Sachverhalt
aa) X______ est né le ______1996. Il est notamment passionné de voitures, ce qui l'a amené à effectuer un apprentissage de magasinier, en 2015-2016, auprès du garage E______, à ______. Après avoir fait la connaissance de F______ en octobre 2014, il s'est lié d'amitié avec lui en août 2015, lorsque celui-ci a également travaillé au garage E______. Au début de l'année 2016, il a fait la connaissance du groupe d'amis de F______, lequel comprenait notamment G______, la petite amie du précité, et
- 3 - P/12004/2017 D______, qui était alors en couple depuis plusieurs années avec H______. Les liens dans le groupe étaient bons. Ses membres se voyaient régulièrement, les discussions tournant souvent autour des voitures. Le terme "nain" ou "nain de jardin" pour désigner D______, en raison de sa petite taille, y compris en s'adressant à lui, était parfois utilisé. ab) En février 2016, un rapprochement s'est opéré entre X______ et G______, laquelle fréquentait F______. La jeune femme a hésité entre les deux hommes pendant quelque temps. Si X______ a prétendu que cette situation n'avait pas créé de tension avec F______, les témoignages indiquent le contraire. X______ a parfois adopté une attitude agressive et colérique, écrivant notamment le 18 mars 2016, sur son mur Facebook, à l'attention de son rival : "un conseil mec croise pas ma route car tu croisera la mort". Tous deux s'étant rendus compte quelques jours plus tard que G______ leur exprimait simultanément des sentiments, ils se sont unis pour la forcer à faire un choix. I______, la mère de C_____, s'est également mêlée à ces discussions. ac) Finalement, F______ s'est mis à l'écart et X______ a entamé une relation avec G______ à la fin du mois de mars 2016. Il a rapidement été très épris de la jeune fille, alors que celle-ci a notamment indiqué sur Facebook qu'elle s'ennuyait en sa compagnie. En juin 2016, elle a écrit à F______ laisser une chance à X______ de la conquérir, mais penser encore énormément à lui, ne pas avoir envie de l'oublier et vouloir être dans son cœur. ad) Cette période a été marquée par le décès du père de X______, le ______2016, et par des tensions entre celui-ci et sa mère. Cette dernière lui reprochait notamment un changement de comportement depuis qu'il fréquentait G______. Le 20 août 2016, en présence de cette dernière, une violente dispute a éclaté entre X______ et I______. En effet, celle-ci lui avait dit ne plus vouloir de la présence de la jeune fille à son domicile et tenir leur relation pour responsable du décès de son époux. Lors de l'altercation, X______ a jeté une bouteille en plastique en direction de sa mère et l'a étranglée. Une médiation s'en est suivie. Un suivi thérapeutique familial a été mis en place entre la mère et le fils auprès de l'association "Couple et famille". Suite à cet épisode, G______ a mis un terme à sa relation de couple avec X______. ae) Dès le mois de septembre 2016, X______ et G______ ont toutefois repris des relations intimes. Celle-ci ne voulait cependant plus d'une relation de couple exclusive avec lui, ce que le jeune homme a accepté. Peu après il est apparu dans l'entourage des intéressés que G______ avait des contacts avec un garçon prénommé ______. Sur l'instigation de I______ notamment, une réunion comprenant plusieurs personnes du groupe a été organisée le 3 novembre 2016 afin de confronter G______ à cette relation. J______, le demi-frère de X______, y était présent et avait tenté de lui faire comprendre qu'il devait oublier G______. Ce discours n'a pas plu à X______ et les deux frères en sont venus aux mains. De son côté, I______ s'est rendue chez G______ pour lui parler et la police a dû intervenir. Du 3 au 11 novembre 2016, I______ a été hospitalisée et G______ est retournée vivre au domicile des K______. Les relations intimes entre X______ et G______ ont pris fin à la fin du mois de novembre 2016.
- 4 - P/12004/2017 af) En novembre 2016, H______, petite amie de D______, l'a quitté. Ce dernier a trouvé du réconfort auprès de G______, qui l'a accueilli à plusieurs reprises sous son toit. Selon la jeune femme, elle a d'abord été un soutien pour lui puis leur relation s'est transformée en un flirt en décembre 2016. Ils partageaient une union libre et secrète. D______ voulait la garder secrète, si bien qu'ils avaient toujours nié entretenir une relation. La procédure contient un échange de messages entre les deux jeunes gens, dont il ressort que G______ exprimait son amour à D______ alors que celui-ci était toujours attaché à H______ et ne parvenait pas à se projeter dans une autre relation. ag) A cette époque, X______ a suspecté l'existence d'une relation entre G______ et D______. Il en a été très jaloux. Il a notamment fouillé le téléphone de la jeune femme et y a découvert des messages, qui lui ont fait penser qu'elle entretenait une relation intime avec F______. Le 30 décembre 2016, une violente dispute a éclaté à ce sujet entre X______ et G______, lors de laquelle le premier a donné une claque à la seconde. Cet épisode a mis fin à leur relation. X______ a toutefois toujours gardé l'espoir de la reconquérir. Le 4 janvier 2017, après une visite de F______ à G______, à laquelle il avait confié son chat, X______ lui a écrit : "tu touche a G______ je peux te dire que tu est mort". Les tensions entre les deux jeunes se sont toutefois rapidement apaisées et ils se sont à nouveau comportés en amis. ah) Vers la même date, G______ et X______ ont repris des liens d'amitié. X______ a toujours gardé l'espoir de "reconquérir" G______. De manière générale, les contacts entre eux ont perduré jusqu'au jour du drame, avec des fluctuations. A plusieurs reprises, au cours du 1er semestre 2017, X______ a exprimé son incapacité à passer un jour sans la voir mais aussi parfois sa volonté de rompre tout lien avec elle. Il n'y est toutefois jamais parvenu. Au début de l'année 2017, il a accédé à certaines informations personnelles contenues dans le téléphone de G______, X______ ayant affirmé qu'ils s'étaient communiqué leurs codes respectifs. Il ressort des messages échangés entre F______ et X______ qu'au milieu du mois de mars 2017, la jeune femme a déposé une main courante à la police pour se plaindre qu'elle était suivie par X______. Une médiation a alors été engagée, lors de laquelle il a été décidé que les deux jeunes gens ne se verraient qu'une fois par mois. Malgré cela, ils ne sont jamais restés de longues périodes sans contact. X______ était le plus souvent à l'origine de leurs contacts et G______ y a toujours répondu, que ce soit par message ou par téléphone. ai) Parallèlement, X______ a constaté une intensification des liens entre G______ et D______. Au début du mois de février 2017, il a découvert des messages échangés entre les précités d'août 2016 à février 2017, dont il a compris qu'ils "couchaient" ensemble. Confrontés à ces messages par X______, tant G______ que D______ ont nié avoir "couché" ensemble. A la fin du mois de mars 2017, X______ a eu la confirmation par L______, une amie proche de G______, que celle-ci "couchait" avec D______. Il a alors publié à l'attention de ce dernier le message qu'il avait posté un an auparavant à l'attention de F______, soit : "Un conseil mec, croises pas ma route, car tu croiseras la mort". Le 31 mars 2017, il a également écrit à G______ à propos de D______ : "j'ai pas du tout envie de voir sa gueule sinon je le tue".
- 5 - P/12004/2017 ag) En avril 2017, X______ a entamé une relation avec M______. A cet égard, si X______ a déclaré qu'elle n'avait pas duré plus d'un mois, voire même qu'une semaine, tant sa mère que M______ ont affirmé que le couple se fréquentait encore à la période du drame. Si le 1er juin 2017, M______ a indiqué à X______, qui la draguait, qu'ils n'étaient plus en couple, les deux jeunes gens ont échangé des messages affectueux jusqu'au jour du drame. Les éléments ressortant de l'extraction des téléphones en lien avec cette période
b) Dès son arrestation, X______ a accepté de remettre son téléphone à la police et en a fourni les code d'accès. L'examen de son contenu corrobore l'état de fait fixé ci-dessus. Les éléments suivants méritent en particulier d'être relevés : baa) Les contacts entre X______ et G______ (1______) sont relativement anodins. A la fin du mois de janvier 2017, G______ lui a proposé qu'ils se voient une fois par mois ou alors plus du tout. X______ s'est dit détruit par cette idée et n'a surtout pas voulu ne plus la revoir. Il lui a indiqué qu'il n'arriverait jamais à tenir sans elle et elle lui a répondu que c'était comme ça et pas autrement. bab) Il ressort du journal des appels qu'à l'exception de deux périodes en mars et en avril 2017, il est rare qu'il se soit passé plus de trois jours sans un contact téléphonique entre eux. Les appels sont passés par l'un ou par l'autre de manière relativement égale. bba) X______ et D______ (2______) se sont bien entendus jusqu'en février 2017. En novembre 2016, X______ lui a notamment proposé de l'accompagner dans ses démarches pour trouver un emploi. Le 4 janvier 2017, il lui a écrit pour lui demander s'il était avec G______ et lui a conseillé de se méfier de F______, car celui-ci préparait un "plan pour faire souffrir G______", ce qu'il ne voulait pas. Deux jours plus tard, il lui a dit que F______ était un "gros connard", car celui-ci avait couché avec G______ pendant que lui-même sortait avec elle. Il a ajouté que la veille, quand il l'avait appris, il n'avait eu qu'une envie, "c'était de le tuer". Le 22 janvier 2017, il lui a souhaité un bon anniversaire, lui a présenté ses condoléances et s'est mis à disposition en cas de besoin. Le 30 janvier 2017, il lui a révélé avoir le moral au plus bas à cause de G______. Il ne demandait qu'à passer du temps avec elle, alors que celle-ci passait tout son temps avec lui. Le lendemain, il lui a répété qu'il n'avait pas le moral car G______ ne voulait le voir qu'une fois par mois. bbb) Au début du mois de février 2017 X______ a accédé au téléphone portable d'G______ et y a découvert des messages échangés avec D______ depuis le mois d'août
2016. Il en ressort que G______ et D______ se sont dit des mots doux et ont échangé des moments de complicité ainsi que des câlins. D______ y a également évoqué son ex- compagne, H______, qui semblait être sa priorité et qu'il disait vouloir reconquérir. Le 7 février 2017, X______ a transmis à D______ des captures d'écran de ces messages, dont certains passages étaient surlignés. Il l'a sommé de s'expliquer "avant que ça finisse mal", le menaçant de transmettre les messages à son ex-copine s'il ne s'expliquait pas immédiatement. D______ a maintenu ne jamais avoir entretenu de relation sexuelle avec G______. Ils avaient fini par convenir de se voir pour en discuter. Les jours qui ont
- 6 - P/12004/2017 suivi et jusqu'au 20 février 2017, ils ont échangé des banalités et ont parfois évoqué G______. A partir de cette date, le téléphone ne contient plus aucun message entre eux. bc) X______ et F______ ont eu énormément de contacts, notamment sur Whatsapp. Le 7 février 2017, X______ a laissé un message vocal dans lequel il a allégué vouloir faire un barbecue et qu'au menu, ce serait un "D______", parce que celui-ci le prenait pour un con depuis le début. On venait de lui donner des preuves qu'il couchait avec G______ alors qu'il avait nié. Il a écrit un peu plus tard : "avec se que je viens de lire se soir, j'ai juste envie de le tuer". Le lendemain, il a envoyé : "putain le D______ y commence grave a me gonflé". Par la suite et de manière générale, F______ a beaucoup titillé X______, a parlé crûment et est parti dans des délires. Il lui a notamment conseillé de sortir et de draguer, mais X______ a très souvent parlé du fait qu'il ne pensait qu'à G______, sauf au début du mois de mars lorsqu'il voulait sortir avec M______. F______ l'a encouragé dans cette direction, mais X______ s'est souvent décrit comme timide et ne sachant pas draguer, comme par exemple le 7 mars 2017, à 18h37. Ils ont régulièrement fait le constat que les femmes semblaient attirées par les salauds et non par les "mecs" gentils. Le 2 mars 2017, en parlant de ses relations amoureuses, F______ a expliqué qu'il n'était pas une brute, mais qu'il avait "des envies de meurtres", ce à quoi X______ lui a répondu que lui aussi. Le 3 mars 2017, le précité a écrit qu'il allait tuer G______, car elle était allée à la police après que X______ et F______ l'avaient suivie. Le 10 avril 2017, à 21h58, dans le cadre d'une discussion où ils étaient partis dans des délires, X______ a envoyé une photo d'une roue avant de voiture, avec du liquide rouge et la mention : "on dirait que j'ai fait un meurtre ", suivi de : "Attend j'ai tuer quelqu'une faut que je nettoie". F______ a rigolé et a espéré qu'il s'agissait de G______, précisant que X______ avait toujours une chance avec M______. X______ lui a répondu avoir essayé de tuer D______ mais s'être raté. bd) X______ a régulièrement eu des échanges anodins avec H______. Le 22 mars 2017, après 17h15, X______ lui a écrit pour l'informer d'une discussion avec L______, lors de laquelle celle-ci lui avait confirmé que D______ avait couché avec G______ et que cela durait depuis un mois environ. Il lui a précisé que si D______ l'appelait, elle devait le lui dire et que c'était lui qui allait le "choper". Il a relevé un peu plus tard que D______ avait intérêt à ne pas le croiser. De son côté, H______ a demandé à pouvoir contacter L______, afin de lui parler directement, ce qu'elle a semblé faire. H______ et X______ ont passé la soirée ensemble et X______ l'a remerciée le lendemain "pour cette superbe soirée". Les messages qui ont suivi étaient à nouveau anodins. be) X______ et N______ ont souvent été en contact et ont essentiellement parlé de voitures. Ils se surnommaient régulièrement "petit nain". Ils ont notamment échangé les messages suivants :
- Le 25 janvier 2017, ils ont évoqué le fait que D______ et un certain O______ critiquaient G______, mais qu'ils passaient leurs nuits chez elle. X______ les a traités de "faux-culs" et a écrit : "je vais deja voir se que G______ me dit et au pire je chope D______ et O______ une fois sur le p piscine".
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- Le 6 et le 7 février 2017, X______ a envoyé les captures d'écran des messages échangés entre G______ et D______ et lui a demandé ce qu'il en pensait.
- Le 3 mars 2017, N______ a demandé à X______ comment il allait. Il a répondu bien, qu'il avait juste envie de tuer quelqu'un car "l'autre conne" était allée à la police pour se plaindre qu'il la suivait. Il pensait que c'était "l'autre connard de D______" qui lui avait dit d'agir ainsi. Les deux commençaient à lui "pomper l'air" et il avait juste envie de les tuer.
c) Le téléphone de D______ a également été analysé. En lien avec la première partie de l'année 2017, les éléments suivants apparaissent notamment : ca) D______ et G______ ont été en contact en tout cas depuis le mois de juin 2016. Leurs échanges sur Whatsapp se sont intensifiés depuis le mois de novembre 2016 pour devenir extrêmement nombreux en avril 2017, puis reprendre le niveau de mars 2017, le mois suivant. Ils se sont échangé des mots doux et ont semblé entretenir une relation. Cela étant, à plusieurs reprises, D______ a évoqué le fait qu'il n'arrivait pas à oublier H______. Il apparait ainsi notamment dans l'échange de message du 28 avril 2017 que G______ a exprimé son amour pour D______ alors que celui-ci ne l'a pas fait en retour. Il a tenu à être honnête envers elle et lui a dit qu'il n'était pas prêt à se lancer dans une histoire sérieuse avec une autre fille que H______. cb) Dans un échange avec "P______", soit Q______, en février 2017, D______ a évoqué le fait qu'G______ et lui avaient été surveillés par X______ au point qu'G______ ne vivait plus tranquille et en prenait "plein la gueule". Le contexte des deux semaines précédant les faits da) Le 11 mai 2017, X______ a reçu une voiture sportive, de marque Seat Leon Cupra prise en leasing par sa mère. Il s'agit d'une voiture sportive et puissante. Depuis lors, selon X______, ses contacts avec G______ ont à nouveau été plus fréquents. Certaines personnes de son entourage l'avaient mis en garde sur l'intérêt de G______ pour ce genre de véhicule. Toujours selon X______, pendant le tournoi de tennis de Genève, les deux jeunes gens se seraient embrassés à bord de ladite voiture, garée au bord du lac. db) Le 26 mai 2017, X______ a constaté la présence de rayures sur la carrosserie de sa nouvelle voiture. Il s'est rendu à la police pour déposer plainte contre inconnu. Le soir- même, lors d'une discussion de groupe, qui a pris place sur le parking de la piscine de Meyrin, X______ s'est moqué des compétences de D______ en matière de mécanique. Dans les jours qui ont suivi, l'animosité entre X______ et D______ est allée grandissante. Le premier, qui pensait que le second avait griffé sa voiture, a relayé l'épisode du parking sur les réseaux sociaux. Les échanges moqueurs se sont poursuivis par le biais de l'application Snapchat. dc) Dans la soirée du 28 mai 2017, X______, qui conduisait sa Seat, est allé chercher sa mère et F______, à la sortie du tram, pour les ramener à leurs domiciles respectifs. Dans le même temps, D______ a tenté à deux reprises de le joindre par téléphone, sans succès. Sur le chemin, X______ est passé devant le parking de la piscine de Meyrin et s'y est arrêté car son groupe d'amis s'y trouvait. G______ et D______ étaient notamment
- 8 - P/12004/2017 présents. Dès l'arrivée de X______ sur place, une violente altercation a eu lieu entre D______ et lui. dd) Les versions des différents protagonistes ne coïncident pas parfaitement quant au déroulement de la bagarre. D______ a admis avoir échangé des insultes avec X______ et l'avoir mordu pour se défendre. De son côté, X______ a reconnu avoir donné une gifle à D______ en réponse à une insulte. La maman de X______ s'est trouvée mêlée à l'altercation. Estimant que D______ s'en prenait à elle, X______ s'est jeté sur lui et l'a projeté contre la voiture de G______, qui a été endommagée. F______ a tenté de les séparer. Dans leur lutte, D______ a mordu X______ au niveau du cou. de) Le lendemain, D______ et G______ se sont rendus ensemble au poste de police de Blandonnet pour déposer plainte. Peu après, X______ et I______ se sont rendus au même poste de police. Selon le rapport d'arrestation du 9 juin 2017, les gendarmes leur ont demandé de sortir du poste de police, où se trouvaient déjà D______ et G______. X______ n'avait toutefois pas obtempéré. Il était venu à proximité de D______ et lui avait adressé un doigt d'honneur, en lui disant "j'ai le bras très long". A noter que la version de X______ diffère légèrement et ressort d'un échange de messages avec R______, mentionné ci-dessous. df) Dans les jours qui ont suivi la bagarre du 28 mai 2017, X______ a publié sur son profil Snapchat, accessible à toutes les personnes en contact avec lui sur cette application, un bon nombre de messages contenant des menaces de mort explicites et détaillées, dont on comprend dans le contexte du dossier qu'elles sont destinées à D______. Il a également raillé les qualités de mécanicien d'une personne qu'il ne nomme pas expressément. dg) X______ a communiqué avec de nombreuses personnes au sujet de D______ et s'est vanté d'avoir pris le dessus dans la bagarre du 28 mai 2017. Il a exprimé une forte animosité envers lui. Ces messages ont essentiellement pris place jusqu'au 1er juin 2017. dh) Si D______ a lui-même fait état d'une certaine animosité à l'encontre de X______ suite à l'altercation, il a également commencé à éprouver une certaine crainte. Il s'est plaint auprès de ses amis que X______ faisait carrément des menaces de mort. Il a envoyé des captures d'écran de celles-ci à ses parents et à G______. Il ne voulait en outre plus que celle-ci fréquentât X______. di) Les premiers jours du mois de juin 2017, X______ a moins écrit de messages en lien avec D______. Le 1er juin 2017, il a transmis à L______ et à F______ des captures d'écran de la page Facebook de G______, selon lesquelles l'ancien X______ lui manquait. A cet égard, X______ s'est souvent plaint à ses amis que la jeune femme lui disait qu'il lui manquait alors qu'en parallèle, elle ne répondait pas à ses messages et qu'elle trouvait toujours une excuse pour éviter de le voir. dj) Entre le 1er juin et le 8 juin 2017, X______ et G______ ont eu quelques contacts par téléphone et par le biais de messages. Selon ce que X______ a confié à F______ le 4 juin 2017, G______ lui aurait proposé de passer un week-end ensemble à la fin du mois
- 9 - P/12004/2017 de juin 2017. Il a essayé de la contacter par téléphone ou par messages à plusieurs reprises. dk) Dans la journée du 7 juin 2017, en réaction à une information que lui a transmise S______ au sujet de D______, X______ a à nouveau exprimé à de nombreuses reprises l'envie soit de "jarter" G______ de sa vie, s'il restait sans nouvelle d'elle d'ici le dimanche suivant, soit celle de tuer D______. Tant F______ que R______ ont pris ses propos à la rigolade ou ont tenté de le calmer. S______ lui a même affirmé qu'il n'y avait rien entre G______ et D______. dl) Dans la nuit du 7 au 8 juin 2017, la dénommée "P______" a créé un groupe Whatsapp incluant plusieurs amis, dont G______, X______ et D______, afin de trouver une solution au mal-être qu'elle avait constaté chez G______ en raison des dissensions entre les trois précités. Les éléments ressortant de l'extraction des téléphones en lien avec cette période
e) L'état de fait ainsi fixé est corroboré par le contenu du téléphone portable de X______. Les éléments suivants sont en particulier relevés : ea) Après un appel du 26 mai 2017, à 22h00, le journal d'appel ne contient plus aucun contact entre X______ et G______ jusqu'au 3 juin 2017. A cette date, peu avant 01h30, X______ a tenté trois fois de joindre G______. La durée des appels fait penser qu'il a laissé des messages vocaux à deux reprises. G______ l'a rappelé le même jour à 04h50 et ils se sont parlé pendant 10 minutes. Il a ensuite essayé de la joindre une fois le 4 juin 2017 et six fois le 6 juin 2017. Il se sont en outre notamment échangé les messages suivants:
- Le 24 mai 2017, X______ a proposé à G______ de venir voir un match de tennis au Geneva Open, événement pour lequel il travaillait comme agent Securitas. Il lui a envoyé une photographie de lui, portant un costume et une cravate. G______ lui a répondu : "class, ça te va super bien 😘".
- Le dimanche 28 mai 2017, entre 18h15 et 18h48, X______ et G______ ont échangé des iMessages. G______ lui a dit qu'elle ne dormait pas bien et X______ lui a répondu qu'elle ne faisait pas beaucoup d'efforts pour aller mieux. Elle a répliqué : "Si justement mais tu vera bien un jour :)". X______ lui a proposé ensuite de venir avec lui chez E______ le lendemain, pour qu'elle y dépose son CV. Il a également évoqué le fait d'aller à Vevey le vendredi, soit le 2 juin 2017, mais avec sa voiture à elle. Elle a répondu qu'elle verrait car elle serait avec T______.
- Le lendemain de la bagarre du 28 mai 2017, X______ a écrit à G______ : "Sache une chose c'est pas contre que j'en ai c'est uniquement contre D______ que j'en ai, toi tu a rien a voir d'en l'histoire". G______ a semblé s'inquiéter pour le coût des réparations de la voiture.
- Le 5 et le 6 juin 2017, X______ a écrit plusieurs iMessages à G______ en lui demandant comment elle allait, quand est-ce qu'ils pourraient se voir et pourquoi elle ne lui répondait pas.
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- Le 7 juin 2017, à 17h18, S______ a prêté son téléphone à G______ pour qu'elle écrive à X______. Elle lui a transmis qu'elle n'avait pas envie de le perdre, mais qu'elle souffrait de cette situation. Il a répondu qu'il comprenait, mais qu'il ne pouvait plus continuer comme ça. De son côté, G______ a indiqué qu'elle ne dormait plus depuis qu'il s'était battu avec D______ et que savoir qu'il s'inquiétait pour elle lui faisait mal. X______ lui répondu qu'il n'avait pas l'impression qu'il lui manque tant que ça, puisqu'elle ne lui répondait pas quand il lui écrivait, et que, donc, il passait son chemin. eb) X______ a échangé régulièrement avec F______. Ils se sont écrit ou ont laissé de nombreux messages vocaux, dont le ton relevait souvent de l'humour noir. Plusieurs messages ont évoqué G______ ou D______ :
- Le 23 mai 2017, à 09h55, X______ a écrit à F______ que des tiers avaient dégradé sa relation avec G______. A l'avenir, il voulait éviter cela et ne voulait plus être dérangé par la présence de quiconque lorsqu'il était avec elle.
- Le 24 mai 2017, vers midi, les deux amis ont parlé des modifications faites par D______ sur le véhicule de G______. F______, mécanicien de profession, a déploré les interventions techniques de D______. X______ a abondé dans son sens.
- Le 26 mai à 20h40, X______ a envoyé une photo de griffure sur la portière de sa Seat, sans évoquer le nom d'une personne qui aurait pu en être responsable.
- Le 27 mai 2017, à 00h40, il a laissé un message vocal pour expliquer que D______ avait dit à G______ que des moteurs Volvo se trouvaient dans les Audi RS3, ce qui "l'hallucinait".
- Le 29 mai 2017, à 00h05, juste après la bagarre, X______ a envoyé à F______ une capture d'écran de la page Facebook d'G______ où elle a écrit que, parfois, elle voulait partir loin pour ne plus être un poids pour personne ou une source de problème. F______ a proposé à X______ de lui dire qu'elle pouvait partir, mais il a répondu qu'il ne voulait pas ajouter de l'huile sur le feu. Il était prêt à payer un billet d'avion à D______ pour qu'il soit loin. F______ a ajouté "et aussi pour G______" mais X______ s'y est opposé car elle "n'a rien fait… enfin presque".
- Dans la continuité, X______ s'est rendu à l'hôpital pour faire constater ses blessures à la suite de la bagarre. F______ y a amené la Seat, dont X______ en parle comme de son bébé. Tous deux ont plaisanté sur le fait que la voiture s'ennuyait de son propriétaire. Selon F______, cette dernière allait pleurer et lui rouler dessus et elle aura plein de sang. X______ a répondu que ce n'était pas grave et qu'il irait "au karcher". Selon F______, il ne pouvait pas faire ça, car il allait y croiser "l'autre con". X______ a indiqué que ce n'était pas grave et que ça lui donnerait "une raison de plus pour l'achever correctement".
- Le 29 mai 2017, à 12h40, ils ont évoqué les plaintes déposées suite à la bagarre du 28 mai 2017. X______ a écrit que D______ allait "prendre cher" dans la procédure. Il allait dénoncer G______ pour non-assistance à personne en danger et allait faire interdire la voiture de celle-ci à Meyrin.
- Toujours le même jour vers 23h00, F______ a semblé avoir surveillé que D______ ne s'approchât pas de la Seat.
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- Le 30 mai à 13h15, X______ a contacté F______, en lui disant : "eh tu veux rire?" Il lui a ensuite relaté qu'un policier l'avait informé du fait que G______ voulait porter plainte contre lui, suite aux messages Snapchat, car elle se sentait menacée. X______ a précisé que ses messages étaient destinés à D______.
- Le 31 mai 2017, à 19h10, X______ a évoqué l'hypothèse que F______ prenne l'avion vers le Canada, avec D______ dans sa valise, pour éviter de payer un billet supplémentaire, et pour qu'il s'y perde dans la neige.
- Le 1er juin 2017, à 00h08, X______ a transféré une capture d'écran du profil Facebook d'G______ qui disait : "L'ancien toi me manque. Timide, gentils comme tout, très câlin, joyeux, drôle, bref tu me manque redevient comme avant". A 10h10, il a envoyé une capture d'écran de son propre statut Facebook où il avait écrit : "Tu veux qu'il revienne alors fait se qu'il t'a dit et il reviendra comme tu le souhaites car a lui aussi tu lui manque". S______ a commenté avec le nom G______ et plein de cœurs.
- Le même jour, à 18h15, F______ a informé X______ qu'il avait vu D______ à Balexert et qu'il avait entendu que G______ l'avait appelé par téléphone, juste avant qu'il ne parte. X______ en a déduit que le premier était allé rejoindre la seconde. Il a affirmé que cela ne l'étonnait même pas et a précisé : "mais apres elle veux me récupére".
- Le 3 juin 2017, à 23h46, F______ a écrit à X______ : "alors comme ça tu voulais revoir D______ hier soir". X______ n'a pas compris et a dit l'avoir vu de loin sur le parking. F______ a relevé avoir appris par son père et sa belle-mère que G______ avait évité que X______ vienne sur le parking. Il a ensuite écrit : "Oui bah je peux te dire qu'il t'attendais pour te casser la tête faux pas toucher à leur D______ et en plus ma belle mère m'as dis que tu avais aucune chance contre D______ j'aurais pas dû te retenir". X______ a répliqué qu'il le reprenait quand il voulait. F______ était "gonfl[é]" par le fait que son père avait présenté D______, qu'il qualifiait de "petit rou", à des amis. X______ a répondu : "c'est pour ça qu'il faut que je l'élimine". Pour sa part, F______ a affirmé que c'était le problème qu'il fallait éliminer. X______ a répondu qu'en éliminant D______, il éliminait le problème.
- Le 4 juin 2017, à 21h23, X______ a laissé entendre à F______ que G______ lui avait dit de réserver le dernier week-end de juin, car elle avait prévu de faire quelque chose avec lui. Il ne devait le dire à personne. F______ a répondu qu'il allait vite le dire à D______. X______ lui a répliqué qu'il ne fallait rien dire à "l'autre con" et a immédiatement précisé : "De tout façon je pense que a cette période la y sera deja mort". F______ a répondu qu'il n'était pas "con" et qu'il était son meilleur ami. X______ a conclu en écrivant à F______ qu'il le faisait bien rire.
- Le 5 juin 2017, à 01h30, F______ a évoqué sa soirée passée chez lui. Il a dit surveiller "sa grotte" avec une carabine et "plomber le premier qui se pointe" ainsi que, dorénavant, la prochaine fille qui l'approcherait. Après quelques échanges où F______ lui a suggéré d'être sa cible mouvante, X______ lui a proposé plutôt D______. Quelques heures plus tard, X______ a transféré une capture d'écran d'une application Facebook ayant établi que sa sœur et "D______" étaient les personnes qui l'aimaient le plus. F______ lui a proposé de leur déclarer son amour. X______ a
- 12 - P/12004/2017 répondu : "Alors le D______ sa sera avec une balle dans la tête et ma sœur je sais pas elle le merite pas mon amour". F______ lui a envoyé une photo d'une carabine en écrivant "tu veux?". Il a ajouté : "Tu plomb D______ je plomb U______". X______ lui a répondu : "oh oui, ramène-là" mais F______ a rétorqué qu'il ferait trop de dégât avec elle. X______ a répliqué qu'il n'en ferait qu'un. F______ a précisé : "Je plomberais beaucoup decul moi . D______ G______ U______ V______ et j'en passe". X______ a ajouté quant à lui qu'il "ferait D______, W______" et il ne savait pas qui.
- Le 7 juin 2017, entre 12h42 et 12h48, F______ et X______ ont échangé des banalités, suite à quoi le premier a écrit tout d'abord : "Si t'es pas gentil avec moi, c'est moi qui vais me faire D______". Le second a répond "Noooooon, laisse le moi stp", ensuite de quoi F______ a rigolé. X______ a alors écrit "Ou alors on se le fait a 3 avec R______" puis, deux minutes plus tard, "Non alors tue le tout de suite comme ça s'est réglé". F______ a rigolé et a écrit "Je veux du sang". A 13h22, X______ a encore envoyé : "J'ai envie de me faire le nain de jardin ce soir".
- Le même jour, à 19h02, F______ a demandé à X______ comment allaient ses "casses burnes". Celui-ci a répondu par message vocal que la "casse couille M______" lui donnait des nouvelles tous les jours et que l'autre devait l'appeler à minuit avec le téléphone de S______, car "l'autre con" faisait sa crise et qu'il ne voulait pas voir son nom sur le téléphone de G______. Il allait essayer de régler ce problème. Il devait voir S______ vendredi à 10h00 et espérait faire venir G______ pour lui faire comprendre que D______ devait "dégager au plus vite". G______ demandait des nouvelles et s'inquiètait pour lui mais n'osait pas lui parler à cause des crises de D______. Il commençait "grave à en avoir marre" de ce "petit con de merde". F______ lui a répondu "Mange le" et X______ a écrit "non je le tue", "Sa va plus vite". ec) X______ a eu quelques contacts avec N______:
- Le 24 mai 2017, il a transmis les messages échangés avec F______ sur les modifications que D______ avait opérées sur le véhicule de G______. Il a dit à N______ que cela le faisait marrer que G______ soit obligée de le recontacter pour faire une nouvelle géométrie après l'intervention de D______, qui était un "super mécanicien".
- Le 29 mai 2017, N______ a demandé par iMessage à X______ ce qui s'était passé car il avait vu des publications sur la page Facebook de G______. Il lui conseillait de laisser tomber ces personnes.
- Le 1er juin 2017, N______ lui a écrit qu'il ne devait pas se laisser avoir par G______ parce qu'il avait une nouvelle voiture. ed) A la période de la bagarre et du drame, X______ et L______ ont eu de nombreux contacts. Il ressort du dossier qu'ils se sont vus quelques fois et qu'ils se sont appelés. Les messages suivants apparaissent en particulier :
- Le 30 mai 2017, X______ a eu une conversation sur Whatsapp avec L______ (3______; sous le pseudonyme ______), lors de laquelle il lui a expliqué la bagarre entre D______ et lui. L______ s'est montrée compréhensive envers lui et critique
- 13 - P/12004/2017 envers l'attitude de D______ et la réaction de G______. Elle envisageait de se rendre à la police pour déclarer que G______ se faisait manipuler par D______. Elle a écrit que ce n'était pas normal, qu'il y avait un vrai problème, ce à quoi X______ a répondu "tu comprends maintenant pourquoi je veux la mort de l'autre con". L______ l'a repris en relavant qu'il était malsain de souhaiter la mort de quelqu'un. X______ a acquiescé et a dit à L______ qu'il l'adorait. On comprend qu'au cours de cet échange, L______ reçoit un appel de G______, accompagnée de D______. Elle a indiqué avoir raccroché rapidement car D______ participait à la discussion. L______ a alors écrit à X______ : "Bouhou D______ a peur", ce à quoi X______ a répondu : "Ahahhahah. Lui faut pas que je le croise". L______ a ajouté "En tout cas G______ sait que j'ai quelque chose derrière la tête et ça a l'aire de l'inquiéter". Plus tard, X______ a envisagé de dire à G______ qu'il lui prêtait sa voiture pour que celle-ci accepte de rayer D______ de sa vie et qu'elle retire sa plainte.
- Le 1er juin 2017, X______ a transmis à L______ deux captures d'écran de publications d'G______ sur Facebook. Sur la première, cette dernière partageait une publication disant "tu me manques à chaque instant" et sur la seconde, elle mentionnait : "L'ancien toi me manque. Timide, gentils comme tout, très câlin, joyeux, drôle, bref tu me manque redevient comme avant". X______ et L______ ont trouvé ces publications étranges. X______ s'est dit que "peut-être au fond [il] lui manque vrai comme elle [lui] a dit la semaine passée mais [il] pense pas que c'est [lui] qui l'intéresse c'est plutôt la voiture et [s]es bras".
- Le 2 juin 2017, X______ a indiqué avoir vu G______ la veille. Les deux interlocuteurs avaient le sentiment que G______ les négligeait.
- Le 6 juin 2017, ils se sont demandé mutuellement s'ils avaient des nouvelles de G______, vraisemblablement dans l'idée de présenter sa voiture à l'expertise. X______ a indiqué l'avoir eue brièvement au téléphone ce matin-là, mais qu'elle était endormie de sorte qu'il lui avait demandé de le rappeler. Elle ne l'avait toutefois pas recontacté, ce qu'il ne comprenait pas. L______ lui dit qu'elle avait l'impression que G______ "se fout de sa gueule". ee) X______ a expliqué de manière détaillée à R______ la façon dont il voyait ses relations avec G______ et D______ :
- Le 29 mai 2017, X______ a eu un échange de messages vocaux sur Facebook avec R______, qui lui demandait des explications sur ses publications récentes, précisant qu'on dirait qu'il allait tuer la personne. Il a ponctué ses phrases par des smileys ou l'abréviation "mdr" (pour mort de rire). X______ lui a expliqué que c'était en lien avec "le D______", avec qui il s'était "foutu sur la gueule". Il a ensuite écrit "je le retrouverai, je terminerai mon travail et je le crèverai. C'est pour ça j'ai envie de le tuer je te jure hier soir si y'aurait pas eu mon pote F______, je le tuais. Et c'est ce que je cherche en fait". Il lui a expliqué ce qui l'agaçait chez D______, à savoir qu'il avait cassé son couple avec G______, qu'il était toujours là depuis qu'il essayait de la récupérer et qu'il avait couché avec elle. Il a ensuite fait état des incompétences de D______ comme mécanicien et de la bagarre du 28 mai 2017. Il a notamment argué que D______ lui avait dit quelque chose qu'il ne fallait pas, mais il ne se rappelait
- 14 - P/12004/2017 plus quoi, "c'était le trou noir", avant de lui "balancer une claque dans la gueule". Il a également raconté l'épisode de leur présence simultanée au poste de police. Sa version varie un peu de celle retranscrite dans le rapport d'arrestation du 9 juin 2017. Il a ainsi indiqué être sorti et avoir attendu près de la voiture. Au moment où il avait vu D______ sortir, il s'était dirigé vers lui et lui avait "gueulé", en présence du policier, "ça va tu l'as bien baisée cette nuit", en lui faisant un doigt d'honneur. Le policier lui avait dit que cette attitude n'allait pas jouer en sa faveur et il lui avait répondu avoir le bras long. R______ lui a répondu : "tu sais que t'es comme mon p'tit frère, je vais le dégommer le mec, je vais le tuer… Te salis les mains pour ça mon gars. Tu me dis juste où il habite et je lui démonte sa gueule". X______ lui a alors envoyé une photo où apparait D______ et R______ lui a écrit "Jvais le rendre plus beau…mdr", ce à quoi X______ a répliqué "Tue le sa sera plus vite et sa m'arrange".
