Erwägungen (1 Absätze)
E. 1 CEDH) de l'accès au juge, dont l'opposition (art. 354 CPP) vise à assurer le respect en conférant à la personne concernée la faculté de soumettre sa cause à l'examen d'un tribunal (ATF 146 IV 30cons. 1.1.1;142 IV 158cons. 3.1 et 3.4). En ce sens, la fiction de retrait de l'opposition consacrée par l'article356 al. 4 CPPne s'applique que si l'opposant a effectivement eu connaissance de la citation à comparaître et des conséquences du défaut. La fiction légale du retrait de lopposition ne peut s'appliquer que si l'on peut déduire de bonne foi (art. 3 al. 2 let. a CPP) du défaut non excusé un désintérêt pour la suite de la procédure, lorsque l'opposant est conscient des conséquences de son manquement et qu'il renonce à ses droits en toute connaissance de la situation juridique déterminante (ATF 146 IV 30cons. 1.1.1;142 IV 158cons. 3.4;140 IV 82cons. 2.7).
d) Dans un arrêt du 28 avril 2020, lAutorité de céans a considéré que la juge de police ne pouvait déduire du défaut dun recourant à son audience que lopposition de ce dernier était réputée retirée, dans une situation où lintéressé avait clairement manifesté sa volonté de maintenir son opposition, par plusieurs courriels, dans lesquels il avait indiqué, le matin même dune audience devant se dérouler en début daprès-midi, quil était malade depuis deux jours et quil ne pourrait pas se présenter. La juge de police avait alors sollicité de lintéressé le dépôt dans un délai de 10 jours dun certificat médical attestant que, pour des raisons de santé, il nétait pas en mesure de comparaître à laudience de laprès-midi. Elle avait précisé que, sans cela, le Tribunal de police considérerait que lintéressé avait fait défaut aux débats sans être excusé et sans sêtre fait représenter, de sorte que lopposition quil avait formée serait réputée retirée. Le justiciable avait répondu que sil avait été à même de sortir pour voir un médecin, il serait venu à laudience, et avait sollicité «un jugement équitable malgré le fait quil nétait pas là». Le prévenu avait donc clairement manifesté sa volonté de maintenir son opposition et il nétait pas possible dattacher de bonne foi à son défaut un désintérêt pour la suite de la procédure. La juge de police ne pouvait donc pas déduire du défaut du prévenu à laudience que lopposition de ce dernier était réputée retirée (arrêt de lAutorité de céans du 28.04.2020 [ARMP.2020.3]).
De manière générale, les autorités pénales restent tenues de se conformer au principe de la bonne foi (cf. art. 5 al. 3 et 9 Cst. féd. et art. 3 al. 2 let. a CPP). Le Tribunal fédéral en a notamment déduit quelles ne peuvent pas considérer que lopposant a retiré son opposition si lensemble de son comportement plaide contre un désintérêt pour la suite de la procédure (ATF 146 IV 286cons. 2.2, p.290).
