceans, Wasserfallen con-

clut a ce qu'illui plaise : Annuler les dits arretes et autoriser

Ie recourant a continuer I' exploitation de sa carriere par la

mine et Ie pont .. Apres l'execution des travaux proposes par

les ingenieurs de Perregaux et de Rham, -

et eventuellement

de ceux commis par Ie Tlibunal federal, -

qui auront pour

effet d'ecarter tout danger pour les proprietes voisines et

leurs habitants, sans entraver Ie libre droit de disposition

du recourant de sa propriete et l'exploitation normale et re-

muneratrice de sa carriere.

A l'appui de ces conclusions, Ie recoul'ant fait valoir en

substance:

L'arreM du 10 Avril 1894 tend a interdire totalement au

794 A. Staatsrechtliche Entscheldungen. II. Abschnitt. Kanfonsverfassungen.

recourant l'exploitation de sa carriere; cette exploitation est

impossible en galerie, comme Ie voudraient les experts can

tonaux, vu les frais considerables. Dans ces conditions une

atteinte est portee au principe de l'inviolabilite de la pro-

priete (Constitution neuchateloise article 8). Aucune dispo-

sition legale ne permettait au Conseil d'Etat de prononcer

l'interdiction dont iI s'agit, ni de prescrire telles mesures de

precaution, pour l'exploitation d'une carriere, de preference

a d'autres.

Le Conseil d'Etat n'a pas Ie droit de s'immiscer dans un

confiit qui s'eleve entre deux proprietaires pour une question

qui a trait a un rapport de voisinage. Des decrets adminis-

tratifs, exceptionnellement applicables au recourant seuI,

vont a l'encontre du principe constitutionnel de l'egalite des

citoyens (Constitution federale, art. 4 et Constitution neu-

chateloise art. 5). M. Touchon peut suivre la voie judiciaire

tracee a l'art. 68 C. O.

Dans sa reponse Ie Conseil d'Etat conclut au rejet du re-

cours, par les considerations ci-apres :

Le recours est tardif en ce qui concerne les deux premiers

arretes qu'il vise, et il n'est recevable qu'en ce qui concerne

celui du 10 Avril 1894, c'est-a-dire sur la question de savoir

si la decision par la1uelle Ie ConseiI d'Etat a juge que les

mesures de precaution proposees par Wasserfallen pour

permettre la reprise de l'exploitation au moyen de mines

n'etaient pas suffisantes, contiellt une violation des droits

constitutionnels du recourant. Or cette question toute d'op-

portunite, de mesure, de modalite, ne depend pas de prin-

cipes cOllstitutionnels. vVasserfallen reconnait lui-meme qu'il

doit faire tous les travaux necessaires pour ecarter tout

danger pour les proprietes voisines et leurs habitants; il n'a

pas propose de moyens suffisants, a cet eifet, 2. dire d'experts

reconnus competents par Ie Conseil d'Etat, qui a dft recon-

naitre que ceux indiques par les ingenieurs de Perregaux et

de Rham ne sont que des palliatifs. Le grief tire d'une pre-

tendue violation du droit de propriete du recourant est sans

fondement; Ie Conseil d'Etat n'a interdit l'exploitation par la

II. AnderweiLige Ei!1griffe in garantierte Rechte. NQ 123.

795

mine et par Ie pont incline que dans les conditions existantes

qu'il estime dangereuses pour la securite des personnes et

des proprietes du voisinage, notamment en ce qui concerne

la propriete Touchon; il a seulement interdit a vVasserfallen

de mettre en danger la vie d'autrui. Consideree dans son ve-

ritable aspect, l'interdiction relative, dont se plaint Ie recou-

rant, apparait comme une simple mesure d'ordre public,

n'interessant ni Ie droit de propriete, ni l'egalite des citoyens

devant la loi, il n'est pas necessaire de lois ou de reglements

speciaux pour donner a l'autorite de police Ie droit et la

competence necessaire pour protegeI' les personnes, pour

assurer la securite publique cont1'e les atteintes violentes

dont eIles peuvent etre menacees. n y a ici autre chose

qu'une simple contestation civile entre voisins, il s'agit de la

paix et de la securite des citoyens; l'action judiciaire ne

suffisait des lors pas, et I'intervention administrative etait

indispensable. L'art. 42 de la Constitution neuchateloise

confie au Conseil d'Etat l'administration generale du cantou,

et la loi sur l'organisation du Conseil d'Etat, a son art. 43

lett1'e b, attribue au Departement de police «la police gene-

rale des choses, ainsi que des professions et des metiers qui

interessent la sftrete et l'ord1'e public. » C'est en vertu de

cette competence generale que Ie Conseil d'Etat est inter-

venu.

Dans leurs replique et dnplique les parties s'attachent a

refuter leurs arguments respectifs, et eIles rep1'ennent, sans

presenter des points de vue essentiellement nouveaux, leurs

conclusions respectives.