- Le 7 juin 2017, à 13h30, X______ a écrit à R______ avoir envie de "se faire le nain de jardin" et de lui "dégommer la gueule". Il avait tellement envie "de le choper", c'était un "truc de fou". R______ lui a répondu qu'il savait, en rigolant et en lui écrivant de se calmer. X______ a relevé que ce n'était pas facile et a ajouté : "En même temps si je le tue maintenant les problèmes son réglé". R______ lui a fait remarquer : "sauf celui d'aller à champ dollon. Mdf. Mdr" X______ a répondu que personne ne saurait que c'était lui et R______ a affirmé le contraire vu que le gouvernement lisait ce qu'ils écrivaient. X______ a ajouté : "et puis qui ta dit que c'étais moi qui allais le tuer je délègue", suite à quoi R______ a rigolé. ef) X______ est en contact sur Whatsapp avec S______(4______), la colocataire de G______, depuis le mois de mars 2017. Son téléphone ne contient toutefois que des messages à partir du 6 juin 2017. On trouve notamment les messages suivants :
- Le 6 juin 2017, X______ a demandé à S______ si elle savait pourquoi G______ ne lui répondait pas alors qu'elle était active sur Facebook. Il pensait que celle-ci n'osait pas lui répondre parce qu'elle était avec "le nain de jardin" et que celui-ci risquait de "piquer sa crise". Cette affirmation a étonné S______, qui n'avait jamais constaté un tel comportement. X______ lui a expliqué que D______ manipulait G______ et n'aimait pas que celle-ci soit en contact avec lui. D______ avait peur qu'il parvienne à le faire dégager et qu'il ne puisse ainsi plus continuer à profiter de la voiture de G______ et de manger chez elle notamment. X______ n'appréciait pas non plus le fait que G______ n'écoutait que D______ et ne parlait que de lui. Il avait un peu l'impression d'être pris pour un "con", car G______ lui disait qu'il lui manquait mais elle ne répondait pas à ses messages. S______ lui a répondu qu'elle allait observer la situation ces prochains jours. X______ a précisé que tout se passait bien entre G______ et lui quand ils se voyaient, mais que tout changeait quand D______ était là. Il ne voulait pas perdre cela, raison pour laquelle il voulait qu'elle "dégage" D______ de sa vie, soit qu'elle n'ait plus de contact avec lui.
- Le 6 juin 2017, à 18h00, par message vocal, S______ a écrit à X______ qu'elle adorait G______ et D______, mais qu'elle s'était un peu éloignée de celui-ci. Elle voulait confier quelque chose à X______, mais uniquement s'il lui promettait de n'en parler à personne. Elle ne voulait pas avoir de problème mais avait besoin de le
- 15 - P/12004/2017 confier à quelqu'un. L'échange de message ne permet pas de savoir ce que S______ a rapporté à X______, mais, le 7 juin 2017, dans la matinée, ils ont parlé du fait que H______ avait prêté de l'argent à D______ et que celui-ci ne le lui avait toujours pas rendu.
- Le 7 juin 2017, de 13h25 à 13h29, X______ lui a écrit : "Depuis que tu ma dit se que tu ma dit se matin j'ai envie de me le faire se nain de jardin c'est un truc de fou". Le fait que D______ fasse des captures d'écran de ses messages sur l'application Snapchat l'énervait également. S______ lui a conseillé de se calmer.
- Le 7 juin 2017, à 14h48, X______ a laissé un message vocal dans lequel il a prétendu qu'après y avoir réfléchi, s'il n'avait pas de nouvelle de G______ d'ici la fin de la semaine, il allait la "jarter de sa vie". D'un côté il avait envie d'être avec elle, mais il pensait qu'ainsi, s'il lui manquait vraiment, elle ferait tout pour le contacter et dirait à D______ qu'il "ferme sa gueule" et qu'elle l'aimait et voulait le voir. Il n'avait pas envie de problème, mais soit il tuait D______, soit il virait G______. Après ce que S______ lui avait raconté à midi, il n'en pouvait plus de D______. Il n'avait qu'une envie, celle de le tuer. Il allait faire plus simple et virer G______ de partout, s'il n'avait pas de nouvelle de sa part d'ici dimanche. Cela lui éviterait les problèmes.
- Après ce message, S______ a regretté d'avoir raconté son secret à X______. Mais celui-ci lui répondu qu'il valait mieux qu'il le sache, pour qu'il puisse mettre les choses au clair et savoir s'il devait enlever G______ de sa vie ou pas. Le fait de savoir que G______ et D______ avaient dormi ensemble et qu'"ils" dormaient encore ensemble une semaine auparavant le "trucid[ait]". Le fait que G______ lui avait affirmé qu'il lui manquait alors qu'elle dormait avec un autre ne passait pas. Il allait la "jarter" de sa vie au plus vite, sauf si elle lui écrivait d'ici dimanche. S______ lui a répondu que ce n'était pas parce qu'ils dormaient ensemble qu'ils "couchaient" ensemble et qu'il devait se calmer. Il n'y avait rien entre D______ et G______, laquelle lui demandait souvent comment il allait.
- Le 7 juin 2017, vers 16h00, elle lui a demandé s'il serait réveillé vers minuit, car il risquait de recevoir un message de G______ depuis son téléphone à elle, afin d'éviter les problèmes. X______ lui a ensuite demandé s'il pourrait les voir toutes les deux afin de parler de D______ et d'essayer de régler le problème, ce que S______ a accepté. Il a aussi proposé que G______ vienne discuter avec lui au Caribana Festival. eg) Le 7 juin 2017 vers 23h20, Q______, soit "P______", a créé un groupe Whatsapp intitulé "Stop", auquel elle a associé X______, C______, G______, S______ et D______. Elle était intervenue car elle constatait qu'G______ allait mal. Il n'était pas normal d'interdire à cette dernière de voir des gens. Les choses allaient trop loin. Le fait d'entendre parler en mal de ses amis faisait souffrir G______. Q______ aurait préféré une discussion de vive voix, mais elle avait peur des conflits, vu qu'il y avait beaucoup de tensions. X______ lui a répondu être d'accord avec certains points, mais qu'elle faisait une erreur en mettant tout le monde dans le même groupe. Il essayait au maximum de protéger G______. Il ne voulait pas que "l'autre" la coule et savait très bien pourquoi. Il était en train de trouver une solution avec L______, mais si G______
- 16 - P/12004/2017 ne voulait pas écouter et retournait toujours "vers le mal", ils ne pourraient rien faire pour elle. S______ est ensuite intervenue en disant à X______ qu'il n'avait pas compris que c'était leur histoire qui lui nuisait. D______ et X______ la manipulaient tous les deux et ne s'en rendaient même pas compte. A 23h54, D______ a quitté le groupe et, à minuit, X______ a répondu avoir toujours voulu protéger G______. Il a admis avoir "une dent" contre D______. Il valait mieux que ce dernier ne croise pas sa route. Il voulait aider G______ mais si celle-ci ne faisait pas l'effort qu'il estimait nécessaire, cela ne servait à rien.
f) Les éléments suivants ressortent de l'extraction du téléphone de D______ : fa) Le 28 mai 2017, à 22h10, D______ a tenté à deux reprises d'appeler X______, comme celui-ci l'avait affirmé. fb) Dans un échange avec le contact "mon ange" (4______), D______ a évoqué la bagarre du 28 mai 2017. Il a indiqué que son conflit avec X______ était dû au fait que celui-ci affirmait qu'il était un charlatan en matière de mécanique. Il avait rétabli la vérité envers X______, qu'il qualifiait de "vraie taffiole", qui n'était rien sans sa maman. En évoquant le dépôt de sa plainte pénale, il a écrit qu'il fallait que ça cesse, même s'il devait faire "justice [lu]i-même", "ce genre de connard dev[an]t même pas exister". Le 30 mai 2017, il a écrit : "il faut l'enfermer ce fils de pute, il fait carrément des menaces de mort". fc) Le 1er juin 2017, à 13h25, il a écrit à Y______: "j'ai laissé faire X______ une fois, la prochaine fois ça sera sans pitié pour lui". fd) Sur la carte mémoire du téléphone se trouvent de nombreuses captures d'écran de messages publiés par X______ sur Snapchat. Ces messages ne sont pas nominatifs et ont été postés à des dates indéterminées, mais pendant la période proche de l'altercation. Dans certains messages, X______ s'est moqué des compétences d'une personne en matière de mécanique et a raillé le fait que c'était mieux d'écouter un tel charlatan manipulateur que de vrais professionnels qui avaient travaillé dans la marque. D'autres avaient des contenus menaçants. Parmi ceux-ci on trouve notamment les messages suivants : "Tkt pas je terminerais le travail que j'ai commencé", "+ les jours passe + l'envie de t'éliminer devient immense", puis "Tkt pas d'ici la fin de la semaine tu sera plus partie de cette terre la promis" et "Lache cette fille a jamais et je te laisse la vie sauve". fe) D'autres captures d'écran montrent des publications sur Facebook. Apparaît notamment un texte publié par X______, disant que celui qui touchait aux deux personnes qu'il aimait était "grave dans la merde". Il ne fallait pas toucher aux gens qu'il aimait, sinon c'était la mort qu'il aurait en face de lui. Le message se termine par le post scriptum suivant : "commence déjà a creusé car la prochaine fois que tu me vois le dong aura sonné pour toi". Il est suivi d'une image illustrant la mort. En commentaire, S______ lui demande de qui il parle et il répond qu'il s'agit d'un "nain de jardin profiteur et manipulateur (…) qui mord comme une fillette". Dans un autre message
- 17 - P/12004/2017 publié à l'attention du "nain de jardin", X______ écrit "Tu la touche pas, tu l'approche pas, tu la regarde pas, tu lui parle pas, parce que c'est ma propriété privée". ff) Le 7 juin 2017, "P______" a évoqué auprès de D______ le fait que G______ lui avait dit qu'il lui interdisait de voir X______, sans quoi ils ne se verraient plus. D______ lui a confirmé la réalité des propos dans la mesure où, de son côté, X______ essayait de la "remonter" contre lui, qu'il lui posait des ultimatums et que, chaque fois qu'elle le voyait, elle faisait la tête. Il voulait ainsi l'écarter d'une relation toxique. fg) Il ressort des échanges entre D______ et X______ que leur relation s'est dégradée aux alentours du mois de mars 2017 et qu'il n'ont eu que très peu d'échanges après cela. Leur dernier contact est un message adressé sur Snapchat:
- Le 7 juin 2017 à 13h34, X______ (sous le nom d'utilisateur "______") lui a écrit : "Sa va tu t'amuse a screen tout mes snap, tu crois plus fort que moi".
g) G______ a également transmis des extraits de messages qui se trouvaient sur son téléphone. Le rapport d'arrestation fait notamment état d'une publication de X______ sur Facebook du 29 mai 2017, dans laquelle il a écrit : "Tkt pas je terminerais le travail que j'ai commencé". Une certaine "Z______" a commenté en demandant d'arrêter ces gamineries car elle en avait marre de voir tout cela. X______ a répondu qu'il ne savait pas de quoi elle parlait, mais qu'il ne s'agissait que d'un jeu qu'il devait terminer, ce que "Z______" n'avait pas cru. S______ a commenté en rigolant et en disant "bande de fou". Les déclarations des témoins sur le contexte haa) Le 9 juin 2017 devant la police, G______ a commencé par expliquer qu'elle "fréquentait" D______ mais qu'ils n'étaient pas en couple. X______ était son ancien petit ami, dont elle était séparée depuis une année environ, mais qu'elle "fréquentait" régulièrement, précisant qu'il n'y avait plus d'engagement entre eux. Elle s'était mise en couple avec X______ près de deux ans auparavant, juste après sa séparation d'avec F______. Cette situation avait créé une certaine rivalité entre les deux jeunes hommes. Le début de leur relation avait été bon puis X______ avait changé à la mort de son père. Suite à une discussion à ce sujet, ce dernier avait lancé une bouteille d'Oasis sur sa mère et l'avait étranglée. Suite à cet épisode, elle avait mis un terme à leur relation. Il lui avait donné une gifle le 30 décembre 2016, avant qu'ils ne se battent. En automne 2016, X______ avait encore eu une altercation avec son demi-frère J______. Elle avait commencé à fréquenter D______, sept ou huit mois avant son audition par la police, soit depuis la fin de la relation de celui-ci avec H______. D______ souhaitait garder leur relation secrète, alors qu'elle souhaitait être en couple avec lui. Des tiers lui avaient toutefois appris que L______ avait informé X______ du fait qu'elle fréquentait D______. hab) Le 28 juillet 2017 devant le Ministère public, G______ a confirmé ses précédentes déclarations. Elle a précisé que, dès le lendemain de sa rupture avec X______, celui-ci était revenu vers elle et ils avaient décidé de reprendre un "flirt". Cette relation signifiait qu'ils avaient des relations sexuelles mais qu'ils pouvaient fréquenter et avoir des
- 18 - P/12004/2017 relations sexuelles avec d'autres personnes. En parallèle, elle avait également un "flirt" avec F______, qui ne voulait pas que cela se sache. Après que H______ avait quitté D______, elle l'avait soutenu. Par la suite, leur relation s'était naturellement transformée en "flirt", en décembre 2016. D______ avait également voulu que cette relation reste secrète. Toute cette situation avait débouché sur la bagarre avec X______ le 30 décembre 2016. X______ la suivait grâce à une application qui permettait de localiser les téléphones portables. hac) Le 16 août 2017 devant le Ministère public, G______ a détaillé les débuts de sa relation avec X______, au début de l'année 2016. Elle sortait alors avec F______, qui pouvait faire preuve d'un humour lourd et rabaissant. X______ était arrivé un peu comme un sauveur, avec des attentions, des câlins, ce qu'elle avait pu trouver un peu ennuyeux à la longue. X______ s'était rapidement montré très amoureux, alors qu'elle avait un peu "fait le ping-pong" entre les deux. Cette situation avait amené les deux jeunes hommes à se détester pendant un certain temps, ensuite de quoi ils s'étaient "rabibochés". Depuis que X______ avait eu des doutes au sujet de sa relation avec D______, il lui avait régulièrement reproché d'être un charlatan ainsi que de profiter de son corps, de son argent et de sa voiture. Au tout début du printemps 2017, elle avait parlé à L______ de sa relation secrète avec D______. Celle-ci avait dû en parler à X______, car elle avait constaté que, quand elle évoquait D______, son regard s'assombrissait. Pour elle, dès cette période, tout était clair dans la tête de X______, même s'il ne lui avait jamais dit vouloir tuer D______. Elle était effrayée par X______. Elle était restée en contact avec lui car elle pensait qu'X______ "allait lâcher l'affaire". Les provocations sur Snapchat avaient commencé en mai 2017. En mai 2017, X______ n'avait pas montré d'hostilité envers D______ lorsqu'ils se voyaient. Chacun restait plutôt dans son coin. Depuis la bagarre du 28 mai 2017, elle essayait de faire en sorte que les deux jeunes hommes ne se croisent pas car elle avait peur "qu'ils s'entretuent". hba) Le 9 juin 2017 devant la police, F______ a expliqué qu'il connaissait D______ depuis un peu plus de deux ans lorsqu'ils travaillaient tous deux au garage E______ et que leur métier de mécanicien les avait rapprochés. Il l'avait un peu perdu de vue en août 2016 et l'avait ensuite présenté à sa bande d'amis. hbb) Le 12 septembre 2017 devant le Ministère public, F______ a précisé qu'il n'avait jamais eu de problème avec X______ en tant que collègue. Par contre, ce dernier avait changé quand il lui avait présenté G______, qui était alors sa petite amie. X______ était devenu agressif, en lui demandant de ne plus la voir et de la laisser tranquille. A une période, X______ l'avait menacé de mort par Whatsapp et sur Facebook. Il n'y avait toutefois jamais rien eu de concret et ces menaces ne lui avaient pas fait peur. Il avait finalement rompu avec G______ lorsqu'il s'était rendu compte qu'elle espérait jouer sur les deux tableaux. Il avait constaté que la jeune femme pouvait avoir une influence néfaste sur ses petits amis. X______ et D______, qui étaient doux comme des agneaux, étaient devenus agressifs. Il l'avait dit à X______, mais celui-ci faisait la sourde oreille. Elle était son premier amour et celui-ci pensait qu'il ne trouverait personne d'autre
- 19 - P/12004/2017 qu'elle. Il était incapable de la quitter, même s'il se rendait compte que cette relation n'était pas bonne pour lui. Après novembre 2016, G______ et D______ avaient passé beaucoup de temps ensemble. X______ n'avait plus été qu'une sorte de roue de secours. Lorsqu'X______ avait reçu sa voiture, le 11 mai 2017, G______ l'avait harcelé pour pouvoir l'essayer. Elle lui avait fait des câlins de sorte qu'il avait espéré un "retour de flamme". G______ lui avait rapporté que D______ lui interdisait de l'appeler, car il le trouvait néfaste pour elle. X______ n'était pas du tout content de cette situation. Il avait l'impression d'être pris pour un idiot. Il voulait des réponses, mais G______ et D______ niaient toute relation. La situation s'était vraiment détériorée en avril 2017. F______ n'avait pas souvenir que X______ ait parlé de ses intentions envers D______ avant la bagarre du 28 mai 2017. Après celle-ci, il y avait eu des insultes et des messages provocateurs de part et d'autre, avant que X______ ne menace D______ de mort. Il disait ainsi qu'il voulait se le faire, mais c'était sur le ton de la rigolade. Tous deux étaient des personnes respectueuses. De manière générale, X______ ne s'énervait jamais. Il ne les avait jamais vus dans l'état qui avait été le leur le 28 mai 2017. X______ en voulait à D______ à cause de sa relation avec G______. Il réagissait comme un enfant à qui on avait enlevé son jouet. S'agissant des messages qu'il avait échangés avec X______ au début du mois de juin 2017, il avait pu en vouloir à D______ pour des raisons en lien avec la mécanique. Cela étant, sa fille et sa sœur, AA______, adoraient D______ et il n'aurait jamais rien fait pour les séparer. Il était entré dans le jeu de X______, ce qui avait été une erreur. Il savait que si la situation perdurait, X______ risquait d'en venir aux mains. En revanche, jamais il n'avait pensé que celui-ci pouvait mettre ses menaces de mort à exécution, que ce soit avec une arme ou une voiture. hc) Le 7 juillet 2017 devant le Ministère public, A______, la mère de D______, a expliqué que son fils avait vécu une relation de cinq ans avec H______ et qu'il avait été très affecté par leur rupture. G______ avait également eu besoin d'aide après sa rupture d'avec X______. Celle-ci s'était montrée très possessive et avait essayé de "chauffer" son fils. Ce dernier allait parfois dormir chez G______, mais il avait uniquement évoqué une relation d'amitié. Il lui avait rapporté que la jeune femme avait une fille dont elle ne s'occupait pas, qu'elle était maniaco-dépressive et au bénéfice de prestations de l'AI. A la fin du mois de mai, 2017 il lui avait confié avoir commis une petite bêtise en évoquant le fait qu'il avait couché avec G______ à une reprise. Son fils avait été très affecté par les propos tenus par la mère de X______, laquelle était très souvent présente, le traitait de "glandeur", qui n'y connaissait rien à la mécanique, et le rabaissait constamment. Depuis le mois de février 2017, X______ avait commencé à se moquer de ses compétences en mécanique et de sa taille. A sa demande, son fils lui avait transmis les menaces reçues par le biais de Snapchat. Il en avait éprouvé une certaine peur, celle de recevoir des coups notamment, mais pas celle de se faire tuer. Il avait commencé à avoir vraiment peur quand X______ lui avait écrit qu'il pouvait commencer à creuser sa tombe.
- 20 - P/12004/2017 hda) Le 9 juin 2017 devant la police, I______ a rapporté les aléas de la relation de son fils avec G______. Elle était intervenue en mars 2016, aux côtés des amis de son fils, pour que la jeune femme fasse un choix entre celui-ci et F______. Après le décès de son époux, le ______2016, elle avait demandé à son beau-frère de venir à la maison pour en faire partir G______, car elle ne supportait plus de l'y voir. Le 20 août 2016, suite à une dispute liée à la présence de G______ à son domicile, son fils s'était énervé et l'avait prise à la gorge. G______ s'était interposée et lui avait sauvé la vie. Le 22 août 2016, ils s'étaient retrouvés au poste de police de Blandonnet pour une médiation et il avait été décidé que G______ ne viendrait plus à son domicile, que son fils serait pris en charge par un psychologue et qu'il ne la violenterait plus. Son fils et elle avaient suivi une thérapie au centre "Couple et famille" jusqu'en décembre 2016. Le 22 août 2016 au soir, G______ l'avait appelée en pleurs, en lui rapportant qu'elle avait quitté son fils. Leur relation avait toutefois perduré jusqu'en décembre 2016 ou janvier 2017. Le 28 février 2017, elle avait reçu des appels d'un numéro masqué et elle avait reconnu la voix de G______ en arrière fond. Quand son fils l'avait récupérée, vers 22h30, ils s'étaient rendus au domicile de G______, où se trouvait également D______. Ils avaient nié être les auteurs de ces appels et le ton était monté. Suite à cela, G______ s'était rendue à la police et une médiation s'était tenue au début du mois de mars 2017 entre G______ et X______, lors de laquelle ils avaient convenus de ne plus se voir. Par la suite, ils avaient toutefois renoué des liens amicaux. L'achat de la Seat Leon Cupra de 300 chevaux avait constitué un fort attrait pour G______. Depuis ce jour, celle-ci collait son fils et ils avaient même prévu de partir ensemble le 3 juin 2017. Le vendredi 2 juin 2017 dans la soirée, elle avait accompagné son fils à la station Karcher de Peney, où il devait voir ses amis, soit notamment G______, D______ et AB______. Tout s'était bien passé. La relation entre son fils et D______ avait commencé à se détériorer depuis que le précité s'était rapproché de G______. Le premier était persuadé que le second profitait de la jeune femme, notamment de sa voiture et de son argent. S'agissant de la bagarre du 28 mai 2017, I______ a donné une version similaire à celle de son fils. D______ avait harangué ce dernier dès son arrivée en lui disant "Salut petit con". Ils s'étaient disputés en se reprochant réciproquement d'avoir nui à leurs précédentes relations de couple respectives. Son fils avait giflé D______, ensuite de quoi ils s'étaient battus. Elle avait dit à ce dernier que s'il voulait se "gratter les couilles dans la vie, c'était son affaire". Il était venu face à elle avec l'intention de la frapper. X______ l'avait alors ceinturé et projeté sur le capot de la voiture de G______. Ils s'étaient retrouvés à terre. D______ avait tenté de crever l'œil de son fils et l'avait mordu à la gorge. Elle n'avait plus eu de contact avec G______ et D______ depuis la plainte qu'ils avaient déposée le lendemain des faits. M______ était la nouvelle amie de X______ depuis deux mois environ, mais il s'agissait d'une relation fluctuante.
- 21 - P/12004/2017 hdb) Le 15 juin 2017 devant le Ministère public, I______ a allégué que X______ avait été marqué par le décès de son père. Il s'était réfugié dans un déni et ce thème représentait à chaque fois un sujet de dispute. La thérapie effectuée auprès des psychologues du Centre "Couple et famille" n'avait pas été fructueuse, car les médecins n'avaient pas su voir la détresse de son fils suite audit décès. De plus, elle pensait que G______ entravait toute démarche, ce dont son fils ne se rendait pas compte. Il ne supportait dès lors aucune remarque de sa mère dans ce sens et avait changé depuis le début de cette relation. Alors qu'il était posé, réfléchi et joyeux, il était devenu beaucoup plus nerveux à son contact. Dans la soirée du 26 mai 2017, son fils s'était rendu sur le parking de la piscine avec sa nouvelle voiture et G______ avait essayé de le reconquérir. Une semaine plus tard, elle était à nouveau venue à son domicile et avait complimenté X______, en le voyant en costume. Il était également prévu qu'il l'amène au manège de Chavannes-des-Bois le 3 juin 2017, ce qui ne s'était finalement pas concrétisé. Elle était d'avis que G______ avait "tout fait pour en arriver à ce jeu macabre" et pensait que son fils avait imaginé pouvoir récupérer la jeune femme. Le 6 juin 2017, lors d'un repas à son domicile, F______ et R______ avaient attisé la rancœur de X______ à l'encontre de D______ en lui disant qu'il fallait le "taper". he) Le 29 septembre 2017, M______ a expliqué avoir été très proche de X______ puis qu'ils s'étaient "mis ensemble" vers le mois de mai ou juin 2017. En fait, ils avaient essayé mais elle s'était rendu compte que leur relation était plus amicale qu'amoureuse. Leur relation avait duré environ un mois et demi. Le 8 juin 2017, ils étaient encore très proches. En réalité, ils étaient encore ensemble mais elle avait réalisé plus tard que ce n'était déjà "plus vraiment ça". hf) Le 12 septembre 2017 devant le Ministère public, R______ a rapporté connaître X______ depuis huit ans environ, grâce à leur passion commune pour les bus. Ils avaient également joué régulièrement ensemble à des jeux vidéo en ligne, notamment un jeu de voiture et un jeu où le joueur incarnait un criminel. G______ avait changé X______. Ce dernier rigolait beaucoup moins depuis qu'il la fréquentait. Il avait le sentiment qu'elle utilisait son ami. Il l'avait moins vu depuis lors. Le lundi 5 juin 2017, il s'était rendu au cinéma à Balexert, avec X______ et M______. Le 6 juin 2017, il était allé manger chez I______, alors que F______ et X______ étaient présents. Ils avaient peu parlé de la relation avec G______ ou de D______. Lorsqu'il avait écrit à X______ qu'il allait rendre D______ plus beau, il avait évoqué le fait de lui mettre un coup de poing. De manière générale, il réconfortait ses amis par des blagues ou des jeux de mots. Il ne connaissait pas D______ mais l'avait traité de "sous- merde" parce que celui-ci avait fait du mal à celui qu'il considérait comme son frère. Lors de la conversation du 7 juin 2017, il avait pensé que X______ rigolait, sinon il n'aurait pas écrit "mdr" ou "ahahah". Il avait déduit de cet échange que X______ était énervé mais que cela allait passer. Il ne se souvenait pas avoir dit vouloir taper
- 22 - P/12004/2017 D______, mais s'il avait fallu le taper pour défendre X______, il l'aurait fait, même sans savoir pourquoi. hg) Le 19 octobre 2017 devant le Ministère public, J______, demi-frère de X______, a expliqué avoir soupçonné, le 3 novembre 2016, G______ d'avoir plusieurs relations intimes. Il s'était fortement embrouillé avec son demi-frère, car il ne parvenait pas à le raisonner pour qu'il la quitte. Une réunion avait été organisée devant le bureau des automobiles, lors de laquelle G______ avait avoué "coucher" avec plusieurs garçons en même temps. Il était sorti de ses gonds et avait dit ses quatre vérités à son demi-frère, qui l'avait très mal pris. G______ était la première relation amoureuse de son demi-frère et il en était très amoureux. X______ était devenu plus colérique depuis qu'il était sorti avec la jeune fille. Les déclarations du prévenu sur le contexte ia) Lors de sa première audition à la police, X______ a indiqué que sa vie sentimentale était un "chaos". Il a décrit les débuts de sa relation avec G______, qui était alors l'amie intime de F______, ce qui n'avait toutefois pas créé de tensions entre eux. Le début de leur relation s'était bien passé mais des tensions étaient apparues après le décès de son père. Sa mère lui avait reproché de ne pas avoir été un soutien pour elle et de préférer passer son temps avec G______. En août 2016, il avait eu une grosse dispute avec sa mère et avait lancé une bouteille d'Oasis en sa direction, sans l'atteindre. Deux jours plus tard, G______ avait décidé de mettre un terme à leur relation. Dès septembre 2016, ils avaient entamé un "flirt", soit une union libre, à laquelle il s'était toujours opposé. Au mois de novembre 2016, H______ avait quitté D______. G______ avait proposé à plusieurs reprises à ce dernier de dormir chez elle. Il avait commencé à avoir des soupçons sur la nature de leur relation et il avait fouillé le téléphone de la jeune femme. Il avait ainsi découvert que G______ et F______ "couchaient" ensemble. Il s'était alors disputé avec elle et avait décidé de mettre un terme à leur relation. Quelques jours plus tard, ils s'étaient revus et avaient décidé de rester amis. Il avait toutefois toujours eu le souhait de la "reconquérir". Entre janvier et mars 2017, malgré quelques coupures dans leur relation, ils avaient toujours fini par se recontacter. Il avait questionné G______ et D______ sur leur lien. Les intéressés avaient toujours nié entretenir une relation. Selon lui, G______ espérait une relation avec D______, mais lui voulait juste "coucher" avec elle et profiter de la voiture de la jeune femme. A partir du mois de mars 2017, il voyait G______ en cachette, car D______ "engueulait" celle-ci à chaque fois qu'elle le contactait. Le 11 mai 2017, il avait acquis sa nouvelle voiture et G______ avait souhaité passer du temps avec lui. Leurs contacts s'étaient intensifiés. Il avait clairement le sentiment qu'elle était alors revenue vers lui par intérêt pour sa nouvelle voiture. Durant le tournoi de tennis de Genève, elle était montée avec lui dans la Seat et l'avait complimenté sur sa tenue de travail. Ils avaient ensuite pris la voiture de G______ et s'étaient rendus au bord du lac. G______ l'avait alors embrassé à plusieurs reprises et il avait joué le jeu, "en sachant pertinemment qu'elle ne faisait ça que pour la voiture".
- 23 - P/12004/2017 Le 26 mai 2017, il avait constaté des griffures sur son véhicule et avait soupçonné D______ d'en être l'auteur. Le même soir, G______ avait affirmé quelque chose de faux en matière automobile et D______ l'avait soutenue. Il s'était moqué de lui et avait publié l'anecdote sur les réseaux sociaux. Le 28 mai 2017, il y avait eu des "clashs" entre les deux hommes sur Snapchat. Le même soir, alors qu'il était en voiture avec sa mère et F______, il avait remarqué deux appels en absence - dont D______ était à l'origine selon l'analyse du téléphone de celui-ci. Il avait voulu rejoindre des amis au parking de la piscine et avait vu que la voiture de G______ y était garée. Quand il était arrivé près d'elle, il avait entendu D______ dire : "il est là ce petit con". Il était sorti de la voiture en furie et était allé lui "cracher ses quatre vérités". Tous deux étaient énervés et le ton était sec. Ils s'étaient mutuellement reproché d'avoir "cassé" leurs relations respectives avec H______ et G______. Il ne savait plus ce que D______ avait répondu, mais il avait réagi en lui donnant une "claque". D______ avait été un peu sonné et avait ensuite voulu se battre. Le 30 et le 31 mai 2017, il avait publié des messages menaçant sur Facebook et Snapchat, mais "il n'y avait rien de concret, c'était pour faire peur". Le message mentionnant qu'il devait terminer quelque chose faisait référence à un jeu qu'il devait terminer avec R______. Il n'y avait pas eu de contact entre lui et G______ entre le dépôt de la plainte du 27 mai 2017 et le 6 juin 2017. Ce jour-là, il avait essayé sans succès de la contacter. Il n'avait eu aucun contact avec D______. ib) Le 5 juillet 2017, X______ a confirmé ses déclarations à la police. Il a précisé qu'entre février et mars 2016, quelques tensions avaient existé entre lui et F______. S'il y avait eu des menaces réciproques, qu'il qualifiait de "petites", il n'y avait jamais eu de guerre entre eux. S'agissant de sa relation avec G______, il n'avait pas eu d'autre choix que d'accepter le "flirt" qu'elle lui avait proposé, s'il voulait continuer à la voir. Le fait que D______ avait procédé à des modifications sur le véhicule de G______ l'avait énervé. Celui-ci avait voulu faire "des choses qui n'étaient pas dans la légalité ou qui pouvaient détériorer le véhicule". Il ne voulait pas que G______ se fasse amender. S'il ne ressortait pas expressément des messages échangés entre G______ et D______ qu'ils "couchaient" ensemble, ils le laissaient sous-entendre, ce qui avait été clair pour lui lorsqu'il les avait lus. Il les avait montrés à F______ qui avait été du même avis. Les principaux intéressés avaient toutefois nié toute relation intime. D______ avait assuré qu'il ne se passerait jamais rien entre elle et lui. Il avait su que leurs affirmations étaient fausses, mais comme il avait voulu faire confiance à G______, il leur avait laissé "le bénéfice du doute". Il avait toutefois pris des distances avec elle. Vers la moitié du mois de mars 2017, il avait cependant posté sur Snapchat une photo de deux peluches que G______ lui avait offertes. Elle l'avait recontacté en affirmant qu'il lui manquait aussi et ils avaient recommencé à se voir.
- 24 - P/12004/2017 Au mois de mars 2017, il avait rencontré M______ et avait entamé une relation avec elle en avril 2017. Il était toujours amoureux de G______ mais il avait essayé de s'épanouir avec M______. Cette relation lui permettait de rester lui-même, ce qui n'était pas le cas avec G______. Quand il était avec celle-ci, il était nerveux, tendu, le "monstre" qu'il avait été lors du drame. Même si le drame était de sa faute, celui-ci ne se serait pas produit s'il n'avait pas fréquenté G______ et s'il n'avait pas fait le tour en voiture avec elle. Sa mère, N______ ainsi que F______ le lui avaient fait remarquer. Son demi-frère, J______, était également intervenu dans ce sens. Ils en étaient même venus aux mains. Il avait toutefois été aveuglé par son amour. Il utilisait souvent l'expression "je vais te tuer" avec sa mère ou avec des amis comme R______, F______ ou M______ par jeu. Il ne s'agissait pas de vraies menaces. ic) Le 27 juillet 2017 devant le Ministère public, X______ a confirmé que G______ avait mis un terme à leur relation en août 2016. En effet, le père de sa fille était violent et elle ne voulait plus fréquenter ce genre d'homme. Ils avaient néanmoins continué une relation de "flirt", lors de laquelle ils s'étaient comportés comme s'ils étaient en couple, mais sans l'afficher et sans qu'elle soit exclusive. Ils n'avaient plus entretenu de relations intimes depuis le mois de novembre 2016. Quant à G______ et D______, il ne croyait pas qu'ils aient "couché" ensemble. Il a évoqué un épisode du salon de l'auto 2017, lors duquel il avait publié sur Snapchat une vidéo de la fille de F______, sur laquelle H______ était visible. Fâché, D______ avait contacté cette dernière par téléphone, en lui demandant des explications. Alors qu'il était en voiture avec H______, ils avaient croisé D______ qui marchait sur le trottoir. Celui-ci leur avait fait un doigt d'honneur et lui avait envoyé un message dans lequel il disait : "continue à jouer au con". Il avait pour habitude de rassurer ses amis. Il lui arrivait de leur dire de ne pas se mettre dans tous leurs états pour une autre personne et de ne pas retourner vers leurs anciens petits amis. Il était souvent l'illustration de l'adage "faites ce que je dis, mais pas ce que je fais". Il avait passé des heures à jouer à GTA 5 avec R______. Il s'agissait d'un jeu où l'on incarnait un criminel et où le but était de s'entretuer. Il aimait le fait qu'il fallait s'y chercher et se tuer, soit toutes les choses que l'on ne peut pas faire théoriquement dans la "vraie vie". Il jouait également à Forza, soit un jeu de voitures. Il aimait les voitures qui allaient vite et était fier d'en avoir une. Il avait déjà roulé à trois reprises sur des circuits et maîtrisait très bien les véhicules. Sa relation avec M______ avait duré une semaine, soit depuis le 9 avril 2017, mais pour elle, leur relation avait duré un mois. Il avait voulu y mettre un terme car la jeune femme continuait à avoir des contacts avec son ancien petit ami. Elle était revenue vers lui vers le milieu du mois de mai 2017, car elle avait eu besoin de réconfort. Ils avaient partagé beaucoup d'activités, mais ne s'étaient toutefois jamais remis ensemble. id) Le 29 août 2017 devant le Ministère public, X______ a indiqué que les messages échangés avec R______ le 29 mai 2017 ainsi que les menaces sur Snapchat avaient été
- 25 - P/12004/2017 écrits sous le coup de la colère. Dans ce genre de moments, il disait beaucoup de choses qu'il regrettait ensuite. Il s'agissait d'évacuer la colère qu'il ressentait, mais il ne visait personne. Il n'avait jamais eu l'intention de tuer D______. Il regrettait ce qu'il avait dit et ce qu'il avait fait. Le matin du 7 juin 2017, il avait eu une longue discussion avec S______, la colocataire de G______, au sujet de la bagarre du 28 mai 2017. La première lui avait rapporté que la seconde avait tenté de le joindre dans la nuit pour qu'il la console après qu'elle s'était "salement engueulée" avec D______. Entre le 30 mai et le 7 juin 2017, il avait espéré voir G______ pour organiser l'expertise du véhicule de celle-ci et pour partir en week- end avec elle à la fin du mois de juin, mais la jeune femme ne lui avait pas répondu. La publication annonçant à D______ qu'il allait mourir n'était que de la provocation. Il voulait lui faire peur pour qu'il fasse une erreur et puisse en tirer profit dans la procédure pénale ouverte entre eux. ie) Le 19 octobre 2018 devant le Ministère public, X______ a expliqué qu'il avait fait livrer des fleurs à G______ pour son anniversaire, depuis la prison, même s'il ne l'avait pas fait exactement à la bonne date, car il n'avait pas été en mesure de le faire à la date en question. La journée du 8 juin 2017 ja) Le 8 juin 2017, à 01h30, après une dispute avec D______, G______ a tenté de joindre X______ par téléphone, puis lui a écrit qu'elle avait besoin de lui car elle allait mal. S______ est également intervenue dans ce sens auprès de lui. jb) Le jour des faits, X______ a eu plusieurs contacts téléphonique avec G______. Ils ont parlé de choses anodines. jc) De 14h00 à 21h00 environ, X______ a travaillé comme agent de sécurité au Caribana Festival de Crans-près-Céligny. jd) Pendant toute la journée, X______ a échangé de nombreux messages avec différents interlocuteurs. Il ressort notamment de ceux-ci qu'il espérait pouvoir voir G______ le soir-même pour discuter de la situation. Il n'arrivait toutefois que difficilement à la contacter et s'en est irrité. Il ne comprenait pas le fait que G______ lui ait dit qu'elle voulait le récupérer et qu'il devait la consoler, alors qu'elle ne répondait pas à ses messages. je) Parallèlement au fait qu'il attendait la confirmation d'une rencontre avec G______, X______ a échangé de nombreux messages avec L______. Tous deux ont évoqué la mise en place d'une discussion dans le but de réunir plusieurs amis afin de faire comprendre à G______ que D______ avait une mauvaise influence sur elle. Pour X______, il ne s'agissait pas d'une médiation au sens strict du terme. Il ne voulait pas que D______ soit présent et espérait uniquement que ses amis et lui parviendraient à convaincre G______ qu'elle devait le "dégager". A cette fin, X______ a contacté les différents intéressés. La réunion était censée se tenir le week-end suivant.
