Erwägungen (1 Absätze)
E. 23 février 2024
Volltext (verifizierbarer Originaltext)
A.X.________, née en 1977, et A.________, né en 1976, tous deux venant de Bosnie-Herzégovine, se sont mariés en 2007 dans leur pays dorigine. De cette union sont nés B.________, en 2008, et C.________, en 2010. A.________ est également le père de D.________, né en 2000 dune précédente union.
B.Suite à des difficultés conjugales, X.________ a quitté le domicile le 13 juin 2023 et sest réfugiée au centre E.________ à Z.________. Ledit centre nacceptant pas les enfants, C.________ a été placée au sein de linstitution F.________ à W.________. Quant à B.________, il avait été placé à la fondation G.________ à V.________ quelques mois auparavant.
C.X.________ travaille pour lentreprise H.________ en tant que femme de ménage à 40 % et bénéfice de laide sociale. Quant à A.________, il est également au bénéfice de laide sociale et a introduit une demande AI.
D.a) Le 5 juillet 2023, X.________ a introduit une requête de mesures protectrices urgentes de lunion conjugale par laquelle elle concluait à ce que les époux soient autorisés à vivre séparés, à ce que la garde sur les enfants B.________ et C.________ lui soit confiée, à ce que le domicile conjugal lui soit attribué, à ce quun délai soit imparti à A.________ pour quitter celui-ci et à ce quil soit statué sur les contributions dentretien. À cette occasion, elle a requis lassistance judiciaire.
b) Une audience sest tenue le 12 juillet 2023 devant le tribunal civil durant laquelle les époux ont été entendus.
c) Dans son interrogatoire, A.________ a déclaré : «Jai un appartement en Bosnie, je le partage avec mes parents, il est à 2 km de U.________. Il y a 4 pièces. Cest une maison familiale de 3 étages et je suis propriétaire du 2èmeétage. Le village sappelle ****. Lappartement nest pas loué, cest juste une maison de vacances pour nous. Jy étais en 2018 et ny suis pas retourné depuis. Il est vide quand je ny suis pas». Quant à X.________, elle a déclaré : «À votre demande, lappartement que possède mon mari près de U.________ est de grand luxe, cest immense, il y a plusieurs étages, un grand terrain avec des arbres fruitiers. Quand je me suis mariée en 2008, mon époux avait déjà cet appartement. Je nai jamais rien investi dans cette maison, je nai rien à voir avec. Le quartier est luxueux et les membres de la famille de mon époux travaillant en Suisse ont tous une maison dans ce quartier. Mon époux ny a pas de voiture».
E.Par ordonnance du 28 septembre 2023, le tribunal civil a rejeté la requête dassistance judiciaire de X.________. Il a retenu que lépoux de celle-ci détenait un appartement en Bosnie-Herzégovine quelle qualifiait elle-même de «grande luxe» de sorte que, bien que lintéressé ait été mis au bénéfice de laide sociale en Suisse, il possédait les moyens de fournir uneprovisio ad litemà son épouse. A.________ étant propriétaire dun immeuble d.n certain standing, la vente de ce dernier rapporterait un montant à lévidence suffisant pour couvrir les frais davocat de son épouse. Ainsi, cette dernière aurait dû demander en premier lieu uneprovisio ad litemà son époux. Lassistance judiciaire ne pouvait lui être accordée.