e) En lespèce, à réception du mandat de comparution du 14 décembre 2021, X.________ sest mis en contact, le 22 décembre 2021, avec le greffe du Tribunal de police pour solliciter lenvoi de différentes pièces, qui lui ont été adressées le même jour. Lintéressé est domicilié à W.________, qui se trouve dans la banlieue de V.________ (département de Meurthe-et-Moselle, en France), à une distance de 290 kilomètres de Boudry. Le trajet depuis là peut être, selon les indications disponibles sur Internet, parcouru en un peu moins de quatre heures. X.________ a indiqué être venu à Neuchâtel la veille de laudience, dans lintention bien comprise dy assister. Même si on ne dispose pas dinformations précises sur les liens de X.________ avec la région neuchâteloise, on doit constater quil sy trouve parfois puisquil y était précisément le jour des faits, soit le 19 juin 2021. On ne peut cependant en retenir que lintéressé devait connaître le réseau local des transports publics de telle façon quil aurait dû être en mesure, alors que son véhicule se trouvait en panne à Neuchâtel (sans quon sache précisément où dans la ville) à 8h40, de se rendre à Boudry sans accuser plus que 15 à 20 minutes de retard, selon ce que le greffe du tribunal semble lui avoir indiqué. Bon nombre de personnes vivant dans une ville comme Neuchâtel ne seraient pas en mesure de dire immédiatement comment se rendre depuis là en transports publics à Boudry. Il est vrai que la solution dun taxi aurait sans doute été la plus simple, mais il faut aussi reconnaître le caractère onéreux de ce moyen de transport et, surtout, le fait que, selon lendroit où on se trouve dans la ville de Neuchâtel, un taxi nest pas forcément non plus sous la main. Par ailleurs, il ressort du dossier et de la décision querellée elle-même que X.________ a téléphoné à plusieurs reprises durant la matinée du 17 janvier 2022 au greffe du tribunal pour solliciter quon lattende pour laudience, au vu des circonstances quil évoquait. Dans cette optique, la juge de police ne pouvait manifestement pas considérer que X.________ sétait désintéressé de la procédure et procéder à lapplication rigoureuse, à 09h15, soit 15 minutes après lheure de la convocation et alors même que X.________ avait encore téléphoné 10 minutes avant au greffe du tribunal en indiquant son souhait de venir à laudience, des conséquences de son défaut. Certes, celui-ci était donné mais les conséquences qui lui attachent larticle356 al. 4 CPPne peuvent être constatées que si, en plus, labsence du prévenu aux débats est lexpression de son désintérêt pour la procédure, ce qui nest certainement pas le cas de celui qui se déplace durant le week-end depuis la région de V.________, en vue de participer à une audience lundi matin, voit son véhicule être en panne juste avant lheure de laudience, appelle le greffe pour avertir de son retard et à qui il a en définitive été laissé seulement 15 minutes de grâce. Certes, on comprend la préoccupation du Tribunal de police de tenir son horaire, ne serait-ce que par égards pour les autres justiciables convoqués durant la même matinée, mais il en va de deux choses lune : soit la durée prévue pour laudience était de 15 minutes et il aurait certainement été possible de les récupérer en fin de matinée, soit la durée (et cela est probable) était plus longue et on comprend mal pourquoi il a fallu se précipiter à formaliser le défaut, puis les conséquences de larticle356 al. 4 CPP. Quoi quil en soit, les circonstances de laffaire ne laissent pas apparaître un désintérêt du recourant pour son opposition et cest donc en violation de la jurisprudence fédérale que la juge de police a fait application de cette disposition légale. La conséquence ne peut en être que lannulation de lordonnance querellée et le renvoi de la cause au Tribunal de police afin quil cite de nouveaux débats.
4.Vu ce qui précède, le recours doit être admis et lordonnance du 18 janvier 2022 annulée. Les frais judiciaires resteront à la charge de lÉtat (art. 428 al. 4 CPP). Il ny a pas lieu à dépens à mesure que le recourant a agi seul.
Par ces motifs,l'Autorité de recours en matière pénale
1.Admet le recours et annule lordonnance attaquée.
2.Renvoie la cause au Tribunal de police du Littoral et du Val-de-Travers, à Boudry, au sens des considérants.
3.Laisse les frais judiciaires afférents à la procédure de recours à la charge de lÉtat.
4.Nalloue pas de dépens.
5.Notifie le présent arrêt à X.________, à W.________ (F), au Tribunal de police du Littoral et du Val-de-Travers, à Boudry (POL.2021.765) et au Ministère public, à La Chaux-de-Fonds (MP.2021.4748).
Neuchâtel, le 11 mars 2022
1Le délai est réputé observé si lacte de procédure est accompli auprès de lautorité compétente au plus tard le dernier jour du délai.
2Les écrits doivent être remis au plus tard le dernier jour du délai à lautorité pénale, à la Poste suisse, à une représentation consulaire ou diplomatique suisse ou, sagissant de personnes détenues, à la direction de létablissement carcéral.
3En cas de transmission électronique, le moment déterminant pour lobservation dun délai est celui où est établi laccusé de réception qui confirme que la partie a accompli toutes les étapes nécessaires à la transmission.28
4Le délai est également réputé observé si lécrit parvient au plus tard le dernier jour du délai à une autorité suisse non compétente. Celle-ci transmet lécrit sans retard à lautorité pénale compétente.