- 26 - P/12004/2017 jf) A 18h24, F______ a demandé à X______ s'il voyait finalement G______ le soir- même. L'intéressé lui a répondu qu'il ne le savait pas encore. A 19h32, X______ a écrit à F______ de solliciter sa sœur afin de savoir si celle-ci serait avec G______ durant la soirée et si D______ serait présent, ce que F______ lui a confirmé quelques minutes plus tard. A 19h38, X______ a appelé G______ pendant plus de cinq minutes. jg) A l'issue de cette conversation, X______ s'est plaint à F______ d'en avoir marre de cette situation et a affirmé vouloir dégager G______ avant la fin de la semaine. Il ne comprenait pas pourquoi elle lui disait qu'il lui manquait et qu'en fin de compte elle allait voir D______ plutôt que lui. S'il tombait sur le jeune homme au parking, il ferait exprès de s'arrêter et irait le chercher. jh) Après que F______ lui a conseillé de laisser tomber, X______ lui a répété, à de nombreuses reprises, entre 19h51 à 21h38, vouloir tuer D______. Il a notamment écrit: "Je vais l'écraser comme une vieille merde". F______ a pris cela à la rigolade et lui a plutôt proposé de "lui faire un gros bisou, avec sa main ou son poing". X______ lui a répondu : "Non, avec la Seat". Lorsque F______ lui a fait remarquer que cela allait salir sa voiture, il a répondu que ce n'était pas grave car il irait la laver. Plus tard, X______ a encore demandé à F______: "Tu viens avec moi aller tuer l'autre ce soir? j'ai envie… j'te jure… je suis pressé de finir là (…)". ji) A 19h55, X______ a écrit sur Snapchat à l'attention de D______ : "ton heure a sonné". jj) Un premier groupe d'amis, composé de AX______, G______ et AA______, est arrivé sur le parking de la piscine de Meyrin, vers 20h00. Une trentaine de minutes plus tard, D______ les a rejoints. jk) A 20h06, X______ a écrit à R______ : "R______ ça te dit un petit meurtre ce soir ?". jl) Après son service, vers 21h00, X______ est rentré en scooter à son domicile pour se changer. M______ y était présente avec I______. Il n'a pas mangé avec elles et est allé chercher en voiture F______ chez lui, aux Libellules, vers 21h45. En chemin, il est passé à plusieurs reprises devant le parking de la piscine et a constaté la présence de G______ et de D______. Il a pressé F______ de le rejoindre avant que le jeune homme ne quitte le parking et a encore menacé de tuer D______ dans la voiture. jm) Alors qu'il était en chemin, M______ lui a écrit de faire attention. Il lui a répondu : "t'inquiète pas je reviendrai vivant et entier. Bon y en a un y reviendra pas vivant". Sa mère lui a également laissé un message vocal dans lequel elle a lui demandé s'il était sûr qu'il allait revenir vivant car elle n'était pas sûre que "le nain de jardin ne l'attendait pas avec d'autres personnes". Il devait arrêter "de jouer au caïd". jn) Un peu avant 22h00, X______, accompagné de F______, est passé devant le parking de la piscine, au volant de son véhicule. Il est allé se garer sur un autre parking à proximité de la patinoire. Les deux jeunes hommes ont ensuite rejoint à pied le premier groupe sur le parking de la piscine. X______ était calme et il n'y a eu aucun
- 27 - P/12004/2017 échange entre D______ et lui. A un certain moment, X______ et G______ se sont éloignés du groupe pour discuter. jo) Toute la scène s'est déroulée sur le parking de la piscine de Meyrin. Celui-ci est composé de sept rangées de places de parc, d'une longueur de 80 m environ, chacune séparée par une voie de circulation à sens unique. Les cinq rangées du centre sont doubles, les places se faisant face. Elles sont régulièrement ornées de buissons et d'arbres, ainsi que d'un, respectivement deux, candélabres par rangée. Pour des motifs de simplification, le côté du parking où se situe l'entrée sera appelé le bas du parking et le côté opposé le haut. jp) Vers 22h20, AX______ a emmené AA______ et D______ dans sa voiture pour se rendre aux toilettes, dans un bar de Champ-Fréchet. Craignant pour sa Seat, X______ a couru vers elle et l'a amenée sur le parking. jq) Alors qu'il ne restait plus que F______, G______ et X______ sur le parking, les deux derniers nommés sont partis faire un tour avec la Seat. G______ conduisait le véhicule. Lors de cette promenade, qui a duré un peu plus de 30 minutes, G______ a avoué à X______ entretenir une relation intime avec D______. A ces propos, X______ a eu un geste d'énervement, en tapant contre la vitre de la portière. Selon les déclarations de G______, il a réitéré ses menaces de mort à l'encontre de D______, ce que tendent à corroborer les propos de X______ lorsqu'après les faits, il s'est adressé à la jeune femme en ces termes : "je t'avais prévenue". Selon les déclarations de X______ en audience, il lui aurait demandé de faire un choix entre les deux hommes, sans qu'elle n'ait formellement répondu. A cet égard, G______ a confirmé en audience de jugement lui avoir affirmé qu'il devait lui laisser du temps. jr) Peu avant 23h58, X______ et G______ sont revenus sur le parking. X______ était alors au volant de la Seat. Le reste du groupe était à nouveau présent sur le parking. La voiture de G______ était stationnée au bas de cette voie, sur la gauche dans le sens de marche des véhicules, à la hauteur des troisième et quatrième cases. A la fin des deux rangées de parking situées sur la droite, se trouvait un large buisson au centre des deux rangées. Un horodateur, protégé d'une barrière, se situait sur la gauche de ce buisson, vers le centre de la rangée de places bordant immédiatement cette voie de circulation. X______ a stoppé sa Seat, le moteur allumé, en haut de la troisième voie de circulation, à l'opposé de l'endroit où les véhicules de G______ et AX______ étaient garés. A ce moment, AX______, qui s'apprêtait à rentrer chez lui et à ramener AA______ chez elle, tandis qu'elle s'était rendue à pied vers la Seat, a démarré et a arrêté son véhicule à la hauteur de la Seat. F______ a suivi le même trajet, mais à pied. Dans le même temps, G______ est sortie de la Seat et est venue se placer à côté de la portière du conducteur, dont le fenêtre était restée ouverte. F______ les a rejoints quelques instants plus tard. Il a constaté qu'X______ était alors très tendu. js) X______ a donné un ou deux coups d'accélérateur puis, d'un seul coup, il a fortement accéléré en direction de D______, qui traversait la voie du parking de gauche à droite, quelques mètres plus bas. La Seat l'a heurté de plein fouet à une vitesse située entre 50 et 60 km/h. Il a été projeté en avant. X______ a arrêté son véhicule. Puis, alors
- 28 - P/12004/2017 que le corps de D______ se trouvait au sol, quelques mètres devant la Seat, il a redémarré et a roulé sur le corps inerte. jt) X______ s'est ensuite rendu avec son véhicule vers F______ et lui a demandé ce qu'il faisait. Il s'est à nouveau avancé vers le point de choc et est sorti de la Seat. AX______ a tenté de le retenir, mais X______ l'a repoussé et est remonté dans la voiture. Il a roulé à proximité de G______, qui avait accouru dans l'intervalle près du corps de D______. Il s'est adressé à elle en ces termes : "je t'avais prévenue". ju) X______ a ensuite quitté le parking et a tenté de joindre ses amis par téléphone. Il a indiqué avoir pensé à aller laver son véhicule à la station-service ou à fuir dans un autre pays, mais il est finalement revenu à son domicile, après que sa mère, avertie par F______, l'a convaincu de rentrer. La victime ka) Selon le scanner cérébral effectué par les HUG le 9 juin 2017, D______, né le ______1992, a souffert notamment d'un hématome épidural temporo-polaire gauche de 11 cm d'épaisseur maximale, d'une fracture déplacée de la partie squameuse de l'os temporal gauche et d'un hématome épicrânien fronto-pariétal bilatéral avec saignement actif artériel au sein de l'hématome à droite. kb) Selon le scanner thoraco-abdominal effectué le même jour par les HUG, des condensations et infiltrats en verre dépoli bi-pulmonaires majeurs ont été constatés chez D______. Il présentait également une fracture du pelvis "open book", avec fracture déplacée des branches ilio- et ischio-pubiennes et séparation de la symphyse pubienne, une fracture déplacée de la diaphyse proximale du fémur droit, une fracture déplacée du tiers moyen de la clavicule gauche et une fracture non déplacée de l'arc latéral de la 6ème côte gauche, un hématome pelvien extra-péritonéale avec saignement actif artériel postérieurement la symphyse pubienne, ainsi que dans le muscle ischio-caverneux gauche et en regard du muscle iliaque droit. De multiples hématomes avec saignement actifs artériels intra-musculaires ou sous-cutanés étaient également visibles dans plusieurs régions au niveau des quadriceps, des fessiers, des lombaires, des dorsaux et de la clavicule. kc) Son décès a été prononcé le 9 juin 2017, à 13h40. kda) Selon le rapport d'autopsie établi par le CURML le 6 juillet 2018, D______ a souffert d'un polytraumatisme sévère, en présence de signes de franchissement thoraco- abdominal gauche, avec ecchymoses "en forme" linéaires et répétées. Ces lésions pouvaient avoir été provoquées par une zone saillante "en forme de peigne" située sous le véhicule. Des signes de franchissement ont également été relevés au niveau du bassin et des membres inférieurs. Une fracture de la calotte crânienne et de la base du crâne, en charnière, a été constatée, avec un enfoncement d'un fragment temporal gauche, évocateur d'un mécanisme de compression à ce niveau. Au niveau des membres inférieurs, une plaie antérieure de la jambe droite a été constatée, ainsi qu'une fracture multi fragmentaire du fémur droit et une fracture du condyle externe du fémur gauche,
- 29 - P/12004/2017 avec hémarthrose. Les constations sont compatibles avec le heurt du corps par un véhicule, avec franchissement du corps par le véhicule (châssis). kdb) Le 29 août 2018 devant le Ministère public, le Dr AD______ a confirmé la teneur et les conclusions de son rapport du 6 juillet 2018. Avant l'examen de la victime, celle- ci avait bénéficié de mesures de réanimation extrêmes, destinées notamment à créer une sorte de circulation sanguine extracorporelle. Les experts avaient constaté la présence de lésions qui démontraient un franchissement par une pièce du châssis. Ils n'avaient pas mis en évidence, sur le corps, des signes qui pouvaient faire penser à un profil de pneumatique. Cela n'excluait pas le franchissement d'une partie du corps par une roue. Les experts pensaient que l'enfoncement d'un fragment temporal gauche avait été provoqué par une pièces saillante de 2 cm environ et non par la chute. D______ présentait des fractures sur les deux tempes ainsi que sur un zygomatique. Ces deux fractures se rejoignaient et s'expliquaient par un seul mécanisme de compression. Les éléments matériels la) Selon le rapport d'interpellation du 9 juin 2017, une patrouille de police s'est rendue à 00h25 au domicile de X______, où était stationnée la Seat Leon Cupra, feux allumés. X______ a été interpelé dans sa chambre, sans opposer aucune résistance. Il a spontanément reconnu être l'auteur des faits. lb) Selon le rapport d'arrestation du même jour, des témoins ont rapporté qu'après avoir percuté une première fois la victime, X______ lui avait roulé dessus quelques secondes plus tard, alors qu'elle se trouvait au sol. Cette manœuvre aurait eu pour effet de trainer la victime sur quelques mètres. Le véhicule a été acheminé à l'Hôtel de police pour constat, avant d'être mis en fourrière. lc) Selon le rapport de prélèvement du 9 juin 2017, le contrôle de l'alcool dans l'air expiré par X______ le 9 juin 2017, à 00h46, était négatif. Sa démarche était normale et ses paroles cohérentes, mais ses yeux étaient injectés. ld) Les enregistrements des appels à la CECAL de G______, d'un jeune homme et de AA______ ont été produits et confirment les versions rapportées. le) Le journal des appels du téléphone de X______, confirme qu'il a tenté de joindre F______ à deux reprises, à 00h02 et 00h03, puis qu'à 00h04, il a essayé d'appeler L______ et S______. A 00h05, il a reçu l'appel de sa mère, avec qui il a parlé pendant 4 min 30 sec. maa) Selon l'expertise réalisée par le Centre de tests dynamiques (ci-après DTC) le 31 août 2018, l'emplacement du choc initial n'a pas pu être déterminé précisément, faute d'indices sur la chaussée. Sur la base des différents témoignages ainsi que d'après la position finale des lunettes et du sac à dos du piéton, une zone a été retenue comme la plus plausible. Au vu des témoignages, la distance d'accélération de la Seat entre sa position à l'arrêt et le point de choc a été estimée à 30 m au maximum. Compte tenu d'une accélération maximale sur cette distance de 60 km/h, un domaine de vitesse de 50 à 60 km/h a été retenu comme plausible, au moment du choc avec le piéton. L'expertise relève toutefois qu'il est également possible que le véhicule ait heurté le piéton à une
- 30 - P/12004/2017 vitesse moindre, sur la base d'une comparaison entre les dégâts subis par la Seat et ceux subis par des véhicules utilisés lors de crash tests. Lors de ceux-ci, les dommages subis au niveau du capot et du pare-brise après des collisions dans ce domaine de vitesse sont plus importants. Le système "Front Assist" de la Seat avec détection de piéton fonctionne correctement, mais uniquement si le piéton est en mouvement. Le système n'a jamais réagi en présence d'un piéton immobile ou couché sur sa trajectoire. Selon les tests réalisés jusqu'à 35 km/h, à cette vitesse le système détecte le piéton en mouvement, mais il devient limite pour éviter un choc. Il est fort probable qu'une vitesse supérieure à 35 km/h ne permettrait pas d'éviter un choc. Les différentes traces laissées sur la Seat laissent penser que, suite au choc, le piéton a vraisemblablement été projeté par-dessus le capot puis est venu heurter le toit, avant de retomber au sol, sur la gauche du véhicule. Après avoir vraisemblablement fait un tour complet pour revenir vers le piéton, la voiture a roulé sur lui, alors qu'il était étendu sur le dos, avec un angle d'environ 45°, comme le démontre les griffures obliques retrouvées sur l'abdomen de D______. Selon un complément d'expertise du 22 octobre 2018, l'enclenchement de la fonction "launch control" au moment des faits n'aurait pas modifié les conclusions de l'expertise. mab) Le 8 octobre 2018 devant le Ministère public, AE______, expert, a confirmé les conclusions de son rapport. Dans le cas particulier, en l'absence de traces sur les lieux de l'événement (pneumatique, semelles, sang), il avait dû se baser sur les différents témoignages, la position des lunettes et du sac à dos ainsi que sur les dommages du véhicule. Il était peu plausible qu'à la suite du premier choc, la voiture ait roulé sur le piéton en continuant sur sa lancée, dans la mesure où le piéton était tombé sur le côté gauche de la voiture. Il n'y avait eu qu'un seul passage de la voiture sur le piéton et, d'après son expérience, il n'y avait pas eu d'écrasement direct par les roues. Le piéton était passé entre les deux essieux. Il était assez rare de ne pas avoir d'impact sur le pare- brise lorsqu'il y en avait sur le capot et le toit du véhicule, raison pour laquelle il s'était posé des questions sur la vitesse de l'impact. Il avait finalement conclu à une vitesse de collision de 50 à 60 km/h, dans la mesure où il fallait une certaine vitesse pour que le piéton soit projeté sur le toit, respectivement par-dessus le véhicule. Il était tout à fait possible que, sur la distance estimée, X______ n'ait pas appuyé à fond sur la pédale. Les déclarations de ce dernier, selon lesquelles il avait heurté la victime, freiné puis à nouveau accéléré en lui passant dessus, étaient autant compatibles avec les éléments constatés que la version selon laquelle il aurait fait un tour autour de l'îlot avant de passer sur le corps. mb) Le véhicule de marque Seat, modèle Leon Cupra 2.0 a été séquestré et a fait l'objet d'expertises. Aucune défectuosité n'a été constatée. Le capot et le pare-chocs sont déformés et la calandre est cassée. Des traces d'impact ont été relevées au centre du pavillon du toit, à la hauteur du pare-brise. D'autres enfoncements plus petits ont été remarqués sur le côté gauche et droit du toit. Une marque de frottement est également visible sur le côté gauche du toit, à la hauteur du montant arrière de la porte conducteur. L'activation du "launch control" nécessite deux manœuvres préalables, à savoir déconnecter l'anti-patinage et sélectionner un mode particulier. L'activation de ce mode
- 31 - P/12004/2017 désactive le système de détection de piéton. Selon les tests réalisés, sur la distance comprise entre le point de démarrage théorique d'X______ et l'endroit du heurt de D______, la vitesse maximale possible était comprise entre 57 et 63 km/h. Les éléments de l'enquête ne permettent pas de retenir que le "launch control" ait été activé lorsqu'X______ a démarré en direction de la victime. mc) Le profil ADN de D______ a été retrouvé sur les prélèvements effectués sur les traces rougeâtres relevés sous la Seat. Aucun profil ADN interprétable n'a été mis en évidence sur la trace glissée relevée sur le côté gauche du toit du véhicule, au-dessus du montant avant de la porte arrière. Les messages échangés le jour des faits
n) Compte tenu de leur importance, les messages essentiels échangés par X______ sont mentionnés ici. na) Le jour des faits, X______ a été en contact avec G______ de la manière suivante :
- Entre 01h26 et 01h27, le numéro de G______ a essayé d'appeler celui de X______ à trois reprises.
- A 01h32, X______ a reçu le iMessage suivant depuis le numéro de téléphone de celle-ci : " Coucou c'est S______ tu ne me répond pas stp répond moi G______ ne vas pas du tout bien elle aurai besoin de toi et de te voir !!stp répond pas moi c'est urgent je mtkt pour elle ნმმმმმმმმმმმმ".
- A 01h33, G______ a écrit à X______ sur Whatsapp : "X______ j'ai besoin de toi… sa va mal".
- Dans la journée, G______ a appelé X______ pendant près de quinze minutes vers 10h00 et plus de cinq minutes vers 12h28. X______ l'a appelée également pendant cinq minutes à 19h38.
- Dans l'après-midi, ils ont échangé quelques messages cordiaux, dans lesquels G______ lui demandait où il était et semblait désolée qu'il ne soit plus à Balexert, là où elle disait se faire coiffer. nb) X______ est également en contact avec la colocataire de G______, S______.
- Dans la matinée, X______ a écrit à S______ pour lui dire que "ça le tue" que G______ veuille le voir mais qu'elle trouvait toujours une excuse. Elle lui a répondu que G______ voulait bien le voir, mais pas pour se faire engueuler. Celle-ci ne voulait pas qu'il lui parle de D______. Ils ont semblé avoir convenu de se voir.
- A 11h13, X______ a laissé un message vocal disant qu'il voulait bien consoler G______, mais pas si elle retournait ensuite vers D______. Elle devait choisir entre les deux.
- A 18h30, S______ a envoyé une image d'une étagère qui s'était décrochée du mur de la chambre de G______ et a demandé à X______ quel jour il pouvait venir la réparer. Il a répondu en rigolant et a constaté qu'il n'y avait pas qu'une vis qui s'était décrochée. Dans le message vocal suivant, G______ lui a demandé sur un ton léger s'il voulait qu'elle lui rappelle comment ils avaient galéré pour monter ce truc qu'il lui avait fabriqué. X______ a répondu à G______ sur le même ton.
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- A 19h23, comme S______ n'était plus avec G______, il lui a parlé du groupe Whatsapp destiné à organiser une table ronde pour expliquer à celle-ci que D______ n'était pas une bonne personne, vu que, selon lui, plusieurs d'entre eux ne le supportaient plus. S______ a répondu que ce n'était pas une bonne idée parce qu'G______ ne voulait plus rien entendre au sujet de cette histoire.
- A 19h27, X______ a maintenu sa position et a dit que G______ devait faire face aux problèmes.
- A 19h45, le ton de X______ a changé et il s'est plaint du fait que G______ lui disait qu'il lui manquait et que, le soir-même, elle allait voir D______. Il n'en pouvait plus et, dès la fin de la semaine, il la dégageait. nc) Pendant toute la journée, X______ et L______ ont beaucoup échangé de messages, surtout vocaux. Leur conversation est à l'origine du projet de réunir des amis pour parler à G______ :
- X______ a commencé par expliquer à L______ son ressenti. Il se sentait constamment mal. Quant à G______, elle allait mal suite à une dispute avec D______ de sorte qu'il devait la réconforter. Il était en train de se battre "pour ça", toutefois il ne voulait pas la réconforter pour qu'elle retourne ensuite "vers le mal" et que lui "se prenne dans la gueule". G______ n'avait toujours pas compris qu'il fallait qu'elle dégage D______. Il en avait marre d'être là juste quand elle en avait besoin. X______ et L______ ont évoqué une "médiation" entre tous leurs amis et G______. Pour X______, si D______ était là, "c'était mort". L______ lui a conseillé de mettre en œuvre la médiation et de rester calme. X______ lui a rapporté que D______ s'en était pris à S______ en lien avec le fait que le chien de G______ avait déféqué sur ses affaires laissées au domicile de G______. Le problème de D______ était qu'il se prenait pour un dictateur, incapable de reconnaître ses erreurs et reprochant les choses aux autres. Il a ajouté que c'était triste d'avoir des gens comme ça sur la planète et ça lui "faisait chier" que cela tourne autour de G______. - Entre 18h00 et 18h30, ils ont discuté de l'organisation de la "médiation". Ils souhaitaient que L______, S______ et "P______", éventuellement F______ et AF______, le "frère de cœur" de G______, y participent. En effet, ceux-ci pensaient aussi que D______ n'était pas une bonne personne à avoir dans son entourage. X______ a proposé d'organiser ce rassemblement le week-end suivant. Comme L______ était occupée, ils l'ont repoussé au week-end d'après. Ils ont décidé de créer un groupe Whatsapp et ont discuté de ses modalités jusqu'à 19h35. Le ton de X______ était calme.
- A 20h15, X______ a laissé un nouveau message vocal à L______. Le ton était toutefois plus irrité et il a décrit un "exemple typique". G______ lui avait dit qu'il lui manquait et il devait la consoler. Ils avaient prévu de se voir le soir-même, mais finalement G______ était allée voir "l'autre con de D______".
- A 21h28, L______ a pris une voix ironique pour lui faire remarquer qu'il se faisait prendre "pour la bonne poire", alors qu'il avait dit qu'il ne se ferait plus avoir. Elle lui a conseillé de dire à G______ que, la prochaine fois qu'elle annulerait, il ne lui dirait plus jamais oui.
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- A 21h34, X______ lui a dit de ne pas s'inquiéter, que G______ n'était pas prête de le revoir, avant de préciser qu'enfin "on verra bien". Pour lui "c'était mort", la prochaine fois, c'était lui qui lui "tournait à l'envers". L______ lui a répondu qu'elle ne le croyait pas vu le nombre de fois qu'il l'avait prétendu. Tous deux savaient bien que la prochaine fois qu'G______ pleurerait, il voudrait la réconforter.
- A 21h36, X______ lui a répondu qu'elle pourrait être étonnée, car il n'avait pas mâché ses mots envers G______ au téléphone, lorsqu'elle était avec S______. L______ en a rigolé en relevant que cela ne lui ressemblait pas de jouer "au gros dur". Il était trop gentil et faisait trop de concessions, ce qui le "bouffait beaucoup". Il ne devait pas se donner un genre. Même s'il en voulait énormément à G______, il continuait à être là pour elle et il devait l'accepter, mais devait trouver un mode de fonctionnement acceptable pour lui.
- A 21h42, X______ a concédé savoir qu'il était beaucoup trop gentil, ce qui constituait son problème. Il avait cependant gardé ses distances en donnant l'exemple d'une conversation téléphonique avec G______. Cette dernière lui avait dit en rigolant "X______, je te déteste" et il lui avait répondu "je t'adore G______" au lieu de lui dire "je t'aime", comme il l'aurait déclaré d'habitude. Il gardait toutes ses distances car il savait qu'elle retournerait voir D______. nd) A 19h04, X______ a contacté AF______ pour lui proposer de participer à la "médiation" envisagée. Celui-ci a répondu bien vouloir venir mais qu'il écouterait ce que chacun avait à dire car D______ ne lui avait rien fait. ne) X______ et F______ ont également beaucoup communiqué ce jour-là. Leurs messages permettent de ressentir une certaine bascule lorsque X______ apprend que G______ a prévu de passer sa soirée sur le parking de la piscine en compagnie de D______. L'évocation de tuer le précité devient alors omniprésente. Les messages suivants sont notamment apparus :
- A 18h24, F______ a demandé à X______ si, finalement, il voyait G______ le jour- même. X______ a répondu l'ignorer.
- A 18h40, il l'a informé que L______ et lui organisaient un groupe pour convaincre G______ que D______ n'était pas une bonne personne et qu'elle devait "le dégager". Il le tiendrait informé plus précisément. Il en avait marre de cette situation et voulait dégager G______ avant la fin de la semaine. Il a ajouté que L______ avait "pris les grandes mesures".
- A 19h32, X______ a laissé un message vocal à F______, lui demandant d'interroger sa sœur, AA______, sur ses projets pour la soirée. Il avait eu S______ au téléphone tandis que G______ se trouvait derrière elle. Celle-ci projetait de conduire avec AX______ et AA______, mais X______ pensait que D______ serait sûrement présent. Il voulait en avoir le cœur net.
- A 19h38, F______ lui a confirmé que sa sœur verrait D______. X______ lui a répondu que cela ne l'étonnait même pas, sous-entendu que G______ irait voir D______.
- A 19h47, par message vocal, il a juré dégager G______ avant la fin de la semaine. Il en avait marre. Il ne comprenait pas pourquoi elle lui disait qu'il lui manquait, qu'elle
- 34 - P/12004/2017 voulait qu'il la réconforte et qu'en fin de compte, elle allait voir D______ plutôt que lui. Il jurait que s'il tombait sur le précité au parking, il ferait exprès de s'arrêter. Il a terminé son message en affirmant qu'il allait "dégager G______" dimanche.
- A 19h50, il a rapporté avoir aussi laissé un message vocal à S______ et attendre sa réponse, car cette situation le gonflait. Il allait "[s]e faire l'autre" et allait "le chercher". F______ lui a conseillé de laisser tomber mais X______ lui a assuré qu'il voulait "se le faire", ce à quoi F______ a répondu "baise le". En même temps que l'échange de messages entre X______ et L______ relatif à l'organisation de la "médiation", se place la discussion suivante, entre 19h52 et 21h38 :
- X______ : Non je vais le tue. Je vais l'écraser comme une vieille merde;
- F______: Mais nooooon. Tu vas lui faire un gros bisou, avec ta main ou ton poing, je sais pas encore;
- X______ : Non avec la seat;
- F______: Noooooooon tu va la salir. C'est pas un animal fantôme celui là;
- X______ : C'est pas grave j'irais la laver;
- F______: Et si tu la casse;
- X______ : Tkt pas pour sa. Tkt je gère;
- F______: C'est bien ce qui m'inquiète;
- X______ : Connard;
- F______: Tu gère quedal toi en général;
- X______ : Ah sa tkt pas que je vais gere; (…)
- X______ : (audio) Tu viens avec moi aller tuer l'autre ce soir? Arghh j'ai envie… arghgg j'te jure… je suis pressé de finir là (…);
- F______: Tu fini quand?
- X______ : Dans 30 min;
- F______: Mais tu dois manger non?
- X______ : (audio) Vers 21h10, 21h15 chez moi. Si tu veux après on y va. On prend la voiture et on y va. Laisse tomber je mangerai pas. J'ai pas très faim encore en ce moment. T'inquiète pas pour ça;
- F______: Ahahah. Petit machin à pas faim;
- X______ : Noooon. Je tue du nain de jardin. Je veux*;
- F______: Mdr. Mange le après;
- X______ : Non. Je le jete a la benne;
- F______: T'as peur d'être malade?
- X______ : Grave;
- F______: Cela se trie dans quel type de déchet?
- X______ : Je sais pas trop. On s'en fous on jette dans les ordure menager;
- F______: Ouai ok. J'espère que ça brûle bien;
- 35 - P/12004/2017
- X______ : Au pire on met de l'essence;
- F______: J'ai G______ qui m'as appeler pour me dire que t'as fais scandale. Ahahah;
- X______ : Looooool;
- F______: Lol c'est cher payer pour lui;
- X______ : Grave. Mais c'est pas grave;
- F______: Economie de lenvironnement. L'environnement;
- X______ : (audio) On va déjà fait une belle fleur à la terre en éliminant cette ordure. On peut bien dépenser au moins dix litres d'essence, c'est rien ou bien;
- F______: Mouais;
- X______ : Bon alors tu viens?
- F______: Jai pad envie de me battre moi. Alors ca risque de faire très mal si je me face. Faché;
- X______ : Ils sont dans les voitures au P-Piscine près à partir depuis qu'ils m'ont vu passer. J'aimerais bien savoir où c'est qu'ils vont aller;
- F______: Pourquoi t'es passer devant endouille;
- X______ : (audio) Pour leur montrer ma présence, tu crois quoi? Pour faire peur. Pour dire : attention je vais arriver;
- F______: Mdr. Tu leur as donner rdv?
- X______ : (audio) Moi je leur ai rien donné rendez-vous du tout. Par contre tu vois je suis là dans 5 minutes. Donc si tu veux déjà descendre… si tu veux;
- F______: Je suis un roi en ce moment;
- X______ : (audio) Et bien active;
- F______: Tu fais quoi derrière à bus depuis tout à l'heure
- X______ : (audio) tu fais pareil;
- F______: (audio) Pareil que quoi? D'abord?
- X______ : (audio) Pareil que avant derrière ton bus. T'actives! Tu grouilles ton cul avant qu'il se bouge ce fils de pute. Je veux me le choper. J'veux m'faire un lancer de nain de jardiiiinnn… din-din-din… J'le veux, j'le veux et je l'veux ce soir… j'veux mon repas…;
- F______: (audio) T'as qu'à bouffer le minou de la blonde qu'est chez toi. C'est mieux non?
- X______ : (audio) J'en ai rien à foutre du minou de la blonde de chez moi. Je veux le nain de jardin ce sooooirr;
- F______: (audio) Ouais. Mais tu sais que c'est pas commestible hein? Enfin je crois;
- X______ : (audio) J'ai pas dit que je voulais le bouffer. J'veux le tuer, l'enterrer et basta.
