Sachverhalt
pertinents allégués doivent être suffisamment motivés (charge de la motivation des allégués) pour que, d'une part, le défendeur puisse dire clairement quels faits allégués dans la demande il admet ou conteste et que, d'autre part, le juge puisse, en partant des allégués de fait figurant dans la demande et de la détermination du défendeur dans la réponse, dresser le tableau exact des faits admis par les deux parties ou contestés par le défendeur, pour lesquels il devra procéder à l'administration de moyens de preuve, et ensuite appliquer la règle de droit matériel déterminante (ATF 144 III 519cons. 5.2.1 s. et les références citées). La partie adverse peut en principe se contenter de contester les faits allégués, puisqu'elle n'est pas chargée du fardeau de la preuve et n'a donc en principe pas le devoir de collaborer à l'administration des preuves (ATF 144 III 519cons. 5.1 à 5.2.2.2 s. et les références citées).
Les exigences quant au contenu des allégués et à leur précision dépendent, d'une part, du droit matériel, soit des faits constitutifs de la norme invoquée et, d'autre part, de la façon dont la partie adverse s'est déterminée en procédure : dans un premier temps, le demandeur doit énoncer les faits concrets justifiant sa prétention de manière suffisamment précise pour que la partie adverse puisse indiquer lesquels elle conteste, voire présenter déjà ses contre-preuves ; dans un second temps, si la partie adverse a contesté des faits, le demandeur est contraint d'exposer de manière plus détaillée le contenu de l'allégation de chacun des faits contestés, de façon à permettre au juge d'administrer les preuves nécessaires pour les élucider et appliquer la règle de droit matériel au cas particulier (ibid.).
4.1.2En lespèce, dès lors que, dans sa réponse, Y.________ a «vivement contesté» toute volonté de sassocier à X.________ dans le cadre de lexploitation du garage, et notamment den assumer le risque commercial, il ressort des principes ci‑dessus que X.________ aurait dû, dans sa réplique, exposer en détail les discussions et les actes concluants qui avaient eu lieu entre eux, à savoir ce que lui-même et Y.________ sétaient dit, quand et où, afin de tâcher de démontrer que Y.________ lui avait clairement dit vouloir exploiter le garage conjointement avec lui, exercer uneinfluence sur les décisions et partager non seulement les risques et les profits, mais la substance même de l'exploitation du garage. À tout le moinsX.________ aurait-il dû alléguer ce que Y.________ avait dit et fait, quand et où, et que lui-même avait interprété comme la volonté de Y.________ dexploiter le garage conjointement avec lui, dexercer uneinfluence sur les décisions et de partager les risques et les profits. Quelles ont été les discussions entre les deux intéressés et à quels moments (on songe notamment aux étapes-clé que sont le contrat passé avecC.________ et la fondation de la Sàrl) ? La volonté de Y.________a-t-elle été clairement et fermement manifestée ? Les proposde Y.________ont-ils évolué au fil du temps ? Force est de reconnaître que la réplique ne contient pas dallégués répondant de manière suffisante à ces questions, et que cela fragilise demblée la version des faits de X.________.
4.2a) Lors de son interrogatoire, X.________ na pas davantage décrit, précisément et en les situant dans le temps, des paroles et/ou des actes par lesquels Y.________ lui aurait clairement manifesté sa volonté dexploiter le garage conjointement avec lui, dexercer uneinfluence sur les décisions et de partager les risques et les profits (étant précisé que cela naurait pas pallié linsuffisance de lallégation à cet égard). Au contraire, il a affirmé avoir proposé àY.________ dinvestir 30'000 francs dans le garage, le solde devant être amené par Y.________, sans préciser quand il avait fait cette proposition ni comment Y.________ y avait réagi. Il a aussi déclaré qu«[i]l était convenu que Y.________ amène la moitié des apports nécessaires à la constitution de la société et le partage par moitié, également pour les bénéfices quelle procurerait» (ibid.,
p. 2), sans préciser quand cela avait été convenu, ni en quels termes, si bien que la déclaration en reste à une allégation toute générale, contestée en substance dans les écritures par ladverse partie.
b) Lors de son interrogatoire, Y.________ na pas admis que sa volonté aurait été dexploiter le garage conjointement avec X.________, dexercer uneinfluence sur les décisions et de partager les risques et les profits. Il na pas non plus admis avoir exprimé àX.________ que tel aurait été le cas. Au contraire, il a déclaré que dans son esprit, il ne pouvait pas être associé, puisquil navait pas fait dapport ; que sa propre intervention dans cette affaire était «en lien avec le manque le temps» de X.________ et quil agissait sur instructions de X.________ («jai travaillé en tant quouvrier pour X.________ et je nai jamais été associé avec lui» ; «javais une procuration en bonne et due forme»).
c) Le témoin I.________ (à son sujet, v.supraFaits, let. B/a) a déclaré avoir à une reprise «acheté de loutillage aux deux parties», soit contre remise dargent à Y.________, en présence de X.________, sans quittance. Il ignorait si les parties avaient ensuite partagé cet argent. X.________ lui avait «parlé dassociation», mais lui-même navait eu aucune discussion à ce sujet avec Y.________. I.________ considérait Y.________ «comme le responsable», car «[i]l ny avait personne dautre à part des ouvriers». Ce témoignage napporte cependant aucun élément utile au moment de déterminer la réelle volonté de Y.________ en rapport avec une exploitation du garage conjointement avec X.________, lexercice duneinfluence sur les décisions à prendre dans ce cadre et le partage des profits et des risques liés à cette exploitation, ni surla réelle volonté de X.________ en rapport avec une exploitation du garage conjointement avec Y.________et le partage des profits et des risques liés à cette exploitation.
d) Le témoin O.________ a établi la comptabilité du garage daoût 2016 à janvier 2017. Il connaissait déjà X.________, lequel lui avait présenté Y.________, en 2016, «comme étant la personne qui soccuperait de ladministration et des relations avec la fiduciaire». Dans ce cadre, X.________ lui avait expliqué quil avait «racheté la carrosserie». O.________ ne pouvait pas «qualifier la structure relative à la carrosserie dassociation au sens juridique du terme» et il ignorait «comment la carrosserie était organisée à linterne au niveau financier».Il se souvenait avoir «discuté avec [Y.________] de léventuel retrait de son avoir LPP mais [ne connaissait] pas la suite».
Le témoignage de O.________ est particulièrement intéressant, à deux titres, en ce sens que lintéressé établissait la comptabilité du garage, dune part, si bien quil est conforme au cours ordinaire des choses et à lexpérience de la vie que les parties aient souhaité lui communiquer des renseignements sur la nature des accords les liant et, dautre part, parce quil a vécu une séance en présence des deux parties simultanément, soit un cadre dans lequel chacune pouvait réagir en direct aux propos de lautre. À cet égard, force est de reconnaître que le témoignage de O.________ napporte aucun indice que la réelle volonté de Y.________ aurait été une exploitation du garage conjointement avec X.________, lexercice duneinfluence sur les décisions à prendre dans ce cadre et le partage des profits et des risques liés à cette exploitation, ni quela réelle volonté de X.________ aurait été une exploitation du garage conjointement avec Y.________et le partage des profits et des risques liés à cette exploitation. Au contraire,le fait que X.________ ait choisi la fiduciaire et quil se soit présenté à son responsable, en présence de Y.________, comme la personne qui avait racheté la carrosserie et non comme la personne qui avait racheté la carrosserie avec son associé Y.________, laisse plutôt à penser que, tant pour X.________ que pour Y.________, le premier était seul compétent pour prendre les décisions relatives à la conduite des affaires du garage, assumait seul les risques et profitait seul des profits liés à son exploitation.
e) Le témoin L.________, qui a été employé de la carrosserie, a certes déclaré que, pour les employés, «il était clair que les patrons étaient les deux parties à la présente procédure[ ].Le défendeur était présent au garage presque tous les jours. Cest lui qui ouvrait la porte».Son témoignage renseigne toutefois sur la seule impression subjective quavait le témoin des relations contractuelles entre Y.________ et X.________, impression basée sur le seul fait que Y.________ était présent au garage presque tous les jours et que lui-même ne se souvenait pas que X.________ (dont il pensait quil avait une clé) aurait ouvert la porte. Il nest toutefois pas contesté que Y.________ passait bien plus de temps au garage que X.________, ce qui sexplique par le fait que, durant la période concernée, Y.________ était au chômage, tandis que X.________ gérait sa pizzeria. On ne peut toutefois pas en déduire que Y.________ aurait eu la volonté dexercer uneinfluence sur les décisions à prendre dans le cadre de lexploitation du garage et de partager avecX.________les profits et les risques liés à cette exploitation.L.________ a dailleurs expressément déclaré quil ignorait «comment les deux patrons étaient organisés entre eux financièrement».