F.Le 5 octobre 2023, X.________ recourt contre cette ordonnance. En substance, elle soutient quuneprovisio ad litemna pas été demandée au début de la procédure car son mari est au bénéfice de laide sociale. Lors de laudience du 12 juillet 2023, il est ressorti que A.________ était propriétaire dun appartement en Bosnie-Herzégovine. La recourante ne remet pas en cause le principe de subsidiarité de laide étatique en rapport à celle de son mari, mais elle met en doute la possibilité dobtenir cette aide financière dans un délai raisonnable. Le dossier ne renseigne pas sur le fait de savoir si A.________ est propriétaire dun appartement ou de lentier du bâtiment, ni sil sagit dune propriété commune ou dune copropriété. La recourante ne possède pas dinformations quant aux possibilités que détient A.________ de vendre ou hypothéquer son bien immobilier afin dobtenir les fonds utiles à uneprovisio ad litem. Lobtention dune telle provision est exclue ou à tout le moins incertaine. Dans tous les cas, cet appartement fera lobjet dune saisie dans le but de rembourser sa dette daide sociale. Ainsi, aucun actif nest rapidement disponible ou réalisable et la recourante a besoin dêtre assistée dans la procédure immédiatement. Cest pour cette raison quil ny avait aucun sens à déposer une demande deprovisio ad litem. Afin de préserver les droits de la recourante, une telle conclusion a toutefois été formulée et lassistance judiciaire une nouvelle fois sollicité dans la procédure matrimoniale le 4 octobre 2023. Même sil devait savérer que A.________ disposait des moyens financiers nécessaires au versement duneprovisio ad litem, cela impliquerait des longueurs excessives rendant impossible lexercice régulier des droits procéduraux de la recourante qui doit agir dans lurgence, étant donné que les deux enfants du couple sont placés dans des institutions.
G.Par courrier du 28 novembre 2023, le mandataire de A.________ a confirmé que le service social ignorait lexistence du bien immobilier de celui-ci et, pour autant que ce bien soit réellement sa propriété, quil navait pas été pris en considération lors de lévaluation du droit aux prestations de laide sociale.
H.Dans son courrier du 4 décembre 2023, la recourante a exposé que les propos et lattitude de son époux confirmaient quil ny avait objectivement aucune possibilité quelle soit en mesure dassumer les frais de la procédure, à mesure quil nexistait aucune chance quelle obtienne un quelconque versement de sa part à titre deprovisio ad litem.
C O N S I D E R A N T
1.Les décisions refusant ou retirant totalement ou partiellement lassistance judiciaire (art. 121 CPC) ainsi que les décisions relatives aux avances de frais (art. 103 CPC) peuvent faire lobjet dun recours dans un délai de 10 jours. Déposé dans les formes et délai légaux, le recours est recevable (art. 319 321 CPC), indépendamment dun risque de préjudice difficilement réparable (art. 319 let. b ch. 1 CPC).
2.Le recours est recevable pour violation du droit et constatation manifestement inexacte des faits (art. 320 CPC).
a) Lautorité de recours dispose dun plein pouvoir dexamen sagissant de la violation du droit; elle revoit librement les questions de droit soulevées par le recourant et peut substituer ses propres motifs à ceux de lautorité précédente ou du recourant (Hohl, Procédure civile, tome 2, 2eéd., n. 2508, p. 452).
b) Sagissant de la constatation manifestement inexacte des faits, comme pour larticle 105 al. 2 LTF, ce grief ne permet que de corriger une erreur évidente, la notion se recoupant en définitive avec lappréciation arbitraire des preuves. Les constatations de fait et lappréciation des preuves sont arbitraires lorsquelles sont évidemment fausses, contredisent de manière choquante le sentiment de la justice et de léquité, reposent sur linadvertance manifeste ou un abus du pouvoir dappréciation, par exemple si lautorité sest laissée guider par des considérations aberrantes ou a refusé de tenir compte de faits ou de preuves manifestement décisifs. Une constatation de fait nest donc pas arbitraire pour la seule raison que la version retenue par le juge ne coïncide pas avec celle du recourant; encore faut-il que lappréciation des preuves soit manifestement insoutenable, en contradiction flagrante avec la situation effective, quelle repose sur une inadvertance manifeste, ou encore quelle heurte de façon grossière le sentiment de la justice et de léquité (Jeandin, in CR CPC 2eéd., n. 5 et 6 ad art. 320 CPC et les réf. citées;ATF 140 III 264cons. 2.3,ATF 129 I 8cons. 2.1; arrêt du TF du25.07.2017 [5A_461/2017]cons. 2.1).