- Les derniers messages audio avant le drame concernent l'arrivée de X______ chez F______ et prennent place à 21h45. F______ a relevé avoir entendu arriver
- 36 - P/12004/2017 X______, lequel lui a répondu que ce n'était pas possible, qu'il n'avait pas fait de bruit et qu'il était en mode normal. Le ton était toujours à la rigolade. A 22h20, F______ lui a écrit qu'il revenait car sa sœur avait besoin de faire pipi, puis à 23h06 "ils sont de retour". nf) A 20h06, X______ a écrit à R______ : "R______ sa te dit un petit meurtre se soir", ce à quoi l'intéressé a répondu : "je bosse hahaha". ng) A 21h22, M______ a écrit à X______ de faire attention. Il lui a envoyé tout d'abord un bref message, puis lui a laissé le message vocal suivant, à 21h38: "T'inquiètes pas, je reviendrai vivant et entier. Bon, y en a un y reviendra pas vivant. Mais bon, ça c'est pas grave". Elle lui a répondu : "Ta de l humour. non mais… Calme toi…". nh) A 21h43, X______ a envoyé une image à sa mère en lui disant de la montrer à M______. Il s'agissait d'une publication listant les signes du zodiaque, du plus romantique au moins romantique. Sa mère lui a répondu que M______ aurait préféré qu'il soit là.
o) Du contenu du téléphone portable de D______ ressortent notamment les éléments suivants. oa) Un échange de messages confirme qu'une dispute a eu lieu entre D______ et G______ dans la nuit du 7 au 8 juin 2017. D______ lui a notamment écrit : "Demerdes toi désormais.." à 23h28 et "Je souhaiterai juste récupérer mes affaires une prochaine foi.. désolé mais là vous avez fait déborder le vase..". Cependant, à 01h38, D______ lui a demandé de l'appeler, car il s'inquiétait pour elle. G______ lui a répondu que c'était chou de s'inquiéter pour elle et qu'elle s'endormait doucement. ob) Le 8 juin 2017, X______ a publié deux messages sur sa "story" Snapchat, visibles par tous ses contacts. Le premier, publié à 16h22, était une photo de lui avec le message "je cuits au soleil". Le second a été posté à 19h55 et contenait le texte suivant : "Ton heure a sonner". Les déclarations des témoins sur le jour du drame paa) Le 9 juin 2017 devant la police, G______ a indiqué qu'après l'arrivée de X______ sur le parking, elle l'avait pris à part, afin de discuter de leur situation. Elle ne supportait en particulier plus qu'il la surveille. Elle avait ensuite pris le volant de la Seat, car elle voulait l'essayer. Pendant quasiment tout le trajet, ils avaient discuté de leur conflit. X______ lui avait dit que D______ était une mauvaise personne, qui profitait d'elle. Elle lui avait répondu qu'elle n'appartenait à personne et que D______ lui avait interdit de le voir jusqu'à ce qu'un juge se prononce sur leurs plaintes. A un moment donné, X______ avait tapé du poing contre la vitre ou la portière. Il lui avait affirmé que c'était pour écraser un moustique, mais pour elle, il s'agissait d'énervement. Après un certain temps, il avait repris le volant pour lui montrer ce que représentaient 300 chevaux sous le capot, en faisant de fortes accélérations. Lorsqu'ils étaient revenus sur le parking et qu'elle s'était accoudée à la fenêtre du conducteur, F______ les avait rejoints et avait demandé à G______ ce qu'elle avait fait à X______, pour qu'il soit dans cet état. En effet, avant le tour en question, celui-ci était plutôt calme, alors qu'après, il était très énervé. D'ailleurs, durant le trajet, il lui avait fait comprendre que, s'il croisait D______,
- 37 - P/12004/2017 il le tuerait. Elle ne se souvenait cependant pas s'il avait utilisé ces termes exacts. Alors qu'il était arrêté sur le parking, X______ avait fait vrombir son moteur deux ou trois fois puis était parti en direction de D______, qui était en train de traverser la voie de parking une vingtaine de mètres devant lui. Il lui semblait que D______ était de face lorsqu'il s'était fait percuter par l'avant droit du véhicule. Il s'était fait projeter vers l'avant et le véhicule avait ensuite roulé par-dessus lui. Elle avait alors couru vers D______ pour le secourir. X______ était ensuite revenu vers eux au volant de sa voiture et lui avait dit quelque chose du genre "il l'a mérité", sans qu'elle se souvienne des mots exacts. pab) Le 28 juillet 2017 devant le Ministère public, G______ a confirmé ses précédentes déclarations. Elle a précisé que, lors du tour en voiture, elle avait dit à X______ avoir "couché" avec D______ et que celui-ci venait environ une fois par semaine chez elle. A son avis, lorsque X______ avait violement tapé contre la vitre de la portière, il avait dû se dire "putain merde, elle l'a fait". Il avait ensuite clairement fait savoir qu'il voulait faire du mal à D______. Il avait dit quelque chose du genre "je le vois, je le tue". Il lui avait également dit qu'il était protégé, au cas où il lui ferait plus que du mal. Ces propos l'avaient inquiétée et elle y avait repensé quand, après avoir roulé sur D______, X______ lui avait lancé qu'il l'avait prévenue. pba) Le 9 juin 2017 devant la police, F______ a expliqué que, le soir des faits, il s'était rendu sur la parking de la piscine de Meyrin avec X______, parce que celui-ci voulait parler à G______ du problème qui les occupait depuis plusieurs mois, soit les liens de celle-ci avec D______. X______ savait que le précité serait présent. Depuis plusieurs semaines, son ami menaçait celui-ci de mort par le biais de Facebook et de Snapchat. Il avait toujours pensé que les menaces étaient "des paroles en l'air". A la période où lui et X______ voyaient G______, son ami l'avait également menacé de mort, via les mêmes réseaux sociaux. Le soir des faits, X______ était passé le chercher chez lui aux alentours de 21h30. Le jeune homme était calme et avait lancé en rigolant "je veux me le faire", en parlant de D______. Il ne l'avait vraiment pas pris au sérieux, mais il lui avait quand-même répondu que cela ne servait à rien de vouloir le tuer. Ils avaient tous deux utilisé le terme "tuer", mais pour lui, il évoquait plutôt une bagarre, comme lors de l'épisode du 28 mai 2017. Arrivés à la hauteur du parking de la piscine, ils avaient continué jusqu'au parking de la patinoire, qui se trouvait à proximité, car X______ voulait éviter que la Seat soit victime de "dommages collatéraux", comme l'avait été le véhicule de G______ le soir du 28 mai 2017. En se rendant à pied jusqu'au parking de la piscine, ils avaient rigolé et il avait dit à X______ de le laisser d'abord parler à G______ et à D______ pour éviter toute querelle. Jusque vers 22h30, tout s'était passé calmement. X______ et G______ s'étaient isolés pour discuter. Après qu'il avait accompagné sa sœur AA______ dans un bar, en compagnie de AX______ et D______, il était retourné parler avec G______ et X______, qui était calme. Ils avaient fait quelques passes avec un ballon. A un moment donné, AX______, AA______ et D______ étaient partis en voiture sans leur dire où ils allaient. X______ était directement retourné à sa voiture, par peur que D______ soit allé l'abimer. Tel n'avait pas été le cas et X______ était revenu sur le parking au volant de la Seat. G______ s'était ensuite installée au volant du
- 38 - P/12004/2017 véhicule. Comme elle voulait l'essayer depuis longtemps, X______ avait accepté qu'elle la conduise. Lorsque X______ et G______ étaient revenus sur le parking, ils s'étaient arrêtés loin des véhicules, où F______ discutait avec AA______, AX______ et D______. Il était tard et tout le monde s'apprêtait à rentrer. AX______ et AA______ s'étaient dirigés vers la Seat en voiture. Pour sa part, il les avait rejoints à pied. Alors qu'il était en train de dire au revoir à AX______ et AA______, il avait aperçu que X______ était une "boule de nerfs". Celui-ci était assis dans sa voiture et son visage était tendu, regardant dans la direction de D______. Il avait démarré en "launch control", à savoir en appuyant fort sur l'accélérateur, tout en maintenant le frein, avant de démarrer pour partir très rapidement. Il était arrivé "en pleine face" sur D______ et l'avait percuté une première fois. Il avait ensuite fait le tour des poteaux se trouvant sur le parking et était revenu rouler sur la victime. Après cela, D______ était venu vers lui et lui avait demandé s'il voulait monter. Pour sa part, il avait contacté le 144 puis la mère de X______, à qui il avait tout expliqué. G______ n'avait pas été en état de parler après les faits, si bien qu'il ne savait pas pourquoi X______ s'était mis dans cet état de folie. Pour lui, celui-ci avait vraiment "viré". X______ était habituellement une personne douce, voir timide. En début de soirée, il était souriant et déconnait avec lui. A partir du moment où il était revenu de son tour en voiture avec G______, il n'avait plus été le même. pbb) Le 12 septembre 2017 devant le Ministère public, F______ a déclaré qu'il avait prévu de voir sa sœur AA______ sur la parking de la piscine, tandis que X______ souhaitait rencontrer G______. Avant d'arriver, il avait demandé à son ami de ne pas hausser le ton, car il avait peur qu'il y ait à nouveau une bagarre. X______ avait été d'accord avec lui et celui-ci ne s'était pas rendu sur le parking pour se battre. Deux heures s'étaient écoulées sans que rien de particulier ne se soit passé. Il n'avait jamais vu X______ dans l'état qui était le sien lorsqu'il s'était approché de la Seat après que son ami et G______ étaient revenus sur le parking. Ce dernier, rouge et en colère regardait fixement devant lui et ne répondait pas lorsqu'il lui parlait. Il s'était souvenu après coup que G______ lui avait dit "ne fais pas ça, il y a ma voiture". Pour lui, elle savait ce que X______ voulait faire, à savoir percuter D______. Quand le premier avait vu le second avancer, il avait appuyé sur l'accélérateur. G______ avait immédiatement couru après la Seat lorsque celle-ci avait démarré, avant même qu'elle ne percute D______. pc) Le 9 juin 2017 devant la police, AX______ a indiqué que, le soir des faits, G______ avait été nerveuse lorsque X______ avait rejoint le groupe en raison des tensions entre celui-ci et D______. Ce dernier était resté un peu à l'écart, consultant son téléphone. S'agissant de la collision, il a indiqué que D______ devait se trouver à une vingtaine de mètres de son véhicule et de la Seat, arrêtés au milieu de la voie. Il avait vu celle-ci partir en "lauch control" en direction de D______, mais ne l'avait pas vue le percuter. Il était sorti de son véhicule, tout comme AA______. Toutefois, choqué, il n'avait pas pu s'approcher de la victime. Il n'avait pas vu que X______ serait passé une deuxième fois sur le corps de D______. Il avait essayé de retenir le jeune homme lorsqu'il était revenu
- 39 - P/12004/2017 vers lui avec la Seat et qu'il en était descendu. X______ l'avait toutefois repoussé et avait quitté le parking avec son véhicule. pd) Le 9 juin 2017 devant la police, AA______ a expliqué qu'elle était la petite sœur de cœur de F______, qui était le fils de l'ancien compagnon de sa mère. Elle avait vu deux ou trois fois D______ et X______. Le soir en question, X______ était passé deux ou trois fois devant le parking de la piscine, en conduisant de manière totalement irresponsable, pour attirer leur attention. Une quinzaine de minutes plus tard, il était arrivé à pied sur le parking, accompagné de F______. Lorsque X______ et G______ étaient revenus de leur tour en voiture, ils s'étaient garés un peu plus loin, les phares allumés, et étaient restés dans cette position une dizaine de minutes. Comme elle devait partir, elle s'était rendue vers eux pour les saluer. AX______ les avait rejoints avec sa voiture, qu'il avait placée à la hauteur de la Seat. G______ était sorti de la voiture de X______, dont le moteur était enclenché. Un instant plus tard, X______ avait commencé à appuyer sur l'accélérateur, sans mettre la voiture en mouvement, avant de partir "comme un boulet de canon". Au début, elle avait cru qu'il allait de nouveau "faire son intéressant", mais il avait percuté D______. Elle avait vu quelque chose voler, dont elle avait cru qu'il s'agissait du parcomètre ou d'un sac en plastique. Elle avait compris ensuite que D______ avait été projeté plus loin. Après cela, X______ avait fait demi-tour et était parti en direction du CERN. Elle avait appris plus tard qu'après son demi-tour, il avait de nouveau roulé sur la victime, mais elle ne l'avait pas vu faire, car elle était trop loin et ne savait pas où D______ était tombé. pe) Le 5 juillet 2017 devant le Ministère public, AG______ a déclaré s'être arrêtée peu avant minuit avec son ami dans la 4ème allée du parking de la piscine. Deux voitures étaient déjà arrêtées perpendiculairement aux places, dans la troisième allée, au bout de la flèche de direction du milieu. Alors qu'ils étaient appuyés contre le coffre de leur véhicule pour fumer une cigarette, ils avaient entendu deux à trois coups d'accélération dans le vide. Ils avaient regardé dans cette direction, tout en continuant à discuter. Ils avaient ensuite entendu une forte accélération et avaient vu une voiture noire démarrer assez brutalement. Elle avait ensuite vu un corps voler au-dessus du buisson qui se trouvait au bout du parking. Ils avaient entendu un homme crier "arrêtez-le, il est fou", si bien qu'ils s'étaient cachés derrière leur voiture, en regardant un peu par-dessus le toit. Ils avaient vu la Seat faire un tour sur elle-même, puis tanguer quand elle était passée sur le corps. A noter qu'elle a précisé ensuite ne pas être certaine que le véhicule ait effectué un tour entre le moment où le corps avait volé et celui où il s'était fait rouler dessus. Elle n'arrivait pas à évaluer le temps entre ces deux épisodes mais cela avait été très rapide. La Seat avait ensuite fait un autre tour sur elle-même puis était partie à toute vitesse vers la sortie. Son ami et elle étaient remontés dans leur voiture pour se rendre à proximité de la victime. Une jeune femme, accroupie à côté du corps, soit G______, lui avait demandé de l'aider. Elle avait placé le corps en position latérale de sécurité. Cet événement l'avait beaucoup perturbée. Le lendemain, elle s'était rendue à un rassemblement sur le parking et avait
- 40 - P/12004/2017 revu la jeune femme. Elles avaient un peu parlé ensemble et celle-ci lui avait raconté ce qui s'était passé avant le soir du drame, soit qu'il s'agissait d'une histoire de jalousie. pf) Le 7 juillet 2017 devant le Ministère public, A______ a expliqué avoir tout de suite penser que X______ avait mis ses menaces à exécution, quand elle avait reçu l'appel des HUG à 03h00 l'informant de l'état de santé très précaire de son fils D______. Elle n'en avait pas informé AH______, le frère de D______, car celui-ci était en train de passer des examens. A son arrivée à l'hôpital, travaillant elle-même dans le milieu médical, elle avait compris la situation et avait demandé aux médecins de "débrancher les appareils", avant même d'avoir vu son fils. Elle avait finalement accepté qu'il soit emmené au bloc opératoire, car son cerveau fonctionnait encore. Quand elle était entrée dans sa chambre, elle ne l'avait pas reconnu. Sa tête était énorme, son crâne était tout ouvert et la partie de l'oreille et du cuir chevelu était couverte par un gros pansement. "C'était monstrueux". Il lui était difficile d'exprimer son ressenti. C'était comme si on lui arrachait les tripes, elle ressentait de la rage et avait envie d'hurler, mais ne devait "rien lâcher" car elle devait rester le pilier, pour le "petit". A cet égard, elle a indiqué souffrir d'un lymphome du menton, au dernier stade de son développement. Cinq ans auparavant, elle avait subi une opération, dont l'issue aurait pu être fatale. Elle s'était alors préparée à s'en aller mais avait voulu tenir jusqu'à la majorité de son fils AH______, après quoi D______ aurait pu s'en occuper. Ce drame lui avait fait perdre sa paix intérieure. Si elle n'avait pas eu AH______, elle se serait suicidée car on lui avait enlevé une grosse partie de sa vie. pga) Le 9 juin 2017 devant la police, I______ a déclaré que, le soir des faits, M______ était venue à son domicile pour lui préparer son repas, car elle venait d'être opérée du talon d'Achille. X______ était arrivé vers 21h00. Elle l'avait senti énervé. Il leur avait dit qu'il ne fallait pas l'attendre et qu'il allait retrouver F______. Sentant qu'ils iraient au parking de la piscine, elle avait rappelé à son fils qu'il n'avait aucune raison de raviver la dispute du 28 mai 2017. Pendant toute la semaine, elle avait senti une rancœur monter. Depuis l'altercation, son fils, F______ et R______ parlaient, d'abord sur le ton de la plaisanterie, de "se faire" D______. Elle avait mis en garde son fils sur le fait qu'il ne devait pas régler leur différend par la violence et il lui avait répondu de ne pas s'inquiéter. Vers minuit, F______ l'avait appelée pour lui expliquer ce qui s'était passé. Elle avait ensuite téléphoné à son fils. Celui-ci lui avait déclaré devoir quitter le pays car il avait fait une bêtise. Elle lui avait demandé de rentrer à la maison pour discuter, ce qu'il avait fait. Selon les dires de son fils à son domicile, il avait agi sur un coup de folie, avait "vu noir" et ne comprenait pas pourquoi il avait agi ainsi. Elle l'avait senti abattu et désemparé. Il lui avait rapporté que, juste avant son geste, il avait fait un tour de voiture avec G______ pendant une trentaine de minutes et qu'elle lui avait alors avoué avoir des relations sexuelles avec D______. La police était ensuite arrivée. pgb) Le 15 juin 2017 devant le Ministère public, I______ a précisé que la première chose que son fils avait expliqué, lors de son retour au domicile après le drame, était qu'G______ lui avait dit qu'elle et D______ "couchaient" ensemble. Il lui avait ensuite demandé pourquoi personne ne l'avait empêché de faire cela.
- 41 - P/12004/2017 ph) Le 29 septembre 2017 devant le Ministère public, M______ a expliqué que, le 8 juin 2017 au soir, elle s'était rendue chez I______ pour l'aider à cuisiner. Quand X______ était rentré, ils s'étaient juste salués et demandé comment cela allait. Il était reparti très vite, soit dix ou quinze minutes plus tard, sans dire où il allait. Il avait juste indiqué avoir rendez-vous et elle n'avait pas demandé avec qui. Confrontée aux messages échangés avec X______ ce soir-là, elle a indiqué qu'elle ne l'avait pas vu aussi calme que d'habitude. Quand elle lui avait écrit de faire attention, elle avait juste voulu manifester tenir à lui et s'inquiéter pour lui. Elle était en souci car elle avait senti que quelque chose "ne jouait pas". Elle avait compris du message de X______ qu'il voulait faire du mal à quelqu'un et elle avait pensé à D______. X______ avait toujours été très attentionné et "très chou" envers elle. Il avait toujours été serein, calme et réfléchi, il n'avait jamais été violent. Elle avait été très choquée d'apprendre ce qu'il avait fait. Les déclarations du prévenu sur le jour du drame qa) Lors de sa première audition le soir des faits, X______ a indiqué être arrivé sur le parking de la piscine à l'improviste, même s'il savait que G______ serait présente. Il avait senti que l'ambiance était lourde et il n'avait pas parlé du tout avec D______. Lorsqu'il s'était rendu compte que le groupe dans lequel se trouvait ce dernier avait quitté le parking, il avait couru vers sa voiture, craignant que celui-ci n'aille l'endommager. Il avait récupéré la Seat et l'avait amenée sur le parking de la piscine. Lors de la promenade effectuée avec G______, elle lui avait avoué que, contrairement à ce qu'elle lui avait toujours affirmé, elle avait "couché" à plusieurs reprises avec D______. Il était resté calme, mais ces vérités lui étaient restées en travers de la gorge. Au moment où ses amis étaient venus à leur hauteur à leur retour dans le parking, il était très énervé. Lorsqu'il avait vu D______ traverser le parking, il avait vu noir et n'avait plus rien contrôlé. Il avait appuyé sur l'accélérateur, presque machinalement, comme si son corps avait pris le contrôle de ses gestes. Il n'avait pas eu conscience de ce qu'il faisait, son cerveau était comme déconnecté de son corps. Quand il voyait noir, plus rien, ni personne ne pouvait l'arrêter. Il avait voulu "chopper" D______ et avait foncé. Il avait entendu le choc, avait vu D______ monter sur le pare-brise et par-dessus la Seat. Puis, comme il avait freiné, le jeune homme était retombé au sol, trois à quatre mètres devant la voiture. Il avait alors eu un bref éclair de lucidité et avait songé qu'il y avait un problème. Mais le voile noir était revenu. Il avait accéléré à nouveau et lui avait "passé dessus". Il avait continué sa course et s'était arrêté sur une autre voie du parking. Il était passé près du corps et avait vu que G______ était déjà à ses côtés. Il lui avait alors dit : "je t'avais prévenue". Par ces mots, il avait voulu lui rappeler lui avoir demandé de choisir entre eux, parce qu'à l'époque, la situation était devenue insoutenable pour lui. Il avait avancé à nouveau et s'était arrêté vers F______ pour lui demander ce qu'il faisait. Celui-ci avait répondu appeler une ambulance. Il s'était alors dit qu'il ne servait plus à rien et avait quitté les lieux pour rentrer chez lui. En arrivant à son domicile, il était très mal et avait conscience d'avoir fait une "grosse connerie". Il avait discuté avec sa mère, informée de la situation par F______, des
- 42 - P/12004/2017 solutions à adopter. Il avait commencé à réaliser ce qu'il avait fait en partie sur le parking et entièrement une fois à la maison. Lorsqu'il avait été interpelé, il n'avait pas tout de suite pensé à D______ et s'était questionné sur son état à son arrivée à la police. Même s'il ne l'aimait pas, le jeune homme ne méritait pas ce qu'il avait subi. Il s'était également inquiété pour sa mère, qui était handicapée par une blessure au tendon d'Achille. Il avait voulu dégager D______ de la vie de G______, dans le sens de le faire sortir de sa vie. Il en avait déjà parlé à plusieurs personnes, comme L______ ou H______. Il n'avait voulu que le bien de G______ et lui avait posé des ultimatums pour qu'elle choisisse entre eux. Il avait le sentiment que D______ la dénigrait et la rabaissait systématiquement, alors que lui la valorisait et essayait de la faire avancer dans la vie. Il trouvait les allers-retours de G______ entre D______ et lui très néfastes pour elle. Il aurait été d'accord de s'effacer si G______ avait choisi D______. G______ était sa première copine et ses sentiments pour elle étaient forts. Il avait toujours envie de se remettre avec elle. qb) Lors de son audition devant le Ministère public le 9 juin 2017, X______ a confirmé ses précédentes déclarations. Il s'était rendu sur le parking pour discuter avec G______, qui l'évitait constamment. Arrivé sur place, elle l'avait pris à part pour discuter. Au cours de leur virée en voiture, des vérités avaient été dites. Elle lui avait avoué qu'elle "couchait" au moins une fois par semaine avec D______, alors qu'elle lui avait toujours affirmé qu'il était le dernier avec qui elle avait eu une relation intime. Alors passager au moment des révélations, il s'était senti très mal et s'était énervé intérieurement, sans rien laisser paraître. Quand ils étaient revenus au parking, il était tendu, sans le laisser paraître, mais moins que lorsqu'elle lui avait tout avoué. Il était "tendu et zen à la fois". Il avait vu noir quand il avait aperçu D______ traverser la voie. A ce moment-là, il avait eu la haine mais son but n'avait pas été de le tuer. Il ne savait pas ce qu'il avait voulu. Il avait voulu "l'amocher", mais en aucun cas le tuer. Il avait accéléré, l'avait percuté puis avait freiné. Il s'était demandé ce qui s'était passé, la colère ayant disparu. Mais d'un coup, celle-ci était revenue et il avait "foncé" sur lui pour lui rouler dessus. Il ne s'était pas rendu compte de ce qui se passait. Il avait quitté le parking en bifurquant à droite pour rentrer chez lui. Il avait essayé d'appeler F______, L______ et S______, mais aucun des trois n'avait répondu. Sa mère l'avait appelé juste après. Elle lui avait demandé de rentrer au plus vite, alors qu'il avait envisagé de quitter le pays. Cela lui faisait mal d'apprendre que l'état de D______ était critique et que l'issue risquait d'être fatale. qc) Lors de l'audience du 23 juin 2017 devant le Ministère public, X______ a expliqué qu'à son retour sur le parking, il s'était positionné en haut de la voie, vers la pointe de la première flèche peinte au sol. Il avait alors montré à G______ le fonctionnement du système de frein automatique, ce qui avait fait avancer la Seat de deux mètres environ. Après que le véhicule de AX______ avait démarré pour venir se placer sur sa droite, il avait vu D______ devant le véhicule de G______ sortir le chien de la jeune femme et jouer une petite minute avec lui. Le jeune homme s'était ensuite dirigé vers l'entrée de la
- 43 - P/12004/2017 piscine, soit dans l'angle opposé à l'entrée du parking, ce qui l'avait amené à traverser la voie de gauche à droite, légèrement en diagonale. Pour sa part, il se trouvait à la hauteur de la huitième case depuis le haut du parking. Lorsqu'il avait démarré, le frein de parking de la Seat était enclenché ainsi que la vitesse D. Il n'avait pas appuyé à fond sur la pédale. D______ n'avait rien fait pour l'éviter et lui avait tourné le dos. Le système de détection des piétons, qui aurait dû amener le véhicule à s'arrêter, n'avait pas fonctionné. Quand il avait percuté D______, celui-ci avait heurté le capot et le pare-brise de la Seat. Il avait tout d'abord pensé que le jeune homme avait touché le toit mais, en réalité, cela devait être le haut du pare-brise, parce qu'il le "voyai[t]" à ce moment-là. Il a estimé sa vitesse à 60 ou 70 km/h. Il avait alors freiné et D______ était retombé devant lui. Il avait eu un instant de lucidité. Il l'avait vu couché sur le côté droit et avait à nouveau vu noir, avait redémarré et lui avait roulé dessus. Il avait fait une boucle pour remonter vers F______ et avait roulé au pas en passant à côté de lui, pour lui parler. Il était ensuite reparti vers le bas de la troisième voie. Il était sorti de son véhicule et avait vu AX______ courir dans sa direction, F______ derrière lui. Il était remonté dans son véhicule et était passé à côté de D______ et G______, qu'il n'avait pas vue se déplacer vers le corps, en disant "je t'avais prévenue". Il était ensuite reparti en faisant une boucle pour quitter le parking. qd) Le 5 juillet 2017 devant le Ministère public, X______ a indiqué que quelque chose chez G______ le faisait changer, ne plus être lui-même. A son arrivée sur le parking, il était calme. S'il n'avait pas fait le tour en voiture avec G______, le drame ne se serait jamais produit. qe) Le 29 août 2017 devant le Ministère public, X______ a précisé avoir affirmé à G______ l'avoir prévenue, parce que, lors de leur tour en voiture, il l'avait avertie qu'il y aurait à nouveau un "clash" entre D______ et lui si elle continuait de faire le "yo-yo" entre eux. Il avait pensé à un "clash" verbal car il était conscient de la tension entre D______ et lui, que le comportement de G______ n'aidait pas à faire baisser. En arrivant sur le parking, il n'avait eu aucune intention particulière par rapport à D______. Au contraire, il avait voulu l'éviter et ils étaient restés éloignés l'un de l'autre. Au moment de foncer sur lui, il ne savait pas quelle avait été son intention, il avait vu noir et avait eu un accès de colère. Le voile noir s'était matérialisé par le fait qu'il ne voyait plus rien et ne se rappelait plus de rien. Il avait été présent au moment de "foncer" sur D______ jusqu'à celui où le corps avait heurté le pare-brise de la Seat. Ensuite, il avait repris ses esprits et freiné. Il s'était dit : "merde qu'est-ce qui s'est passé" puis avait à nouveau eu un voile noir et avait à nouveau "foncé" sur lui. C'était vraiment triste que D______ soit décédé, il ne le méritait pas. Il n'avait pas voulu cela. Sur le moment, il n'avait pas réalisé à quel point "foncer" sur une personne avec une voiture pouvait avoir des conséquences graves. Il n'était pas allé porter secours à D______, car G______ et F______ étaient déjà en train d'appeler les secours. S'agissant de G______, elle n'avait pas essayé de le contacter avant le 8 juin 2017, alors qu'ils auraient dû se voir. A cette date, elle l'avait appelé par le biais du téléphone d'S______. Elle avait également tenté de le joindre dans la nuit du 7 au 8 juin 2017, vers
- 44 - P/12004/2017 01h00, mais il n'avait pas répondu. G______ cherchait à le voir depuis un moment, mais L______ et la jeune femme lui avaient rapporté que D______ bloquait ses appels et empêchait celle-ci de l'appeler. Cette situation l'avait énervé. Même s'il avait été en colère contre D______, il n'avait eu aucune intention de le tuer ou de lui faire du mal. Même quand il était en colère contre quelqu'un, il ne souhaitait pas sa mort, même s'il le prétendait. Il regrettait "ses conneries". D______ ne méritait pas de mourir ni d'être blessé. Même si cela ne se voyait pas, il était triste. Il était comme cela, il s'était forgé une carapace pour protéger son cœur et ne pleurait que lorsque celle-ci était percée. Quant aux messages échangés avec R______, il ne se souvenait pas avoir écrit "sa te dit un petit meurtre ce soir". Il lui avait peut-être proposé une partie du jeu vidéo auquel ils jouaient souvent, soit Grand Theft Auto (GTA). Il s'agissait d'humour noir. Il avait cherché une occupation pour la soirée. Comme R______ travaillait, il avait appelé F______. Il était allé le chercher en voiture et avait vu que G______ était sur le parking, si bien qu'il l'avait rejointe. S'agissant des messages échangés avec F______ le soir des faits, il s'agissait également d'humour noir. Au moment de les écrire, il ressentait de la colère, mais ils ne correspondaient pas à de réelles intentions. Il avait écrit vouloir écraser D______ avec la Seat et l'avait effectivement fait quelques heures plus tard, de sorte qu'il comprenait qu'il était difficile de croire à une coïncidence. Il n'y avait toutefois eu aucune préméditation de sa part. Il ne savait pas pourquoi il avait foncé sur D______. Il avait eu un trou noir. Quant aux messages échangés avec M______, elle lui avait dit de faire attention à lui car elle savait qu'il allait voir G______ et ce qui s'était passé le 28 mai 2017. Elle ne voulait pas de bagarre. Ses messages étaient une façon de jouer au caïd, mais ils ne représentaient pas son intention. qf) Le 18 décembre 2018 lors de l'audience finale du Ministère public, X______ a indiqué se sentir odieux de ce qu'il avait fait et s'en vouloir énormément. Il avait agi dans un accès de colère. Sa situation était tendue et conflictuelle depuis plusieurs mois et les épisodes des jours précédant le drame avaient constitué la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase. Il n'avait voulu la mort de personne. X______ s'est excusé auprès de la famille de D______ et lui a présenté ses condoléances. Il ne pourrait jamais réparer ce qu'il avait fait mais voulait faire au mieux de ses possibilités, en donnant de l'argent pour compenser leur dommage et leur tort moral. Reconstitution ra) Une première reconstitution s'est déroulée sur les lieux mêmes du drame le 26 juin 2017 afin de déterminer le positionnement des différentes personnes impliquées et des véhicules. Une vidéo de cette reconstitution figure à la procédure. G______, AA______, AX______ et F______ ont confirmé les versions des faits décrites ci- dessus. Ils n'ont été en mesure de déterminer qu'approximativement les positions de la Seat et de D______ au moment des chocs. G______ a confirmé que X______ n'avait
- 45 - P/12004/2017 pas fait de manœuvre entre le premier choc et le moment où il avait roulé sur le corps de D______, avec ses quatre pneus. AA______ et AX______ n'ont pas pu se déterminer à cet égard. Selon F______, D______ s'était arrêté et retourné en direction de la voiture juste avant d'être percuté. Il avait ensuite été projeté en avant, sans passer par-dessus la Seat. Il ne savait pas exactement par où celle-ci était passée mais elle avait eu le temps de faire le tour des arbres pour revenir passer sur le corps et le trainer sur quelques mètres. rb) Une seconde reconstitution s'est déroulée le 6 juillet 2017, sur la place d'arme des Vernets, afin de recueillir les déclarations de X______ quant aux positions des différents protagonistes. Une vidéo de cette reconstitution figure également à la procédure. Ne se trouvant pas sur les lieux du drame, le prévenu a eu de la peine à déterminer de manière précise les distances et les positionnements. Il a toutefois confirmé pour l'essentiel les explications qu'il avait déjà fournies dans la procédure. L'état psychologique d'X______ sa) Selon l'expertise psychiatrique du 3 janvier 2018 établie par les Drs AI______ et AJ______, X______ leur a expliqué lors des entretiens que, malgré le choc d'avoir appris que G______ entretenait régulièrement des relations sexuelles avec D______, il espérait toujours se remettre en couple avec elle. Lors du tour en voiture, il lui avait demandé de faire un choix entre eux jusqu'au dimanche suivant. G______ lui avait répondu souhaiter plus de temps et, en particulier, attendre l'issue des plaintes pénales. Il avait maintenu son ultimatum et elle avait éludé la question. Lorsqu'il avait vu D______ marcher sur le parking, il s'était d'abord dit "tant mieux s'il part". Quelques secondes après et de façon très brusque, un fort sentiment de colère était apparu et il avait accéléré en direction de D______. Lorsqu'il l'avait vu au sol, il avait pensé que le jeune homme était sous le choc, mais jamais qu'il était mort. Il n'avait jamais eu de projet meurtrier avant la commission des faits. Il s'est également demandé pourquoi le système de sécurité n'avait pas fonctionné et pourquoi la victime était restée plantée devant sa voiture. Lors des entretiens, X______ a en outre allégué avoir quitté le parking dans le but de se rendre dans une station de nettoyage, où il avait l'habitude d'aller, non pas pour dissimuler des preuves mais par souci pour son véhicule. Les experts ont diagnostiqué chez X______ un trouble mixte de la personnalité, avec composantes borderline, narcissique et immature (F61). Ils ont été frappés par son empathie limitée et sa difficulté à décrire ses propres émotions. Ses interactions sociales étaient marquées par une nette rigidité, qui s'illustrait par des ultimatums réguliers, ce qui trahissait une tendance de maitrise relationnelle, assimilable à des traits dits pervers. En réalité, ce besoin d'avoir recours à la maitrise et à la rigidité s'expliquait par des failles narcissiques. L'expertisé ne supportait pas le risque de déception et de potentielle rupture, ce qui le faisait sans cesse retourner vers G______, par peur et crainte de se retrouver seul. Que X______ ait agi de manière programmée ou non, il présentait à l'époque des faits une personnalité extrêmement fragile et, notamment, une pensée très opératoire, diminuant de façon très légère ses capacités cognitives de représentation mentale et
- 46 - P/12004/2017 notamment de discernement en matière d'appréciation des limites de la légalité. Sa faculté d'apprécier le caractère illicite de son acte était ainsi très légèrement réduite du fait de sa déstabilisation de l'équilibre psychique. De même, cette déstabilisation avait réactivé des angoisses abandonniques, incluant une dimension impulsive, et des capacités d'empathie faibles, si bien que sa capacité à se déterminer d'après son appréciation était également très légèrement diminuée. Sa responsabilité était ainsi faiblement restreinte. Le risque de récidive d'actes violents était quant à lui faible, existant surtout dans un contexte de stress émotionnel. Une mesure thérapeutique, à savoir une prise en charge psychothérapeutique, était toutefois susceptible de le diminuer encore. Une mesure ambulatoire apparaissait nécessaire et suffisante. sba) Le 26 février 2018 devant le Ministère public, les Drs AI______ et AJ______ ont confirmé la teneur et les conclusions de leur expertise. Ils ont expliqué que les passages à l'acte violents de l'expertisé survenaient dans des moments de stress émotionnellement chargés. Comme la gestion des émotions faisait partie des difficultés qu'il rencontrait, lorsque celles-ci n'étaient pas verbalisables, il passait à l'acte. La colère noire évoquée par l'expertisé était un mécanisme très infantile, que l'on pouvait comparer à la rage d'un bébé. Il s'exprimait sans filtre, ce qui était rare pour un adulte. La version de l'expertisé, faisant état d'une colère noire, entrecoupée d'un moment de lucidité, était plausible et compatible avec la rage, cette dernière apportant des effets cathartiques apaisants. L'expertisé détournait la violence. Il s'agissait d'une violence à l'état brut, sans filtre, qu'il tournait contre celui qui était à l'origine de sa rage. Cette rage n'entrainait pas une défaillance des organes, qui aurait dû amener l'expertisé à ne pas se souvenir des faits. Bien qu'il connaisse la loi, ce dernier n'était pas en mesure de l'intérioriser, ses capacités cognitives étaient légèrement réduites en cas de colère. Sa problématique ne consistait pas tellement dans le passage à l'acte, mais dans le fait que, quand il passait à l'acte, l'autre n'existait pas. Il se souciait plus de nettoyer sa voiture que de savoir ce qu'il était advenu de la victime. Il y avait chez l'expertisé des fusibles qui ne marchaient pas. Il présentait une incapacité à se remettre en cause ainsi qu'une impulsivité. La froideur de l'expertisé avait frappé les experts. Il peinait à reconnaitre l'autre comme un sujet ayant sa propre existence. Il était centré sur lui-même. Une évolution était toutefois possible, son trouble narcissique n'était pas enkysté. L'espoir thérapeutique était centré sur l'empathie, la maîtrise de soi et la gestion de la colère. L'expertisé avait évoqué la victime à plusieurs reprises lors des entretiens, de façon assez froide. Il y avait des regrets quant aux faits et à la victime. L'expression de la culpabilité était présente, même si elle paraissait légèrement froide également. L'expertisé avait parlé du corps de la victime à la manière d'un médecin légiste, de manière très technique, comme pour échapper à ses émotions. Il avait décrit un sentiment intense de colère, qui n'était pas identifiable à un raptus, soit la réaction de jalousie exacerbée ressentie par un mari qui trouve sa femme dans les bras de son amant. Le projet de suppression de l'amant consistait également en un autre processus que celui éprouvé par l'expertisé. L'instabilité de sa relation avec G______ avait certainement réactivé ses angoisses abandonniques et avait eu un impact sur son agressivité. Sa distance ainsi que son dénigrement pouvaient
- 47 - P/12004/2017 être des mécanismes de défense. En référence aux outils statistiques, X______ était un homme qui pouvait être qualifié de non violent et le risque de récidive était relativement faible. La dangerosité contextuelle était toutefois plus importante si l'expertisé venait à être déstabilisé par un vécu d'abandon ou de trahison. Suite au décès de son père, l'expertisé s'était senti matériellement essentiel dans sa relation avec sa mère. Le rôle émotionnel n'avait en revanche pas été exprimé compte tenu de sa personnalité. L'expertisé ne niait pas la gravité des faits ni l'existence de l'autre dans ceux-ci, mais il la déniait. Il était, par exemple, incapable d'imaginer ce que ressentait sa mère vis-à-vis de son incarcération et sa mise en cause pour des faits aussi graves. sbb) Le 22 mars 2018 devant le Ministère public, les Drs AI______ et AJ______ ont précisé que la mesure proposée était la plus adéquate pour palier au risque de récidive présenté par l'expertisé. Un placement à Belle-Idée ou à Curabilis n'aurait aucun effet thérapeutique pour lui. L'évolution de l'expertisé en milieu carcéral et notamment le fait qu'il n'ait pas fait l'objet de mesures disciplinaires était un élément dont il fallait tenir compte dans son risque envers les autres. Si des traits immatures de l'expertisé avaient évolué vers la psychopathie, la mesure préconisée pourrait peut-être ne pas être suffisante. L'immaturité était un élément de bon pronostic chez un sujet jeune, dès lors que les traits de personnalité étaient moins fixés. Mais l'évolution pouvait aussi se péjorer en fonction de son attitude vis-à-vis des autres détenus. Il y avait un risque d'imitation. S'agissant des voiles noirs, les experts ne pouvaient pas trancher entre les trois hypothèses possibles, soit l'existence de deux voiles noirs, d'un seul lors du premier choc ou d'aucun. sc) Selon le rapport de suivi psychothérapeutique établi le 5 février 2018 par AK______, psychologue auprès de la prison de Champ-Dollon, X______ s'est investi dans son travail psychothérapeutique et a exprimé des regrets concernant l'homicide commis. Son empathie s'exprimait toutefois uniquement au niveau cognitif et de manière limitée. Il présentait une pensée très opératoire et son fonctionnement était caractérisé par une certaine psychorigidité et une immaturité affective. Les déclarations d'X______ sur son état mental
t) Le 18 décembre 2018 devant le Ministère public, X______ a expliqué qu'il suivait un traitement à la prison auprès de la psychologue AK______. Il avait progressé en matière de gestion des émotions, de la colère et du stress. Il ne voulait pas s'arrêter en si bon chemin et entendait poursuivre ce traitement. Les courriers de X______ pendant sa détention
u) Pendant sa détention, X______ a envoyé un certain nombre de courriers, soit à sa famille, soit à ses amis, dans lesquels il a évoqué les faits. Les éléments suivant en ressortent notamment :
- il a écrit plusieurs lettres d'amour à M______;
- dans plusieurs courriers, il a évoqué le fait de récupérer la Seat et de la faire réparer. Conduire lui manquait énormément. Par exemple, dans un courrier adressé à sa mère
- 48 - P/12004/2017 le 11 juillet 2017, il lui a notamment demandé de solliciter un devis pour repeindre la Seat en "mystery blue" ou en blanc comme celle utilisée pendant la reconstitution;
- dans un courrier du 19 juillet 2017, il a écrit prier le ciel pour que la voiture sorte. Il a évoqué les attentats de Nice et s'est dit touché de voir que, même un an après, il y avait toujours des souvenirs de ce drame;
- dans un courrier du 9 août 2017, il écrit à sa mère avoir rempli le constat d'accident pour ALLIANZ "comme [il] pouvai[t]", précisant la victime n'était pas morte à cause de lui mais parce que la mère de D______ avait demandé à "couper";
- dans un courrier du 25 août 2017, il a évoqué sa relation fusionnelle avec sa mère et avec "______", ce qui le faisait pleurer, et son idée de "faire tomber" G______ pour incitation à assassinat, comme c'était quand même un peu à cause d'elle que D______ était mort;
- le 27 septembre 2017, il a indiqué à sa mère qu'il ne voulait plus jamais voir G______. Il regrettait ce qu'il avait fait. Il ne l'avait jamais dit auparavant car il n'arrivait pas à croire ce qui était arrivé. D______ était un bon mec et lui manquait.