5Un paiement à lautorité pénale est effectué dans le délai prescrit lorsque le montant est versé en faveur de lautorité pénale à la Poste suisse ou débité dun compte bancaire ou postal en Suisse le dernier jour du délai au plus tard.
28Nouvelle teneur selon lannexe ch. II 7 de la L du 18 mars 2016 sur la signature électronique, en vigueur depuis le 1erjanv. 2017 (RO20164651;FF2014957).
1Lorsquil décide de maintenir lordonnance pénale, le ministère public transmet sans retard le dossier au tribunal de première instance en vue des débats. Lordonnance pénale tient lieu dacte daccusation.
2Le tribunal de première instance statue sur la validité de lordonnance pénale et de lopposition.
3Lopposition peut être retirée jusquà lissue des plaidoiries.
4Si lopposant fait défaut aux débats sans être excusé et sans se faire représenter, son opposition est réputée retirée.
5Si lordonnance pénale nest pas valable, le tribunal lannule et renvoie le cas au ministère public en vue dune nouvelle procédure préliminaire.
6Si lopposition ne porte que sur les frais et les indemnités ou dautres conséquences accessoires, le tribunal statue par écrit, à moins que lopposant ne demande expressément des débats.
7Si des ordonnances pénales portant sur les mêmes faits ont été rendues contre plusieurs personnes, lart. 392 est applicable par analogie.
1Le recours contre les décisions notifiées par écrit ou oralement est motivé et adressé par écrit, dans le délai de dix jours, à lautorité de recours.
2Le recours pour déni de justice ou retard injustifié nest soumis à aucun délai.
Volltext (verifizierbarer Originaltext)
A.Le 27 septembre 2021, le Ministère public a décidé louverture dune instruction pénale contre X.________, domicilié en France, pour infraction aux articles 33 al. 2 et 90 al. 2 LCR pour avoir, «à Z.________, sur la rue [aaaaa], le samedi 19 juin 2021 vers 16h35, [ ] circulé au volant du véhicule, immatriculé F/[11111], et ne pas avoir accordé la priorité au piéton, Y.________, lequel était engagé sur le passage piéton. Ainsi, lavant gauche du véhicule est venu heurter la hanche du piéton.».
Cette ouverture dinstruction faisait suite au rapport de police adressé au Ministère public par la police neuchâteloise le 23 août 2021, auquel étaient joints les procès-verbaux daudition du conducteur et du piéton. Il en ressort en particulier que, lors de son audition par la police le 16 juin 2021, X.________ a indiqué être certain de navoir pas touché lhomme qui traversait avec lavant de son véhicule.
B.Le 27 octobre 2021, la procureure assistante du Ministère public a condamné X.________ à une amende de 350 francs, étant précisé quen cas de non-paiement de cette amende, une peine privative de liberté de substitution était fixée à quatre jours, et condamné lintéressé aux frais de la cause, arrêtés à 462.65 francs. Cette ordonnance pénale était fondée sur les articles 32 al. 2 et 90 al. 1 LCR et 6 OCR et retenait quen franchissant le passage de sécurité alors que le piéton navait pas encore atteint lîlot central, X.________ navait pas eu dégard audit piéton et avait ainsi violé les règles de priorité au sens de larticle 33 al. 2 LCR, règle fondamentale de la circulation, ce qui tombait en principe sous le coup de larticle 90 al. 2 LCR (violation grave). Toutefois, au vu des circonstances, sachant que le prévenu avait ralenti et quil nétait pas possible de savoir avec certitude si le piéton avait chuté par déséquilibre ou suite au coup de pied quil avait donné au véhicule sous leffet de la peur, il était retenu, «du bout des lèvres», une violation simple des règles de la circulation au sens de larticle 90 al. 1 LCR.
Cette ordonnance a été notifiée à X.________ le 2 novembre 2021.