f) Le témoinM.________, connaissance des parties et client de la carrosserie, a certes déclaré savoir que X.________ et Y.________ «étaient associés» et que dans la mentalité turque, «une association correspond à un partage par moitié dans la grande majorité des cas mais cela peut aussi être différent».Son témoignage renseigne toutefois sur la seule impression subjective quavait le témoin des relations contractuelles entre Y.________ et X.________, impression basée sur des ouï-dire de tiers («[d]ans la communauté turque plusieurs discutaient du projet quavaient les parties de reprendre le garage ensemble. Une fois sur place, jen ai déduit que les deux parties sétaient associées» ; «[j]ai entendu dire que le demandeur avait financé laffaire et que les parties devraient ensuite sarranger entre elles» ; «[j]ai entendu par exemple dire que le demandeur avait réclamé au défendeur la moitié de ses investissements mais que celui-ci navait pas voulu entrer en matière» ; «jai entendu du père et de lépouse du défendeur quil était effectivement associé avec le demandeur»). On ne peut pas en déduire que Y.________ aurait eu la volonté dexercer uneinfluence sur les décisions à prendre dans le cadre de lexploitation du garage et de partager avecX.________les profits et les risques liés à cette exploitation.M.________ a dailleurs expressément déclaré : «on ne connaissait pas les modalités» (au sujet de la prétendue «association» entre X.________ et Y.________), respectivement «[j]e ne peux toutefois pas dire comment ils sétaient organisés entre eux». À cela sajoute encore que M.________ a expressément précisé : «quil na été question dassociation quaprès louverture du garage». Les ouï-dire reçus par M.________ ne faisaient donc pas état dune volonté dassociation initiale et préalable à la fondation de la Sàrl.
g) Tôlier en carrosserie et ami des parties, le témoin J.________ a déclaré que X.________ lui avait demandé de sassocier avec lui dans la reprise du garage, avant den parler à Y.________. Au début, lui-même était «daccord de fonctionner avec lui», mais comme X.________«ne voulait pas laisser son travail à P.________», lui-même navait pas souhaité être «de [s]on côté tout seul au garage à S.________».J.________ avait alors proposé quune association se fasse entre lui‑même, dont le rôle serait de réparer les voitures, Y.________, qui assumerait un rôle administratif, et X.________, intervenant en tant quassocié. Dans ce cadre, «[l]a question financière aurait concerné chacun des participants». J.________ précisait quil sagissait «juste dune proposition» de sa part. Cette proposition ne sest toutefois pas concrétisée et J.________ nen a pas indiqué les raisons, pas plus quil na détaillé les discussions qui avaient eu lieu à ce sujet, notamment les réactions exprimées par X.________ et Y.________ en rapport avec sa proposition. Par la suite, toujours selon J.________, X.________ et Y.________ «se sont mis ensemble et je ne sais pas ce qui sest passé», respectivement «[j]e ne peux pas dire comment il se sont mis ensemble» ; «[j]e ne sais pas si les parties ont voulu sassoci[er] mais je le pense» ; «[j]e nai aucune idée des éventuelles conséquences de cette association». Cest dire quon ne peut en aucun cas déduire du témoignage de J.________ que Y.________ aurait eu la volonté dexercer uneinfluence sur les décisions à prendre dans le cadre de lexploitation du garage et de partager avecX.________les profits et les risques liés à cette exploitation. À noter encore lélément de temporalité évoqué parJ.________ dans le même sens que M.________, à savoir : «[j]e pense que les parties nétaient pas associées avant la reprise du garage mais que tel a été le cas ensuite».
h) A.X._______________, épouse de lappelant, a déclaré quelle-même et lépouse de Y.________ nétaient «pas très favorables» à la reprise du garage par leurs époux, mais quelles avaient décidé de ne plus sen mêler et de laisser lesdits époux «évoluer avec leur projet». Selon elle, lidée de X.________ «était peut-être à moyen terme de vendre la pizzeria pour se consacrer uniquement au garage». A.X._______________ a certes déclaré avoir «toujours entendu Y.________ accepter que les dépenses du garage lui soient imputées à raison de 50%», respectivement «[i]l avait ( ) toujours été convenu que les bénéfices du garage seraient partagés par moitié entre les parties». Ces déclarations sont toutes générales, A.X._______________ ne précisant pas ce quelle a entendu Y.________ dire exactement, ni où et quand ces propos auraient été tenus, empêchant ainsi lintéressé de se déterminer et de se défendre. Les déclarations de A.X._______________ doivent par ailleurs être prises avec précaution au second motif du lien matrimonial unissant la témoin et le demandeur. Elles sont au surplus contradictoires, car si A.X._______________ avait, comme elle le dit, décidé de ne pas se mêler de la question relative à la reprise du garage, on ne voit pas pourquoi elle aurait participé aux discussions entre X.________ et Y.________ à ce propos, au sujet du partage des profits et des risques. De même, A.X._______________ a certes affirmé ne jamais avoir entendu dire que son mari aurait donné des instructions à Y.________, mais là encore, on ne voit pas pourquoi elle aurait entendu son mari donner des instructions à Y.________ ou dire que tel avait été le cas, alors quelle ne souhaitait pas se mêler de cette affaire. Enfin, A.X._______________ a affirmé que Y.________ «na rien investi», si bien quil nest pas logique que le même participe aux bénéfices ou supporte les risques.
i) Client du garage, le témoin G.________ (à son sujet, v.supraFaits, let. B/a) a déclaré avoir confié à C.________ des travaux de carrosserie pour un montant de 3'000 francs ; que la carrosserie avait été vendue après le début des travaux ; que cétait finalement un montant de 6'500 francs qui lui avait été demandé ; quaprès discussion entre lui-même, X.________, Y.________ et un ancien employé, il avait été convenu de ramener ce montant à 5'100 francs ; avoir payé ce montant en liquide à Y.________. Il a précisé que Y.________ «sétait présenté comme le nouveau propriétaire de la carrosserie et la personne de contact pour les travaux sur sa voiture» et que lui‑même ignorait si Y.________ avait ou non la possibilité de négocier seul le montant des travaux sur son véhicule. Il sera revenu sur ce témoignage ci-après (cons. 4.4.3).
j) Ancien employé dans la pizzeria de X.________, K.________ a déclaré que Y.________ lui avait «parlé dune association avec X.________», que tous deux avaient fait des cartes de visite et que Y.________ «était déjà associé» dans la carrosserie du temps de la livraison de pizzas. K.________ na toutefois pas précisé en quels termes Y.________ lui avait parlé de cette association (not. une telle association était-elle actuelle ou simplement envisagée ? Quétait-il convenu entre les associés, notamment sous langle des pouvoirs décisionnels, des profits et des risques commerciaux ?). Il na pas précisé la teneur des cartes de visite, dont aucun exemplaire ne figure dailleurs au dossier ; en tout état de cause, il nest pas contesté que cest Y.________ qui était la personne de contact pour les clients de la carrosserie X.________ consacrant lessentiel de son temps à sa pizzeria , si bien que la mention de son nom et/ou de ses coordonnées sur une carte de visite serait assez logique et ne permettrait pas de déduire que sa volonté était de participer aux prises de décisions, aux profits et aux risques. Enfin, K.________ nexplique pas ce quil entend exactement par laffirmation selon laquelle Y.________ était associé à X.________, et il explique encore moins sur la base de quels faits il parvient à cette conclusion. Cest dire que son témoignage est dépourvu de substance.
k) Épouse de lintimé, A.Y.________ a notamment déclaré que X.________ était venu chez eux à deux reprises, dont une accompagné de sa femme ; quil avait demandé à pouvoir sassocier à Y.________ pour exploiter le garage ; quelle-même sétait opposée à cette association car, de son point de vue, «il était hors de question dinvestir de largent dans cette affaire», dune part, et quelle «ne voulai[t] pas quil y ait des problèmes au sein de la communauté turque», dautre part ; que X.________ lui avait dit avoir «besoin [de Y.________] pour continuer lactivité du garage» à S.________, lui-même étant occupé par sa pizzeria à P.________, et avait évoqué «une période dessai de quelques mois, le temps de voir comment les choses évolueraient financièrement» ; quelle ignorait ce que son mari faisait au garage et quaucun salaire navait été convenu pour le travail de Y.________ à la carrosserie. Elle nen savait pas plus et supposait que les éventuelles modalités financières auraient été discutées après cette période dessai de quelques mois.Elle navait jamais dit à M.________ que son mari était associé avec X.________.