- le 22 août 2017, après avoir mentionné le terme "ironique" entre parenthèses, il a écrit que des auteurs d'attentats le copiaient en utilisant un véhicule. Il plaignait les véhicules qui n'avaient rien demandé. Il a terminé son écrit par un "hommage aux victimes".
- le 28 août 2017, il a indiqué qu'en cellule, il parlait beaucoup avec le "mec des Libellules", qu'il trouvait "super cool". Celui-ci lui avait dit qu'il le considérait comme son petit-frère, ce qui lui avait fait chaud au cœur.
- dans un courrier à sa mère, non daté, il s'est insurgé contre sa détention. Cela devenait inhumain alors qu'il était le pilier de beaucoup de monde. G______ était une personne malsaine et il était d'accord avec sa mère sur le fait qu'il allait y avoir un "drame beaucoup plus grave et violent que le [s]ien" si la justice n'arrêtait pas la jeune femme à temps.
- le 16 octobre 2017, il s'est plaint auprès de sa mère du temps mis par les autorités pour faire sortir la Seat. Il a qualifié les intéressés d'"assassins de véhicule" et a demandé le respect pour sa voiture. Il a évalué les réparations résultant de son immobilisation. Evoquant Y______, il a transmis à sa mère qu'elle savait très bien que le précité ne cherchait qu'à la "sauter", comme il l'avait fait avec G______ et "AL______". S'il essayait de rentrer en contact avec M______, il "lui garanti pas une vie sereine".
- dans un courrier à F______ du 26 décembre 2017, il s'est insurgé contre ces "connards" qui lui avaient retiré le permis. Il avait toujours été un bon conducteur qui respectait les règles.
- dans un courrier adressé à "U______", sa "frangine", du 26 mars 2018, il a déclaré que, contrairement à ce que sa mère avait dû lui raconter, le fait qu'G______ était responsable des événements du 8 juin n'était pas la "vraie vérité". Sa vérité était que D______ avait commis plein d'erreurs qui lui avaient "fait péter un cable". Il était vrai qu'après, G______ avait essayé de le récupérer. Le soir du 8 juin 2017, comme il ne supportait plus qu'elle veuille le voir mais qu'elle trouve toujours des excuses, il s'était rendu sur le parking discuter tranquillement avec elle. Lors d'un tour en
- 49 - P/12004/2017 voiture, il avait appris certaines vérités et trahisons de la part de la jeune femme, si bien que, quand il était revenu sur le parking et qu'il avait vu D______, la colère avait pris le contrôle et il lui avait "foncé dessus". Pour lui, le fautif était D______, même si G______ n'était pas innocente à 100% non plus. Cela lui faisait "chier qu'on en soit arrivé là" et qu'il ait abimé sa voiture. Mais bon on ne pouvait pas revenir en arrière et la voiture pourrait être réparée.
- le 4 avril 2018, il a écrit à G______ à l'occasion de l'anniversaire de celle-ci. Il regrettait d'en être arrivé à de telles extrêmes et qu'une personne ne soit plus parmi eux, mais il lui écrivait essentiellement pour lui dire qu'il tenait à elle et qu'elle l'avait marqué au fer rouge. Il était conscient que la vie ne devait pas être facile pour elle. Cela étant, même s'il était l'auteur de tout cela, il était quand même là pour elle. Il était au courant qu'elle "s'est mise" avec AX______ et lui souhaitait tout le bonheur, mais il ne pouvait pas lui cacher qu'il avait encore des sentiments pour elle. Il travaillait avec la psychologue pour redevenir le X______ qu'elle avait connu tout au début.
- le même jour, il a écrit à M______ pour lui dire qu'il pensait souvent à elle mais qu'il n'avait jamais de nouvelles de sa part et qu'il en avait marre d'être uniquement traité comme une bouée de sauvetage quand elle allait mal;
- trois jours plus tard, il lui a à nouveau écrit après l'avoir rencontrée à la prison. Il s'excusait pour son dernier courrier, lui disait qu'elle devait prendre soin de sa santé et qu'elle était libre de voir qui elle voulait. Son "AM______" n'avait pas à décider de sa vie, sinon il lui enverrait "[s]es pitbull de R______ et F______ pour lui montrer qu'on touche pas aux gens qu['il] aime".
- le 8 avril 2018, il a écrit à F______. Au dos de son courrier, il lui a demandé de vérifier dans un programme de E______ si un contrôle des airbags de la Seat avait été effectué, afin qu'il sache où en était l'expertise.
- le 1er mai 2019, I______ a écrit à son fils être toujours bien vue et acceptée à Meyrin, ce qui devait sûrement déranger la mère de D______. Les événements du 8 juin 2017 étaient un accident aggravé. De toute façon, ce n'était pas lui qui avait donné la mort à D______ mais la mère du jeune homme en le débranchant douze heures après le drame. C) A l'audience de jugement, le Tribunal a entendu les parties, l'expert psychiatre ainsi que différents témoins. aa) X______ a confirmé ses déclarations figurant à la procédure. De mars 2017 jusqu'au drame, ses contacts avec G______ étaient amicaux, mais, vers la fin, ils avaient essayé de se reconquérir mutuellement. Malgré les mises en garde de ses proches, il n'avait jamais été capable de renoncer à la jeune femme. Leur seul moment d'intimité avait constitué en un échange de baisers, le 26 mai 2017. Il avait interprété cela comme un signe d'intérêt, tout comme le projet de passer un week-end ensemble à la fin du mois de juin 2017, qu'ils avaient évoqués lorsqu'ils s'étaient vus le 1er juin 2017. Dans le même temps, elle avait toutefois trouvé des excuses pour ne pas le voir, ce qu'il ne comprenait pas et qui l'énervait. Cette relation l'avait tourmenté mais il avait été incapable d'y renoncer. Au jour de l'audience, même s'il ne se projetait pas dans une perspective avec
- 50 - P/12004/2017 G______, avec laquelle il n'avait plus de contact, il considérait une relation amicale possible avec elle à l'avenir. Cette relation appartenait au passé, mais il ne savait pas de quoi était fait l'avenir et peut-être que les choses seraient différentes dans vingt ans. Quant à sa relation avec M______, elle était terminée au moment du drame, ce que lui avait confirmé l'intéressée dans un message du 1er juin 2017. Au début de son incarcération, il avait vécu une période difficile lors de laquelle ses sentiments étaient confus, écrivant des lettres d'amour à M______ et envoyant des fleurs à G______. Au début de l'année 2019, M______ et lui avait tenté de vivre une relation amoureuse, mais ils y avaient rapidement renoncé. Au début de sa détention, il n'avait pas été capable d'assumer ses actes et avait vécu dans le déni. Il s'était construit une carapace et avait eu beaucoup de difficultés à exprimer ses sentiments. S'il avait pu rejeter la faute du drame sur d'autres, la thérapie lui avait permis de savoir qu'il en était la seule cause et qu'il devait en assumer les conséquences. S'il avait presque terminé le travail d'acceptation des faits, il devait encore se concentrer sur la gestion des situations de stress émotionnel pour l'avenir. Alors qu'il avait évoqué la rédaction d'une lettre à l'attention des parties plaignantes, lors d'une demande de mise en liberté en janvier 2018, il n'avait jamais trouvé le moment opportun pour l'envoyer et avait finalement préféré présenter ses excuses aux parents de D______ de vive voix, à l'audience de jugement, ce qu'il a fait. Lorsqu'il avait appris le décès du jeune homme, il avait éclaté en sanglots à son retour en cellule. Il s'était dit qu'il lui avait enlevé la vie pour l'amour d'une femme. Il ne savait pas comment il avait pu en arriver là, il était un monstre. S'agissant des faits à proprement parler, il les a admis tels que retenus dans l'acte d'accusation. Il a toutefois contesté toutefois avoir voulu tuer D______ et avoir prémédité son acte. Les menaces à l'encontre du précité étaient destinées à lui faire peur, pour que celui-ci s'éloigne de G______. Les menaces de mort avaient été proférées sous le coup de l'énervement et de la colère. Lorsqu'il avait affirmé à ses amis vouloir le tuer, il s'agissait d'évacuer sa colère et la pression et de confronter son avis sur celui-ci à celui de ses amis. Il n'avait pas imaginé mettre ses menaces à exécution, y compris celle de l'écraser avec la Seat. Cela avait été dit sur le ton de la "déconne". Pendant toute la journée du 8 juin 2017, il avait évoqué la création d'un groupe destiné à convaincre G______ de faire sortir D______ de sa vie en raison de sa mauvaise influence sur elle. Lorsqu'après le drame, il avait indiqué à G______ l'avoir prévenue, il se référait au fait qu'il se passerait quelque chose entre D______ et lui si elle continuait à ne pas choisir entre eux. G______ avait évoqué passer la soirée du 8 juin 2017 avec lui, mais il avait appris peu après 19h30 qu'elle allait finalement conduire avec AX______ et AA______. Il avait rapidement su que D______ serait également présent. A ce moment-là, il ne comprenait plus pourquoi G______ lui disait vouloir le voir mais toujours trouver des excuses pour ne pas y donner suite. Elle venait de se faire "engueuler" par D______, mais elle retournait quand-même auprès de celui-ci. Il était très en colère contre le précité. C'était dans ce contexte qu'il avait écrit de nombreux messages, où il affirmait vouloir le tuer. F______ avait toutefois réussi à le calmer. Il s'était rendu sur le parking dans le but de
- 51 - P/12004/2017 récupérer G______ et d'avoir des réponses à ses questions. Il ne s'était pas du tout occupé de D______, qui était présent dès son arrivée. Avant le tour en voiture avec G______, il pensait qu'elle avait pu coucher avec D______ une fois. Toutefois, les intéressés avaient toujours nié toute relation intime entre eux. Il pensait donc que tel était le cas et avait l'espoir de récupérer la jeune femme. Quand elle lui avait avoué sa relation avec D______, son monde s'était écroulé. Quant à leur avenir, G______ souhaitait attendre l'issue des plaintes déposées sans voir les deux garçons. Ils n'avaient finalement pas trouvé de solution et étaient revenus sur le parking sans savoir qui s'y trouvait. Au moment où il avait appuyé sur l'accélérateur, il était complètement perdu suite à la révélation de G______. Il était dans une colère immense, n'avait plus conscience de rien et avait "pété les plombs". Il n'avait pas envisagé à ce moment-là qu'il soit possible de tuer D______ avec la Seat. Il avait eu un voile noir, avait appuyé quelques fois sur l'accélérateur, alors que le levier de vitesse était en position neutre, et avait ensuite démarré. Après avoir percuté D______, il avait eu une fraction de seconde de lucidité mais la colère était immédiatement remontée, lui occasionnant un deuxième voile noir. Il avait agi de manière égoïste. Il a d'abord indiqué n'avoir pas pensé à D______ avant de préciser avoir eu l'intention de lui faire ressentir la douleur qu'il éprouvait lui-même. Il n'était pas en mesure d'expliquer en quoi blesser son rival lui aurait permis de récupérer G______. Il a finalement admis qu'en accélérant en direction de D______, il savait que l'issue pouvait être fatale. Après avoir quitté le parking, il n'avait pas su quoi faire ni où aller. Plusieurs pensées lui avaient traversé l'esprit avant que l'appel de sa mère ne le fasse rentrer à son domicile. Ce soir-là, il avait pris toutes les mauvaises décisions, qu'il changerait s'il le pouvait. Il avait été incapable de renoncer à son amour pour G______ alors qu'il aurait dû s'en éloigner. Il n'appréciait toujours pas que l'on s'en prenne aux gens qu'il aime et, si cela devait arriver, sans aller aussi loin que le 8 juin 2017, il ferait comprendre aux intéressés que cela ne servait à rien "d'emmerder les gens qu'il aime" et qu'il fallait les laisser tranquilles. S'agissant des courriers rédigés au début de sa détention, il était alors très immature, dans le déni et la provocation. Après son suivi psychothérapeutique, il ne les écrirait plus. Invité à se positionner sur les prétentions civiles des parties plaignantes, X______ a indiqué qu'il comprenait leur douleur et leur demande, si bien qu'il acquiesçait à toutes les prétentions dans leur principe. Il n'était toutefois pas à même de se déterminer quant aux montants demandés, si bien qu'il s'en remettait à la justice. ab) X______ a produit un bordereau de pièces contenant notamment :
- trois rapports de suivi psychothérapeutique rédigés par AK______. Le dernier, établi le 18 août 2020, relève que X______ s'investit dans son travail psychothérapeutique et exprime des regrets concernant l'homicide commis. Son empathie s'exprime essentiellement d'un point de vue cognitif et de manière limitée. Il présente une pensée très opératoire et doit être stimulé par la thérapeute, mais il se livre volontiers.
- 52 - P/12004/2017 Son fonctionnement est toujours caractérisé par une certaine psychorigidité et une immaturité affective. Il est parvenu à s'adapter au monde carcéral et a commencé un BTS en service informatique aux organisations, pour lequel il étudie activement. Un suivi thérapeutique au long court est préconisé pour approfondir le travail sur l'expression émotionnelle, la gestion de la colère et les modes relationnels instaurés avec autrui.
- trois attestations de suivi social établis par AN______.
- des attestations des compétences acquises par X______ en cours de détention et un projet de formation devant déboucher sur un BTS informatique à la fin de l'année 2022.
b) Le Dr AI______ a confirmé le contenu et les conclusions de son expertise ainsi que ses déclarations devant le Ministère public. Les faits rapportés par la Tribunal qui s'étaient produits après l'élaboration de son rapport n'en modifiaient pas les conclusions. Il en allait en particulier ainsi de l'évocation des sentiments de l'expertisé envers G______ ainsi que des contacts pris avec l'extérieur en vue d'obtenir une peine plus clémente. Un épisode violent avec son codétenu et les jours de cachot qui avaient suivi pour les deux protagonistes n'étaient pas suffisamment explorés pour qu'il puisse en être tiré une conséquence. Un événement isolé n'était en tout cas pas de nature à changer ses conclusions. Il en allait de même de ses affinités avec un codétenu accusé de la même infraction que lui. Les tests avaient mis en évidence des tendances à la manipulation, sans que d'autres éléments concrets ne parlent en faveur de traits de personnalité en lien avec celle-ci. Le risque de mimétisme avec des codétenus existait aussi bien en milieu carcéral qu'en institution pour jeune adulte. De même un tel placement n'éloignerait pas l'expertisé d'une influence potentiellement inadaptée ou peu soutenante de sa famille. Dans tous les cas, il fallait examiner la position de l'expertisé vis-à-vis de certains propos familiaux. S'il y avait une forme de distance ou de critique, cela n'était pas problématique. Si tel n'était pas le cas, il faudrait savoir si cet aspect avait été abordé en thérapie et, cas échéant, l'y intégrer.
c) G______ a confirmé ses précédentes déclarations. Elle a indiqué qu'après sa rupture d'avec X______, elle avait pris ses distances, tout en gardant contact. Elle ne s'était pas plus rapprochée de lui en mai 2017 que les mois précédents. Ses souvenirs se concentraient sur le drame et elle ne se souvenait plus des autres aspects de sa relation avec lui. Elle ne se rappelait notamment pas si elle l'avait embrassé pendant le Geneva Open, mais il était fort probable que tel ait été le cas. Elle avait plus cherché à "concilier" qu'à avoir un contact étroit avec lui. Si D______ avait toujours voulu garder leur relation secrète, elle s'en était toutefois ouverte à sa meilleure amie, L______. A un certain moment, vers le mois de février 2017, X______ lui avait fait comprendre, par ses attitudes, qu'il avait été informé de leur relation. Il avait eu un regard noir depuis lors. Il l'avait régulièrement suivie et elle s'était sentie oppressée. Elle voulait qu'il arrête de la considérer comme sa propriété. Au sujet du message qu'elle lui avait envoyé dans la nuit du 7 au 8 juin 2017, elle avait cherché à pacifier sa relation avec lui. Elle a contesté l'avoir appelé à l'aide suite à une dispute avec D______. Au début du tour en
- 53 - P/12004/2017 voiture, X______ était calme. Comme elle se sentait oppressée par les tensions entre celui-ci et D______, elle lui avait petit-à-petit dit la vérité, soit qu'elle avait des sentiments envers le précité et qu'elle voulait construire quelque chose avec celui-ci. X______ avait quant à lui été obnubilé par la question de savoir s'ils couchaient ensemble, ce qu'elle avait admis pour la première fois. X______ était énervé au possible et avait dit qu'il allait tuer D______. Après leur retour sur le parking, alors qu'elle se trouvait à côté de la portière du conducteur, elle lui avait dit avoir besoin de temps. Elle avait entendu le moteur vrombir et X______ avait démarré. Interrogée sur le fait que F______ l'aurait entendue mettre X______ en garde sur la présence de sa voiture, elle a admis avoir pu le dire. A l'heure actuelle, elle avait peur d'X______. En effet, il pouvait se dire que, s'il ne pouvait pas l'avoir, personne ne l'aurait. Depuis les faits, elle se sentait mal et ne dormait presque plus. Elle ne supportait plus la vue des Seat Cupra.
d) F______ a confirmé ses précédentes déclarations. Il était intervenu tant auprès de X______ que de D______ pour leur dire que G______ n'était pas une bonne personne. Celle-ci jouait avec les deux jeunes hommes et le premier en était affecté. Il ne se souvenait pas du but précis pour lequel il s'était rendu sur le parking avec X______, mais il n'était en tout cas pas question de meurtre. S'il lui avait envoyé un message à la fin de la soirée indiquant que les autres étaient revenus, c'était parce qu'il était tard et qu'il souhaitait que son ami revienne aussi sur le parking pour qu'il puisse rentrer chez lui. Quand il l'avait revu sur le parking, le jeune homme était dans un état extrême, qu'il ne pensait pas avoir déjà vu auparavant. Suite au drame, il avait été coupé de tout son groupe d'amis, avait été incapable de suivre ses cours pendant six mois et avait dû entamer un suivi psychologique. X______ était quelqu'un de bien, qu'il était heureux de côtoyer. Il avait gardé contact pendant son incarcération même s'il n'était pas allé lui rendre visite en prison. ea) A______ a confirmé ses précédentes déclarations. Après la bagarre du 28 mai 2017 et les menaces que son fils lui avait transférées, elle s'était inquiétée de plus en plus pour lui. Son fils avait toujours vécu avec elle et son plus jeune frère. Il était bon vivant et très affectueux. Leur relation était très complice. La mort de D______ avait chamboulé sa vie, même si elle s'efforçait de tenir le coup pour son fils AH______. Trois ans après les faits, elle parvenait encore difficilement à décrire son état. Elle bénéficiait d'un suivi psychiatrique et, depuis 2018, d'un traitement médicamenteux pour lutter contre la dépression. Elle avait été incapable de toucher à la chambre de D______, qui était restée exactement dans l'état où celui-ci l'avait laissée le jour du drame. Elle y avait érigé un mémorial avec les cendres de son fils, en attendant d'être capable de les disperser dans la mer, comme il l'avait souhaité. Suite au drame, elle n'avait plus réussi à effectuer son travail d'accompagnatrice en fin de vie de sorte que son contrat de travail avait été résilié. Au jour de l'audience, elle n'avait pas été en mesure de reprendre une activité professionnelle et percevait une rente AI à 75%. La détresse psychologique consécutive au décès de son fils s'était ajoutée aux difficultés liées à son lymphome de stade 4. eb) A______ a pris des conclusions civiles. Elle a prétendu au versement par X______ de la somme de CHF 100'000.-, avec intérêts à 5% l'an dès le 8 juin 2017, à titre de réparation de son tort moral, au versement des sommes de CHF 6'294.15, avec intérêts à
- 54 - P/12004/2017 5% dès le 7 juin 2018, CHF 43'802.45, avec intérêts à 5% dès le 15 janvier 2020, CHF 864.10, avec intérêts à 5% dès le 15 janvier 2018 et CHF 1'167.45 avec intérêts à 5% dès le 1er janvier 2019, en réparation de son dommage matériel. Elle a produit un bordereau de pièces justifiant ses conclusions, dont notamment un certificat médical, établi le 21 août 2020 par la Dresse AO______. Il en ressort qu'en raison du décès de son fils, elle a perdu son activité professionnelle. Son travail de deuil était bloqué. Elle n'arrivait pas à s'habituer à l'absence de son fils et ressentait un sentiment de vide. Elle était régulièrement re-traumatisée par l'exposition aux circonstances de l'assassinat et à l'assassin en raison des audiences et souffrait de stress post-traumatique. fa) B______ a expliqué avoir vécu avec son fils, D______ jusqu'en 2010, époque de sa séparation d'avec son épouse. Son fils était un bon vivant, serviable, respectueux et généreux. Leur lien avait été constant et se matérialisait autour de leur passion commune pour la mécanique. Il culpabilisait de ne pas avoir pu le protéger. Son fils lui avait rapporté ses problèmes avec X______ et lui avait transmis les menaces reçues. Au début, il s'agissait de messages entre adolescents mais ils étaient devenus inquiétants. Tous deux avaient eu peur qu'il arrive quelque chose, mais ils n'avaient jamais envisagé la mort. Le 9 juin 2017, à 05h00, il avait vu les multiples appels de A______ et s'était immédiatement rendu à l'hôpital. Son fils était alors méconnaissable. Tandis qu'il était de petite taille, il occupait tout le lit d'hôpital et sa tête avait doublé de volume. Suite au drame, il avait quitté son travail dans la mécanique car il n'arrivait plus à se concentrer suffisamment. A l'heure actuelle, son état était fluctuant. Certains jours, il ne parvenait pas à se lever. D'autres, il n'arrivait pas à dormir et partait marcher des kilomètres pour évacuer et se changer les idées. Souvent, il faisait le trajet du Grand-Lancy vers le parking de Meyrin, sans véritablement savoir pourquoi et en espérant voir son fils marcher vers lui. Il ne croyait pas à la sincérité des regrets exprimés par X______. fb) B______ a déposé des conclusions civiles, demandant à ce que X______ soit condamné à lui verser la somme de CHF 100'000.-, avec intérêts à 5% dès le 9 juin 2017, à titre d'indemnité pour tort moral.
g) AP______ a expliqué être un ami de B______ depuis l'arrivée de celui-ci en Suisse, en 1984 ou 1985. Il avait vu D______ grandir et jouer avec ses filles. Le jeune homme avait toujours fait preuve de courtoisie et de correction. Depuis le drame, il essayait d'être présent aux côtés de B______. Le choc suite au décès de son fils avait été très fort.
h) AQ______ a indiqué être une amie de A______ depuis près de vingt-quatre ans. Leurs enfants avaient suivi leur scolarité ensemble et D______ avait toujours été un petit ange. A______ avait une relation privilégiée avec son fils. Son amie était effondrée depuis son décès. Elle allait mieux désormais, mais intériorisait énormément sa souffrance pour rester forte pour son deuxième enfant.
i) AR______ a déclaré avoir été un ami proche de D______. Celui-ci, toujours calme et souriant, respirait la joie de vivre; il était très proche, voire fusionnel, avec sa mère,
- 55 - P/12004/2017 avec laquelle il pouvait toujours parler de tout. Après le drame, il avait vu A______, afin de la soutenir dans cette épreuve. Elle était effondrée mais n'avait jamais cessé de se battre.
j) AS______ a expliqué être la compagne de B______. Elle avait connu D______ depuis tout petit car ses enfants et lui fréquentaient la même école. Depuis toujours, le jeune homme avait été très gentil et sociable. En grandissant, il avait toujours voulu aider les autres et avait élaboré des projets, tel que celui d'aller à la rencontre de sa famille au Canada. Comme il y avait eu des tensions familiales, elle s'était tenue en retrait lorsque son compagnon voyait son fils, mais il en avait toujours parlé avec beaucoup d'émotion. Depuis le drame, il avait beaucoup changé. Il était triste et ne voyait plus beaucoup d'intérêt à la vie. Il ne se projetait plus dans l'avenir et ne dormait quasiment plus.
k) I______ a confirmé ses précédentes déclarations. Elle a rappelé que son fils et D______ s'entendaient bien avant que G______ n'intervienne dans leur vie. Cette fille avait fait de sa vie un enfer et elle s'était battue jusqu'au bout pour que son fils la quitte. L'unique débordement physique qu'il avait eu à son encontre s'était produit parce qu'elle avait accusé sa relation avec G______ d'être la cause du décès de son époux. Quand il était rentré à la maison après le drame, il lui avait demandé pourquoi personne ne l'avait empêché de faire cela. Il éprouvait des remords et était conscient d'avoir enlevé la vie de quelqu'un. Lors d'un parloir, il lui avait relaté que, si D______ était sorti de la voiture d'G______ avec le chien de celle-ci, il ne l'aurait pas "shooté".
l) R______ a confirmé ses précédentes déclarations. Il connaissait X______ depuis sept ou huit ans au travers de leur passion commune pour les transports en commun et l'aéronautique. Leur relation avait forcément été péjorée par la détention de X______. Cependant, il allait le voir car cela lui faisait du bien et qu'il l'aimait. D) X______ est né le ______1996 à Meyrin. Il est de nationalité suisse, célibataire et sans enfant. Avant son incarcération, il vivait avec sa mère. Son père est décédé le ______2016. Il est titulaire d'un CFC de gestionnaire de commerce de détail, obtenu en 2016, après un apprentissage effectué auprès du garage E______. Depuis novembre 2016, il a travaillé sur appel, en qualité d'agent de sécurité au sein de l'entreprise AT______ ainsi que chez AU______. Il a également fait des co-voiturages pour E______. Avant son incarcération, il percevait des revenus à hauteur de CHF 1'000.-, complétés par des indemnités de l'assurance-chômage à hauteur de CHF 200.- environ. Il ne payait pas de loyer mais participait à l'achat de nourriture. Il déclare des dettes à hauteur de CHF 30'000.- engendrées par une hospitalisation pour une appendicite en clinique privée alors qu'il ne bénéficiait que d'une couverture d'assurance en division commune. Pendant sa détention préventive, il a travaillé aux cuisines puis à la bibliothèque. Il a entamé un BTS en informatique. Il a indiqué qu'à sa sortie de prison, il se voyait travailler dans l'informatique, fonder une famille et surtout voyager.
- 56 - P/12004/2017 Selon l'extrait du casier judiciaire suisse, il n'a pas été condamné avant les faits discutés dans la présente affaire.
Erwägungen (9 Absätze)
E. 1 1.1.1. La présomption d'innocence, garantie par les art. 10 CPP, 32 al. 1 Cst., 14 § 2 Pacte ONU II et 6 § 2 CEDH, ainsi que son corollaire, le principe in dubio pro reo, concernent tant le fardeau de la preuve que l'appréciation des preuves au sens large (ATF 144 IV 345 consid. 2.2.3.1). En tant que règle sur le fardeau de la preuve, elle signifie, au stade du jugement, que le fardeau de la preuve incombe à l'accusation et que le doute doit profiter au prévenu. Comme règle d'appréciation des preuves, la présomption d'innocence signifie que le juge ne doit pas se déclarer convaincu de l'existence d'un fait défavorable à l'accusé si, d'un point de vue objectif, il existe des doutes quant à l'existence de ce fait. Il importe peu qu'il subsiste des doutes seulement abstraits et théoriques, qui sont toujours possibles, une certitude absolue ne pouvant être exigée. Il doit s'agir de doutes sérieux et irréductibles, c'est-à-dire de doutes qui s'imposent à l'esprit en fonction de la situation objective (ATF 144 IV 345 consid. 2.2.3.3). 1.1.2. Selon l'art. 111 CP, celui qui aura intentionnellement tué une personne sera puni d'une peine privative de liberté de cinq ans au moins, en tant que les conditions prévues aux articles suivants ne seront pas réalisées. 1.1.3. Selon l'art. 12 al. 2 CP, agit intentionnellement quiconque commet un crime ou un délit avec conscience et volonté. L'auteur agit déjà avec intention, sous la forme du dol éventuel, lorsqu'il tient pour possible la réalisation de l'infraction et l'accepte pour le cas où celle-ci se produirait (ATF 133 IV 9 consid. 4.1). Parmi les éléments extérieurs permettant de conclure que l'auteur s'est accommodé du résultat dommageable pour le cas où il se produirait figurent notamment la probabilité, connue par l'auteur, de la réalisation du risque et l'importance de la violation du devoir de prudence. Plus celle-ci est grande, plus sera fondée la conclusion que l'auteur, malgré d'éventuelles dénégations, a accepté l'éventualité de la réalisation du résultat dommageable (ATF 138 V 74 consid. 8.4.1; 135 IV 12 consid. 2.3.3). Ainsi, le dol éventuel peut notamment être retenu lorsque la réalisation du résultat devait paraître suffisamment vraisemblable à l'auteur pour que son comportement ne puisse raisonnablement être interprété que comme une acceptation de ce risque (ATF 137 IV 1 consid. 4.2.3; 133 IV 222 consid. 5.3). 1.1.4. Selon l'art. 112 CP, si le délinquant a tué avec une absence particulière de scrupules, notamment si son mobile, son but ou sa façon d'agir est particulièrement odieux, il sera puni d'une peine privative de liberté à vie ou d'une peine privative de liberté de dix ans au moins.
- 57 - P/12004/2017 L'assassinat (art. 112 CP) est une forme qualifiée d'homicide intentionnel qui se distingue du meurtre ordinaire (art. 111 CP) par le fait que l'auteur a tué avec une absence particulière de scrupules. Cela suppose une faute spécialement lourde et déduite exclusivement de la commission de l'acte; les antécédents ou le comportement que l'auteur adopte immédiatement après les faits n'entrent en ligne de compte que dans la mesure où ils y sont étroitement liés et permettent de caractériser la personnalité de l'auteur (ATF 127 IV 10 consid. 1a p. 14). Pour caractériser la faute de l'assassin, l'art. 112 CP évoque le cas où les mobiles, le but ou la façon d'agir de l'auteur sont particulièrement odieux, mais cet énoncé n'est pas exhaustif. Le mobile de l'auteur est particulièrement odieux lorsqu'il tue pour obtenir une rémunération ou voler sa victime. Il l'est également lorsqu'il apparaît futile, l'auteur tuant pour se venger, sans motif sérieux, ou encore pour une broutille (CORBOZ, Les infractions en droit suisse, volume I, 3ème éd. 2010, n. 8 ad art. 112 CP). Le but, qui se recoupe en grande partie avec le mobile, est particulièrement odieux lorsque l'auteur élimine un témoin gênant ou une personne qui l'entrave dans la commission d'une infraction (CORBOZ, op. cit., n. 9 ss ad art. 112 CP). Quant à la façon d'agir, elle est particulièrement odieuse lorsqu'elle est barbare ou atroce ou lorsque l'auteur a exploité avec perfidie la confiance de la victime (ATF 141 IV 61 consid. 4.1; CORBOZ, op. cit.,
n. 13 ss ad art. 112 CP). Il ne s'agit toutefois que d'exemples. L'énumération du texte légal n'est pas exhaustive. L'absence particulière de scrupules peut être admise lorsque d'autres éléments confèrent à l'acte une gravité spécifique (ATF 117 IV 369 consid. 19b). C'est ainsi que la réflexion et la planification de l'acte peuvent constituer des éléments susceptibles de conduire à retenir une absence particulière de scrupules (STRATENWERTH / JENNY / BOMMER, Besonderer Teil I: Straftaten gegen Individualinteressen, 7ème éd. 2010, § 1 n. 25). Par la froideur dans l'exécution et la maîtrise de soi, l'auteur manifeste également le plus complet mépris de la vie d'autrui (arrêt du Tribunal fédéral 6B_600/2014 du 23 janvier 2015 consid. 4.1 et les références citées). La préméditation, au sens d'une planification froide de l'acte peut certes constituer un indice de l'absence particulière de scrupule de l'auteur. En tant que cette notion vise aussi le travail qui se fait dans l'esprit de celui-ci avant qu'il commette son acte et qui le conduit à l'exécuter, on doit cependant se demander si ce débat intérieur ne traduit pas par lui-même l'existence de scrupules et s'interroger, cas échéant, sur la manière dont l'auteur a évacué ses scrupules initiaux. Le Tribunal fédéral a ainsi confirmé que, malgré le fait que l'auteur avait prémédité le meurtre de son ex-femme, le meurtre devait être retenu plutôt que l'assassinat, car l'auteur avait agi par détresse, en étant ballotté par des émotions qu'il avait de la peine à lire et à intégrer, ce qui s'éloignait de l'homme totalement dépourvu de scrupules qu'exige la définition de l'assassin (arrêt du Tribunal fédéral 6B_23/2012 du 1er novembre 2012 consid. 4.4). Pour déterminer si l'on se trouve en présence d'un assassinat, il faut procéder à une appréciation d'ensemble des circonstances externes (comportement, manière d'agir de l'auteur) et internes de l'acte (mobile, but, etc.). Les troubles psychiques dont souffre
- 58 - P/12004/2017 l'auteur et qui sont la cause d'une représentation erronée des faits, sont en revanche sans pertinence pour la qualification d'assassinat, qui doit procéder d'une appréciation morale objective (arrêt du Tribunal fédéral 6B_719/2009 du 3 décembre 2009 consid. 2.3 et les réf. citées). Il y a assassinat lorsqu'il résulte de l'ensemble de ces circonstances que l'auteur a fait preuve du mépris le plus complet pour la vie d'autrui. Alors que le meurtrier agit pour des motifs plus ou moins compréhensibles, généralement dans une grave situation conflictuelle, l'assassin est une personne qui agit de sang-froid, sans scrupules, qui démontre un égoïsme primaire et odieux et qui, dans le but de poursuivre ses propres intérêts, ne tient aucun compte de la vie d'autrui. Chez l'assassin, l'égoïsme l'emporte en général sur toute autre considération. Il est souvent prêt, pour satisfaire des besoins égoïstes, à sacrifier un être humain dont il n'a pas eu à souffrir. La destruction de la vie d'autrui est toujours d'une gravité extrême. Pour retenir la qualification d'assassinat, il faut cependant que la faute de l'auteur, son caractère odieux, se distingue nettement de celle d'un meurtrier au sens de l'art. 111 CP (ATF 141 IV 61 consid. 4.1; 127 IV 10 consid. 1a). Le Tribunal fédéral a retenu que le fait d'agir avec acharnement et cruauté, sans raison ou pour un motif futile réalisait toutes les hypothèses mentionnées à l'art. 112 CP. En outre, le comportement de l'auteur après l'acte, consistant à éliminer toute trace de son passage sans affolement, confirmait sa froideur et son mépris total de la vie d'autrui (arrêt du Tribunal fédéral 6B_600/2014 du 23 janvier 2015 consid. 4.2). La responsabilité restreinte, l'émotion ou des particularités de caractère n'excluent pas la qualification d'assassinat (arrêt 6B_825/2016 du 6 juillet 2017 consid. 2.1). 1.2.1. En l'espèce, au vu de l'état de fait retenu par le Tribunal, il est établi que les agissements du prévenu, soit le fait d'avoir percuté un piéton à une vitesse comprise entre 50 et 60 km/h avec un véhicule automobile, puis d'être passé sur son corps avec celui-ci, ont engendré la mort de la victime. Le prévenu a toujours contesté avoir voulu la mort de celle-ci lorsqu'il a foncé sur elle, indiquant soit ne pas savoir ce qu'il avait voulu, soit avoir voulu lui faire du mal. Or, le prévenu avait proféré des menaces de mort explicites à l'encontre de la victime. Dans plusieurs messages, y compris plusieurs semaines avant les faits, il a en outre mentionné le fait de tuer quelqu'un avec un véhicule. Il savait donc pertinemment qu'en percutant un piéton avec la Seat à une vitesse non négligeable, il prenait le risque, et l'acceptait, de provoquer sa mort. Le prévenu n'a toutefois pas seulement agi par dol éventuel. En effet, si son unique but avait été de causer du mal à la victime, tout en acceptant le risque de la tuer, il était déjà parvenu à ses fins après le premier choc. Le fait qu'il ait encore roulé sur le corps inerte démontre que sa volonté n'était pas seulement de blesser mais aussi de tuer. Comme cela sera développé ci-dessous, le prévenu voyait en la victime un rival, qui l'empêchait de vivre une relation avec son premier amour et qu'il s'agissait d'éliminer. Il ne pouvait obtenir ce résultant qu'en lui ôtant la vie. Le Tribunal a ainsi acquis la conviction que le prévenu a tué D______ à dessein. 1.2.2. Les circonstances du meurtre reproché au prévenu étant établies, se pose la question de l'application de l'infraction qualifiée que constitue l'assassinat.