C.Par courrier parvenu au Ministère public le 11 novembre 2021, X.________ a fait part de son intention de contester la sanction infligée et a annoncé quil enverrait ultérieurement la liste des éléments motivant sa décision, ce quil a fait par courrier daté du 17 novembre 2021, posté le 18 novembre 2021 et parvenu au Ministère public le 22 novembre 2021.
D.Le 29 novembre 2021, le Ministère public a transmis lordonnance pénale au Tribunal de police, en indiquant maintenir cette ordonnance et que le dossier était transmis en vue de la tenue des débats, lordonnance pénale tenant lieu dacte daccusation au sens de larticle 356 al. 1 CPP.
E.Le 14 décembre 2021, le Tribunal de police a adressé à X.________ un mandat de comparution le citant à comparaître en tant que prévenu devant le Tribunal de police pour une audience agendée au 17 janvier 2022, à 9 heures, à lHôtel judiciaire de Boudry. La convocation mentionnait comme motif de laudience le jugement sur opposition, annonçait laudition de Y.________ en qualité de témoin et indiquait dans la rubrique «Obligation de comparaître» : «Vous êtes tenu de comparaître personnellement. Si vous ne comparaissez pas, le Tribunal pourra décerner un mandat damener contre vous. Conformément à larticle 356/4 CPP, si lopposant fait défaut aux débats sans être excusé et sans se faire représenter, son opposition est réputée retirée».
Cette convocation a été notifiée à X.________ le 21 décembre 2021. Le 22 décembre 2021, ce dernier sest adressé téléphoniquement au greffe du Tribunal de police pour solliciter la copie du rapport de police établi le 23 août 2021 et celle du procès-verbal daudition de Y.________ du 19 juin 2021, documents qui lui ont été adressés le même jour par courriel.
F.a) Le Tribunal de police a tenu son audience le lundi 17 janvier 2022 à 9 heures. Le procès-verbal de cette audience relate ce qui suit : «Le prévenu, X.________, a pris contact avec le greffe par téléphone à 08h40, informant être à Neuchâtel et que sa voiture ne démarre pas. Le prévenu indique quil ny a pas de bus pour se rendre à Boudry. Le greffe linforme quil peut prendre le tram ou un taxi. X.________ indique quil va encore essayer de démarrer son véhicule. Le prévenu prend à nouveau contact avec le greffe à 09h05 pour indiquer que son véhicule na toujours pas démarré et quil ne pourra pas être présent avant 10h00. La juge considère son absence, sans motif valable (dautres solutions auraient été possible[s] pour se rendre à Boudry dans un délai convenable), comme un défaut de sa part et le prévenu en est averti par le greffe par téléphone. Son absence entraîne le retrait immédiat de lopposition faite à lordonnance pénale du 27 octobre 2021 du Ministère public, au sens de lart. 356 al. 4 CPP. Ladite ordonnance entre dès lors en force.». Le procès-verbal précise encore que laudience a été levée à 9h15.
b) Selon une note interne figurant au dossier, X.________ sest encore adressé par téléphone au greffe du Tribunal de police le 17 janvier 2022 à 11h18. Cette note interne, signée de la greffière daudience, indique ce qui suit : «Tél. de X.________ afin de savoir ce quil doit faire suite à son absence de ce matin. Je linforme que la juge a considéré son absence comme injustifiée, au vu du temps et des moyens (taxi, tram) à sa disposition pour se rendre de Neuchâtel à Boudry. Il me dit quil a essayé depuis 08h20 de démarrer son véhicule, sans succès. Je lui indique que si son véhicule na pas démarré à ce moment-là, il avait dautant plus le temps de prendre des transports publics, quitte à arriver 15 minutes en retard Il me dit que cétait juste impossible à faire ! Je lui indique quune décision lui sera prochainement notifiée, avec les voies de droit à sa disposition.».