Stat1wnt sur ces faits et considemnt en droit :

10 L'exception de tardivete opposee par l'Etat au recours,

an ce qui a trait aux deux premiers arretes pris en la cause,

ne saurait etre accueillie. Les trois arretes du Conseil d'Etat

ont, en efi'et, en vue la meme difficulte; ils ont trait au meme

objet et constituent seulement les phases consecutives de

l'intervention de cette autorite dans Ie meme litige; ils se

completent reciproquement et forment un tout indivisible.

Le point Ie plus important de la contestation, a savoi1' I'in-

796 A. Staatsrechtliche Entscheidungen. II. AbschniU. Kantonsverfassungen.

terdiction de l'exploitation de Ia carriere du recourant au moyeu

de Ia mine, est commun aux trois arretes, et Ie recours de

ce chef a ete, en ce qui concerne au moins Ie dernier arrete,

du 10 Avril 1894, exerce en temps utile. n en resulte que

l'admission du moyen tire de la tardivete du recours au re-

gard des deux premiers arretes n'aurait aucun e11et pratique,

puis que Ia question, capitale en l'espece, de la Iegitimite de

l'immLxtion de l'Etat dans l'exploitation du recourant, devrait

en tout cas faire l'objet de l'examen du Tribunal federal. II

ya donc lieu d'examiner Ie recours dans son ensemble, sans

s'arreter au moyen pn3judiciel oppose par l'Etat defendeur.

20 Le recours lui-meme est denue de fondement.

n a, en e11et, toujours ete reconnu en principe que l'Etat,

en vertu de ses attributions de haute police, a non seulement

Ie droit, mais encore l'obligation d'intervenir preventivement

dans tous les cas ou un proprietaire use de son droit de libre

disposition sur son fonds d'une maniere dangereuse pour la

sante ou pour la vie des citoyens, et que Ia seule condition

a laquelle cette intervention de l'Etat est subordonnee, est

celIe de l'existence ou de l'imminence du danger signaIe. En

d'autres termes l'immixtion de l'Etat ne doit pas etre arbi-

traire, mais Ie peril une fois demontre, l'intervention de l'au-

torite est justitiee par Ia, nature meme de ses attributions en

matiere de sauvegarde de Ia securite publique. En pareil cas

les garanties constitutionnelles individuelles, telles que I'in-

violabilite de Ia propriete et de l'egalite des citoyens doivent

etre, dans une certaine mesure au moins, subordonnees a

l'interet general. C'est en vain que Ie recourant voudrait

pretendre que Ie droit de propriete impliquant celui d'user

d'une chose de la maniere la plus absolue, il peut etre

exerce meme au peril de la vie d'autrui, et que l'intervention

de l'Etat contre un proprietaire qui met en danger la secu-

rite ou l'existence de ses concitoyens, porte atteinte a l'ega-

lite devant Ia Ioi. Il est de toute evidence, au contraire, que

Ie role de l'Etat, dans une societe organisee, lui impose en

pareille occurence, meme en l'absence de toute disposition

precise de lois ou de reglements de police, l'obligation d'in-

II. Anderweilige Eingrilfe in garantierte Rechte. No 123,

797

terdire a la personne dont les agissements mettent en peril

Ia securite publique, de continuer les actes dont Ia nature

dangereuse a ete constatee.

30 Or, dans l'espece, il est etabli par les expertises inter-

venues que l'exploitation de la carriere du sieur \Vasser-

fallen, malgre les mesnres de precaution que ce dernier a

prises pour chercher a attenuer Ie peril, demeura dangereuse

pour Ie voisinage, et notamment pour Ies habitants de la

propriete Touchon, aussi longtemps que cette exploitation

aura lieu au moyen de la mine, dans les circonstances ac-

tuelles.

40 Le recourant d'aillenrs, loin de contester Ie droit d'in-

tervention du Conseil d'Etat, reconnait au contraire, dans sa

reqnete du 11 Septembre 1893 entre autres, que Ie danger

pour la secnrite des personnes peut justifier cette interven-

tion. Le sieur Wassertallen reconnait aussi ce droit de l'Etat,

_ implicitement au moins, -

dans son present recours au

tribunal de ceans, dans lequel il conclut, entre autres, a etre

autorise a continuer l'exploitation de sa carriere apres l'exe-

eution des travaux proposes par des experts nommes par Ie

Tribunal federal, travaux qui anront pour e11et d'ecarter tout

danger pour les proprietes voisines et leurs habitants.

Dans cette situation, il y a lieu de reconnaitre que, par ses

divers arretes en la cause, Ie Conseil d'Etat n'a point outre-

passe les !imites de ses attributions, ni porte atteinte, par

une intervention arbitraire, aux droits constitutionnels que Ie

recourant estime avoir ete vioIes a son prejudice.

Par ces motifs,

Le Tribunal federal

prononce:

Le recours est ecarte.