- 59 - P/12004/2017 Au regard de l'état de fait fixé ci-dessus, il apparait que, les heures précédant le drame, le prévenu est monté en puissance. Le 7 juin 2017, il a essentiellement évoqué, avec plusieurs amis, deux options, celle de sortir G______ de sa vie ou celle d'éliminer son rival. Dans la nuit du 7 au 8 juin 2017, un groupe a été créé pour venir en aide à la jeune femme. Quelques minutes plus tard, elle a écrit au prévenu pour lui demander son aide. C'est dans ce contexte que, pendant toute la journée du drame, le prévenu a espéré pouvoir la rencontrer afin de discuter de leur situation et qu'inspiré par ledit groupe, il a imaginé un moyen de la convaincre de faire sortir D______ de sa vie. Il a contacté plusieurs amis pour tenter de les fédérer à sa cause. Il a parlé de cette perspective de discussion, prévue le week-end suivant, dans la majeure partie de ses messages jusqu'à 19h38. A ce moment-là, il a appris que G______ passerait sa soirée avec D______. Les menaces de mort sont alors devenues de plus en plus pressantes et le ton est monté. Il est allé jusqu'à décrire la scène qui aura lieu plus tard, soit tuer son rival avec la Seat, dans des messages avec son meilleur ami. Il a évoqué un projet de meurtre avec R______ et a indiqué à M______ qu'une personne ne reviendrait pas vivante. Au vu de la teneur des menaces de mort, de leur fréquence et de leur concrétisation dans l'élaboration d'un moyen de tuer, puis de l'exécution finale du moyen évoqué, le Tribunal a acquis la conviction que, durant la journée du 8 juin 2017 et avant d'arriver sur le parking, le prévenu a eu le projet de tuer D______. Toutefois, le Tribunal constate également que le prévenu est arrivé sur le parking sans la Seat, alors qu'il savait que son rival s'y trouvait. Il était alors calme. Il a passé plusieurs minutes à discuter avec G______ et a côtoyé D______ sans chercher l'affrontement. Il n'y a ainsi pas eu de continuité entre le funeste projet évoqué dans les messages et le déroulement de la soirée. En effet, au cours des trente-six heures qui ont précédé le drame, le prévenu avait évoqué trois options pour mettre un terme à une situation qu'il ne supportait plus : soit il écartait G______ de sa vie, soit l'intervention de ses amis permettait de lui faire comprendre qu'elle devait "dégager" D______, soit il le tuait. Rien n'indique qu'il avait alors écarté l'une de ses trois options et, en particulier, qu'il avait renoncé à son projet de discussion de groupe prévu le week-end suivant. Même si le prévenu savait déjà que G______ couchait avec D______, les principaux intéressés l'avaient toujours nié. Ainsi, lorsqu'au cours de leur tour en voiture, celle qu'il espérait reconquérir lui a dit pour la première fois qu'ils couchaient ensemble, son monde s'est écroulé. Cette révélation a provoqué en lui une colère noire. Lorsqu'il est revenu sur le parking, le prévenu n'était plus dans le même état qu'auparavant. Il est rappelé également que, lorsqu'il a quitté le parking avec G______, seul F______ s'y trouvait encore. Le prévenu a indiqué qu'il n'avait pas pris connaissance du message dans lequel ce dernier l'informait du retour des autres protagonistes sur le parking et aucun élément du dossier ne permet d'infirmer cette déclaration. Ainsi, il est retenu que le prévenu ignorait la présence de D______ à leur retour. Il a stoppé son véhicule en haut de la voie de circulation et est resté assis au volant de son véhicule. Lorsqu'il a vu D______ devant le véhicule de G______ puis traverser la voie de circulation devant la Seat, l'option de le tuer, qui concourait jusqu'alors avec deux autres solutions dans les heures précédentes, a pris toute la place. C'est à ce moment uniquement que l'option de
- 60 - P/12004/2017 tuer son rival s'est imposée à lui et qu'il a délibérément dirigé son véhicule sur lui. De telles circonstances ne relèvent pas d'une froide planification. La réalisation quelques heures plus tard de la possibilité envisagée de tuer D______, que le prévenu avait affirmé vouloir écraser avec la Seat, ne suffit pas pour constituer un indice d'une préméditation et, partant d'une absence particulière de scrupules. En revanche, le prévenu a agi avec une immense lâcheté en fonçant avec son véhicule sur D______, lequel ne se doutait de rien et s'apprêtait à quitter le parking à pied. Vu la disparité des forces en présence, il n'a laissé aucune chance à la victime d'échapper à son sort. Alors que le corps inerte de D______ gisait au sol après avoir été percuté, le prévenu a fait preuve d'acharnement en roulant sur lui et en l'achevant sans aucun scrupule. Après avoir agi de la sorte, il a roulé à une vitesse normale sur le parking; il s'est tout d'abord adressé à F______ pour lui demander ce qu'il faisait puis est descendu de son véhicule et y est remonté en repoussant un autre membre du groupe, qui tentait de le retenir. Il est ensuite passé à proximité de sa victime, simplement pour lancer à G______ qu'il l'avait prévenue, sans le moindre égard pour l'homme qui gisait au sol. Après avoir quitté le parking, il a imaginé aller nettoyer son véhicule. Ces éléments démontrent que le prévenu a agi de façon odieuse, au mépris de la vie de D______, ce qui dénote une absence particulière de scrupule. En outre, le but du prévenu était éminemment égoïste. G______ était son premier amour. Si leur relation a été courte, l'idée de la récupérer a toujours été présente dans son esprit. Même lorsqu'il a évoqué la possibilité de la "jarter" de sa vie, c'était dans l'espoir qu'elle se rende compte qu'il lui manquerait et dans le but de la faire ainsi revenir vers lui. Au début du mois de juin 2017, son but principal était de la récupérer. Partant, même si le prévenu a souvent exprimé le fait qu'il voulait aider G______ et écarter de la vie de celle-ci toute personne néfaste, aucun altruisme n'a motivé sa démarche. Le prévenu n'a tenu aucun compte des avis qui pouvaient diverger du sien, ni de la volonté de G______, qui, même si elle a pu faire preuve d'ambivalence, lui a manifesté sa volonté de ne pas reprendre une relation avec lui. Il n'a surtout eu aucune considération pour D______, qu'il a tué parce qu'il estimait qu'il constituait un obstacle à sa relation avec G______. Plusieurs mobiles se dégagent du dossier. Le prévenu a notamment agi par jalousie, pour éliminer un rival et récupérer son premier amour, alors qu'objectivement cette relation était une amourette, qui avait pris fin depuis plusieurs mois. Il a également agi sous le coup d'une grande colère suite aux révélations de G______. Le prévenu a éprouvé un sentiment de trahison, tant à l'égard de la jeune femme que de D______, ainsi que de la frustration. Il a ainsi réagi de manière totalement inadaptée à une situation qu'il a interprétée comme une tromperie, alors même que la personne concernée n'avait aucun engagement envers lui. Seuls son intérêt et le mépris de tout ce qui pouvait nuire à celui-ci ont dicté sa conduite. S'il a contesté avoir voulu tuer la victime, le prévenu a tout de même affirmé avoir voulu lui faire mal, comme lui avait souffert. Une composante de vengeance exacerbée a ainsi également fonctionné comme mobile à ses actes. Comme il était incapable de s'en prendre directement à G______,
- 61 - P/12004/2017 cette volonté de vengeance s'est entièrement concentrée sur celui qu'il tenait comme responsable de l'échec de sa relation. Les paroles adressées après l'acte à G______ le confirment. Le prévenu a ainsi agi de manière égoïste, afin de combler une blessure narcissique, sans penser aux conséquences de ses agissements. Son but et ses mobiles étaient ainsi également odieux et dénotent une absence particulière de scrupules du prévenu. En tout état de cause, il est rappelé que l'examen du caractère odieux de l'acte se fait selon une appréciation morale objective. Au moment d'agir, le prévenu possédait une large capacité de discernement. La légère limitation de cette capacité ainsi que la difficulté éprouvée par le prévenu à contrôler ses émotions en raison de son trouble de la personnalité seront prises en compte au moment de l'appréciation de la gravité de la faute et de la fixation de la peine. Compte tenu de ce qui précède, il ressort de l'ensemble des circonstances externes et internes de l'acte que le prévenu a fait preuve du mépris le plus complet pour la vie de D______. Il a agi sans scrupules, en faisant preuve d'un égoïsme primaire et odieux, et n'a tenu aucun compte de la vie de celui-ci dans le but de poursuivre ses propres intérêts. La circonstance aggravante de l'assassinat doit être retenue. Le prévenu sera donc déclaré coupable d'assassinat. Responsabilité
E. 2 2.1.1. Le juge atténue la peine en application de l'art. 19 al. 2 CP si, au moment d'agir, l'auteur ne possédait que partiellement la faculté d'apprécier le caractère illicite de son acte ou de se déterminer d'après cette appréciation. Dans ce cas, il s'agit de diminuer la faute et non la peine; la réduction de la peine n'est que la conséquence de la faute plus légère (ATF 136 IV 55 consid. 5.5). Le juge dispose d'une marge d'appréciation lorsqu'il doit décider comment la diminution de la responsabilité constatée doit se manifester sur l'appréciation de la culpabilité (subjective) en tenant compte de l'ensemble des circonstances. Il faut appliquer dans un tel cas le barème ordinaire, à savoir qu'une faute (objectivement) très grave peut être ramenée à cause d'une légère diminution de la responsabilité à une faute grave à très grave. 2.1.2. Selon l'art. 20 CP, l'autorité d'instruction ou le juge ordonne une expertise s'il existe une raison sérieuse de douter de la responsabilité de l'auteur. Selon la jurisprudence, le juge apprécie en principe librement une expertise et n'est pas lié par les conclusions de l'expert. Il est libre d'appliquer l'art. 19 CP même si cela contredit l'avis de l'expert, ou de ne pas appliquer cette disposition, alors que l'expert la considère comme indiquée (ATF 102 IV 225 consid. 7b, DUPUIS et al. PC CP, n° 16 ad art. 20 CP; STRÄULI, CR - CP I, n° 34 ad art. 20 CP). Toutefois, il ne peut s'en écarter que lorsque des circonstances ou des indices importants et bien établis en ébranlent sérieusement la crédibilité; il est alors tenu de motiver sa décision de ne pas suivre le
- 62 - P/12004/2017 rapport d'expertise (ATF 133 II 384 consid. 4.2.3; 129 I 49 consid. 4; 128 I 81 consid. 2).
E. 2.2 Conformément aux conclusions des experts, dont il n'y a pas lieu de s'écarter, la responsabilité du prévenu était légèrement diminuée lors des faits du 8 juin 2017. Peine
E. 3 3.1.1. Il sera fait application de l'ancien droit des sanctions, conformément au principe de la non-rétroactivité du droit pénal, dès lors que le nouveau droit entré en vigueur le 1er janvier 2018 n'est pas plus favorable au prévenu. 3.1.2. A teneur de l'article 47 al. 1 CP, le juge fixe la peine d'après la culpabilité de l'accusé, en tenant compte des antécédents et de la situation personnelle de ce dernier ainsi que de l'effet de la peine sur son avenir. L'alinéa 2 de cette disposition prévoit en outre que la culpabilité est déterminée par la qualité de la lésion ou de la mise en danger du bien juridique concerné, par le caractère répréhensible de l'acte, par les motivations et les buts de l'auteur et par la mesure dans laquelle celui-ci aurait pu éviter la mise en danger ou la lésion, compte tenu de sa situation personnelle et des circonstances extérieures. Il appartient au juge de pondérer les différents facteurs de la fixation de la peine (ATF 134 IV 17 consid. 2.1). La faute est l'élément principal à prendre en considération dans le cadre de la fixation de la sanction. 3.1.3. La définition de l'assassinat ne laisse que peu de place pour d'éventuelles circonstances atténuantes. Si l'application de l'art. 48 CP ne semble pas exclue dans son principe, elle semble cependant devoir s'envisager de façon exceptionnelle, en raison du caractère difficilement compatibles des circonstances atténuantes avec la définition même de l'assassinat (DUPUIS et al., op. cit., n° 28 ad art. 112 CP). Le jeune âge n'est plus une circonstance atténuante depuis l'entrée en vigueur du Code pénal 2007, mais peut être pris en considération par le juge dans le contexte de la détermination de la culpabilité, à titre d'élément de la situation personnelle de l'auteur. Il peut ainsi constituer un indice d'une certaine immaturité ou influençabilité (cf. arrêt 6B_889/2010 du 24 mai 2011 consid. 3.2.2., 6B_305/2010 du 23 juillet 2010 consid. 3.5).
E. 3.2 La faute du prévenu est extrêmement lourde. Il s'en est pris à D______, lui ôtant la vie, bien le plus précieux de notre ordre juridique. Il a démarré en trombe pour le percuter puis l'a achevé en franchissant son corps inerte avec son véhicule. Il a agi avec une très grande lâcheté, alors que la victime était sans défense, n'avait aucune possibilité de s'échapper et ne s'attendait aucunement à être agressée. Il a quitté les lieux sans se soucier du sort de la victime. Par son acte, il a privé la famille de la victime de leur fils et de leur frère. Il a également bouleversé la vie de nombreuses personnes, en particulier celles de ses amis, dont certains sont restés traumatisés.
- 63 - P/12004/2017 Il a fait preuve d'une intensité délictueuse certaine. Si le passage à l'acte a été déclenché dans des circonstances que le prévenu n'avait pas anticipées, il avait exprimé depuis plusieurs jours son envie d'éliminer celui qu'il considérait comme son rival et l'avait menacé de mort à de réitérées reprises. Il a agi sous l'emprise de la colère et mû par des sentiments de jalousie, de vengeance et de trahison. Ses mobiles étaient égoïstes. Le prévenu aurait pu agir autrement et éviter le drame. Ses proches l'avaient mis en garde sur le caractère toxique de cette relation et avaient tenté de calmer son animosité contre D______. Il doit toutefois être tenu compte du jeune âge du prévenu et de son état émotionnel au moment de son acte. G______ était son premier amour. Il éprouvait un amour irrationnel pour elle. L'ambivalence de la jeune femme a renforcé tant l'attachement qu'il lui portait que sa frustration. Cette relation s'est avérée toxique. C'est dans ce contexte qu'il a réagi de manière exacerbée suite aux révélations de la jeune femme. Si ces éléments permettent d'expliquer une telle extrémité dans ses agissements, ils ne les justifient pas. Ceux-ci s'inscrivent également dans le trouble de personnalité retenu par les experts. Il doit en effet être tenu compte de la responsabilité faiblement restreinte du prévenu au moment des faits, ce qui vient amoindrir sa faute. S'agissant de sa collaboration, il doit être retenu qu'il a spontanément fourni des explications détaillées sur les éléments factuels du dossier mais qu'il est resté en retrait sur son ressenti et ses motivations. Sur ce point, il a toutefois progressé au cours de l'audience, même s'il a persisté à nier son intention homicide. Le prévenu a manifesté des regrets. Il a de lui-même suivi une psychothérapie en prison qui semble l'avoir fait progresser, même si le travail de prise de conscience n'est pas abouti. Encore récemment, il a notamment rédigé un certain nombre de courriers qui interrogent sur la prise de conscience de sa responsabilité et sur sa capacité à oublier son premier amour, éléments importants dans l'appréciation du risque de récidive. Les progrès du prévenu ont été constatés en audience de jugement, lors de laquelle il a admis avoir agi de façon odieuse et égoïste et a assumé la seule responsabilité de ce drame. Un attachement à son premier amour semble toutefois toujours couver sous les couches de rationalisation que le prévenu a accepté de revêtir. L'absence d'antécédent judiciaire du prévenu au moment des faits a un effet neutre sur la peine. En conséquence, une peine privative de liberté de 13 ans sera infligée au prévenu. Mesures
E. 4 4.1.1. Selon l'art. 56 al. 1 CP, une mesure doit être ordonnée si une peine seule ne peut écarter le danger que l'auteur commette d'autres infractions, si l'auteur a besoin d'un traitement ou que la sécurité publique l'exige et si les conditions prévues aux art. 59 à 61, 63 ou 64 CP sont remplies. Si les conditions sont remplies aussi bien pour le
- 64 - P/12004/2017 prononcé d'une peine que pour celui d'une mesure, le juge ordonne les deux sanctions (art. 57 al. 1 CP). 4.1.2. L'art. 61 al. 1 CP, prévoit que le juge peut ordonner le placement de l'auteur dans un établissement pour jeunes adultes, s'il avait moins de 25 ans au moment de l'infraction, qu'il souffre de graves troubles du développement de la personnalité, qu'il a commis un crime ou un délit en relation avec ces troubles (let. a) et qu'il est à prévoir que cette mesure le détournera de nouvelles infractions en relation avec ces troubles (let.b). Ainsi, plusieurs conditions doivent être réalisées pour qu'une telle mesure puisse être prononcée: l'auteur doit être âgé de 18 à 25 ans au moment de la commission de l'infraction; il doit souffrir de graves troubles du développement de la personnalité; l'infraction commise doit être en lien avec ces troubles; la mesure paraît propre à prévenir la récidive, en particulier parce que le jeune adulte semble accessible à un traitement socio-pédagogique et thérapeutique. Cette mesure est ordonnée principalement en raison de l'état personnel du jeune adulte délinquant et de sa capacité à recevoir un soutien socio-pédagogique et thérapeutique pouvant influencer favorablement le développement de sa personnalité (FF 1999 1887; ATF 118 IV 351consid. 2b p. 354 s.). Un tel placement doit par conséquent être réservé aux jeunes adultes qui peuvent encore être largement influencés dans leur développement et qui apparaissent accessibles à cette éducation. Moins l'intéressé semble encore malléable, moins cette mesure peut entrer en considération. En outre, les carences du développement pertinentes sous l'angle pénal doivent pouvoir être comblées par l'éducation, en tout cas dans la mesure où ce moyen permet de prévenir une future délinquance (ATF 125 IV 237 consid. 6b p. 240; 123 IV 113 consid. 4c p. 122; 118 IV 351consid. 2b et d p. 354 ss). 4.1.3. Selon l'art. 63 al. 1 CP, lorsque l'auteur souffre d'un grave trouble mental, est toxicodépendant ou qu'il souffre d'une autre addiction, le juge peut ordonner un traitement ambulatoire au lieu d'un traitement institutionnel, si l'auteur a commis un acte punissable en relation avec son état et s'il est à prévoir que ce traitement le détournera de nouvelles infractions en relation avec son état.
E. 4.2 En l'espèce aucun élément du dossier ne permet de se distancer de l'avis des experts, qui ont relevé notamment que le prévenu était correctement inséré socialement et professionnellement. Chez celui-ci, le problème ne se pose pas sous l'angle éducatif mais sous celui de l'introspection personnelle et de sa capacité à identifier et à gérer ses émotions dans des domaines particuliers. Ainsi les critères d'application de la mesure applicable aux jeunes adultes ne sont pas réunis dans le cas d'espèce. En outre, le traitement ambulatoire débuté en détention a montré une certaine efficacité, avec une évolution notable, même si le travail n'est pas terminé. Celui-ci sera donc prononcé, conformément aux recommandations des experts. Prétentions civiles
- 65 - P/12004/2017
E. 5 5.1.1. A teneur de l'art. 122 al. 1 CPP, en qualité de partie plaignante, le lésé peut faire valoir des conclusions civiles déduites de l'infraction par adhésion à la procédure pénale. Le même droit appartient aux proches de la victime dans la mesure où ceux-ci font valoir contre le prévenu des conclusions civiles propres (art. 122 al. 2 CPP). Le Tribunal statue sur les conclusions civiles présentées lorsqu'il rend un verdict de culpabilité à l'encontre du prévenu (art. 126 al. 1 lit. a CPP), étant précisé que si le prévenu acquiesce aux conclusions civiles, sa déclaration doit être consignée au procès- verbal et constatée dans la décision finale (art. 124 al. 3 CPP). La notion de proche de la victime est définie à l'art. 116 al. 2 CPP; il s'agit notamment des père et mère, mais aussi d'autres personnes ayant avec elle des liens analogues. 5.1.2. Chacun est tenu de réparer le dommage qu'il cause à autrui d'une manière illicite, soit intentionnellement, soit par négligence ou imprudence (art. 41 al. 1 CO). La preuve du dommage incombe au demandeur (art. 42 al. 1 CO). 5.1.3. Selon l'art. 46 al. 1 CO, en cas de lésions corporelles, la partie qui en est victime a droit au remboursement des frais et aux dommages-intérêts qui résultent de son incapacité de travail totale ou partielle, ainsi que de l'atteinte portée à son avenir économique. La jurisprudence admet que les parents subissent un choc émotionnel après avoir appris la mort de leur enfant dans un accident par exemple. Il s'agit d'une atteinte directe à l'intégrité corporelle et la victime ainsi atteinte peut demander la réparation de son préjudice, pour autant qu'il soit en lien de causalité adéquate avec l'accident (ATF 112 II 118 consid. 5; 138 II 276 consid. 2 ss, JdT 2012 I 270; ATF 142 III 433, JdT 2016 I 347). 5.1.4. Aux termes de l'art. 47 CO, le juge peut, en tenant compte de circonstances particulières, allouer à la victime de lésions corporelles ou, en cas de mort d'homme, à la famille, une indemnité équitable à titre de réparation morale. En raison de sa nature, l'indemnité pour tort moral, qui est destinée à réparer un dommage qui ne peut que difficilement être réduit à une simple somme d'argent, échappe à toute fixation selon des critères mathématiques, de sorte que son évaluation en chiffres ne saurait excéder certaines limites. L'indemnité allouée doit toutefois être équitable (ATF 130 III 699 consid. 5.1; arrêt 6B_1066/2014 du 27 février 2014 consid. 6.1.2). A titre de comparaison, les indemnités pour tort moral suivantes ont été définitivement alloués à des parents dans des affaires d'homicides :
- un montant de CHF 100'000.- a été alloué aux parents d'une petite fille de 12 ans, violée et assassinée chez elle par l'ami de la mère dans des circonstances atroces (JTCR/1/2018);
- un montant de CHF 40'000.- a été alloué à la mère d'une femme tuée par son époux de sept balles dans la tête. L'intéressée était en contact constant avec sa fille malgré la
- 66 - P/12004/2017 distance séparant leurs lieux de vie et sa vie avait été bouleversée par le fait qu'elle devait désormais prendre de soin de ses petits-enfants encore jeunes (AARP/526/2016).
- un montant de CHF 60'000.- a été alloué aux parents d'une victime tuée de vingt-sept à trente-cinq coups de tournevis pour un mobile inconnu. Les parents étaient profondément affectés et peinaient à se remettre, plus de deux ans et demi après les faits. Ils entretenaient des liens particulièrement étroits avec la victime et se voyaient quasiment tous les jours (JTCR/6/2015);
- un montant de CHF 40'000.- a été alloué aux parents d'une victime tuée par arme à feu durant son sommeil, par une personne mandatée dans ce but par l'ex-copine de la victime, la mère de l'ex-copine et un intermédiaire. La famille était extrêmement unie et leur souffrance était importante. 5.2.1. En l'espèce, chacun des parents de la victime a conclu à ce que le prévenu soit condamné à leur payer un montant de CHF 100'000.- à titre d'indemnité pour tort moral, avec intérêt à 5% depuis la date du drame. Le prévenu a acquiescé à ces prétentions sur le principe, ce dont il est pris acte. Il est notoire que la perte d'un enfant constitue une grande souffrance pour des parents et n'est pas loin de représenter ce qui se fait de pire dans l'échelle des valeurs d'une épreuve. Dans le cas d'espèce, il est établi que les parties plaignantes ont été profondément affectées par la perte de leur fils, épreuve dont elles peinent à se remettre et dont les conséquences sont toujours bien présentes, plus de deux ans et demi après les événements. Par ailleurs, la victime, âgée de 25 ans, vivait avec sa mère et entretenait des liens privilégiés avec elle. Si les circonstances de la vie ont amené le père de la victime à vivre séparé de son fils, il n'en continuait pas moins à entretenir des contacts réguliers avec lui, comme l'ont attesté plusieurs témoins. La vie de ces deux parents a été chamboulée par ce drame. Leur incompréhension face à celui-ci ainsi que l'attitude parfois désinvolte du prévenu, qui a pu reporter la responsabilité du décès de la victime sur celle-ci ou sur sa mère, ont constitué des sources de souffrance supplémentaires pour les parties plaignantes, propres à rendre leur deuil plus difficile encore. Des indemnités pour tort moral de CHF 60'000.- seront ainsi allouées à chacune des parties plaignantes. 5.2.2. La partie plaignante A______ a sollicité réparation de son dommage matériel. Le prévenu a admis les conclusions civiles sur leur principe, si bien que le principe de l'indemnisation est reconnu. Au surplus, un certificat médical atteste du fait que la partie plaignante a perdu son travail suite au décès de son fils. S'agissant du calcul de la perte de gain, de manière générale, il est établi qu'à partir du 1er septembre 2017, la partie plaignante a touché une rente invalidité de trois-quarts, alors qu'elle percevait une demie rente auparavant. Plutôt que d'imputer ce montant de manière globale, le Tribunal a calculé les dommages mensuels de la partie plaignante et a donc mensuellement déduit la différence entre ces deux montants, soit CHF 498.35
- 67 - P/12004/2017 (CHF 1'495.- - CHF 996.65). A partir du 1er janvier 2019, les montants des rentes ont varié et la différence est passée à CHF 502.65 (CHF 1'508.- - CHF 1'005.35). Nonobstant cette précision, les chiffres avancés par la partie plaignante dans son mémoire de conclusions civiles jusqu'au mois de février 2018 sont corrects. Le salaire habituel à 100% a été déterminé sur la base du salaire à 80% effectivement perçu. Ceux- ci varient chaque mois. Pour la période qui a débuté après le licenciement de la partie plaignante, le Tribunal tient compte d'un salaire habituel mensuel de CHF 3'481.05 (calculé au pro rata du salaire annuel assuré : CHF 41'772.60 / 12) et en déduit les prestations de l'assurance perte de gain et la différence des rentes AI pour déterminer le dommage subi chaque mois. Les chiffres ainsi obtenus diffèrent quelque peu de ceux de la partie plaignante. A partir du 8 juin 2019, les prestations de l'assurance perte de gain sont arrivées à leur terme et la partie plaignante a sollicité l'octroi de prestations complémentaires AVS/AI. Contrairement à la partie plaignante, le Tribunal estime que ces montants doivent venir en déduction de la perte de gain éprouvée par la partie plaignante. Il s'agit en effet de prestations versées par un assureur social, qui ne va jamais réclamer à la bénéficiaire le remboursement des prestations versées. Si le prévenu était condamné à lui verser ces montants, la partie plaignante serait indemnisée à double. A partir du mois de juillet 2019, la perte de gain était ainsi chaque mois de CHF 1'894.40 (salaire habituel de CHF 3'481.05 auquel sont soustraites les prestations complémentaires de CHF 1'084.- et la différence des rentes AI de CHF 502.65). Compte tenu des éléments qui précèdent, le dommage de la partie plaignante s'articule de la manière suivante : - du 9 au 30 juin 2017 : CHF 606.15 - juillet 2017 : CHF 798.60 - août 2017 : CHF 698.55 - septembre 2017 : CHF 338.60 - octobre 2017 : CHF 200.20 - novembre 2017 : CHF 178.60 - décembre 2017 : CHF 200.20 - janvier 2018 : CHF 178.15 - février 2018 : CHF 32.25 - 1er au 26 mars 2018 : CHF 96.75 - 27 au 31 mars 2018 :
- CHF 156.10 - avril 2018 : CHF 236.20 - mai 2018 : CHF 144.65 - juin 2018 : CHF 236.20 - juillet 2018 : CHF 144.65 - août 2018 : CHF 144.65 - septembre 2018 : CHF 236.20 - octobre 2018 : CHF 144.65 - novembre 2018 : CHF 236.20
- 68 - P/12004/2017 - décembre 2018 : CHF 144.65 - janvier 2019 : CHF 140.35 - février 2019 : CHF 415.00 - mars 2019 : CHF 140.35 - avril 2019 : CHF 231.90 - mai 2019 : CHF 140.35 - 1er au 7 juin 2019 : CHF 479.15 -
E. 8 Les frais de la procédure, qui s'élèvent à CHF 76'501.35, y compris l'émolument de jugement fixé à CHF 10'000.- (art. 10 du Règlement fixant le tarif des frais en matière pénale, du 16 décembre 2010; RTFP ; E 4 10.03), seront mis à la charge du prévenu (art. 426 al. 1 CPP).