G.Par ordonnance du 18 janvier 2022, le Tribunal de police a dit que lopposition de X.________ du 9 novembre 2021 devait être considérée comme retirée, a constaté que lordonnance pénale du 27 octobre 2021 était devenue définitive et exécutoire et a arrêté les frais de lordonnance à 200 francs, les mettant à la charge de X.________. Cette ordonnance a retenu que «régulièrement cité, X.________ na[vait] pas comparu à laudience du 17 janvier 2022 et na[vait] pas invoqué de motif valable pour justifier son absence, le fait que son véhicule ne démarrait pas, étant à Neuchâtel, ne lempêchant pas de se rendre à Boudry par dautres moyens (transports publics, taxi, etc)».
Cette ordonnance a été notifiée à X.________ le 24 janvier 2022.
H.Par courrier daté du 1erfévrier 2022, qui a été posté en France le même jour (selon le suivi des envois contrôlé sur le site de La Poste française) et qui est arrivé en Suisse le 9 février 2022, puis en main du Tribunal cantonal le 11 février 2022, X.________ recourt contre lordonnance précitée. Il expose être «encore désolé de navoir pu [s]e présenter à laudition du 17 janvier dernier, ayant malgré tout, effectué le déplacement la veille, de [s]on domicile à Neuchâtel». Son véhicule étant tombé en panne, il ne pouvait pas se présenter à lheure du rendez-vous convenu et avait informé aussitôt les personnes concernées par téléphone. Il lui avait été répondu «de ne pas arriver trop tard, à cause dautres auditions qui allaient suivre, 15 ou 20 mn pouvaient être tolérées niveau retard». Nétant «pas très au courant des transports en commun», il était arrivé «place Pury passé 9h» et avait rappelé le tribunal à ce moment encore pour prévenir de son retard. Le temps de trouver larrêt du Littorail no 215, le «bus» (recte: tram) était parti et le suivant ne le faisait arriver quà 10 heures, donc trop tard. Le taxi nétait pas dans ses moyens financiers du moment et laurait de toute façon fait arriver en retard à laudience. Le recourant se disait donc «victime dun coup du sort et [il] aurait réellement souhaité que cette audience soit reconduite, ce quon [lui] avait fait tout dabord entendre au téléphone et ce, avec toutes [ses] excuses, bien entendu». Il indique avoir des arguments sur le fond, à évoquer lors de débats, pour justifier son opposition à lordonnance pénale et demander «lexonération totale», respectivement «la relaxe totale de [s]a sanction».
I.Le 18 février 2022, la juge du Tribunal de police indique navoir pas dobservations à formuler.
C O N S I D E R A N T
1.Lordonnance querellée a été notifiée par lettre recommandée en France, parvenue à son destinataire le 24 janvier 2022. Le délai de recours est de 10 jours dès la notification de lacte attaqué (art.396 al. 1 CPP). Selon larticle91 al. 1 CPP, le délai est réputé observé si lacte de procédure est accompli auprès de lautorité compétente au plus tard le dernier jour du délai. Lalinéa 2 de cette disposition prévoit que les écrits doivent être remis au plus tard le dernier jour du délai à lautorité pénale, à la Poste suisse, à une représentation consulaire ou diplomatique suisse ou, sagissant de personnes détenues, à la direction de létablissement carcéral.
En lespèce, le délai de 10 jours de larticle396 al. 1 CPPest arrivé à échéance le 3 février 2022. Sous cet angle, le recours qui est arrivé en main de la Poste suisse le 9 février 2022 serait donc tardif. Cela étant, lautorité de céans a eu plusieurs fois loccasion de rappeler, dans une jurisprudence du reste publiée (RJN 2019, p. 515, voir aussi arrêt de lARMP du 23.10.2020 [ARMP.2020.140] cons. 1), que si, sur le principe, il est correct que la notification directe par voie postale de toute décision judiciaire entre la Suisse et la France est possible, conformément à lAccord du 28 octobre 1996 entre le Conseil fédéral suisse et le Gouvernement de la République française en vue de compléter la Convention européenne dentraide judiciaire en matière pénale du 20 avril 1959 (RS 0.351.934.92; entré en vigueur par échange de notes du 01.05.2000, cet accord prévoit à son article X al. 1, que toutes pièces de procédure et toutes décisions judiciaires en matière pénale peuvent être adressées directement par la voie postale aux personnes qui se trouvent sur le territoire de lautre État en ce sens aussi arrêt de lautorité de céans du 09.01.2000 [ARMP.2019.129] cons. 2) et à larticle 52 ch. 1 de la Convention dapplication du 19 juin 1990 de lAccord de Schengen (CAAS) liant également la Suisse et la France, il est alors toutefoisindispensabledindiquerexpressémentque, pour respecter le délai, le recours doit parvenir à la Poste suisse ou auprès dune représentation consulaire ou diplomatique suisse au plus tard le dernier jour du délai, au sens de larticle91 al. 1 CPP(en ce sens aussi :ATF 145 IV 259cons. 1.4.3 [trad. JdT 2019 IV 323]). La décision querellée ne mentionne pas ces précisions. La conséquence de cette informalité doit être que le recours sera déclaré recevable, le justiciable nayant pas été complétement informé des exigences formelles pour faire valoir ses droits, ce qui ne saurait lui porter préjudice (v.ATF 145 IV 259cons. 1.4.4).