4.3Parmi les autres éléments déterminants figurent ensuite les documents versés au dossier, dont ressortent, par ordre chronologique, les faits suivants.
a) Le 9 juin 2016,C.________, «vendeur» et X.________, «acheteur» ont signé un «contrat dachat-vente» portant sur linventaire et les machines de la carrosserie, au prix de 50'000 francs, payable le 30 juin 2016. Ce document précisait notamment queC.________ cesserait son activité au 30 juin 2016 et que X.________ «v[oulait] reprendre la carrosserie au 1erjuillet 2016». Le même 9 juin 2016, C.________ a prêté 30'000 francs à X.________, sans garantie et sans intérêts.
b) Un projet de bail à loyer pour locaux commerciaux daté du 30 juin 2016 mais non signé portant sur les locaux de la carrosserie a été établi au nom de Y.________, en tant que locataire.
c)La société à responsabilité limitée«Garage & Carrosserie D.________ Sàrl» a été constituée par acte authentique du 6 juillet 2016 instrumenté par Me B.________, notaire. Dans ce cadre, seul a comparu X.________, agissant en son propre nom et pour son propre compte, en qualité de fondateur (p. 1, préambule). Le capital social de 20'000 francs a été entièrement libéré par apport en espèces de X.________, consigné auprès de la banque T.________ (ch. III et IV). Le fondateur se désignait lui-même en qualité de gérant, avec signature individuelle (ch. VI). Le but statutaire était défini ainsi : «exploitation dun garage, exécution de travaux de mécanique, de carrosserie et dentretien des véhicules, comme de pièces détachées et daccessoires, de carburants et de lubrifiants, achat, vente et location de véhicules automobiles» (Statuts, Article 3). Selon lextrait du registre du commerce du 22 mai 2018 figurant au dossier, X.________ est la seule personne ayant eu qualité pour signer au nom de la Sàrl.
d)Le compte bancaire existant au nom de la société Garage et Carrosserie D.________ Sàrl (compte n° 111) a été ouvert le 8 juillet 2016 et clôturé le 7 avril 2017. La banque T.________ a fourni les relevés du compte, mais pas la documentation douverture ni celle relative aux procurations et aux éventuelles cartes de débit et de crédit.
e) Le 5 août 2016, le bail relatif aux locaux du garage a été signé parX.________, au nom et pour le compte de la société Garage et Carrosserie D.________ Sàrl, et non par Y.________. De même, cest X.________ et non Y.________ qui a présenté au nom et pour le compte de Garage et Carrosserie D.________ Sàrl la demande de garantie de loyer pour un bail à usage commercial à la compagnie dassurance la société de caution________ SA, X.________ étant lunique garant solidairement responsable désigné dans la demande.
f) Le 30 août 2016, le contrat de licence Audatex, portant sur un service en ligne pour la gestion et le traitement des sinistres automobiles, aété signé parX.________, au nom et pour le compte de la société Garage et Carrosserie D.________ Sàrl, et non par Y.________.
g) Il ressort du dossier que la Société U.________ et lassurance-vie V.________ adressaient leur correspondance à la carrosserie à lattention de Y.________et que cest à ce dernier que la société W.________ a remis trois clés, soit probablement celles du garage. Le bilan de la Sàrl au 31 décembre 2016 fait quant à lui état dun compte «CC actionnaires 251», où figurent X.________ (2510) et un montant le concernant de 31'498.80 francs et Y.________ (2520), un solde négatif de 8.30 francs se rapportant à lui.
h) Y.________ a été inscrit auprès de lOffice régional de placement du 26 janvier au 31 août 2016, puis du 24 octobre 2016 au 15 novembre 2017. Le dossier de la Caisse de chômage démontre quil na pas déclaré de rémunération pour une quelconque activité lucrative dépendante ou indépendante durant cette période et quil sest désinscrit de lassurance-chômage à partir du 1erseptembre 2016 «car il souhaitait développer une activité indépendante», projet qui na toutefois pas abouti, si bien que lintéressé sest réinscrit au chômage le 24 octobre 2016 (décision du Service de lemploi du 10.02.2017 et avis du Service de lemploi du 18.11.2016).
i) Les documents fournis par les institutions de prévoyance ne font état daucun prélèvement de la part de Y.________.
j) Par lettre du 8 décembre 2017, lavocat de X.________ a proposé une entrevue à Y.________ pour «chercher une solution amiable» en rapport avec les 15'000 francs que X.________ devait rembourser à la société de caution________ SA. Le 18 décembre 2017, Y.________ a répondu que X.________ était «seul responsable» du remboursement de ce montant. Lavocat de X.________ est revenu à la charge avec la même proposition le 19 décembre 2017 ; X.________ a répondu quil déclinait linvitation à une réunion, au motif quil ne devait rien à X.________ dans cette affaire.
X.________ a encore déposé une capture décran de son smartphone, dont il ressort quà une date indéterminée, Y.________ lui a écrit (citation littérale) : «Je suis désolé mais comme je te lavais dit auparavant. Je sais très bien combien dargent tu as perdu. Mais comme je te lai dit moi je ne payerais pas. Je ne peux pas taider pour linstant comme je te lai dit dans le futur si jarrive à te donner quelque chose je le ferai sans hésiter. Je te lavais bien dit avec insistance que je nai pas un sou à mettre pour cette histoire de garage et cest pour cela que A.Y.________ ne voulais pas que je me lance là‑dedans. Je suis vraiment désolé pour toi mais actuellement je ne peux vraiment rien».
k) La société Garage et Carrosserie D.________ Sàrl a été dissoute par suite de faillite prononcée par le Tribunal régional des Montagnes et du Val-de-Ruz en date du 23 août 2018. La faillite a été suspendue faute dactifs le 15 octobre 2018 et a été clôturée le 22 novembre 2018, puis radiée le 31 janvier 2019.
4.4Il sagit à présent de procéder à une appréciation globale de tous ces éléments, afin de rechercher si lintention de Y.________ était de reprendre le garage avec X.________ et denpartager par moitié les bénéfices et les pertes (version de X.________) ou si au contraire Y.________ ne voulait pas sassocier, ni prendre le moindre risque financier en rapport avec lexploitation du garage, mais simplement aider son ami X.________ en soccupant de la gestion au quotidien du garage, à titre bénévole (version de Y.________).
4.4.1Les documents à première vue décisifs pour déterminer la réelle intention des parties sont le «contrat dachat-vente» portant sur linventaire et les machines de la carrosserie(v.supracons. 4.3/a), dune part, et lacte constitutif et les pouvoirs de représentation de la Sàrl(v.supracons. 4.3/c), dautre part. En effet, si les parties avaient eu lintention dexploiter conjointement le garage, dexercer toutes deux uneinfluence sur les décisions à prendre dans ce cadre et de partager les profits et les risques liés à cette exploitation, la logique aurait voulu quelles participent toutes deux au«contrat dachat‑vente» et à lacte constitutif de la Sàrl et que chacune dispose du droit de signature pour cette Sàrl. Or tel nest pas le cas puisque seulX.________ a été partie à ces contrats et habilité à représenter la Sàrl. Les contestations de lappelant sur ce point («[l]e fait que, selon les pièces littérales au dossier, c'est l'appelant qui était le repreneur de l'exploitation du garage et le fondateur de la société à responsabilité limitée est sans pertinence, sachant que la réalité du terrain est bien souvent différente des papiers signés pour le registre du commerce» [en droit, ch. 8]) ne correspondent pas à la réalité.
a) En lespèce, il nest pas établi que les parties auraient cherché volontairement à simuler la volonté initiale dassociation de Y.________en rapport avec lexploitation du garage. Au contraire, il na jamais été allégué et encore moins prouvé que Y.________ aurait participé de quelque manière que ce soit aux pourparlers en amont de lun ou lautre des contrats passés avec C.________ («contrat dachat-vente»et contrat de prêt), alors que cela aurait été le cas sil avait eu en réalité la volonté de former une société simple avec X.________. Plusieurs raisons ôtent toute vraisemblance à lhypothèse de lappelant selon laquelle les parties auraient voulu dissimuler leur volonté initiale dassociation pour permettre à Y.________ de continuer de percevoir des allocations de chômage. Premièrement, le fait que Y.________ se soit désinscrit de lassurance-chômage à partir du 1erseptembre 2016 (v.supracons. 4.3/h) démontre que ce dernier navait pas la volonté de tromper cette institution. Deuxièmement, si le but des parties avait été que la qualité dassocié de Y.________ napparaisse pas au registre du commerce, il serait assez étonnant quelles naient communiqué leur réelle intention ni à lancien exploitant du garage, ni au notaire, ni au collaborateur de la fiduciaire (lequel soccupait déjà des affaires de X.________), ni à certains de leurs amis, car cela nétait pas nécessaire pour atteindre le but visé. Troisièmement, même en admettant que les parties aient voulu tenir la qualité dassocié de Y.________ secrète vis-à-vis de tout tiers, elles auraient sans doute et dautant plus (car cela aurait constitué une précaution assez élémentaire et relevé du bon sens) établi un document réservé à leur usage interne attestant de leur réelle et commune intention. Or un tel document nexiste pas. Ces éléments tendent clairement à démontrer que, jusquau 9 juin 2016, Y.________ navait aucune intention demettre des biens en commun avecX.________en vue d'acquérir le garage, d'exercer une influence sur les décisions y relatives et den partager les risques et les profits.