3.Selon larticle 326 al. 1 CPC, les conclusions, allégations et preuves nouvelles sont irrecevables en procédure de recours. Les courriers des mandataires des parties relatifs à la connaissance par les services sociaux de lexistence de limmeuble en Bosnie-Herzégovine et leur appréciation de sa valeur sont irrecevables.
4.a) Une personne a droit à lassistance judiciaire si elle ne dispose pas de ressources suffisantes et si sa cause ne paraît pas dépourvue de toute chance de succès (art.117 CPC).
Larticle117 CPCa pour fondement larticle 29 al. 3 Cst. féd. et la jurisprudence rendue en rapport avec cette dernière disposition sapplique à linterprétation de larticle117 let. a CPC(ATF 141 III 369cons. 4.1). Le droit à lassistance judiciaire peut aussi être déduit dans certaines hypothèses du droit daccès à la justice au sens de larticle 6 CEDH. La nationalité ou le domicile du requérant importent peu. Est seule décisive lexistence dune procédure en Suisse (ATF 120 Ia 217).
b) Daprès la jurisprudence (arrêts du TF du15.08.2017 [5A_502/2017]cons. 3.2 et du01.07.2015 [5A_380/2015]cons. 3.2.2, publiéinSJ 2016 I 128), la maxime inquisitoire, applicable à la procédure portant sur l'octroi ou le refus de l'assistance judiciaire, est limitée par le devoir de collaborer des parties. Ce devoir de collaborer ressort en particulier de l'article 119 al. 2 CPC, qui prévoit que le requérant doit justifier de sa situation de fortune et de ses revenus. L'autorité saisie de la requête d'assistance judiciaire n'a pas à faire de recherches approfondies pour établir les faits, ni à instruire d'office tous les moyens de preuve produits. Elle ne doit instruire la cause de manière approfondie que sur les points où des incertitudes et des imprécisions demeurent, peu importe à cet égard que celles-ci aient été mises en évidence par les parties ou qu'elle les ait elle-même constatées. Il appartient à la partie requérante de motiver sa requête s'agissant des conditions d'octroi de l'article117 CPCet d'apporter, à cet effet, tous les moyens de preuve nécessaires et utiles. Un simple renvoi à une décision d'assistance judiciaire de première instance ne suffit pas (arrêt du TF du15.08.2017 [5A_502/2017]cons. 3.2). Le juge n'a pas, de par son devoir d'interpellation (cf. art. 56 CPC), à compenser le manque de la collaboration qu'on peut raisonnablement attendre des parties pour l'établissement des faits, ni à pallier les erreurs procédurales commises par ces dernières. Le plaideur assisté d'un avocat ou lui-même expérimenté voit son obligation de collaborer accrue, dans la mesure où il a connaissance des conditions nécessaires à l'octroi de l'assistance judiciaire et des obligations de motivation qui lui incombent pour démontrer que celles-ci sont remplies. La jurisprudence fédérale ne se satisfait de la vraisemblance de l'indigence que lorsque celui qui requiert lassistance judiciaire a pris toutes les mesures qu'on pouvait raisonnablement attendre de lui pour établir sa situation économique; il appartient au requérant d'indiquer d'une manière complète et d'établir, dans la mesure du possible, ses revenus, sa situation de fortune et ses charges, étant précisé quà lui seul, un extrait du registre des poursuites ne répond pas à ces exigences (arrêt du TF du04.10.2012 [5D_114/2012]cons. 2.3.2 et les réf. citées).