2.On comprend de son recours que X.________ conteste les conséquences de son défaut lors de laudience du 17 janvier 2022, soit lapplication de larticle356 al. 4 CPP, et souhaite la tenue dune (nouvelle) audience, lui permettant dexposer les motifs de son opposition à lordonnance pénale du 27 octobre 2021.
3.a) En vertu de larticle356 al. 4 CPP qui trouve application dans le contexte dune opposition à une ordonnance pénale , si l'opposant fait défaut aux débats sans être excusé et sans se faire représenter, son opposition est réputée retirée.
b) Cette disposition consacre une fiction légale de retrait de l'opposition en cas de défaut injustifié, à l'instar de l'article 355 al. 2 CPP, relatif au défaut de lopposant devant le ministère public, auquel elle correspond (ATF 146 IV 30cons. 1.1.1;142 IV 158cons. 3.1 et 3.5, dans lequel le Tribunal fédéral indique explicitement que la jurisprudence relative à l'art. 355 al. 2 CPP vaut également sous l'angle de l'art.356 al. 4 CPP, dans la mesure où il s'agit de normes correspondantes).
c) Eu égard aux spécificités de la procédure de l'ordonnance pénale, l'article356 al. 4 CPPdoit être interprété à la lumière de la garantie constitutionnelle (art. 29a Cst. féd.) et conventionnelle (art. 6 par. 1 CEDH) de l'accès au juge, dont l'opposition (art. 354 CPP) vise à assurer le respect en conférant à la personne concernée la faculté de soumettre sa cause à l'examen d'un tribunal (ATF 146 IV 30cons. 1.1.1;142 IV 158cons. 3.1 et 3.4). En ce sens, la fiction de retrait de l'opposition consacrée par l'article356 al. 4 CPPne s'applique que si l'opposant a effectivement eu connaissance de la citation à comparaître et des conséquences du défaut. La fiction légale du retrait de lopposition ne peut s'appliquer que si l'on peut déduire de bonne foi (art. 3 al. 2 let. a CPP) du défaut non excusé un désintérêt pour la suite de la procédure, lorsque l'opposant est conscient des conséquences de son manquement et qu'il renonce à ses droits en toute connaissance de la situation juridique déterminante (ATF 146 IV 30cons. 1.1.1;142 IV 158cons. 3.4;140 IV 82cons. 2.7).
d) Dans un arrêt du 28 avril 2020, lAutorité de céans a considéré que la juge de police ne pouvait déduire du défaut dun recourant à son audience que lopposition de ce dernier était réputée retirée, dans une situation où lintéressé avait clairement manifesté sa volonté de maintenir son opposition, par plusieurs courriels, dans lesquels il avait indiqué, le matin même dune audience devant se dérouler en début daprès-midi, quil était malade depuis deux jours et quil ne pourrait pas se présenter. La juge de police avait alors sollicité de lintéressé le dépôt dans un délai de 10 jours dun certificat médical attestant que, pour des raisons de santé, il nétait pas en mesure de comparaître à laudience de laprès-midi. Elle avait précisé que, sans cela, le Tribunal de police considérerait que lintéressé avait fait défaut aux débats sans être excusé et sans sêtre fait représenter, de sorte que lopposition quil avait formée serait réputée retirée. Le justiciable avait répondu que sil avait été à même de sortir pour voir un médecin, il serait venu à laudience, et avait sollicité «un jugement équitable malgré le fait quil nétait pas là». Le prévenu avait donc clairement manifesté sa volonté de maintenir son opposition et il nétait pas possible dattacher de bonne foi à son défaut un désintérêt pour la suite de la procédure. La juge de police ne pouvait donc pas déduire du défaut du prévenu à laudience que lopposition de ce dernier était réputée retirée (arrêt de lAutorité de céans du 28.04.2020 [ARMP.2020.3]).