Dispositiv
- CRIMINEL statuant contradictoirement : Déclare X______ coupable d'assassinat (art. 111 et 112 CP). Condamne X______ à une peine privative de liberté de 13 ans, sous déduction de 1'176 jours de détention avant jugement (art. 40 aCP et 51 CP). - 69 - P/12004/2017 Ordonne que X______ soit soumis à un traitement ambulatoire (art. 63 CP). Ordonne la transmission du présent jugement, du procès-verbal de l'audience de jugement, du rapport d'expertise psychiatrique du 3 janvier 2018 et des procès-verbaux d'audition des experts des 26 février 2018 et 22 mars 2018 au Service d'application des peines et mesures. Ordonne, par prononcé séparé, le maintien en détention pour des motifs de sûreté de X______ (art. 231 al. 1 CPP). ***** Constate que X______ acquiesce aux conclusions civiles dans leur principe (art. 124 al. 3 CPP). Condamne X______ à payer à A______ et B______ CHF 60'000.- chacun, avec intérêts à 5% dès le 8 juin 2017, à titre de réparation du tort moral (art. 47 CO). Condamne X______ à payer à A______ CHF 36'355.50, avec intérêts à 5% dès le 31 janvier 2019, à titre de réparation du dommage matériel (art. 41 CO). Déboute A______ et B______ de leurs conclusions civiles pour le surplus. ***** Ordonne la restitution à X______ des téléphones portables figurant sous chiffres 1 et 2 de l'inventaire n° 9678420170609 du 9 juin 2017 (art. 267 al. 1 et 3 CPP). Ordonne la restitution à A______ des objets figurants sous chiffres 1 à 7 de l'inventaire n° 9673320170609 du 9 juin 2017 (art. 267 al. 1 et 3 CPP). Condamne X______ aux frais de la procédure, qui s'élèvent à CHF 76'501.35, y compris un émolument de jugement de CHF 10'000.- (art. 426 al. 1 CPP). ***** Fixe à CHF 47'631.90 l'indemnité de procédure due à Me AX______, défenseur d'office de X______ (art. 135 CPP). Fixe à CHF 53'544.45 l'indemnité de procédure due à Me AV______, conseil juridique gratuit de A______ (art. 138 CPP). Fixe à CHF 42'923.20 l'indemnité de procédure due à Me AW______, conseil juridique gratuit de B______ (art. 138 CPP). - 70 - P/12004/2017 Ordonne la communication du présent jugement aux autorités suivantes : Casier judiciaire suisse, Service cantonal des véhicules, Service de l'application des peines et mesures, Service des contraventions (art. 81 al. 4 let. f CPP). La Greffière Soraya COLONNA La Présidente Brigitte MONTI Voies de recours Les parties peuvent annoncer un appel contre le présent jugement, oralement pour mention au procès-verbal, ou par écrit au Tribunal pénal, rue des Chaudronniers 9, case postale 3715, CH-1211 Genève 3, dans le délai de 10 jours à compter de la communication du dispositif écrit du jugement (art. 398, 399 al. 1 et 384 let. a CPP). Selon l'art. 399 al. 3 et 4 CPP, la partie qui annonce un appel adresse une déclaration écrite respectant les conditions légales à la Chambre pénale d'appel et de révision, Place du Bourg-de-Four 1, case postale 3108, CH-1211 Genève 3, dans les 20 jours à compter de la notification du jugement motivé. Si le défenseur d'office ou le conseil juridique gratuit conteste également son indemnisation, il peut interjeter recours, écrit et motivé, dans le délai de 10 jours dès la notification du jugement motivé, à la Chambre pénale d'appel et de révision contre la décision fixant son indemnité (art. 396 al. 1 CPP). L'appel ou le recours doit être remis au plus tard le dernier jour du délai à la juridiction compétente, à la Poste suisse, à une représentation consulaire ou diplomatique suisse ou, s'agissant de personnes détenues, à la direction de l'établissement carcéral (art. 91 al. 2 CPP). Etat de frais Frais du Ministère public CHF 65'811.35 Frais du Tribunal des mesures de contrainte CHF 100.00 Frais de fourrière OCV CHF 6'120.00 Convocations devant le Tribunal CHF 105.00 Frais postaux (convocation) CHF 35.00 - 71 - P/12004/2017 Emolument de jugement CHF 10'000.00 Etat de frais CHF 50.00 Frais postaux (notification) CHF 0.00 Total CHF 76'501.35 ========== Indemnisation du défenseur d'office – Me AX______ Vu les art. 135 CPP et 16 RAJ et les directives y relatives ; Bénéficiaire : X______ Avocat : AX______ Etat de frais reçu le : 26 août 2020 Indemnité : Fr. 38'667.50 Forfait 10 % : Fr. 3'866.75 Déplacements : Fr. 2'360.00 Sous-total : Fr. 44'894.25 TVA : Fr. 3'510.40 Total : Fr. 48'404.65 Observations : - 6h45 Activité stagiaire 2017 à Fr. 110.00/h = Fr. 742.50. - 132h10 Activité 2018-2020 à Fr. 150.00/h = Fr. 19'825.–. - 93h55 Activité 2017 à Fr. 150.00/h = Fr. 14'087.50. - 26h45 Audience de jugement à Fr. 150.00/h = Fr. 4'012.50. - Total : Fr. 38'667.50 + forfait courriers/téléphones arrêté à 10 % vu l'importance de l'activité déployée (art 16 al 2 RAJ) = Fr. 42'534.25 - 19 déplacements A/R (Déplacements 2017) à Fr. 75.– = Fr. 1'425.– - 2 déplacements A/R (Déplacements stagiaire 2017) à Fr. 55.– = Fr. 110.– - 7 déplacements A/R (Déplacements 2018) à Fr. 75.– = Fr. 525.– - 4 déplacements A/R (Audience de jugement) à Fr. 75.– = Fr. 300.– - TVA 7.7 % Fr. 2'082.55 - TVA 8 % Fr. 1'427.85 * En application de l'art. 16 al. 2 RAJ, réductions de : i) 3h15 (collaborateur) pour le poste "conférences" - 72 - P/12004/2017 - les conférences avec I______ ne sont pas prises en charge par l'Assistance juridique. ii) 2h10 (collaborateur) pour le poste "procédure" : - les recherches juridiques font partie de la formation continue de l'avocat-e et n'ont pas à être prises en charge par l'Etat. - les études de diverses pièces (demande de prolongation de détention, observations, arrêt de de la Cour) ainsi que la rédaction demande acte d'accusation sont des prestations comprises dans le forfait "courriers/téléphones". Déplacements : Transport sur place à Meyrin compté en heures dans l'activité globale effectuée La vacation par le stagiaire à la Cour de justice n'est pas pris en charge par l'AJ 1 déplacement A/R par audience MP, VHP et TCRIM Audiences : Ajout du temps d'audience de jugement Conférences : *Réduction de -0h45' pour les entretiens du 2.12.2019 au 30.01.2020 car 1h30 de conf. admise par mois, sous réserve d'audiences *Conférence avec I______ du 19.08.2020 pas prise en compte par l'AJ Indemnisation du conseil juridique gratuit – Me AW______ Vu les art. 138 al. 1 CPP et 16 RAJ et les directives y relatives ; Bénéficiaire : B______ Avocat : AW______ Etat de frais reçu le : 14 août 2020 Indemnité : Fr. 33'945.05 Forfait 10 % : Fr. 3'394.50 Déplacements : Fr. 2'475.00 Sous-total : Fr. 39'814.55 TVA : Fr. 3'108.65 Total : Fr. 42'923.20 Observations : - 52h45 Activité 2017 à Fr. 200.00/h = Fr. 10'550.–. - 9h25 Activité stagiaire 2017 à Fr. 110.00/h = Fr. 1'035.85. - 20h40 Activité 2018-2020 à Fr. 200.00/h = Fr. 4'133.35. - 3h25 Activité stagiaire 2018-2020 à Fr. 110.00/h = Fr. 375.85. - 62h30 ETF complémentaire à Fr. 200.00/h = Fr. 12'500.–. - 26h45 Audience de jugement à Fr. 200.00/h = Fr. 5'350.–. - Total : Fr. 33'945.05 + forfait courriers/téléphones arrêté à 10 % vu l'importance de l'activité déployée (art 16 al 2 RAJ) = Fr. 37'339.55 - 14 déplacements A/R (2017) à Fr. 100.– = Fr. 1'400.– - 3 déplacements A/R (2017) à Fr. 55.– = Fr. 165.– - 4 déplacements A/R (2018-2020) à Fr. 100.– = Fr. 400.– - 2 déplacements A/R (2018-2020) à Fr. 55.– = Fr. 110.– - 4 déplacements A/R (Audience de jugement) à Fr. 100.– = Fr. 400.– - TVA 7.7 % Fr. 1'963.90 - 73 - P/12004/2017 - TVA 8 % Fr. 1'144.75 Indemnisation du conseil juridique gratuit – Me AV______ Vu les art. 138 al. 1 CPP et 16 RAJ et les directives y relatives ; Bénéficiaire : A______ Avocat : AV______ Etat de frais reçu le : 10 août 2020 Indemnité : Fr. 42'700.00 Forfait 10 % : Fr. 4'270.00 Déplacements : Fr. 2'700.00 Sous-total : Fr. 49'670.00 TVA : Fr. 3'874.45 Total : Fr. 53'544.45 Observations : - 75h35 Activité 2017 à Fr. 200.00/h = Fr. 15'116.65. - 59h40 Activité 2018-2020 à Fr. 200.00/h = Fr. 11'933.35. - 51h30 ETF complémentaire à Fr. 200.00/h = Fr. 10'300.–. - 26h45 Audience de jugement à Fr. 200.00/h = Fr. 5'350.–. - Total : Fr. 42'700.– + forfait courriers/téléphones arrêté à 10 % vu l'importance de l'activité déployée (art 16 al 2 RAJ) = Fr. 46'970.– - 6 déplacements A/R (Déplacements 2018) à Fr. 100.– = Fr. 600.– - 4 déplacements A/R (Audience de jugement) à Fr. 100.– = Fr. 400.– - 17 déplacements A/R (Déplacements 2017) à Fr. 100.– = Fr. 1'700.– - TVA 7.7 % Fr. 2'544.20 - TVA 8 % Fr. 1'330.25 Audiences : *Réduction Audience 05.07.2017 = -0h10 (09h30 à 12h50) *Réduction Audience 05.07.2017 = -3h30 (14h30 à 17h00) *Réduction Audience 07.07.2017 = -0h10 *Réduction Audience 27.07.2017 = -0h05 *Réduction Audience 12.09.2017 = -0h30 (14h30 à 16h35) *Réduction Audience 26.02.2018 = -0h02 *Réduction Audience 22.03.2018 = -0h12 *Réduction Audience 29.08.2018 = -0h20 *Réduction Audience 08.10.2018 = -0h02 *Réduction Audience 18.12.2018 = -0h04 *Ajout Audience 28.07.2017 = +0h05 *Ajout Audience 04.08.2017 = +0h20 Audience de jugement : 24.08.2020 = 9h00 à 18h30 25.08.2020 = 09h00 à 17h00 26.08.2020 = 09h00 à 16h50 - 74 - P/12004/2017 Déplacements : 1 A/R par audience MP et VHP 1 A/R par jour d'audience TCRIM Voie de recours si seule l'indemnisation est contestée Le défenseur d'office peut interjeter recours, écrit et motivé, dans le délai de 10 jours, devant la Chambre pénale de recours contre la décision fixant son indemnité (art. 135 al. 3 let. a et 396 al. 1 CPP; art. 128 al. 1 LOJ). Le conseil juridique gratuit peut interjeter recours, écrit et motivé, dans le délai de 10 jours, devant la Chambre pénale de recours contre la décision fixant son indemnité (art. 135 al. 3 let. a et 396 al. 1 CPP; art. 128 al. 1 LOJ). Restitution de valeurs patrimoniales et/ou d'objets Lorsque le présent jugement sera devenu définitif et exécutoire, il appartiendra à l'ayant- droit de s'adresser aux Services financiers du pouvoir judiciaire (finances.palais@justice.ge.ch et +41 22 327 63 20) afin d'obtenir la restitution de valeurs patrimoniales ou le paiement de l'indemnité allouée, ainsi que, sur rendez-vous, au Greffe des pièces à conviction (gpc@justice.ge.ch et +41 22 327 60 75) pour la restitution d'objets. Notification à X______, soit pour lui ses Conseils Mes AX______ et AY______ Par recommandé Notification à A______, soit pour elle son Conseil Me AV______ Par recommandé Notification à B______, soit pour lui son Conseil Me AW______ Par recommandé Notification au Ministère public à l'att. de Mme le Procureur Sophie VARGA LANG Par recommandé
Volltext (verifizierbarer Originaltext)
Siégeant : Mme Brigitte MONTI, présidente, Mme Delphine GONSETH et M. Christian ALBRECHT, juges, Mme Béatrice GRANDJEAN-KYBURZ, M. Patrick MUTZENBERG, M. Didier AULAS et M. Marc SINNIGER, juges assesseurs, M. Christophe PERRITAZ, juriste, Mme Soraya COLONNA, greffière P/12004/2017 RÉPUBLIQUE ET CANTON DE GENÈVE POUVOIR JUDICIAIRE
JUGEMENT DU TRIBUNAL CRIMINEL Chambre 19
28 août 2020
MINISTÈRE PUBLIC Mme A______, partie plaignante, assistée de Me AV______
M. B______, partie plaignante, assisté de Me AW______ contre M. X______, né le ______1996, actuellement détenu à la Prison de Champ-Dollon, prévenu, assisté de Me AX______ et de Me AY______
- 2 - P/12004/2017 CONCLUSIONS FINALES DES PARTIES : Le Ministère public conclut à un verdict de culpabilité de meurtre avec la circonstance aggravante de l'assassinat à l'encontre de X______, à sa condamnation à une peine privative de liberté de 18 ans, au prononcé d'un traitement ambulatoire au sens de l'art. 63 CP, au bon accueil des conclusions civiles des parties plaignantes, à sa condamnation aux frais de la procédure ainsi qu'à son maintien en détention pour des motifs de sûreté et se réfère à l'annexe à l'acte d'accusation s'agissant des objets saisis. Me AV______, conseil de A______, conclut à un verdict de culpabilité de meurtre avec la circonstance aggravante de l'assassinat, persiste dans ses conclusions civiles et demande la restitution à sa mandante des objets ayant appartenu à D______. Me AW______, conseil de B______, conclut à un verdict de culpabilité de meurtre avec la circonstance aggravante de l'assassinat et persiste dans ses conclusions civiles. Me AX______ et Me AY______, conseils de X______, ne s'opposent pas à un verdict de culpabilité de meurtre, concluent au prononcé d'une mesure au sens de l'art. 61 CP et d'une peine se rapprochant de la peine plancher du meurtre. EN FAIT A. Par acte d'accusation du 8 novembre 2019, il est reproché à X______ d'avoir, à Meyrin, le 8 juin 2017, à 23h55, alors qu'il était à l'arrêt au volant de son véhicule de marque Seat Leon Cupra, sur le parking du Centre sportif de Meyrin, sis avenue Louis- Rendu 7, démarré, accéléré, et dirigé volontairement son véhicule en direction de D______ pour le percuter à une vitesse de plus de 50 km/h, avant de s'arrêter, puis, alors que D______ était étendu à terre, inerte, d'avoir dirigé délibérément une seconde fois son véhicule vers lui et roulé sur son corps avant de prendre la fuite, lui occasionnant de multiples lésions traumatiques à l'étage crânio-cérébral, thoracique, du bassin et aux membres inférieures entraînant ainsi son décès, faits qualifiés de meurtre, avec la circonstance aggravante de l'assassinat (art. 111 et 112 CP), X______ ayant agi de manière préméditée, avec une absence particulière de scrupules dans sa façon d'agir et dans un but particulièrement futile et égoïste. B. Sur la base des éléments figurant au dossier, le Tribunal retient l'état de fait suivant : Le contexte des mois précédant les faits aa) X______ est né le ______1996. Il est notamment passionné de voitures, ce qui l'a amené à effectuer un apprentissage de magasinier, en 2015-2016, auprès du garage E______, à ______. Après avoir fait la connaissance de F______ en octobre 2014, il s'est lié d'amitié avec lui en août 2015, lorsque celui-ci a également travaillé au garage E______. Au début de l'année 2016, il a fait la connaissance du groupe d'amis de F______, lequel comprenait notamment G______, la petite amie du précité, et
- 3 - P/12004/2017 D______, qui était alors en couple depuis plusieurs années avec H______. Les liens dans le groupe étaient bons. Ses membres se voyaient régulièrement, les discussions tournant souvent autour des voitures. Le terme "nain" ou "nain de jardin" pour désigner D______, en raison de sa petite taille, y compris en s'adressant à lui, était parfois utilisé. ab) En février 2016, un rapprochement s'est opéré entre X______ et G______, laquelle fréquentait F______. La jeune femme a hésité entre les deux hommes pendant quelque temps. Si X______ a prétendu que cette situation n'avait pas créé de tension avec F______, les témoignages indiquent le contraire. X______ a parfois adopté une attitude agressive et colérique, écrivant notamment le 18 mars 2016, sur son mur Facebook, à l'attention de son rival : "un conseil mec croise pas ma route car tu croisera la mort". Tous deux s'étant rendus compte quelques jours plus tard que G______ leur exprimait simultanément des sentiments, ils se sont unis pour la forcer à faire un choix. I______, la mère de C_____, s'est également mêlée à ces discussions. ac) Finalement, F______ s'est mis à l'écart et X______ a entamé une relation avec G______ à la fin du mois de mars 2016. Il a rapidement été très épris de la jeune fille, alors que celle-ci a notamment indiqué sur Facebook qu'elle s'ennuyait en sa compagnie. En juin 2016, elle a écrit à F______ laisser une chance à X______ de la conquérir, mais penser encore énormément à lui, ne pas avoir envie de l'oublier et vouloir être dans son cœur. ad) Cette période a été marquée par le décès du père de X______, le ______2016, et par des tensions entre celui-ci et sa mère. Cette dernière lui reprochait notamment un changement de comportement depuis qu'il fréquentait G______. Le 20 août 2016, en présence de cette dernière, une violente dispute a éclaté entre X______ et I______. En effet, celle-ci lui avait dit ne plus vouloir de la présence de la jeune fille à son domicile et tenir leur relation pour responsable du décès de son époux. Lors de l'altercation, X______ a jeté une bouteille en plastique en direction de sa mère et l'a étranglée. Une médiation s'en est suivie. Un suivi thérapeutique familial a été mis en place entre la mère et le fils auprès de l'association "Couple et famille". Suite à cet épisode, G______ a mis un terme à sa relation de couple avec X______. ae) Dès le mois de septembre 2016, X______ et G______ ont toutefois repris des relations intimes. Celle-ci ne voulait cependant plus d'une relation de couple exclusive avec lui, ce que le jeune homme a accepté. Peu après il est apparu dans l'entourage des intéressés que G______ avait des contacts avec un garçon prénommé ______. Sur l'instigation de I______ notamment, une réunion comprenant plusieurs personnes du groupe a été organisée le 3 novembre 2016 afin de confronter G______ à cette relation. J______, le demi-frère de X______, y était présent et avait tenté de lui faire comprendre qu'il devait oublier G______. Ce discours n'a pas plu à X______ et les deux frères en sont venus aux mains. De son côté, I______ s'est rendue chez G______ pour lui parler et la police a dû intervenir. Du 3 au 11 novembre 2016, I______ a été hospitalisée et G______ est retournée vivre au domicile des K______. Les relations intimes entre X______ et G______ ont pris fin à la fin du mois de novembre 2016.
- 4 - P/12004/2017 af) En novembre 2016, H______, petite amie de D______, l'a quitté. Ce dernier a trouvé du réconfort auprès de G______, qui l'a accueilli à plusieurs reprises sous son toit. Selon la jeune femme, elle a d'abord été un soutien pour lui puis leur relation s'est transformée en un flirt en décembre 2016. Ils partageaient une union libre et secrète. D______ voulait la garder secrète, si bien qu'ils avaient toujours nié entretenir une relation. La procédure contient un échange de messages entre les deux jeunes gens, dont il ressort que G______ exprimait son amour à D______ alors que celui-ci était toujours attaché à H______ et ne parvenait pas à se projeter dans une autre relation. ag) A cette époque, X______ a suspecté l'existence d'une relation entre G______ et D______. Il en a été très jaloux. Il a notamment fouillé le téléphone de la jeune femme et y a découvert des messages, qui lui ont fait penser qu'elle entretenait une relation intime avec F______. Le 30 décembre 2016, une violente dispute a éclaté à ce sujet entre X______ et G______, lors de laquelle le premier a donné une claque à la seconde. Cet épisode a mis fin à leur relation. X______ a toutefois toujours gardé l'espoir de la reconquérir. Le 4 janvier 2017, après une visite de F______ à G______, à laquelle il avait confié son chat, X______ lui a écrit : "tu touche a G______ je peux te dire que tu est mort". Les tensions entre les deux jeunes se sont toutefois rapidement apaisées et ils se sont à nouveau comportés en amis. ah) Vers la même date, G______ et X______ ont repris des liens d'amitié. X______ a toujours gardé l'espoir de "reconquérir" G______. De manière générale, les contacts entre eux ont perduré jusqu'au jour du drame, avec des fluctuations. A plusieurs reprises, au cours du 1er semestre 2017, X______ a exprimé son incapacité à passer un jour sans la voir mais aussi parfois sa volonté de rompre tout lien avec elle. Il n'y est toutefois jamais parvenu. Au début de l'année 2017, il a accédé à certaines informations personnelles contenues dans le téléphone de G______, X______ ayant affirmé qu'ils s'étaient communiqué leurs codes respectifs. Il ressort des messages échangés entre F______ et X______ qu'au milieu du mois de mars 2017, la jeune femme a déposé une main courante à la police pour se plaindre qu'elle était suivie par X______. Une médiation a alors été engagée, lors de laquelle il a été décidé que les deux jeunes gens ne se verraient qu'une fois par mois. Malgré cela, ils ne sont jamais restés de longues périodes sans contact. X______ était le plus souvent à l'origine de leurs contacts et G______ y a toujours répondu, que ce soit par message ou par téléphone. ai) Parallèlement, X______ a constaté une intensification des liens entre G______ et D______. Au début du mois de février 2017, il a découvert des messages échangés entre les précités d'août 2016 à février 2017, dont il a compris qu'ils "couchaient" ensemble. Confrontés à ces messages par X______, tant G______ que D______ ont nié avoir "couché" ensemble. A la fin du mois de mars 2017, X______ a eu la confirmation par L______, une amie proche de G______, que celle-ci "couchait" avec D______. Il a alors publié à l'attention de ce dernier le message qu'il avait posté un an auparavant à l'attention de F______, soit : "Un conseil mec, croises pas ma route, car tu croiseras la mort". Le 31 mars 2017, il a également écrit à G______ à propos de D______ : "j'ai pas du tout envie de voir sa gueule sinon je le tue".
- 5 - P/12004/2017 ag) En avril 2017, X______ a entamé une relation avec M______. A cet égard, si X______ a déclaré qu'elle n'avait pas duré plus d'un mois, voire même qu'une semaine, tant sa mère que M______ ont affirmé que le couple se fréquentait encore à la période du drame. Si le 1er juin 2017, M______ a indiqué à X______, qui la draguait, qu'ils n'étaient plus en couple, les deux jeunes gens ont échangé des messages affectueux jusqu'au jour du drame. Les éléments ressortant de l'extraction des téléphones en lien avec cette période
b) Dès son arrestation, X______ a accepté de remettre son téléphone à la police et en a fourni les code d'accès. L'examen de son contenu corrobore l'état de fait fixé ci-dessus. Les éléments suivants méritent en particulier d'être relevés : baa) Les contacts entre X______ et G______ (1______) sont relativement anodins. A la fin du mois de janvier 2017, G______ lui a proposé qu'ils se voient une fois par mois ou alors plus du tout. X______ s'est dit détruit par cette idée et n'a surtout pas voulu ne plus la revoir. Il lui a indiqué qu'il n'arriverait jamais à tenir sans elle et elle lui a répondu que c'était comme ça et pas autrement. bab) Il ressort du journal des appels qu'à l'exception de deux périodes en mars et en avril 2017, il est rare qu'il se soit passé plus de trois jours sans un contact téléphonique entre eux. Les appels sont passés par l'un ou par l'autre de manière relativement égale. bba) X______ et D______ (2______) se sont bien entendus jusqu'en février 2017. En novembre 2016, X______ lui a notamment proposé de l'accompagner dans ses démarches pour trouver un emploi. Le 4 janvier 2017, il lui a écrit pour lui demander s'il était avec G______ et lui a conseillé de se méfier de F______, car celui-ci préparait un "plan pour faire souffrir G______", ce qu'il ne voulait pas. Deux jours plus tard, il lui a dit que F______ était un "gros connard", car celui-ci avait couché avec G______ pendant que lui-même sortait avec elle. Il a ajouté que la veille, quand il l'avait appris, il n'avait eu qu'une envie, "c'était de le tuer". Le 22 janvier 2017, il lui a souhaité un bon anniversaire, lui a présenté ses condoléances et s'est mis à disposition en cas de besoin. Le 30 janvier 2017, il lui a révélé avoir le moral au plus bas à cause de G______. Il ne demandait qu'à passer du temps avec elle, alors que celle-ci passait tout son temps avec lui. Le lendemain, il lui a répété qu'il n'avait pas le moral car G______ ne voulait le voir qu'une fois par mois. bbb) Au début du mois de février 2017 X______ a accédé au téléphone portable d'G______ et y a découvert des messages échangés avec D______ depuis le mois d'août
2016. Il en ressort que G______ et D______ se sont dit des mots doux et ont échangé des moments de complicité ainsi que des câlins. D______ y a également évoqué son ex- compagne, H______, qui semblait être sa priorité et qu'il disait vouloir reconquérir. Le 7 février 2017, X______ a transmis à D______ des captures d'écran de ces messages, dont certains passages étaient surlignés. Il l'a sommé de s'expliquer "avant que ça finisse mal", le menaçant de transmettre les messages à son ex-copine s'il ne s'expliquait pas immédiatement. D______ a maintenu ne jamais avoir entretenu de relation sexuelle avec G______. Ils avaient fini par convenir de se voir pour en discuter. Les jours qui ont
- 6 - P/12004/2017 suivi et jusqu'au 20 février 2017, ils ont échangé des banalités et ont parfois évoqué G______. A partir de cette date, le téléphone ne contient plus aucun message entre eux. bc) X______ et F______ ont eu énormément de contacts, notamment sur Whatsapp. Le 7 février 2017, X______ a laissé un message vocal dans lequel il a allégué vouloir faire un barbecue et qu'au menu, ce serait un "D______", parce que celui-ci le prenait pour un con depuis le début. On venait de lui donner des preuves qu'il couchait avec G______ alors qu'il avait nié. Il a écrit un peu plus tard : "avec se que je viens de lire se soir, j'ai juste envie de le tuer". Le lendemain, il a envoyé : "putain le D______ y commence grave a me gonflé". Par la suite et de manière générale, F______ a beaucoup titillé X______, a parlé crûment et est parti dans des délires. Il lui a notamment conseillé de sortir et de draguer, mais X______ a très souvent parlé du fait qu'il ne pensait qu'à G______, sauf au début du mois de mars lorsqu'il voulait sortir avec M______. F______ l'a encouragé dans cette direction, mais X______ s'est souvent décrit comme timide et ne sachant pas draguer, comme par exemple le 7 mars 2017, à 18h37. Ils ont régulièrement fait le constat que les femmes semblaient attirées par les salauds et non par les "mecs" gentils. Le 2 mars 2017, en parlant de ses relations amoureuses, F______ a expliqué qu'il n'était pas une brute, mais qu'il avait "des envies de meurtres", ce à quoi X______ lui a répondu que lui aussi. Le 3 mars 2017, le précité a écrit qu'il allait tuer G______, car elle était allée à la police après que X______ et F______ l'avaient suivie. Le 10 avril 2017, à 21h58, dans le cadre d'une discussion où ils étaient partis dans des délires, X______ a envoyé une photo d'une roue avant de voiture, avec du liquide rouge et la mention : "on dirait que j'ai fait un meurtre ", suivi de : "Attend j'ai tuer quelqu'une faut que je nettoie". F______ a rigolé et a espéré qu'il s'agissait de G______, précisant que X______ avait toujours une chance avec M______. X______ lui a répondu avoir essayé de tuer D______ mais s'être raté. bd) X______ a régulièrement eu des échanges anodins avec H______. Le 22 mars 2017, après 17h15, X______ lui a écrit pour l'informer d'une discussion avec L______, lors de laquelle celle-ci lui avait confirmé que D______ avait couché avec G______ et que cela durait depuis un mois environ. Il lui a précisé que si D______ l'appelait, elle devait le lui dire et que c'était lui qui allait le "choper". Il a relevé un peu plus tard que D______ avait intérêt à ne pas le croiser. De son côté, H______ a demandé à pouvoir contacter L______, afin de lui parler directement, ce qu'elle a semblé faire. H______ et X______ ont passé la soirée ensemble et X______ l'a remerciée le lendemain "pour cette superbe soirée". Les messages qui ont suivi étaient à nouveau anodins. be) X______ et N______ ont souvent été en contact et ont essentiellement parlé de voitures. Ils se surnommaient régulièrement "petit nain". Ils ont notamment échangé les messages suivants :
- Le 25 janvier 2017, ils ont évoqué le fait que D______ et un certain O______ critiquaient G______, mais qu'ils passaient leurs nuits chez elle. X______ les a traités de "faux-culs" et a écrit : "je vais deja voir se que G______ me dit et au pire je chope D______ et O______ une fois sur le p piscine".
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- Le 6 et le 7 février 2017, X______ a envoyé les captures d'écran des messages échangés entre G______ et D______ et lui a demandé ce qu'il en pensait.
- Le 3 mars 2017, N______ a demandé à X______ comment il allait. Il a répondu bien, qu'il avait juste envie de tuer quelqu'un car "l'autre conne" était allée à la police pour se plaindre qu'il la suivait. Il pensait que c'était "l'autre connard de D______" qui lui avait dit d'agir ainsi. Les deux commençaient à lui "pomper l'air" et il avait juste envie de les tuer.
c) Le téléphone de D______ a également été analysé. En lien avec la première partie de l'année 2017, les éléments suivants apparaissent notamment : ca) D______ et G______ ont été en contact en tout cas depuis le mois de juin 2016. Leurs échanges sur Whatsapp se sont intensifiés depuis le mois de novembre 2016 pour devenir extrêmement nombreux en avril 2017, puis reprendre le niveau de mars 2017, le mois suivant. Ils se sont échangé des mots doux et ont semblé entretenir une relation. Cela étant, à plusieurs reprises, D______ a évoqué le fait qu'il n'arrivait pas à oublier H______. Il apparait ainsi notamment dans l'échange de message du 28 avril 2017 que G______ a exprimé son amour pour D______ alors que celui-ci ne l'a pas fait en retour. Il a tenu à être honnête envers elle et lui a dit qu'il n'était pas prêt à se lancer dans une histoire sérieuse avec une autre fille que H______. cb) Dans un échange avec "P______", soit Q______, en février 2017, D______ a évoqué le fait qu'G______ et lui avaient été surveillés par X______ au point qu'G______ ne vivait plus tranquille et en prenait "plein la gueule". Le contexte des deux semaines précédant les faits da) Le 11 mai 2017, X______ a reçu une voiture sportive, de marque Seat Leon Cupra prise en leasing par sa mère. Il s'agit d'une voiture sportive et puissante. Depuis lors, selon X______, ses contacts avec G______ ont à nouveau été plus fréquents. Certaines personnes de son entourage l'avaient mis en garde sur l'intérêt de G______ pour ce genre de véhicule. Toujours selon X______, pendant le tournoi de tennis de Genève, les deux jeunes gens se seraient embrassés à bord de ladite voiture, garée au bord du lac. db) Le 26 mai 2017, X______ a constaté la présence de rayures sur la carrosserie de sa nouvelle voiture. Il s'est rendu à la police pour déposer plainte contre inconnu. Le soir- même, lors d'une discussion de groupe, qui a pris place sur le parking de la piscine de Meyrin, X______ s'est moqué des compétences de D______ en matière de mécanique. Dans les jours qui ont suivi, l'animosité entre X______ et D______ est allée grandissante. Le premier, qui pensait que le second avait griffé sa voiture, a relayé l'épisode du parking sur les réseaux sociaux. Les échanges moqueurs se sont poursuivis par le biais de l'application Snapchat. dc) Dans la soirée du 28 mai 2017, X______, qui conduisait sa Seat, est allé chercher sa mère et F______, à la sortie du tram, pour les ramener à leurs domiciles respectifs. Dans le même temps, D______ a tenté à deux reprises de le joindre par téléphone, sans succès. Sur le chemin, X______ est passé devant le parking de la piscine de Meyrin et s'y est arrêté car son groupe d'amis s'y trouvait. G______ et D______ étaient notamment
- 8 - P/12004/2017 présents. Dès l'arrivée de X______ sur place, une violente altercation a eu lieu entre D______ et lui. dd) Les versions des différents protagonistes ne coïncident pas parfaitement quant au déroulement de la bagarre. D______ a admis avoir échangé des insultes avec X______ et l'avoir mordu pour se défendre. De son côté, X______ a reconnu avoir donné une gifle à D______ en réponse à une insulte. La maman de X______ s'est trouvée mêlée à l'altercation. Estimant que D______ s'en prenait à elle, X______ s'est jeté sur lui et l'a projeté contre la voiture de G______, qui a été endommagée. F______ a tenté de les séparer. Dans leur lutte, D______ a mordu X______ au niveau du cou. de) Le lendemain, D______ et G______ se sont rendus ensemble au poste de police de Blandonnet pour déposer plainte. Peu après, X______ et I______ se sont rendus au même poste de police. Selon le rapport d'arrestation du 9 juin 2017, les gendarmes leur ont demandé de sortir du poste de police, où se trouvaient déjà D______ et G______. X______ n'avait toutefois pas obtempéré. Il était venu à proximité de D______ et lui avait adressé un doigt d'honneur, en lui disant "j'ai le bras très long". A noter que la version de X______ diffère légèrement et ressort d'un échange de messages avec R______, mentionné ci-dessous. df) Dans les jours qui ont suivi la bagarre du 28 mai 2017, X______ a publié sur son profil Snapchat, accessible à toutes les personnes en contact avec lui sur cette application, un bon nombre de messages contenant des menaces de mort explicites et détaillées, dont on comprend dans le contexte du dossier qu'elles sont destinées à D______. Il a également raillé les qualités de mécanicien d'une personne qu'il ne nomme pas expressément. dg) X______ a communiqué avec de nombreuses personnes au sujet de D______ et s'est vanté d'avoir pris le dessus dans la bagarre du 28 mai 2017. Il a exprimé une forte animosité envers lui. Ces messages ont essentiellement pris place jusqu'au 1er juin 2017. dh) Si D______ a lui-même fait état d'une certaine animosité à l'encontre de X______ suite à l'altercation, il a également commencé à éprouver une certaine crainte. Il s'est plaint auprès de ses amis que X______ faisait carrément des menaces de mort. Il a envoyé des captures d'écran de celles-ci à ses parents et à G______. Il ne voulait en outre plus que celle-ci fréquentât X______. di) Les premiers jours du mois de juin 2017, X______ a moins écrit de messages en lien avec D______. Le 1er juin 2017, il a transmis à L______ et à F______ des captures d'écran de la page Facebook de G______, selon lesquelles l'ancien X______ lui manquait. A cet égard, X______ s'est souvent plaint à ses amis que la jeune femme lui disait qu'il lui manquait alors qu'en parallèle, elle ne répondait pas à ses messages et qu'elle trouvait toujours une excuse pour éviter de le voir. dj) Entre le 1er juin et le 8 juin 2017, X______ et G______ ont eu quelques contacts par téléphone et par le biais de messages. Selon ce que X______ a confié à F______ le 4 juin 2017, G______ lui aurait proposé de passer un week-end ensemble à la fin du mois
- 9 - P/12004/2017 de juin 2017. Il a essayé de la contacter par téléphone ou par messages à plusieurs reprises. dk) Dans la journée du 7 juin 2017, en réaction à une information que lui a transmise S______ au sujet de D______, X______ a à nouveau exprimé à de nombreuses reprises l'envie soit de "jarter" G______ de sa vie, s'il restait sans nouvelle d'elle d'ici le dimanche suivant, soit celle de tuer D______. Tant F______ que R______ ont pris ses propos à la rigolade ou ont tenté de le calmer. S______ lui a même affirmé qu'il n'y avait rien entre G______ et D______. dl) Dans la nuit du 7 au 8 juin 2017, la dénommée "P______" a créé un groupe Whatsapp incluant plusieurs amis, dont G______, X______ et D______, afin de trouver une solution au mal-être qu'elle avait constaté chez G______ en raison des dissensions entre les trois précités. Les éléments ressortant de l'extraction des téléphones en lien avec cette période
e) L'état de fait ainsi fixé est corroboré par le contenu du téléphone portable de X______. Les éléments suivants sont en particulier relevés : ea) Après un appel du 26 mai 2017, à 22h00, le journal d'appel ne contient plus aucun contact entre X______ et G______ jusqu'au 3 juin 2017. A cette date, peu avant 01h30, X______ a tenté trois fois de joindre G______. La durée des appels fait penser qu'il a laissé des messages vocaux à deux reprises. G______ l'a rappelé le même jour à 04h50 et ils se sont parlé pendant 10 minutes. Il a ensuite essayé de la joindre une fois le 4 juin 2017 et six fois le 6 juin 2017. Il se sont en outre notamment échangé les messages suivants:
- Le 24 mai 2017, X______ a proposé à G______ de venir voir un match de tennis au Geneva Open, événement pour lequel il travaillait comme agent Securitas. Il lui a envoyé une photographie de lui, portant un costume et une cravate. G______ lui a répondu : "class, ça te va super bien 😘".
- Le dimanche 28 mai 2017, entre 18h15 et 18h48, X______ et G______ ont échangé des iMessages. G______ lui a dit qu'elle ne dormait pas bien et X______ lui a répondu qu'elle ne faisait pas beaucoup d'efforts pour aller mieux. Elle a répliqué : "Si justement mais tu vera bien un jour :)". X______ lui a proposé ensuite de venir avec lui chez E______ le lendemain, pour qu'elle y dépose son CV. Il a également évoqué le fait d'aller à Vevey le vendredi, soit le 2 juin 2017, mais avec sa voiture à elle. Elle a répondu qu'elle verrait car elle serait avec T______.
- Le lendemain de la bagarre du 28 mai 2017, X______ a écrit à G______ : "Sache une chose c'est pas contre que j'en ai c'est uniquement contre D______ que j'en ai, toi tu a rien a voir d'en l'histoire". G______ a semblé s'inquiéter pour le coût des réparations de la voiture.
- Le 5 et le 6 juin 2017, X______ a écrit plusieurs iMessages à G______ en lui demandant comment elle allait, quand est-ce qu'ils pourraient se voir et pourquoi elle ne lui répondait pas.
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- Le 7 juin 2017, à 17h18, S______ a prêté son téléphone à G______ pour qu'elle écrive à X______. Elle lui a transmis qu'elle n'avait pas envie de le perdre, mais qu'elle souffrait de cette situation. Il a répondu qu'il comprenait, mais qu'il ne pouvait plus continuer comme ça. De son côté, G______ a indiqué qu'elle ne dormait plus depuis qu'il s'était battu avec D______ et que savoir qu'il s'inquiétait pour elle lui faisait mal. X______ lui répondu qu'il n'avait pas l'impression qu'il lui manque tant que ça, puisqu'elle ne lui répondait pas quand il lui écrivait, et que, donc, il passait son chemin. eb) X______ a échangé régulièrement avec F______. Ils se sont écrit ou ont laissé de nombreux messages vocaux, dont le ton relevait souvent de l'humour noir. Plusieurs messages ont évoqué G______ ou D______ :
- Le 23 mai 2017, à 09h55, X______ a écrit à F______ que des tiers avaient dégradé sa relation avec G______. A l'avenir, il voulait éviter cela et ne voulait plus être dérangé par la présence de quiconque lorsqu'il était avec elle.
- Le 24 mai 2017, vers midi, les deux amis ont parlé des modifications faites par D______ sur le véhicule de G______. F______, mécanicien de profession, a déploré les interventions techniques de D______. X______ a abondé dans son sens.
- Le 26 mai à 20h40, X______ a envoyé une photo de griffure sur la portière de sa Seat, sans évoquer le nom d'une personne qui aurait pu en être responsable.
- Le 27 mai 2017, à 00h40, il a laissé un message vocal pour expliquer que D______ avait dit à G______ que des moteurs Volvo se trouvaient dans les Audi RS3, ce qui "l'hallucinait".
- Le 29 mai 2017, à 00h05, juste après la bagarre, X______ a envoyé à F______ une capture d'écran de la page Facebook d'G______ où elle a écrit que, parfois, elle voulait partir loin pour ne plus être un poids pour personne ou une source de problème. F______ a proposé à X______ de lui dire qu'elle pouvait partir, mais il a répondu qu'il ne voulait pas ajouter de l'huile sur le feu. Il était prêt à payer un billet d'avion à D______ pour qu'il soit loin. F______ a ajouté "et aussi pour G______" mais X______ s'y est opposé car elle "n'a rien fait… enfin presque".
- Dans la continuité, X______ s'est rendu à l'hôpital pour faire constater ses blessures à la suite de la bagarre. F______ y a amené la Seat, dont X______ en parle comme de son bébé. Tous deux ont plaisanté sur le fait que la voiture s'ennuyait de son propriétaire. Selon F______, cette dernière allait pleurer et lui rouler dessus et elle aura plein de sang. X______ a répondu que ce n'était pas grave et qu'il irait "au karcher". Selon F______, il ne pouvait pas faire ça, car il allait y croiser "l'autre con". X______ a indiqué que ce n'était pas grave et que ça lui donnerait "une raison de plus pour l'achever correctement".
- Le 29 mai 2017, à 12h40, ils ont évoqué les plaintes déposées suite à la bagarre du 28 mai 2017. X______ a écrit que D______ allait "prendre cher" dans la procédure. Il allait dénoncer G______ pour non-assistance à personne en danger et allait faire interdire la voiture de celle-ci à Meyrin.
- Toujours le même jour vers 23h00, F______ a semblé avoir surveillé que D______ ne s'approchât pas de la Seat.
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- Le 30 mai à 13h15, X______ a contacté F______, en lui disant : "eh tu veux rire?" Il lui a ensuite relaté qu'un policier l'avait informé du fait que G______ voulait porter plainte contre lui, suite aux messages Snapchat, car elle se sentait menacée. X______ a précisé que ses messages étaient destinés à D______.
- Le 31 mai 2017, à 19h10, X______ a évoqué l'hypothèse que F______ prenne l'avion vers le Canada, avec D______ dans sa valise, pour éviter de payer un billet supplémentaire, et pour qu'il s'y perde dans la neige.
- Le 1er juin 2017, à 00h08, X______ a transféré une capture d'écran du profil Facebook d'G______ qui disait : "L'ancien toi me manque. Timide, gentils comme tout, très câlin, joyeux, drôle, bref tu me manque redevient comme avant". A 10h10, il a envoyé une capture d'écran de son propre statut Facebook où il avait écrit : "Tu veux qu'il revienne alors fait se qu'il t'a dit et il reviendra comme tu le souhaites car a lui aussi tu lui manque". S______ a commenté avec le nom G______ et plein de cœurs.
- Le même jour, à 18h15, F______ a informé X______ qu'il avait vu D______ à Balexert et qu'il avait entendu que G______ l'avait appelé par téléphone, juste avant qu'il ne parte. X______ en a déduit que le premier était allé rejoindre la seconde. Il a affirmé que cela ne l'étonnait même pas et a précisé : "mais apres elle veux me récupére".
- Le 3 juin 2017, à 23h46, F______ a écrit à X______ : "alors comme ça tu voulais revoir D______ hier soir". X______ n'a pas compris et a dit l'avoir vu de loin sur le parking. F______ a relevé avoir appris par son père et sa belle-mère que G______ avait évité que X______ vienne sur le parking. Il a ensuite écrit : "Oui bah je peux te dire qu'il t'attendais pour te casser la tête faux pas toucher à leur D______ et en plus ma belle mère m'as dis que tu avais aucune chance contre D______ j'aurais pas dû te retenir". X______ a répliqué qu'il le reprenait quand il voulait. F______ était "gonfl[é]" par le fait que son père avait présenté D______, qu'il qualifiait de "petit rou", à des amis. X______ a répondu : "c'est pour ça qu'il faut que je l'élimine". Pour sa part, F______ a affirmé que c'était le problème qu'il fallait éliminer. X______ a répondu qu'en éliminant D______, il éliminait le problème.
- Le 4 juin 2017, à 21h23, X______ a laissé entendre à F______ que G______ lui avait dit de réserver le dernier week-end de juin, car elle avait prévu de faire quelque chose avec lui. Il ne devait le dire à personne. F______ a répondu qu'il allait vite le dire à D______. X______ lui a répliqué qu'il ne fallait rien dire à "l'autre con" et a immédiatement précisé : "De tout façon je pense que a cette période la y sera deja mort". F______ a répondu qu'il n'était pas "con" et qu'il était son meilleur ami. X______ a conclu en écrivant à F______ qu'il le faisait bien rire.
- Le 5 juin 2017, à 01h30, F______ a évoqué sa soirée passée chez lui. Il a dit surveiller "sa grotte" avec une carabine et "plomber le premier qui se pointe" ainsi que, dorénavant, la prochaine fille qui l'approcherait. Après quelques échanges où F______ lui a suggéré d'être sa cible mouvante, X______ lui a proposé plutôt D______. Quelques heures plus tard, X______ a transféré une capture d'écran d'une application Facebook ayant établi que sa sœur et "D______" étaient les personnes qui l'aimaient le plus. F______ lui a proposé de leur déclarer son amour. X______ a
- 12 - P/12004/2017 répondu : "Alors le D______ sa sera avec une balle dans la tête et ma sœur je sais pas elle le merite pas mon amour". F______ lui a envoyé une photo d'une carabine en écrivant "tu veux?". Il a ajouté : "Tu plomb D______ je plomb U______". X______ lui a répondu : "oh oui, ramène-là" mais F______ a rétorqué qu'il ferait trop de dégât avec elle. X______ a répliqué qu'il n'en ferait qu'un. F______ a précisé : "Je plomberais beaucoup decul moi . D______ G______ U______ V______ et j'en passe". X______ a ajouté quant à lui qu'il "ferait D______, W______" et il ne savait pas qui.
- Le 7 juin 2017, entre 12h42 et 12h48, F______ et X______ ont échangé des banalités, suite à quoi le premier a écrit tout d'abord : "Si t'es pas gentil avec moi, c'est moi qui vais me faire D______". Le second a répond "Noooooon, laisse le moi stp", ensuite de quoi F______ a rigolé. X______ a alors écrit "Ou alors on se le fait a 3 avec R______" puis, deux minutes plus tard, "Non alors tue le tout de suite comme ça s'est réglé". F______ a rigolé et a écrit "Je veux du sang". A 13h22, X______ a encore envoyé : "J'ai envie de me faire le nain de jardin ce soir".