5.La partie qui ne dispose pas des moyens suffisants pour assumer les frais dun procès mais dont le conjoint est en mesure de prendre en charge ces frais, ne peut pas requérir de lÉtat loctroi de lassistance judiciaire. Le devoir de lÉtat daccorder lassistance judiciaire à une partie indigente dans une cause non dénuée de chances de succès est subsidiaire par rapport aux obligations dassistance et dentretien découlant du droit de la famille (ATF 143 III 617cons. 7, JdT 2020 II 190;ATF 142 III 36cons. 2.3;ATF 138 III 672cons. 4.2.1; arrêt du TF du18.07.2017 [5A_49/2017]cons. 2.2.). L'assistance judiciaire n'est ainsi accordée que si l'autre époux ne peut pas fournir uneprovisio ad litemà son conjoint (arrêt du TF du25.08.2014 [5D_48/2014]cons. 1). On peut exiger d'une partie assistée d'un avocat soit qu'elle requière également uneprovisio ad litem, soit qu'elle expose expressément dans sa demande d'assistance judiciaire les raisons pour lesquelles elle a renoncé à requérir uneprovisio ad litempar économie de procédure, afin que le tribunal puisse examiner la question à titre préjudiciel. À défaut, la requête d'assistance judiciaire peut être rejetée, sans que le juge doive examiner dans le dossier s'il existe des éléments permettant de conclure à l'absence de droit à laprovisio ad litem(arrêts du TF du14.09.2017 [5A_239/2017]cons. 3.2 et du04.03.2015 [5A_ 556/2014]cons. 3.2).
6.a) En l'espèce, la recourante admet elle-même quelle connaissait lexistence de lappartement dont son époux est propriétaire en Bosnie-Herzégovine. Elle le décrit comme étant luxueux, sur plusieurs étages et avec un extérieur. Au vu de la jurisprudence développée ci-dessus (cons. 5supra), il appartenait à la recourante, qui est assistée d'un avocat, de requérir le versement d'uneprovisio ad litempar son époux ou encore d'exposer expressément dans sa requête d'assistance judiciaire les raisons pour lesquelles elle avait renoncé à requérir uneprovisio ad litempar économie de procédure (afin que le tribunal puisse examiner la question à titre préjudiciel), ce qu'elle s'est toutefois abstenue de faire (pour un cas assez proche, cf. arrêt de la Chambre des recours civile vaudoise du 06.12.2021 [HC/2022/5] ch. 3.1.3 et 3.2.2),
b) Dès lors, lassistance judiciaire devait être refusée à la recourante sans que le juge de première instance doive examiner dans le dossier sil existait des éléments permettant de conclure à labsence de droit à laprovisio ad litem. Selon lissue de la procédure deprovisio ad litem, la demande dassistance judiciaire pourra être renouvelée.
7.Au vu de ce qui précède, le recours, mal-fondé, est rejeté.
8.La recourante sollicite dêtre mise au bénéfice de lassistance judiciaire totale pour la procédure de deuxième instance. Le recours est rejeté parce que la recourante alors même quelle était assistée dun mandataire professionnel et avait connaissance de lexistence du bien immobilier de son époux na pas déposé de requête deprovisio ad litemni exposé les raisons pour lesquelles elle a renoncé à le faire, quand bien même laide financière de lÉtat est subsidiaire auxdevoirs dassistance et dentretien entre conjoints. Il était demblée dépourvu de chances de succès. Dès lors, la requête visant à octroyer lassistance judiciaire pour la procédure devant lARMC doit être rejetée.
9.En matière dassistance judiciaire, seule la procédure de requête tombe sous le coup de l'article 119 al. 6 CPC et est ainsi en principe gratuite, au contraire de la procédure de recours contre une décision de première instance rejetant ou retirant l'assistance judiciaire (ATF 137 III 470cons. 6). Les frais de la procédure de recours, arrêtés à 500 francs, seront dès lors mis à la charge de la recourante. Cette dernière, qui succombe, na pas droit à des dépens (art. 106 al. 1 CPC).A.________ ne sest pas déterminé sur le bien-fondé du recours. Il ny a pas lieu de lui octroyer des dépens.
Par ces motifs,L'AUTORITé DE RECOURS EN MATIERE CIVILE
1.Rejette le recours.
2.Rejette la requête dassistance judiciaire déposée parX.________pour la procédure de recours.
3.Met les frais judiciaires, arrêtés à 500 francs, à la charge deX.________.
4.Nalloue pas de dépens.
Neuchâtel, le 23 février 2024