De manière générale, les autorités pénales restent tenues de se conformer au principe de la bonne foi (cf. art. 5 al. 3 et 9 Cst. féd. et art. 3 al. 2 let. a CPP). Le Tribunal fédéral en a notamment déduit quelles ne peuvent pas considérer que lopposant a retiré son opposition si lensemble de son comportement plaide contre un désintérêt pour la suite de la procédure (ATF 146 IV 286cons. 2.2, p.290).
e) En lespèce, à réception du mandat de comparution du 14 décembre 2021, X.________ sest mis en contact, le 22 décembre 2021, avec le greffe du Tribunal de police pour solliciter lenvoi de différentes pièces, qui lui ont été adressées le même jour. Lintéressé est domicilié à W.________, qui se trouve dans la banlieue de V.________ (département de Meurthe-et-Moselle, en France), à une distance de 290 kilomètres de Boudry. Le trajet depuis là peut être, selon les indications disponibles sur Internet, parcouru en un peu moins de quatre heures. X.________ a indiqué être venu à Neuchâtel la veille de laudience, dans lintention bien comprise dy assister. Même si on ne dispose pas dinformations précises sur les liens de X.________ avec la région neuchâteloise, on doit constater quil sy trouve parfois puisquil y était précisément le jour des faits, soit le 19 juin 2021. On ne peut cependant en retenir que lintéressé devait connaître le réseau local des transports publics de telle façon quil aurait dû être en mesure, alors que son véhicule se trouvait en panne à Neuchâtel (sans quon sache précisément où dans la ville) à 8h40, de se rendre à Boudry sans accuser plus que 15 à 20 minutes de retard, selon ce que le greffe du tribunal semble lui avoir indiqué. Bon nombre de personnes vivant dans une ville comme Neuchâtel ne seraient pas en mesure de dire immédiatement comment se rendre depuis là en transports publics à Boudry. Il est vrai que la solution dun taxi aurait sans doute été la plus simple, mais il faut aussi reconnaître le caractère onéreux de ce moyen de transport et, surtout, le fait que, selon lendroit où on se trouve dans la ville de Neuchâtel, un taxi nest pas forcément non plus sous la main. Par ailleurs, il ressort du dossier et de la décision querellée elle-même que X.________ a téléphoné à plusieurs reprises durant la matinée du 17 janvier 2022 au greffe du tribunal pour solliciter quon lattende pour laudience, au vu des circonstances quil évoquait. Dans cette optique, la juge de police ne pouvait manifestement pas considérer que X.________ sétait désintéressé de la procédure et procéder à lapplication rigoureuse, à 09h15, soit 15 minutes après lheure de la convocation et alors même que X.________ avait encore téléphoné 10 minutes avant au greffe du tribunal en indiquant son souhait de venir à laudience, des conséquences de son défaut. Certes, celui-ci était donné mais les conséquences qui lui attachent larticle356 al. 4 CPPne peuvent être constatées que si, en plus, labsence du prévenu aux débats est lexpression de son désintérêt pour la procédure, ce qui nest certainement pas le cas de celui qui se déplace durant le week-end depuis la région de V.________, en vue de participer à une audience lundi matin, voit son véhicule être en panne juste avant lheure de laudience, appelle le greffe pour avertir de son retard et à qui il a en définitive été laissé seulement 15 minutes de grâce. Certes, on comprend la préoccupation du Tribunal de police de tenir son horaire, ne serait-ce que par égards pour les autres justiciables convoqués durant la même matinée, mais il en va de deux choses lune : soit la durée prévue pour laudience était de 15 minutes et il aurait certainement été possible de les récupérer en fin de matinée, soit la durée (et cela est probable) était plus longue et on comprend mal pourquoi il a fallu se précipiter à formaliser le défaut, puis les conséquences de larticle356 al. 4 CPP. Quoi quil en soit, les circonstances de laffaire ne laissent pas apparaître un désintérêt du recourant pour son opposition et cest donc en violation de la jurisprudence fédérale que la juge de police a fait application de cette disposition légale. La conséquence ne peut en être que lannulation de lordonnance querellée et le renvoi de la cause au Tribunal de police afin quil cite de nouveaux débats.