b)Il est certes établi que Y.________ a eu des contacts avec Me B.________, seul ou conjointement avec X.________, entre le 14 et le 30 juin 2016. Cela ne prouve toutefois pas que Y.________ aurait eu, à ce moment-là, lintention dexploiter le garage conjointement avec X.________, dexercer uneinfluence sur les décisions et de partager les risques et les profits. Dabord, MeB.________ na pas été entendu dans le cadre de la procédure au sujet de ce que Y.________ lui avait déclaré à ce sujet. Ensuite, Y.________ a admis quil avait fourni une aide administrative à X.________ dans le cadre du projet de reprise du garage quavait ce dernier et il ressort des déclarations du témoin J.________ que non seulement Y.________ au chômage au moment des faits avait davantage de temps libre que X.________ exploitant dune pizzeria pour les démarches administratives, mais quil avait des compétences en ce domaine, si bien quune aide amicale et désintéressée dans ce cadre na rien de saugrenu. Lors de son interrogatoire, Y.________ a dailleurs déclaré : «[j]étais présent chez le notaire B.________. Jai été sa personne de confiance car [X.________] nétait pas très disponible et me prêtait également une expérience que lui navait pas».
c) À cela sajoute que ces pièces décrédibilisent lallégué de X.________selon lequel les parties étaient convenues que X.________ avancerait les fonds nécessaires à lachat du garage, à charge pour Y.________ de lui en rembourser la moitié, au motif que Y.________ navait pas les moyens davancer ces fonds. En effet, dès lors que C.________ a accordé un prêt sans intérêt et sans garantie à X.________, pour un montant représentant 60 % du prix dachat du garage, on peut déduire, dune part, que X.________ ne disposait pas non plus des liquidités suffisantes et, dautre part, que Y.________ aurait sans doute pu obtenir de C.________ un prêt sans intérêt et sans garantie, pour un montant représentant 50 % du prix dachat du garage, sil avait été intéressé à acquérir le garage conjointement avec X.________. Un tel procédé sapparente en effet à un ajournement du paiement du prix de vente. On relève encore que Y.________ na pas été attrait en qualité de partie dans le litige qui est né subséquemment entre X.________ et C.________, en rapport avec ces opérations contractuelles, ce qui tend à démontrer quil nétait pas associé à X.________, lequel a,a posteriori, tenté de se prévaloir de certains faits pour élever des prétentions injustifiées contre lui.
Le fait que Y.________ nait pas comparu lors de la fondation de la Sàrl, dune part, et le fait quil nait jamais été inscrit au registre du commerce comme légitimé à représenter cette Sàrl, dautre part, tendent à illustrer sa volonté de ne pas être associé à X.________ dans lexploitation du garage, de ne pas exercer dinfluence sur les décisions dans ce cadre, de ne pas assumer les risques liés à cette exploitation et ne pas en retirer les profits, en regard avec deux circonstances supplémentaires. Premièrement, lors de la fondation de la Sàrl,X.________ a expressément déclaré quil ny avait pas dapports en nature, reprises de biens, compensations de créances ou avantages particuliers autres que ceux mentionnés dans lacte (ch. III et IV). En second lieu, ilressort de la pièce D. 2/21 que cest Me B.________ qui a suggéré aux parties dajouter les lettres correspondant à leurs initiales («F.________») dans la raison sociale de la Sàrl, au motif quil ressortait du résultat denquête de lOffice fédéral du registre du commerce que «la raison sociale Garage & Carrosserie D.________ p[ouvait] être problématique». Le fait que cet ajout nait pas été effectué lors de la fondation de la Sàrl, en dépit de la mise en garde du notaire, tend donc clairement à démontrer que Y.________ ne voulait pasêtre associé à X.________ dans lexploitation du garage, comme cet ajout laurait laissé à penser.
4.4.2Le projet debail à loyer pour locaux commerciaux (v.supracons. 4.3/b) naccrédite en rien la version des faits de X.________. Il est en effet tout à fait concevable que Y.________ nait pas été à lorigine de ce projet, qui a pu être établi par X.________ ou par le bailleur (A.________) ou son représentant (société W.) sur instruction de X.________, sans information préalable à Y.________. Y.________ et X.________ nont fait aucune déclaration sur la genèse de ce projet, lequel ne sest dailleurs jamais concrétisé (v.supracons. 4.3/e), si bien quon ne saurait déduire de ce document quà la fin du mois de juin 2016, Y.________ aurait eu la moindre intention demettre des biens en commun avecX.________en vue d'acquérir le garage, d'exercer une influence sur les décisions y relatives et den partager les risques et les profits.
4.4.3Parmi lensemble des déclarations faites dans le cadre de la procédure (v.supracons. 4.2), lunique élément susceptible de constituer un indice de la volonté de Y.________ dexploiter le garage conjointement avec X.________, de participer au processus décisionnel et de partager avec lui les profits et les risques liés à cette activité, est laffirmation de G.________ selon laquelle Y.________ sétait présenté à lui non seulement comme «la personne de contact pour les travaux sur sa voiture», mais «comme le nouveau propriétaire de la carrosserie». Cetindice est toutefoismince, au regard de lensemble des circonstances. Il lest dautant plus que X.________ na jamais allégué que Y.________ se serait présenté aux tiers comme étant le propriétaire du garage, que G.________ a pu se tromper sur les termes exacts employés par Y.________, vu le temps écoulé entre les faits et son audition, et que Y.________, alors au chômage, a pu à une reprise se vanter auprès dun client en affirmant de manière contraire à la réalité quil était «le nouveau propriétaire de la carrosserie».
4.4.4Contrairement à lavis de lappelant, la désinscription de Y.________ du chômage entre le 1erseptembre et le 24 octobre 2016 naccrédite pas la version des faits de lappelant.
En premier lieu, l«activité indépendante» envisagée par Y.________ ne ressort pas du dossier de la Caisse de chômage et lintéressé na pas été interrogé à ce sujet. Or il est possible que Y.________, tout en consacrant du temps à aider bénévolement son ami à la carrosserie, ait parallèlement consacré du temps en vue dun lancement dans une autre activité (lucrative celle-ci), au même titre que X.________ était impliqué à la fois dans la gestion dune pizzeria et dans celle dun garage. Lintérêt de Y.________ pour dautres types dactivité ressort dailleurs du fait quil était associé gérant dun atelier de mécanique de précision avant sa période de chômage, quau début 2019, il a repris lexploitation dun café et quil a documenté quatre recherches demploi effectuées en septembre 2016 et trois en octobre 2016 (avis du Service de lemploi du 18.11.2016).
En second lieu, si Y.________ avait demblée voulu sassocier avec X.________ dans lacquisition et lexploitation du garage (notamment sous langle décisionnel et des risques), ce nest pas entre le 1erseptembre et le 24 octobre 2016 quil se serait désinscrit de lassurance-chômage, mais bien plus tôt. En effet, dès lors que le«contrat dachat-vente» portant sur linventaire et les machines de la carrosserie a été signé le 9 juin 2016, les pourparlers y relatifs ont dû avoir lieu au plus tard au début du mois de juin 2016, soit trois mois avant la désinscription de Y.________. Ladite désinscription pouvait dautant moins se rapporter à lexploitation de la carrosserie quà ce moment-là,Y.________ avait pu constater que cette exploitation nétait pas rentable, étant précisé que selon X.________, «lexploitation du garage a cessé à la fin de lannée 2016» et que selon A.X._______________, «[l]affaire na duré que trois mois», respectivement, en parlant de lextrait du registre du commerce de Garage & Carrosserie D.________ Sàrl : «si Y.________ nest pas indiqué sur lextrait, cest pour la raison que jai évoquée ci‑dessus, cest-à-dire que son entrée officielle devait intervenir trois mois plus tard. Ceci ne sest finalement jamais fait au vu des mauvaises affaires réalisées par le garage».
4.4.5On ne peut rien déduire en faveur de la thèse de lappelant du libellé du compte«CC actionnaires 251» (v.supracons. 4.3/g), à mesure que la personne chargée détablir la comptabilité de la Sàrl ne pouvait pas «qualifier la structure relative à la carrosserie dassociation au sens juridique du terme» et il ignorait «comment la carrosserie était organisée à linterne au niveau financier» (v.supracons. 4.2/d).On ne peut pas davantage voir un indice en faveur de la thèse de lappelant dans lesolde négatif de 8.30 francs se rapportant à Y.________ (v.supracons. 4.3/g), vu le caractère dérisoire de ce montant, dune part, et vu que les parties nont ni allégué, ni indiqué lors de leurs auditions à quoi ce montant se rapportait, dautre part.
4.4.6Les autres moyens de preuve confirment que les décisions importantes étaient prises et que les démarches décisives étaient effectuées par le seulX.________ (not. signature dubail relatif aux locaux du garage, dela demande de garantie de loyer pour un bail à usage commercial [v.supracons. 4.3/e] et du contrat de licence Audatex [v.supracons. 4.3/e]). Y.________ ne soccupait que de simples activités «de terrain», dans le cadre desquelles linterlocuteur sadresse à la personne présente sur place ou de contact, sans se préoccuper des droits de signature (ouvrir le garage le matin, y être présent, être linterlocuteur des clients et des partenaires), soit des activités ne relevant pas de la stratégie dentreprise et compatibles avec la version des faits de lintimé. Y.________ na pas négocié seul le prix des travaux effectués sur le véhicule de G.________ (v.supracons. 4.2/i ; il nest même pas certain quil ait participé à cette négociation) et X.________ était présent lorsque I.________ a remis à Y.________ la somme destinée à payer la marchandise quil achetait à la carrosserie (v.supracons. 4.2/c).Vu lensemble des circonstances, on ne peut donc pas retenir, en fait, que Y.________ aurait eu lintention de reprendre le garage avec X.________ et denpartager par moitié les bénéfices et les pertes. Il ressort au contraire de la procédure probatoire que Y.________ ne voulait pas sassocier, ni prendre le moindre risque financier en rapport avec lexploitation du garage, mais simplement aider son ami X.________ en soccupant de la gestion au quotidien du garage, à titre bénévole.