4.Vu ce qui précède, le recours doit être admis et lordonnance du 18 janvier 2022 annulée. Les frais judiciaires resteront à la charge de lÉtat (art. 428 al. 4 CPP). Il ny a pas lieu à dépens à mesure que le recourant a agi seul.
Par ces motifs,l'Autorité de recours en matière pénale
1.Admet le recours et annule lordonnance attaquée.
2.Renvoie la cause au Tribunal de police du Littoral et du Val-de-Travers, à Boudry, au sens des considérants.
3.Laisse les frais judiciaires afférents à la procédure de recours à la charge de lÉtat.
4.Nalloue pas de dépens.
5.Notifie le présent arrêt à X.________, à W.________ (F), au Tribunal de police du Littoral et du Val-de-Travers, à Boudry (POL.2021.765) et au Ministère public, à La Chaux-de-Fonds (MP.2021.4748).
Neuchâtel, le 11 mars 2022
1Le délai est réputé observé si lacte de procédure est accompli auprès de lautorité compétente au plus tard le dernier jour du délai.
2Les écrits doivent être remis au plus tard le dernier jour du délai à lautorité pénale, à la Poste suisse, à une représentation consulaire ou diplomatique suisse ou, sagissant de personnes détenues, à la direction de létablissement carcéral.
3En cas de transmission électronique, le moment déterminant pour lobservation dun délai est celui où est établi laccusé de réception qui confirme que la partie a accompli toutes les étapes nécessaires à la transmission.28
4Le délai est également réputé observé si lécrit parvient au plus tard le dernier jour du délai à une autorité suisse non compétente. Celle-ci transmet lécrit sans retard à lautorité pénale compétente.
5Un paiement à lautorité pénale est effectué dans le délai prescrit lorsque le montant est versé en faveur de lautorité pénale à la Poste suisse ou débité dun compte bancaire ou postal en Suisse le dernier jour du délai au plus tard.
28Nouvelle teneur selon lannexe ch. II 7 de la L du 18 mars 2016 sur la signature électronique, en vigueur depuis le 1erjanv. 2017 (RO20164651;FF2014957).
1Lorsquil décide de maintenir lordonnance pénale, le ministère public transmet sans retard le dossier au tribunal de première instance en vue des débats. Lordonnance pénale tient lieu dacte daccusation.
2Le tribunal de première instance statue sur la validité de lordonnance pénale et de lopposition.
3Lopposition peut être retirée jusquà lissue des plaidoiries.
4Si lopposant fait défaut aux débats sans être excusé et sans se faire représenter, son opposition est réputée retirée.
5Si lordonnance pénale nest pas valable, le tribunal lannule et renvoie le cas au ministère public en vue dune nouvelle procédure préliminaire.
6Si lopposition ne porte que sur les frais et les indemnités ou dautres conséquences accessoires, le tribunal statue par écrit, à moins que lopposant ne demande expressément des débats.
7Si des ordonnances pénales portant sur les mêmes faits ont été rendues contre plusieurs personnes, lart. 392 est applicable par analogie.
1Le recours contre les décisions notifiées par écrit ou oralement est motivé et adressé par écrit, dans le délai de dix jours, à lautorité de recours.
2Le recours pour déni de justice ou retard injustifié nest soumis à aucun délai.