Ce caractère bénévole peut sexpliquer par le lien damitié qui unissait à lépoque les intéressés et par le fait que Y.________ était au chômage et quil avait du temps libre à occuper. Il ressort dailleurs du dossier que Y.________ aidait aussi son ami X.________ dans le cadre de sa pizzeria. En effet, K.________ a déclaré que Y.________ avait travaillé pour le compte de la pizzeria de X.________, en livrant des pizzas, en précisant ignorer sil avait été rémunéré ou non pour cette activité. X.________ a pour sa part déclaré que Y.________ navait jamais travaillé pour lui à la pizzeria, mais avait donné des coups de main sans être rémunéré pour cela. Enfin, selon A.Y.________, Y.________ ne travaillait pas régulièrement à la pizzeria à P.________, mais avait effectué des livraisons à quelques reprises.
Cela étant, la nuance de temporalité faite tant par le témoin J.________ (v.supracons. 4.2/g) que par le témoin M.________ (v.supracons. 4.2/f), mais aussi laffirmation de X.________ lui-même selon laquelle (parlant de la Sàrl) : «il avait été convenu chez Me B.________ que Y.________ puisse lintégrer après quelques mois dactivité» accrédite laffirmation de A.Y.________ selon laquelle X.________ et Y.________ auraient, malgré le refus initial de Y.________ de sassocier au projet dans le sens notamment dun partage des profits et des risques liés à lexploitation du garage, ouvert la voie à une possible future association, pour lhypothèse qui ne sest pas réalisée où lexploitation dudit garage se serait avérée rentable, ce qui aurait rassuré Y.________ au niveau des risques. Cest en effet en ce sens quon peut comprendre la «période dessai de quelques mois, le temps de voir comment les choses évolueraient financièrement» évoquée par A.Y.________. Ceci expliquerait pourquoi Y.________, bien que certain de ne rien devoir à X.________, sous langle strictement juridique, sest tout de même déclaré disposé, à bien plaire, à lui «donner quelque chose» dans le futur sil devait en avoir les moyens. Ceci expliquerait aussi pourquoi X.________ a renoncé à laudition du notaire.
4.4.6Compte tenu de lensemble des circonstances, on doit retenir, en fait, que Y.________na jamais eu lintention dexploiter le garage conjointement avec X.________, dexercer uneinfluence sur les décisions y relatives et de partager les risques et les profits.
5.Par surabondance, vu ce qui précède, sous langle de linterprétation objective,X.________ ne pouvait pas déduire de bonne foi des paroles et des actes de Y.________que ce dernier aurait voulu à un quelconque momentexploiter le garage conjointement avec lui, exercer uneinfluence sur les décisions y relatives et partager les risques et les profits.
6.Les considérations qui précèdent suffisent à sceller le sort de lappel. Par surabondance encore, on précisera que la seconde condition à lexistence dune société simple entreX.________ et Y.________, soit un apport de ce dernier,nétait pas non plus réalisée.
Sur la question de lapport, la version des faits de X.________ a changé au fil de la procédure. Dans sa demande, il a allégué que Y.________ navait pas les moyens davancer immédiatement les fonds nécessaires à la reprise du garage et que les parties étaient convenues que lui-même avancerait ces fonds, à charge pour Y.________ de lui en rembourser la moitié dès quil terminerait sa période de chômage. Demblée, cet allégué paraît peu crédible. En effet, si Y.________ navait pas les 50'000 francs nécessaires, selon les allégués mêmes de lappelant (v.supraFaits, let. B/a, dernier §), pour reprendre le garage et fonder la Sàrl, on ne voit pas comment il aurait pu accumuler une telle somme durant sa période de chômage.
Mais surtout, dans sa demande, X.________ na pas allégué que les parties étaient initialement convenues que lapport de Y.________ serait effectué sous forme de travail. Au stade de lappel, X.________ allègue pourtant le contraire (v.supracons. 3, 2e§), mais cette seconde version est contredite par les propos de X.________ lui-même, puisquil a déclaré lors de son interrogatoire, au sujet de lapport de Y.________, que ce dernier «sétait engagé à [lui] verser certains montants», respectivement que Y.________ lui avait «toujours dit quil [lui] était redevable des montants investis dès le départ» et non que les parties étaient convenues que lapport de Y.________ serait effectué sous forme de travail. Dailleurs, X.________ na pas allégué de manière précise quelle avait été la période dexploitation du garage, quels horaires Y.________ avait effectués dans ce cadre et en quoi consistait exactement son travail. Ces questions nonta fortioripas reçu de réponses dans le cadre de la procédure probatoire. De même,lors de la fondation de la Sàrl,X.________ a expressément déclaré quil ny avait pas dapports en nature, reprises de biens, compensations de créances ou avantages particuliers autres que ceux mentionnés dans lacte (ch. III et IV). En faisant valoir, au stade de lappel, que lapport de Y.________ consistait en son travail «sans relâche pour le garage», lappelant adopte une attitude contradictoire, changeant son fusil dépaule après avoir constaté que sa version initiale des faits ne résistait pas à lexamen.
7.Vu ce qui précède, lappelant et l'intimé n'étaient pas liés par un contrat de société simple. Lappel doit dès lors être rejeté, aux frais de son auteur. Lappelant doit en outre être condamné à verser une indemnité de dépens à lintimé. En labsence de mémoire dhonoraires, cette indemnité sera arrêtée à 2'000 francs (art. 95 al. 1cum106 al. 1 CPC ; art. 12 al. 1 et 58 ss de la loi fixant le tarif des frais, des émoluments de chancellerie et des dépens en matière civile, pénale et administrative [LTFrais, RSN 164.1]).
Par ces motifs,LA COUR D'APPEL CIVILE
1.Rejette lappel et confirme le dispositif querellé.
2.Arrête les frais de la procédure dappel à 5'000 francs, montant couvert par lavance de frais versée, et les met à la charge de lappelant.
3.Condamne lappelant à verser à lintimé une indemnité de dépens de 2'000 francs pour la procédure dappel.
Neuchâtel, le 16 mai 2022
Chaque partie doit, si la loi ne prescrit le contraire, prouver les faits quelle allègue pour en déduire son droit.
1Pour apprécier la forme et les clauses dun contrat, il y a lieu de rechercher la réelle et commune intention des parties, sans sarrêter aux expressions ou dénominations inexactes dont elles ont pu se servir, soit par erreur, soit pour déguiser la nature véritable de la convention.
2Le débiteur ne peut opposer lexception de simulation au tiers qui est devenu créancier sur la foi dune reconnaissance écrite de la dette.
1La société est un contrat par lequel deux ou plusieurs personnes conviennent dunir leurs efforts ou leurs ressources en vue datteindre un but commun.
2La société est une société simple, dans le sens du présent titre, lorsquelle noffre pas les caractères distinctifs dune des autres sociétés réglées par la loi.
Erwägungen (2 Absätze)
E. 6 juillet 2016 instrumenté par Me B.________, notaire. Dans ce cadre, seul a comparu X.________, agissant en son propre nom et pour son propre compte, en qualité de fondateur (p. 1, préambule). Le capital social de 20'000 francs a été entièrement libéré par apport en espèces de X.________, consigné auprès de la banque T.________ (ch. III et IV). Le fondateur se désignait lui-même en qualité de gérant, avec signature individuelle (ch. VI). Le but statutaire était défini ainsi : «exploitation dun garage, exécution de travaux de mécanique, de carrosserie et dentretien des véhicules, comme de pièces détachées et daccessoires, de carburants et de lubrifiants, achat, vente et location de véhicules automobiles» (Statuts, Article 3). Selon lextrait du registre du commerce du 22 mai 2018 figurant au dossier, X.________ est la seule personne ayant eu qualité pour signer au nom de la Sàrl.
d)Le compte bancaire existant au nom de la société Garage et Carrosserie D.________ Sàrl (compte n° 111) a été ouvert le 8 juillet 2016 et clôturé le 7 avril 2017. La banque T.________ a fourni les relevés du compte, mais pas la documentation douverture ni celle relative aux procurations et aux éventuelles cartes de débit et de crédit.
e) Le 5 août 2016, le bail relatif aux locaux du garage a été signé parX.________, au nom et pour le compte de la société Garage et Carrosserie D.________ Sàrl, et non par Y.________. De même, cest X.________ et non Y.________ qui a présenté au nom et pour le compte de Garage et Carrosserie D.________ Sàrl la demande de garantie de loyer pour un bail à usage commercial à la compagnie dassurance la société de caution________ SA, X.________ étant lunique garant solidairement responsable désigné dans la demande.
f) Le 30 août 2016, le contrat de licence Audatex, portant sur un service en ligne pour la gestion et le traitement des sinistres automobiles, aété signé parX.________, au nom et pour le compte de la société Garage et Carrosserie D.________ Sàrl, et non par Y.________.
g) Il ressort du dossier que la Société U.________ et lassurance-vie V.________ adressaient leur correspondance à la carrosserie à lattention de Y.________et que cest à ce dernier que la société W.________ a remis trois clés, soit probablement celles du garage. Le bilan de la Sàrl au 31 décembre 2016 fait quant à lui état dun compte «CC actionnaires 251», où figurent X.________ (2510) et un montant le concernant de 31'498.80 francs et Y.________ (2520), un solde négatif de 8.30 francs se rapportant à lui.
h) Y.________ a été inscrit auprès de lOffice régional de placement du 26 janvier au 31 août 2016, puis du 24 octobre 2016 au 15 novembre 2017. Le dossier de la Caisse de chômage démontre quil na pas déclaré de rémunération pour une quelconque activité lucrative dépendante ou indépendante durant cette période et quil sest désinscrit de lassurance-chômage à partir du 1erseptembre 2016 «car il souhaitait développer une activité indépendante», projet qui na toutefois pas abouti, si bien que lintéressé sest réinscrit au chômage le 24 octobre 2016 (décision du Service de lemploi du 10.02.2017 et avis du Service de lemploi du 18.11.2016).
i) Les documents fournis par les institutions de prévoyance ne font état daucun prélèvement de la part de Y.________.
j) Par lettre du 8 décembre 2017, lavocat de X.________ a proposé une entrevue à Y.________ pour «chercher une solution amiable» en rapport avec les 15'000 francs que X.________ devait rembourser à la société de caution________ SA. Le 18 décembre 2017, Y.________ a répondu que X.________ était «seul responsable» du remboursement de ce montant. Lavocat de X.________ est revenu à la charge avec la même proposition le 19 décembre 2017 ; X.________ a répondu quil déclinait linvitation à une réunion, au motif quil ne devait rien à X.________ dans cette affaire.
X.________ a encore déposé une capture décran de son smartphone, dont il ressort quà une date indéterminée, Y.________ lui a écrit (citation littérale) : «Je suis désolé mais comme je te lavais dit auparavant. Je sais très bien combien dargent tu as perdu. Mais comme je te lai dit moi je ne payerais pas. Je ne peux pas taider pour linstant comme je te lai dit dans le futur si jarrive à te donner quelque chose je le ferai sans hésiter. Je te lavais bien dit avec insistance que je nai pas un sou à mettre pour cette histoire de garage et cest pour cela que A.Y.________ ne voulais pas que je me lance là‑dedans. Je suis vraiment désolé pour toi mais actuellement je ne peux vraiment rien».
k) La société Garage et Carrosserie D.________ Sàrl a été dissoute par suite de faillite prononcée par le Tribunal régional des Montagnes et du Val-de-Ruz en date du 23 août 2018. La faillite a été suspendue faute dactifs le 15 octobre 2018 et a été clôturée le 22 novembre 2018, puis radiée le 31 janvier 2019.
4.4Il sagit à présent de procéder à une appréciation globale de tous ces éléments, afin de rechercher si lintention de Y.________ était de reprendre le garage avec X.________ et denpartager par moitié les bénéfices et les pertes (version de X.________) ou si au contraire Y.________ ne voulait pas sassocier, ni prendre le moindre risque financier en rapport avec lexploitation du garage, mais simplement aider son ami X.________ en soccupant de la gestion au quotidien du garage, à titre bénévole (version de Y.________).
4.4.1Les documents à première vue décisifs pour déterminer la réelle intention des parties sont le «contrat dachat-vente» portant sur linventaire et les machines de la carrosserie(v.supracons. 4.3/a), dune part, et lacte constitutif et les pouvoirs de représentation de la Sàrl(v.supracons. 4.3/c), dautre part. En effet, si les parties avaient eu lintention dexploiter conjointement le garage, dexercer toutes deux uneinfluence sur les décisions à prendre dans ce cadre et de partager les profits et les risques liés à cette exploitation, la logique aurait voulu quelles participent toutes deux au«contrat dachat‑vente» et à lacte constitutif de la Sàrl et que chacune dispose du droit de signature pour cette Sàrl. Or tel nest pas le cas puisque seulX.________ a été partie à ces contrats et habilité à représenter la Sàrl. Les contestations de lappelant sur ce point («[l]e fait que, selon les pièces littérales au dossier, c'est l'appelant qui était le repreneur de l'exploitation du garage et le fondateur de la société à responsabilité limitée est sans pertinence, sachant que la réalité du terrain est bien souvent différente des papiers signés pour le registre du commerce» [en droit, ch. 8]) ne correspondent pas à la réalité.
a) En lespèce, il nest pas établi que les parties auraient cherché volontairement à simuler la volonté initiale dassociation de Y.________en rapport avec lexploitation du garage. Au contraire, il na jamais été allégué et encore moins prouvé que Y.________ aurait participé de quelque manière que ce soit aux pourparlers en amont de lun ou lautre des contrats passés avec C.________ («contrat dachat-vente»et contrat de prêt), alors que cela aurait été le cas sil avait eu en réalité la volonté de former une société simple avec X.________. Plusieurs raisons ôtent toute vraisemblance à lhypothèse de lappelant selon laquelle les parties auraient voulu dissimuler leur volonté initiale dassociation pour permettre à Y.________ de continuer de percevoir des allocations de chômage. Premièrement, le fait que Y.________ se soit désinscrit de lassurance-chômage à partir du 1erseptembre 2016 (v.supracons. 4.3/h) démontre que ce dernier navait pas la volonté de tromper cette institution. Deuxièmement, si le but des parties avait été que la qualité dassocié de Y.________ napparaisse pas au registre du commerce, il serait assez étonnant quelles naient communiqué leur réelle intention ni à lancien exploitant du garage, ni au notaire, ni au collaborateur de la fiduciaire (lequel soccupait déjà des affaires de X.________), ni à certains de leurs amis, car cela nétait pas nécessaire pour atteindre le but visé. Troisièmement, même en admettant que les parties aient voulu tenir la qualité dassocié de Y.________ secrète vis-à-vis de tout tiers, elles auraient sans doute et dautant plus (car cela aurait constitué une précaution assez élémentaire et relevé du bon sens) établi un document réservé à leur usage interne attestant de leur réelle et commune intention. Or un tel document nexiste pas. Ces éléments tendent clairement à démontrer que, jusquau 9 juin 2016, Y.________ navait aucune intention demettre des biens en commun avecX.________en vue d'acquérir le garage, d'exercer une influence sur les décisions y relatives et den partager les risques et les profits.
b)Il est certes établi que Y.________ a eu des contacts avec Me B.________, seul ou conjointement avec X.________, entre le 14 et le 30 juin 2016. Cela ne prouve toutefois pas que Y.________ aurait eu, à ce moment-là, lintention dexploiter le garage conjointement avec X.________, dexercer uneinfluence sur les décisions et de partager les risques et les profits. Dabord, MeB.________ na pas été entendu dans le cadre de la procédure au sujet de ce que Y.________ lui avait déclaré à ce sujet. Ensuite, Y.________ a admis quil avait fourni une aide administrative à X.________ dans le cadre du projet de reprise du garage quavait ce dernier et il ressort des déclarations du témoin J.________ que non seulement Y.________ au chômage au moment des faits avait davantage de temps libre que X.________ exploitant dune pizzeria pour les démarches administratives, mais quil avait des compétences en ce domaine, si bien quune aide amicale et désintéressée dans ce cadre na rien de saugrenu. Lors de son interrogatoire, Y.________ a dailleurs déclaré : «[j]étais présent chez le notaire B.________. Jai été sa personne de confiance car [X.________] nétait pas très disponible et me prêtait également une expérience que lui navait pas».
c) À cela sajoute que ces pièces décrédibilisent lallégué de X.________selon lequel les parties étaient convenues que X.________ avancerait les fonds nécessaires à lachat du garage, à charge pour Y.________ de lui en rembourser la moitié, au motif que Y.________ navait pas les moyens davancer ces fonds. En effet, dès lors que C.________ a accordé un prêt sans intérêt et sans garantie à X.________, pour un montant représentant 60 % du prix dachat du garage, on peut déduire, dune part, que X.________ ne disposait pas non plus des liquidités suffisantes et, dautre part, que Y.________ aurait sans doute pu obtenir de C.________ un prêt sans intérêt et sans garantie, pour un montant représentant 50 % du prix dachat du garage, sil avait été intéressé à acquérir le garage conjointement avec X.________. Un tel procédé sapparente en effet à un ajournement du paiement du prix de vente. On relève encore que Y.________ na pas été attrait en qualité de partie dans le litige qui est né subséquemment entre X.________ et C.________, en rapport avec ces opérations contractuelles, ce qui tend à démontrer quil nétait pas associé à X.________, lequel a,a posteriori, tenté de se prévaloir de certains faits pour élever des prétentions injustifiées contre lui.
Le fait que Y.________ nait pas comparu lors de la fondation de la Sàrl, dune part, et le fait quil nait jamais été inscrit au registre du commerce comme légitimé à représenter cette Sàrl, dautre part, tendent à illustrer sa volonté de ne pas être associé à X.________ dans lexploitation du garage, de ne pas exercer dinfluence sur les décisions dans ce cadre, de ne pas assumer les risques liés à cette exploitation et ne pas en retirer les profits, en regard avec deux circonstances supplémentaires. Premièrement, lors de la fondation de la Sàrl,X.________ a expressément déclaré quil ny avait pas dapports en nature, reprises de biens, compensations de créances ou avantages particuliers autres que ceux mentionnés dans lacte (ch. III et IV). En second lieu, ilressort de la pièce D. 2/21 que cest Me B.________ qui a suggéré aux parties dajouter les lettres correspondant à leurs initiales («F.________») dans la raison sociale de la Sàrl, au motif quil ressortait du résultat denquête de lOffice fédéral du registre du commerce que «la raison sociale Garage & Carrosserie D.________ p[ouvait] être problématique». Le fait que cet ajout nait pas été effectué lors de la fondation de la Sàrl, en dépit de la mise en garde du notaire, tend donc clairement à démontrer que Y.________ ne voulait pasêtre associé à X.________ dans lexploitation du garage, comme cet ajout laurait laissé à penser.
4.4.2Le projet debail à loyer pour locaux commerciaux (v.supracons. 4.3/b) naccrédite en rien la version des faits de X.________. Il est en effet tout à fait concevable que Y.________ nait pas été à lorigine de ce projet, qui a pu être établi par X.________ ou par le bailleur (A.________) ou son représentant (société W.) sur instruction de X.________, sans information préalable à Y.________. Y.________ et X.________ nont fait aucune déclaration sur la genèse de ce projet, lequel ne sest dailleurs jamais concrétisé (v.supracons. 4.3/e), si bien quon ne saurait déduire de ce document quà la fin du mois de juin 2016, Y.________ aurait eu la moindre intention demettre des biens en commun avecX.________en vue d'acquérir le garage, d'exercer une influence sur les décisions y relatives et den partager les risques et les profits.
4.4.3Parmi lensemble des déclarations faites dans le cadre de la procédure (v.supracons. 4.2), lunique élément susceptible de constituer un indice de la volonté de Y.________ dexploiter le garage conjointement avec X.________, de participer au processus décisionnel et de partager avec lui les profits et les risques liés à cette activité, est laffirmation de G.________ selon laquelle Y.________ sétait présenté à lui non seulement comme «la personne de contact pour les travaux sur sa voiture», mais «comme le nouveau propriétaire de la carrosserie». Cetindice est toutefoismince, au regard de lensemble des circonstances. Il lest dautant plus que X.________ na jamais allégué que Y.________ se serait présenté aux tiers comme étant le propriétaire du garage, que G.________ a pu se tromper sur les termes exacts employés par Y.________, vu le temps écoulé entre les faits et son audition, et que Y.________, alors au chômage, a pu à une reprise se vanter auprès dun client en affirmant de manière contraire à la réalité quil était «le nouveau propriétaire de la carrosserie».
4.4.4Contrairement à lavis de lappelant, la désinscription de Y.________ du chômage entre le 1erseptembre et le 24 octobre 2016 naccrédite pas la version des faits de lappelant.
En premier lieu, l«activité indépendante» envisagée par Y.________ ne ressort pas du dossier de la Caisse de chômage et lintéressé na pas été interrogé à ce sujet. Or il est possible que Y.________, tout en consacrant du temps à aider bénévolement son ami à la carrosserie, ait parallèlement consacré du temps en vue dun lancement dans une autre activité (lucrative celle-ci), au même titre que X.________ était impliqué à la fois dans la gestion dune pizzeria et dans celle dun garage. Lintérêt de Y.________ pour dautres types dactivité ressort dailleurs du fait quil était associé gérant dun atelier de mécanique de précision avant sa période de chômage, quau début 2019, il a repris lexploitation dun café et quil a documenté quatre recherches demploi effectuées en septembre 2016 et trois en octobre 2016 (avis du Service de lemploi du 18.11.2016).
En second lieu, si Y.________ avait demblée voulu sassocier avec X.________ dans lacquisition et lexploitation du garage (notamment sous langle décisionnel et des risques), ce nest pas entre le 1erseptembre et le 24 octobre 2016 quil se serait désinscrit de lassurance-chômage, mais bien plus tôt. En effet, dès lors que le«contrat dachat-vente» portant sur linventaire et les machines de la carrosserie a été signé le 9 juin 2016, les pourparlers y relatifs ont dû avoir lieu au plus tard au début du mois de juin 2016, soit trois mois avant la désinscription de Y.________. Ladite désinscription pouvait dautant moins se rapporter à lexploitation de la carrosserie quà ce moment-là,Y.________ avait pu constater que cette exploitation nétait pas rentable, étant précisé que selon X.________, «lexploitation du garage a cessé à la fin de lannée 2016» et que selon A.X._______________, «[l]affaire na duré que trois mois», respectivement, en parlant de lextrait du registre du commerce de Garage & Carrosserie D.________ Sàrl : «si Y.________ nest pas indiqué sur lextrait, cest pour la raison que jai évoquée ci‑dessus, cest-à-dire que son entrée officielle devait intervenir trois mois plus tard. Ceci ne sest finalement jamais fait au vu des mauvaises affaires réalisées par le garage».
4.4.5On ne peut rien déduire en faveur de la thèse de lappelant du libellé du compte«CC actionnaires 251» (v.supracons. 4.3/g), à mesure que la personne chargée détablir la comptabilité de la Sàrl ne pouvait pas «qualifier la structure relative à la carrosserie dassociation au sens juridique du terme» et il ignorait «comment la carrosserie était organisée à linterne au niveau financier» (v.supracons. 4.2/d).On ne peut pas davantage voir un indice en faveur de la thèse de lappelant dans lesolde négatif de 8.30 francs se rapportant à Y.________ (v.supracons. 4.3/g), vu le caractère dérisoire de ce montant, dune part, et vu que les parties nont ni allégué, ni indiqué lors de leurs auditions à quoi ce montant se rapportait, dautre part.
4.4.6Les autres moyens de preuve confirment que les décisions importantes étaient prises et que les démarches décisives étaient effectuées par le seulX.________ (not. signature dubail relatif aux locaux du garage, dela demande de garantie de loyer pour un bail à usage commercial [v.supracons. 4.3/e] et du contrat de licence Audatex [v.supracons. 4.3/e]). Y.________ ne soccupait que de simples activités «de terrain», dans le cadre desquelles linterlocuteur sadresse à la personne présente sur place ou de contact, sans se préoccuper des droits de signature (ouvrir le garage le matin, y être présent, être linterlocuteur des clients et des partenaires), soit des activités ne relevant pas de la stratégie dentreprise et compatibles avec la version des faits de lintimé. Y.________ na pas négocié seul le prix des travaux effectués sur le véhicule de G.________ (v.supracons. 4.2/i ; il nest même pas certain quil ait participé à cette négociation) et X.________ était présent lorsque I.________ a remis à Y.________ la somme destinée à payer la marchandise quil achetait à la carrosserie (v.supracons. 4.2/c).Vu lensemble des circonstances, on ne peut donc pas retenir, en fait, que Y.________ aurait eu lintention de reprendre le garage avec X.________ et denpartager par moitié les bénéfices et les pertes. Il ressort au contraire de la procédure probatoire que Y.________ ne voulait pas sassocier, ni prendre le moindre risque financier en rapport avec lexploitation du garage, mais simplement aider son ami X.________ en soccupant de la gestion au quotidien du garage, à titre bénévole.
Ce caractère bénévole peut sexpliquer par le lien damitié qui unissait à lépoque les intéressés et par le fait que Y.________ était au chômage et quil avait du temps libre à occuper. Il ressort dailleurs du dossier que Y.________ aidait aussi son ami X.________ dans le cadre de sa pizzeria. En effet, K.________ a déclaré que Y.________ avait travaillé pour le compte de la pizzeria de X.________, en livrant des pizzas, en précisant ignorer sil avait été rémunéré ou non pour cette activité. X.________ a pour sa part déclaré que Y.________ navait jamais travaillé pour lui à la pizzeria, mais avait donné des coups de main sans être rémunéré pour cela. Enfin, selon A.Y.________, Y.________ ne travaillait pas régulièrement à la pizzeria à P.________, mais avait effectué des livraisons à quelques reprises.
Cela étant, la nuance de temporalité faite tant par le témoin J.________ (v.supracons. 4.2/g) que par le témoin M.________ (v.supracons. 4.2/f), mais aussi laffirmation de X.________ lui-même selon laquelle (parlant de la Sàrl) : «il avait été convenu chez Me B.________ que Y.________ puisse lintégrer après quelques mois dactivité» accrédite laffirmation de A.Y.________ selon laquelle X.________ et Y.________ auraient, malgré le refus initial de Y.________ de sassocier au projet dans le sens notamment dun partage des profits et des risques liés à lexploitation du garage, ouvert la voie à une possible future association, pour lhypothèse qui ne sest pas réalisée où lexploitation dudit garage se serait avérée rentable, ce qui aurait rassuré Y.________ au niveau des risques. Cest en effet en ce sens quon peut comprendre la «période dessai de quelques mois, le temps de voir comment les choses évolueraient financièrement» évoquée par A.Y.________. Ceci expliquerait pourquoi Y.________, bien que certain de ne rien devoir à X.________, sous langle strictement juridique, sest tout de même déclaré disposé, à bien plaire, à lui «donner quelque chose» dans le futur sil devait en avoir les moyens. Ceci expliquerait aussi pourquoi X.________ a renoncé à laudition du notaire.
4.4.6Compte tenu de lensemble des circonstances, on doit retenir, en fait, que Y.________na jamais eu lintention dexploiter le garage conjointement avec X.________, dexercer uneinfluence sur les décisions y relatives et de partager les risques et les profits.
5.Par surabondance, vu ce qui précède, sous langle de linterprétation objective,X.________ ne pouvait pas déduire de bonne foi des paroles et des actes de Y.________que ce dernier aurait voulu à un quelconque momentexploiter le garage conjointement avec lui, exercer uneinfluence sur les décisions y relatives et partager les risques et les profits.
6.Les considérations qui précèdent suffisent à sceller le sort de lappel. Par surabondance encore, on précisera que la seconde condition à lexistence dune société simple entreX.________ et Y.________, soit un apport de ce dernier,nétait pas non plus réalisée.
Sur la question de lapport, la version des faits de X.________ a changé au fil de la procédure. Dans sa demande, il a allégué que Y.________ navait pas les moyens davancer immédiatement les fonds nécessaires à la reprise du garage et que les parties étaient convenues que lui-même avancerait ces fonds, à charge pour Y.________ de lui en rembourser la moitié dès quil terminerait sa période de chômage. Demblée, cet allégué paraît peu crédible. En effet, si Y.________ navait pas les 50'000 francs nécessaires, selon les allégués mêmes de lappelant (v.supraFaits, let. B/a, dernier §), pour reprendre le garage et fonder la Sàrl, on ne voit pas comment il aurait pu accumuler une telle somme durant sa période de chômage.
Mais surtout, dans sa demande, X.________ na pas allégué que les parties étaient initialement convenues que lapport de Y.________ serait effectué sous forme de travail. Au stade de lappel, X.________ allègue pourtant le contraire (v.supracons. 3, 2e§), mais cette seconde version est contredite par les propos de X.________ lui-même, puisquil a déclaré lors de son interrogatoire, au sujet de lapport de Y.________, que ce dernier «sétait engagé à [lui] verser certains montants», respectivement que Y.________ lui avait «toujours dit quil [lui] était redevable des montants investis dès le départ» et non que les parties étaient convenues que lapport de Y.________ serait effectué sous forme de travail. Dailleurs, X.________ na pas allégué de manière précise quelle avait été la période dexploitation du garage, quels horaires Y.________ avait effectués dans ce cadre et en quoi consistait exactement son travail. Ces questions nonta fortioripas reçu de réponses dans le cadre de la procédure probatoire. De même,lors de la fondation de la Sàrl,X.________ a expressément déclaré quil ny avait pas dapports en nature, reprises de biens, compensations de créances ou avantages particuliers autres que ceux mentionnés dans lacte (ch. III et IV). En faisant valoir, au stade de lappel, que lapport de Y.________ consistait en son travail «sans relâche pour le garage», lappelant adopte une attitude contradictoire, changeant son fusil dépaule après avoir constaté que sa version initiale des faits ne résistait pas à lexamen.
7.Vu ce qui précède, lappelant et l'intimé n'étaient pas liés par un contrat de société simple. Lappel doit dès lors être rejeté, aux frais de son auteur. Lappelant doit en outre être condamné à verser une indemnité de dépens à lintimé. En labsence de mémoire dhonoraires, cette indemnité sera arrêtée à 2'000 francs (art. 95 al. 1cum106 al. 1 CPC ; art. 12 al. 1 et 58 ss de la loi fixant le tarif des frais, des émoluments de chancellerie et des dépens en matière civile, pénale et administrative [LTFrais, RSN 164.1]).
Par ces motifs,LA COUR D'APPEL CIVILE
1.Rejette lappel et confirme le dispositif querellé.
2.Arrête les frais de la procédure dappel à 5'000 francs, montant couvert par lavance de frais versée, et les met à la charge de lappelant.
3.Condamne lappelant à verser à lintimé une indemnité de dépens de 2'000 francs pour la procédure dappel.
Neuchâtel, le 16 mai 2022
Chaque partie doit, si la loi ne prescrit le contraire, prouver les faits quelle allègue pour en déduire son droit.
1Pour apprécier la forme et les clauses dun contrat, il y a lieu de rechercher la réelle et commune intention des parties, sans sarrêter aux expressions ou dénominations inexactes dont elles ont pu se servir, soit par erreur, soit pour déguiser la nature véritable de la convention.
2Le débiteur ne peut opposer lexception de simulation au tiers qui est devenu créancier sur la foi dune reconnaissance écrite de la dette.
1La société est un contrat par lequel deux ou plusieurs personnes conviennent dunir leurs efforts ou leurs ressources en vue datteindre un but commun.
2La société est une société simple, dans le sens du présent titre, lorsquelle noffre pas les caractères distinctifs dune des autres sociétés réglées par la loi.
E. 7 Vu ce qui précède, l’appelant et l'intimé n'étaient pas liés par un contrat de société simple. L’appel doit dès lors être rejeté, aux frais de son auteur. L’appelant doit en outre être condamné à verser une indemnité de dépens à l’intimé. En l’absence de mémoire d’honoraires, cette indemnité sera arrêtée à 2'000 francs (art. 95 al. 1 cum 106 al. 1 CPC ; art. 12 al. 1 et 58 ss de la loi fixant le tarif des frais, des émoluments de chancellerie et des dépens en matière civile, pénale et administrative [LTFrais, RSN 164.1]).
Volltext (verifizierbarer Originaltext)
A.Le 13 août 2018, X.________ a assigné en conciliation Y.________ devant la Chambre de conciliation du Tribunal régional des Montagnes et du Val-de-Ruz, en concluant, sous suite de frais et dépens, à ce que ce dernier soit condamné à lui verser 68'750 francs avec intérêts à 5 % lan dès le 8 décembre 2017. Lautorisation de procéder a été délivrée le 15 octobre 2018.
B.a) Le 3 janvier 2019, X.________ a saisi le Tribunal civil dune demande dirigée contre la même personne et portant les mêmes conclusions.
À lappui, il alléguait, en résumé, que lui-même et Y.________ étaient amis et quà lété 2016, alors que lui-même gérait la pizzeria ***** à Z.________ et que Y.________ était au chômage, ils avaient souhaité reprendre à C.________ le garage et carrosserie D.________, à S.________ (ci-après : le garage ou la carrosserie) ; quafin que Y.________ ne perde pas (immédiatement) le bénéfice de ses allocations de chômage, les parties étaient convenues que lui-même signerait en son propre nom les contrats de reprise du garage et serait le fondateur de la société à responsabilité limitée créée pour exploiter ledit garage ; que Y.________ nayant pas les moyens davancer immédiatement les fonds nécessaires à la reprise du garage, les parties étaient convenues que lui-même les avancerait, à charge pour Y.________ de lui en rembourser la moitié dès quil terminerait sa période de chômage, à laide dun retrait de son deuxième pilier ; que la raison sociale choisie par les parties («Garage & Carrosserie D.________ & F.________ Sàrl») contenait leurs initiales à tous les deux (all. 16/e) ; que dans le cadre de lexploitation du garage, Y.________ avait encaissé 5'500 francs pour des réparations sur le véhicule de G.________ (all. 10) et vendu de la marchandise pour 3'000 francs à lentreprise H.________, par I.________ (all. 9), le tout sans facture ni quittance et sans lui restituer la moitié de ces montants ; que lexploitation du garage sétait soldée par un échec (all. 7).
Le montant réclamé se composait de la moitié du capital social de la société Garage & Carrosserie D.________ Sàrl, que le demandeur avait fondée le 6 juillet 2016 (10'000 francs), de la moitié du prix dachat convenu avec C.________ pour lacquisition du garage (40'000 francs), de la moitié des liquidités que le demandeur avait injectées dans la société (7'000 francs), de la moitié du montant quil avait payé à la société de cautionnement au titre de garantie de loyer (7'500 francs) et de la moitié des montants reçus par Y.________ de G.________ (2'750) et de I.________ (1'500 francs).