- Le même jour, à 19h02, F______ a demandé à X______ comment allaient ses "casses burnes". Celui-ci a répondu par message vocal que la "casse couille M______" lui donnait des nouvelles tous les jours et que l'autre devait l'appeler à minuit avec le téléphone de S______, car "l'autre con" faisait sa crise et qu'il ne voulait pas voir son nom sur le téléphone de G______. Il allait essayer de régler ce problème. Il devait voir S______ vendredi à 10h00 et espérait faire venir G______ pour lui faire comprendre que D______ devait "dégager au plus vite". G______ demandait des nouvelles et s'inquiètait pour lui mais n'osait pas lui parler à cause des crises de D______. Il commençait "grave à en avoir marre" de ce "petit con de merde". F______ lui a répondu "Mange le" et X______ a écrit "non je le tue", "Sa va plus vite". ec) X______ a eu quelques contacts avec N______:
- Le 24 mai 2017, il a transmis les messages échangés avec F______ sur les modifications que D______ avait opérées sur le véhicule de G______. Il a dit à N______ que cela le faisait marrer que G______ soit obligée de le recontacter pour faire une nouvelle géométrie après l'intervention de D______, qui était un "super mécanicien".
- Le 29 mai 2017, N______ a demandé par iMessage à X______ ce qui s'était passé car il avait vu des publications sur la page Facebook de G______. Il lui conseillait de laisser tomber ces personnes.
- Le 1er juin 2017, N______ lui a écrit qu'il ne devait pas se laisser avoir par G______ parce qu'il avait une nouvelle voiture. ed) A la période de la bagarre et du drame, X______ et L______ ont eu de nombreux contacts. Il ressort du dossier qu'ils se sont vus quelques fois et qu'ils se sont appelés. Les messages suivants apparaissent en particulier :
- Le 30 mai 2017, X______ a eu une conversation sur Whatsapp avec L______ (3______; sous le pseudonyme ______), lors de laquelle il lui a expliqué la bagarre entre D______ et lui. L______ s'est montrée compréhensive envers lui et critique
- 13 - P/12004/2017 envers l'attitude de D______ et la réaction de G______. Elle envisageait de se rendre à la police pour déclarer que G______ se faisait manipuler par D______. Elle a écrit que ce n'était pas normal, qu'il y avait un vrai problème, ce à quoi X______ a répondu "tu comprends maintenant pourquoi je veux la mort de l'autre con". L______ l'a repris en relavant qu'il était malsain de souhaiter la mort de quelqu'un. X______ a acquiescé et a dit à L______ qu'il l'adorait. On comprend qu'au cours de cet échange, L______ reçoit un appel de G______, accompagnée de D______. Elle a indiqué avoir raccroché rapidement car D______ participait à la discussion. L______ a alors écrit à X______ : "Bouhou D______ a peur", ce à quoi X______ a répondu : "Ahahhahah. Lui faut pas que je le croise". L______ a ajouté "En tout cas G______ sait que j'ai quelque chose derrière la tête et ça a l'aire de l'inquiéter". Plus tard, X______ a envisagé de dire à G______ qu'il lui prêtait sa voiture pour que celle-ci accepte de rayer D______ de sa vie et qu'elle retire sa plainte.
- Le 1er juin 2017, X______ a transmis à L______ deux captures d'écran de publications d'G______ sur Facebook. Sur la première, cette dernière partageait une publication disant "tu me manques à chaque instant" et sur la seconde, elle mentionnait : "L'ancien toi me manque. Timide, gentils comme tout, très câlin, joyeux, drôle, bref tu me manque redevient comme avant". X______ et L______ ont trouvé ces publications étranges. X______ s'est dit que "peut-être au fond [il] lui manque vrai comme elle [lui] a dit la semaine passée mais [il] pense pas que c'est [lui] qui l'intéresse c'est plutôt la voiture et [s]es bras".
- Le 2 juin 2017, X______ a indiqué avoir vu G______ la veille. Les deux interlocuteurs avaient le sentiment que G______ les négligeait.
- Le 6 juin 2017, ils se sont demandé mutuellement s'ils avaient des nouvelles de G______, vraisemblablement dans l'idée de présenter sa voiture à l'expertise. X______ a indiqué l'avoir eue brièvement au téléphone ce matin-là, mais qu'elle était endormie de sorte qu'il lui avait demandé de le rappeler. Elle ne l'avait toutefois pas recontacté, ce qu'il ne comprenait pas. L______ lui dit qu'elle avait l'impression que G______ "se fout de sa gueule". ee) X______ a expliqué de manière détaillée à R______ la façon dont il voyait ses relations avec G______ et D______ :
- Le 29 mai 2017, X______ a eu un échange de messages vocaux sur Facebook avec R______, qui lui demandait des explications sur ses publications récentes, précisant qu'on dirait qu'il allait tuer la personne. Il a ponctué ses phrases par des smileys ou l'abréviation "mdr" (pour mort de rire). X______ lui a expliqué que c'était en lien avec "le D______", avec qui il s'était "foutu sur la gueule". Il a ensuite écrit "je le retrouverai, je terminerai mon travail et je le crèverai. C'est pour ça j'ai envie de le tuer je te jure hier soir si y'aurait pas eu mon pote F______, je le tuais. Et c'est ce que je cherche en fait". Il lui a expliqué ce qui l'agaçait chez D______, à savoir qu'il avait cassé son couple avec G______, qu'il était toujours là depuis qu'il essayait de la récupérer et qu'il avait couché avec elle. Il a ensuite fait état des incompétences de D______ comme mécanicien et de la bagarre du 28 mai 2017. Il a notamment argué que D______ lui avait dit quelque chose qu'il ne fallait pas, mais il ne se rappelait
- 14 - P/12004/2017 plus quoi, "c'était le trou noir", avant de lui "balancer une claque dans la gueule". Il a également raconté l'épisode de leur présence simultanée au poste de police. Sa version varie un peu de celle retranscrite dans le rapport d'arrestation du 9 juin 2017. Il a ainsi indiqué être sorti et avoir attendu près de la voiture. Au moment où il avait vu D______ sortir, il s'était dirigé vers lui et lui avait "gueulé", en présence du policier, "ça va tu l'as bien baisée cette nuit", en lui faisant un doigt d'honneur. Le policier lui avait dit que cette attitude n'allait pas jouer en sa faveur et il lui avait répondu avoir le bras long. R______ lui a répondu : "tu sais que t'es comme mon p'tit frère, je vais le dégommer le mec, je vais le tuer… Te salis les mains pour ça mon gars. Tu me dis juste où il habite et je lui démonte sa gueule". X______ lui a alors envoyé une photo où apparait D______ et R______ lui a écrit "Jvais le rendre plus beau…mdr", ce à quoi X______ a répliqué "Tue le sa sera plus vite et sa m'arrange".
- Le 7 juin 2017, à 13h30, X______ a écrit à R______ avoir envie de "se faire le nain de jardin" et de lui "dégommer la gueule". Il avait tellement envie "de le choper", c'était un "truc de fou". R______ lui a répondu qu'il savait, en rigolant et en lui écrivant de se calmer. X______ a relevé que ce n'était pas facile et a ajouté : "En même temps si je le tue maintenant les problèmes son réglé". R______ lui a fait remarquer : "sauf celui d'aller à champ dollon. Mdf. Mdr" X______ a répondu que personne ne saurait que c'était lui et R______ a affirmé le contraire vu que le gouvernement lisait ce qu'ils écrivaient. X______ a ajouté : "et puis qui ta dit que c'étais moi qui allais le tuer je délègue", suite à quoi R______ a rigolé. ef) X______ est en contact sur Whatsapp avec S______(4______), la colocataire de G______, depuis le mois de mars 2017. Son téléphone ne contient toutefois que des messages à partir du 6 juin 2017. On trouve notamment les messages suivants :
- Le 6 juin 2017, X______ a demandé à S______ si elle savait pourquoi G______ ne lui répondait pas alors qu'elle était active sur Facebook. Il pensait que celle-ci n'osait pas lui répondre parce qu'elle était avec "le nain de jardin" et que celui-ci risquait de "piquer sa crise". Cette affirmation a étonné S______, qui n'avait jamais constaté un tel comportement. X______ lui a expliqué que D______ manipulait G______ et n'aimait pas que celle-ci soit en contact avec lui. D______ avait peur qu'il parvienne à le faire dégager et qu'il ne puisse ainsi plus continuer à profiter de la voiture de G______ et de manger chez elle notamment. X______ n'appréciait pas non plus le fait que G______ n'écoutait que D______ et ne parlait que de lui. Il avait un peu l'impression d'être pris pour un "con", car G______ lui disait qu'il lui manquait mais elle ne répondait pas à ses messages. S______ lui a répondu qu'elle allait observer la situation ces prochains jours. X______ a précisé que tout se passait bien entre G______ et lui quand ils se voyaient, mais que tout changeait quand D______ était là. Il ne voulait pas perdre cela, raison pour laquelle il voulait qu'elle "dégage" D______ de sa vie, soit qu'elle n'ait plus de contact avec lui.
- Le 6 juin 2017, à 18h00, par message vocal, S______ a écrit à X______ qu'elle adorait G______ et D______, mais qu'elle s'était un peu éloignée de celui-ci. Elle voulait confier quelque chose à X______, mais uniquement s'il lui promettait de n'en parler à personne. Elle ne voulait pas avoir de problème mais avait besoin de le
- 15 - P/12004/2017 confier à quelqu'un. L'échange de message ne permet pas de savoir ce que S______ a rapporté à X______, mais, le 7 juin 2017, dans la matinée, ils ont parlé du fait que H______ avait prêté de l'argent à D______ et que celui-ci ne le lui avait toujours pas rendu.
- Le 7 juin 2017, de 13h25 à 13h29, X______ lui a écrit : "Depuis que tu ma dit se que tu ma dit se matin j'ai envie de me le faire se nain de jardin c'est un truc de fou". Le fait que D______ fasse des captures d'écran de ses messages sur l'application Snapchat l'énervait également. S______ lui a conseillé de se calmer.
- Le 7 juin 2017, à 14h48, X______ a laissé un message vocal dans lequel il a prétendu qu'après y avoir réfléchi, s'il n'avait pas de nouvelle de G______ d'ici la fin de la semaine, il allait la "jarter de sa vie". D'un côté il avait envie d'être avec elle, mais il pensait qu'ainsi, s'il lui manquait vraiment, elle ferait tout pour le contacter et dirait à D______ qu'il "ferme sa gueule" et qu'elle l'aimait et voulait le voir. Il n'avait pas envie de problème, mais soit il tuait D______, soit il virait G______. Après ce que S______ lui avait raconté à midi, il n'en pouvait plus de D______. Il n'avait qu'une envie, celle de le tuer. Il allait faire plus simple et virer G______ de partout, s'il n'avait pas de nouvelle de sa part d'ici dimanche. Cela lui éviterait les problèmes.
- Après ce message, S______ a regretté d'avoir raconté son secret à X______. Mais celui-ci lui répondu qu'il valait mieux qu'il le sache, pour qu'il puisse mettre les choses au clair et savoir s'il devait enlever G______ de sa vie ou pas. Le fait de savoir que G______ et D______ avaient dormi ensemble et qu'"ils" dormaient encore ensemble une semaine auparavant le "trucid[ait]". Le fait que G______ lui avait affirmé qu'il lui manquait alors qu'elle dormait avec un autre ne passait pas. Il allait la "jarter" de sa vie au plus vite, sauf si elle lui écrivait d'ici dimanche. S______ lui a répondu que ce n'était pas parce qu'ils dormaient ensemble qu'ils "couchaient" ensemble et qu'il devait se calmer. Il n'y avait rien entre D______ et G______, laquelle lui demandait souvent comment il allait.
- Le 7 juin 2017, vers 16h00, elle lui a demandé s'il serait réveillé vers minuit, car il risquait de recevoir un message de G______ depuis son téléphone à elle, afin d'éviter les problèmes. X______ lui a ensuite demandé s'il pourrait les voir toutes les deux afin de parler de D______ et d'essayer de régler le problème, ce que S______ a accepté. Il a aussi proposé que G______ vienne discuter avec lui au Caribana Festival. eg) Le 7 juin 2017 vers 23h20, Q______, soit "P______", a créé un groupe Whatsapp intitulé "Stop", auquel elle a associé X______, C______, G______, S______ et D______. Elle était intervenue car elle constatait qu'G______ allait mal. Il n'était pas normal d'interdire à cette dernière de voir des gens. Les choses allaient trop loin. Le fait d'entendre parler en mal de ses amis faisait souffrir G______. Q______ aurait préféré une discussion de vive voix, mais elle avait peur des conflits, vu qu'il y avait beaucoup de tensions. X______ lui a répondu être d'accord avec certains points, mais qu'elle faisait une erreur en mettant tout le monde dans le même groupe. Il essayait au maximum de protéger G______. Il ne voulait pas que "l'autre" la coule et savait très bien pourquoi. Il était en train de trouver une solution avec L______, mais si G______
- 16 - P/12004/2017 ne voulait pas écouter et retournait toujours "vers le mal", ils ne pourraient rien faire pour elle. S______ est ensuite intervenue en disant à X______ qu'il n'avait pas compris que c'était leur histoire qui lui nuisait. D______ et X______ la manipulaient tous les deux et ne s'en rendaient même pas compte. A 23h54, D______ a quitté le groupe et, à minuit, X______ a répondu avoir toujours voulu protéger G______. Il a admis avoir "une dent" contre D______. Il valait mieux que ce dernier ne croise pas sa route. Il voulait aider G______ mais si celle-ci ne faisait pas l'effort qu'il estimait nécessaire, cela ne servait à rien.
f) Les éléments suivants ressortent de l'extraction du téléphone de D______ : fa) Le 28 mai 2017, à 22h10, D______ a tenté à deux reprises d'appeler X______, comme celui-ci l'avait affirmé. fb) Dans un échange avec le contact "mon ange" (4______), D______ a évoqué la bagarre du 28 mai 2017. Il a indiqué que son conflit avec X______ était dû au fait que celui-ci affirmait qu'il était un charlatan en matière de mécanique. Il avait rétabli la vérité envers X______, qu'il qualifiait de "vraie taffiole", qui n'était rien sans sa maman. En évoquant le dépôt de sa plainte pénale, il a écrit qu'il fallait que ça cesse, même s'il devait faire "justice [lu]i-même", "ce genre de connard dev[an]t même pas exister". Le 30 mai 2017, il a écrit : "il faut l'enfermer ce fils de pute, il fait carrément des menaces de mort". fc) Le 1er juin 2017, à 13h25, il a écrit à Y______: "j'ai laissé faire X______ une fois, la prochaine fois ça sera sans pitié pour lui". fd) Sur la carte mémoire du téléphone se trouvent de nombreuses captures d'écran de messages publiés par X______ sur Snapchat. Ces messages ne sont pas nominatifs et ont été postés à des dates indéterminées, mais pendant la période proche de l'altercation. Dans certains messages, X______ s'est moqué des compétences d'une personne en matière de mécanique et a raillé le fait que c'était mieux d'écouter un tel charlatan manipulateur que de vrais professionnels qui avaient travaillé dans la marque. D'autres avaient des contenus menaçants. Parmi ceux-ci on trouve notamment les messages suivants : "Tkt pas je terminerais le travail que j'ai commencé", "+ les jours passe + l'envie de t'éliminer devient immense", puis "Tkt pas d'ici la fin de la semaine tu sera plus partie de cette terre la promis" et "Lache cette fille a jamais et je te laisse la vie sauve". fe) D'autres captures d'écran montrent des publications sur Facebook. Apparaît notamment un texte publié par X______, disant que celui qui touchait aux deux personnes qu'il aimait était "grave dans la merde". Il ne fallait pas toucher aux gens qu'il aimait, sinon c'était la mort qu'il aurait en face de lui. Le message se termine par le post scriptum suivant : "commence déjà a creusé car la prochaine fois que tu me vois le dong aura sonné pour toi". Il est suivi d'une image illustrant la mort. En commentaire, S______ lui demande de qui il parle et il répond qu'il s'agit d'un "nain de jardin profiteur et manipulateur (…) qui mord comme une fillette". Dans un autre message
- 17 - P/12004/2017 publié à l'attention du "nain de jardin", X______ écrit "Tu la touche pas, tu l'approche pas, tu la regarde pas, tu lui parle pas, parce que c'est ma propriété privée". ff) Le 7 juin 2017, "P______" a évoqué auprès de D______ le fait que G______ lui avait dit qu'il lui interdisait de voir X______, sans quoi ils ne se verraient plus. D______ lui a confirmé la réalité des propos dans la mesure où, de son côté, X______ essayait de la "remonter" contre lui, qu'il lui posait des ultimatums et que, chaque fois qu'elle le voyait, elle faisait la tête. Il voulait ainsi l'écarter d'une relation toxique. fg) Il ressort des échanges entre D______ et X______ que leur relation s'est dégradée aux alentours du mois de mars 2017 et qu'il n'ont eu que très peu d'échanges après cela. Leur dernier contact est un message adressé sur Snapchat:
- Le 7 juin 2017 à 13h34, X______ (sous le nom d'utilisateur "______") lui a écrit : "Sa va tu t'amuse a screen tout mes snap, tu crois plus fort que moi".
g) G______ a également transmis des extraits de messages qui se trouvaient sur son téléphone. Le rapport d'arrestation fait notamment état d'une publication de X______ sur Facebook du 29 mai 2017, dans laquelle il a écrit : "Tkt pas je terminerais le travail que j'ai commencé". Une certaine "Z______" a commenté en demandant d'arrêter ces gamineries car elle en avait marre de voir tout cela. X______ a répondu qu'il ne savait pas de quoi elle parlait, mais qu'il ne s'agissait que d'un jeu qu'il devait terminer, ce que "Z______" n'avait pas cru. S______ a commenté en rigolant et en disant "bande de fou". Les déclarations des témoins sur le contexte haa) Le 9 juin 2017 devant la police, G______ a commencé par expliquer qu'elle "fréquentait" D______ mais qu'ils n'étaient pas en couple. X______ était son ancien petit ami, dont elle était séparée depuis une année environ, mais qu'elle "fréquentait" régulièrement, précisant qu'il n'y avait plus d'engagement entre eux. Elle s'était mise en couple avec X______ près de deux ans auparavant, juste après sa séparation d'avec F______. Cette situation avait créé une certaine rivalité entre les deux jeunes hommes. Le début de leur relation avait été bon puis X______ avait changé à la mort de son père. Suite à une discussion à ce sujet, ce dernier avait lancé une bouteille d'Oasis sur sa mère et l'avait étranglée. Suite à cet épisode, elle avait mis un terme à leur relation. Il lui avait donné une gifle le 30 décembre 2016, avant qu'ils ne se battent. En automne 2016, X______ avait encore eu une altercation avec son demi-frère J______. Elle avait commencé à fréquenter D______, sept ou huit mois avant son audition par la police, soit depuis la fin de la relation de celui-ci avec H______. D______ souhaitait garder leur relation secrète, alors qu'elle souhaitait être en couple avec lui. Des tiers lui avaient toutefois appris que L______ avait informé X______ du fait qu'elle fréquentait D______. hab) Le 28 juillet 2017 devant le Ministère public, G______ a confirmé ses précédentes déclarations. Elle a précisé que, dès le lendemain de sa rupture avec X______, celui-ci était revenu vers elle et ils avaient décidé de reprendre un "flirt". Cette relation signifiait qu'ils avaient des relations sexuelles mais qu'ils pouvaient fréquenter et avoir des
- 18 - P/12004/2017 relations sexuelles avec d'autres personnes. En parallèle, elle avait également un "flirt" avec F______, qui ne voulait pas que cela se sache. Après que H______ avait quitté D______, elle l'avait soutenu. Par la suite, leur relation s'était naturellement transformée en "flirt", en décembre 2016. D______ avait également voulu que cette relation reste secrète. Toute cette situation avait débouché sur la bagarre avec X______ le 30 décembre 2016. X______ la suivait grâce à une application qui permettait de localiser les téléphones portables. hac) Le 16 août 2017 devant le Ministère public, G______ a détaillé les débuts de sa relation avec X______, au début de l'année 2016. Elle sortait alors avec F______, qui pouvait faire preuve d'un humour lourd et rabaissant. X______ était arrivé un peu comme un sauveur, avec des attentions, des câlins, ce qu'elle avait pu trouver un peu ennuyeux à la longue. X______ s'était rapidement montré très amoureux, alors qu'elle avait un peu "fait le ping-pong" entre les deux. Cette situation avait amené les deux jeunes hommes à se détester pendant un certain temps, ensuite de quoi ils s'étaient "rabibochés". Depuis que X______ avait eu des doutes au sujet de sa relation avec D______, il lui avait régulièrement reproché d'être un charlatan ainsi que de profiter de son corps, de son argent et de sa voiture. Au tout début du printemps 2017, elle avait parlé à L______ de sa relation secrète avec D______. Celle-ci avait dû en parler à X______, car elle avait constaté que, quand elle évoquait D______, son regard s'assombrissait. Pour elle, dès cette période, tout était clair dans la tête de X______, même s'il ne lui avait jamais dit vouloir tuer D______. Elle était effrayée par X______. Elle était restée en contact avec lui car elle pensait qu'X______ "allait lâcher l'affaire". Les provocations sur Snapchat avaient commencé en mai 2017. En mai 2017, X______ n'avait pas montré d'hostilité envers D______ lorsqu'ils se voyaient. Chacun restait plutôt dans son coin. Depuis la bagarre du 28 mai 2017, elle essayait de faire en sorte que les deux jeunes hommes ne se croisent pas car elle avait peur "qu'ils s'entretuent". hba) Le 9 juin 2017 devant la police, F______ a expliqué qu'il connaissait D______ depuis un peu plus de deux ans lorsqu'ils travaillaient tous deux au garage E______ et que leur métier de mécanicien les avait rapprochés. Il l'avait un peu perdu de vue en août 2016 et l'avait ensuite présenté à sa bande d'amis. hbb) Le 12 septembre 2017 devant le Ministère public, F______ a précisé qu'il n'avait jamais eu de problème avec X______ en tant que collègue. Par contre, ce dernier avait changé quand il lui avait présenté G______, qui était alors sa petite amie. X______ était devenu agressif, en lui demandant de ne plus la voir et de la laisser tranquille. A une période, X______ l'avait menacé de mort par Whatsapp et sur Facebook. Il n'y avait toutefois jamais rien eu de concret et ces menaces ne lui avaient pas fait peur. Il avait finalement rompu avec G______ lorsqu'il s'était rendu compte qu'elle espérait jouer sur les deux tableaux. Il avait constaté que la jeune femme pouvait avoir une influence néfaste sur ses petits amis. X______ et D______, qui étaient doux comme des agneaux, étaient devenus agressifs. Il l'avait dit à X______, mais celui-ci faisait la sourde oreille. Elle était son premier amour et celui-ci pensait qu'il ne trouverait personne d'autre
- 19 - P/12004/2017 qu'elle. Il était incapable de la quitter, même s'il se rendait compte que cette relation n'était pas bonne pour lui. Après novembre 2016, G______ et D______ avaient passé beaucoup de temps ensemble. X______ n'avait plus été qu'une sorte de roue de secours. Lorsqu'X______ avait reçu sa voiture, le 11 mai 2017, G______ l'avait harcelé pour pouvoir l'essayer. Elle lui avait fait des câlins de sorte qu'il avait espéré un "retour de flamme". G______ lui avait rapporté que D______ lui interdisait de l'appeler, car il le trouvait néfaste pour elle. X______ n'était pas du tout content de cette situation. Il avait l'impression d'être pris pour un idiot. Il voulait des réponses, mais G______ et D______ niaient toute relation. La situation s'était vraiment détériorée en avril 2017. F______ n'avait pas souvenir que X______ ait parlé de ses intentions envers D______ avant la bagarre du 28 mai 2017. Après celle-ci, il y avait eu des insultes et des messages provocateurs de part et d'autre, avant que X______ ne menace D______ de mort. Il disait ainsi qu'il voulait se le faire, mais c'était sur le ton de la rigolade. Tous deux étaient des personnes respectueuses. De manière générale, X______ ne s'énervait jamais. Il ne les avait jamais vus dans l'état qui avait été le leur le 28 mai 2017. X______ en voulait à D______ à cause de sa relation avec G______. Il réagissait comme un enfant à qui on avait enlevé son jouet. S'agissant des messages qu'il avait échangés avec X______ au début du mois de juin 2017, il avait pu en vouloir à D______ pour des raisons en lien avec la mécanique. Cela étant, sa fille et sa sœur, AA______, adoraient D______ et il n'aurait jamais rien fait pour les séparer. Il était entré dans le jeu de X______, ce qui avait été une erreur. Il savait que si la situation perdurait, X______ risquait d'en venir aux mains. En revanche, jamais il n'avait pensé que celui-ci pouvait mettre ses menaces de mort à exécution, que ce soit avec une arme ou une voiture. hc) Le 7 juillet 2017 devant le Ministère public, A______, la mère de D______, a expliqué que son fils avait vécu une relation de cinq ans avec H______ et qu'il avait été très affecté par leur rupture. G______ avait également eu besoin d'aide après sa rupture d'avec X______. Celle-ci s'était montrée très possessive et avait essayé de "chauffer" son fils. Ce dernier allait parfois dormir chez G______, mais il avait uniquement évoqué une relation d'amitié. Il lui avait rapporté que la jeune femme avait une fille dont elle ne s'occupait pas, qu'elle était maniaco-dépressive et au bénéfice de prestations de l'AI. A la fin du mois de mai, 2017 il lui avait confié avoir commis une petite bêtise en évoquant le fait qu'il avait couché avec G______ à une reprise. Son fils avait été très affecté par les propos tenus par la mère de X______, laquelle était très souvent présente, le traitait de "glandeur", qui n'y connaissait rien à la mécanique, et le rabaissait constamment. Depuis le mois de février 2017, X______ avait commencé à se moquer de ses compétences en mécanique et de sa taille. A sa demande, son fils lui avait transmis les menaces reçues par le biais de Snapchat. Il en avait éprouvé une certaine peur, celle de recevoir des coups notamment, mais pas celle de se faire tuer. Il avait commencé à avoir vraiment peur quand X______ lui avait écrit qu'il pouvait commencer à creuser sa tombe.
- 20 - P/12004/2017 hda) Le 9 juin 2017 devant la police, I______ a rapporté les aléas de la relation de son fils avec G______. Elle était intervenue en mars 2016, aux côtés des amis de son fils, pour que la jeune femme fasse un choix entre celui-ci et F______. Après le décès de son époux, le ______2016, elle avait demandé à son beau-frère de venir à la maison pour en faire partir G______, car elle ne supportait plus de l'y voir. Le 20 août 2016, suite à une dispute liée à la présence de G______ à son domicile, son fils s'était énervé et l'avait prise à la gorge. G______ s'était interposée et lui avait sauvé la vie. Le 22 août 2016, ils s'étaient retrouvés au poste de police de Blandonnet pour une médiation et il avait été décidé que G______ ne viendrait plus à son domicile, que son fils serait pris en charge par un psychologue et qu'il ne la violenterait plus. Son fils et elle avaient suivi une thérapie au centre "Couple et famille" jusqu'en décembre 2016. Le 22 août 2016 au soir, G______ l'avait appelée en pleurs, en lui rapportant qu'elle avait quitté son fils. Leur relation avait toutefois perduré jusqu'en décembre 2016 ou janvier 2017. Le 28 février 2017, elle avait reçu des appels d'un numéro masqué et elle avait reconnu la voix de G______ en arrière fond. Quand son fils l'avait récupérée, vers 22h30, ils s'étaient rendus au domicile de G______, où se trouvait également D______. Ils avaient nié être les auteurs de ces appels et le ton était monté. Suite à cela, G______ s'était rendue à la police et une médiation s'était tenue au début du mois de mars 2017 entre G______ et X______, lors de laquelle ils avaient convenus de ne plus se voir. Par la suite, ils avaient toutefois renoué des liens amicaux. L'achat de la Seat Leon Cupra de 300 chevaux avait constitué un fort attrait pour G______. Depuis ce jour, celle-ci collait son fils et ils avaient même prévu de partir ensemble le 3 juin 2017. Le vendredi 2 juin 2017 dans la soirée, elle avait accompagné son fils à la station Karcher de Peney, où il devait voir ses amis, soit notamment G______, D______ et AB______. Tout s'était bien passé. La relation entre son fils et D______ avait commencé à se détériorer depuis que le précité s'était rapproché de G______. Le premier était persuadé que le second profitait de la jeune femme, notamment de sa voiture et de son argent. S'agissant de la bagarre du 28 mai 2017, I______ a donné une version similaire à celle de son fils. D______ avait harangué ce dernier dès son arrivée en lui disant "Salut petit con". Ils s'étaient disputés en se reprochant réciproquement d'avoir nui à leurs précédentes relations de couple respectives. Son fils avait giflé D______, ensuite de quoi ils s'étaient battus. Elle avait dit à ce dernier que s'il voulait se "gratter les couilles dans la vie, c'était son affaire". Il était venu face à elle avec l'intention de la frapper. X______ l'avait alors ceinturé et projeté sur le capot de la voiture de G______. Ils s'étaient retrouvés à terre. D______ avait tenté de crever l'œil de son fils et l'avait mordu à la gorge. Elle n'avait plus eu de contact avec G______ et D______ depuis la plainte qu'ils avaient déposée le lendemain des faits. M______ était la nouvelle amie de X______ depuis deux mois environ, mais il s'agissait d'une relation fluctuante.
- 21 - P/12004/2017 hdb) Le 15 juin 2017 devant le Ministère public, I______ a allégué que X______ avait été marqué par le décès de son père. Il s'était réfugié dans un déni et ce thème représentait à chaque fois un sujet de dispute. La thérapie effectuée auprès des psychologues du Centre "Couple et famille" n'avait pas été fructueuse, car les médecins n'avaient pas su voir la détresse de son fils suite audit décès. De plus, elle pensait que G______ entravait toute démarche, ce dont son fils ne se rendait pas compte. Il ne supportait dès lors aucune remarque de sa mère dans ce sens et avait changé depuis le début de cette relation. Alors qu'il était posé, réfléchi et joyeux, il était devenu beaucoup plus nerveux à son contact. Dans la soirée du 26 mai 2017, son fils s'était rendu sur le parking de la piscine avec sa nouvelle voiture et G______ avait essayé de le reconquérir. Une semaine plus tard, elle était à nouveau venue à son domicile et avait complimenté X______, en le voyant en costume. Il était également prévu qu'il l'amène au manège de Chavannes-des-Bois le 3 juin 2017, ce qui ne s'était finalement pas concrétisé. Elle était d'avis que G______ avait "tout fait pour en arriver à ce jeu macabre" et pensait que son fils avait imaginé pouvoir récupérer la jeune femme. Le 6 juin 2017, lors d'un repas à son domicile, F______ et R______ avaient attisé la rancœur de X______ à l'encontre de D______ en lui disant qu'il fallait le "taper". he) Le 29 septembre 2017, M______ a expliqué avoir été très proche de X______ puis qu'ils s'étaient "mis ensemble" vers le mois de mai ou juin 2017. En fait, ils avaient essayé mais elle s'était rendu compte que leur relation était plus amicale qu'amoureuse. Leur relation avait duré environ un mois et demi. Le 8 juin 2017, ils étaient encore très proches. En réalité, ils étaient encore ensemble mais elle avait réalisé plus tard que ce n'était déjà "plus vraiment ça". hf) Le 12 septembre 2017 devant le Ministère public, R______ a rapporté connaître X______ depuis huit ans environ, grâce à leur passion commune pour les bus. Ils avaient également joué régulièrement ensemble à des jeux vidéo en ligne, notamment un jeu de voiture et un jeu où le joueur incarnait un criminel. G______ avait changé X______. Ce dernier rigolait beaucoup moins depuis qu'il la fréquentait. Il avait le sentiment qu'elle utilisait son ami. Il l'avait moins vu depuis lors. Le lundi 5 juin 2017, il s'était rendu au cinéma à Balexert, avec X______ et M______. Le 6 juin 2017, il était allé manger chez I______, alors que F______ et X______ étaient présents. Ils avaient peu parlé de la relation avec G______ ou de D______. Lorsqu'il avait écrit à X______ qu'il allait rendre D______ plus beau, il avait évoqué le fait de lui mettre un coup de poing. De manière générale, il réconfortait ses amis par des blagues ou des jeux de mots. Il ne connaissait pas D______ mais l'avait traité de "sous- merde" parce que celui-ci avait fait du mal à celui qu'il considérait comme son frère. Lors de la conversation du 7 juin 2017, il avait pensé que X______ rigolait, sinon il n'aurait pas écrit "mdr" ou "ahahah". Il avait déduit de cet échange que X______ était énervé mais que cela allait passer. Il ne se souvenait pas avoir dit vouloir taper
- 22 - P/12004/2017 D______, mais s'il avait fallu le taper pour défendre X______, il l'aurait fait, même sans savoir pourquoi. hg) Le 19 octobre 2017 devant le Ministère public, J______, demi-frère de X______, a expliqué avoir soupçonné, le 3 novembre 2016, G______ d'avoir plusieurs relations intimes. Il s'était fortement embrouillé avec son demi-frère, car il ne parvenait pas à le raisonner pour qu'il la quitte. Une réunion avait été organisée devant le bureau des automobiles, lors de laquelle G______ avait avoué "coucher" avec plusieurs garçons en même temps. Il était sorti de ses gonds et avait dit ses quatre vérités à son demi-frère, qui l'avait très mal pris. G______ était la première relation amoureuse de son demi-frère et il en était très amoureux. X______ était devenu plus colérique depuis qu'il était sorti avec la jeune fille. Les déclarations du prévenu sur le contexte ia) Lors de sa première audition à la police, X______ a indiqué que sa vie sentimentale était un "chaos". Il a décrit les débuts de sa relation avec G______, qui était alors l'amie intime de F______, ce qui n'avait toutefois pas créé de tensions entre eux. Le début de leur relation s'était bien passé mais des tensions étaient apparues après le décès de son père. Sa mère lui avait reproché de ne pas avoir été un soutien pour elle et de préférer passer son temps avec G______. En août 2016, il avait eu une grosse dispute avec sa mère et avait lancé une bouteille d'Oasis en sa direction, sans l'atteindre. Deux jours plus tard, G______ avait décidé de mettre un terme à leur relation. Dès septembre 2016, ils avaient entamé un "flirt", soit une union libre, à laquelle il s'était toujours opposé. Au mois de novembre 2016, H______ avait quitté D______. G______ avait proposé à plusieurs reprises à ce dernier de dormir chez elle. Il avait commencé à avoir des soupçons sur la nature de leur relation et il avait fouillé le téléphone de la jeune femme. Il avait ainsi découvert que G______ et F______ "couchaient" ensemble. Il s'était alors disputé avec elle et avait décidé de mettre un terme à leur relation. Quelques jours plus tard, ils s'étaient revus et avaient décidé de rester amis. Il avait toutefois toujours eu le souhait de la "reconquérir". Entre janvier et mars 2017, malgré quelques coupures dans leur relation, ils avaient toujours fini par se recontacter. Il avait questionné G______ et D______ sur leur lien. Les intéressés avaient toujours nié entretenir une relation. Selon lui, G______ espérait une relation avec D______, mais lui voulait juste "coucher" avec elle et profiter de la voiture de la jeune femme. A partir du mois de mars 2017, il voyait G______ en cachette, car D______ "engueulait" celle-ci à chaque fois qu'elle le contactait. Le 11 mai 2017, il avait acquis sa nouvelle voiture et G______ avait souhaité passer du temps avec lui. Leurs contacts s'étaient intensifiés. Il avait clairement le sentiment qu'elle était alors revenue vers lui par intérêt pour sa nouvelle voiture. Durant le tournoi de tennis de Genève, elle était montée avec lui dans la Seat et l'avait complimenté sur sa tenue de travail. Ils avaient ensuite pris la voiture de G______ et s'étaient rendus au bord du lac. G______ l'avait alors embrassé à plusieurs reprises et il avait joué le jeu, "en sachant pertinemment qu'elle ne faisait ça que pour la voiture".
- 23 - P/12004/2017 Le 26 mai 2017, il avait constaté des griffures sur son véhicule et avait soupçonné D______ d'en être l'auteur. Le même soir, G______ avait affirmé quelque chose de faux en matière automobile et D______ l'avait soutenue. Il s'était moqué de lui et avait publié l'anecdote sur les réseaux sociaux. Le 28 mai 2017, il y avait eu des "clashs" entre les deux hommes sur Snapchat. Le même soir, alors qu'il était en voiture avec sa mère et F______, il avait remarqué deux appels en absence - dont D______ était à l'origine selon l'analyse du téléphone de celui-ci. Il avait voulu rejoindre des amis au parking de la piscine et avait vu que la voiture de G______ y était garée. Quand il était arrivé près d'elle, il avait entendu D______ dire : "il est là ce petit con". Il était sorti de la voiture en furie et était allé lui "cracher ses quatre vérités". Tous deux étaient énervés et le ton était sec. Ils s'étaient mutuellement reproché d'avoir "cassé" leurs relations respectives avec H______ et G______. Il ne savait plus ce que D______ avait répondu, mais il avait réagi en lui donnant une "claque". D______ avait été un peu sonné et avait ensuite voulu se battre. Le 30 et le 31 mai 2017, il avait publié des messages menaçant sur Facebook et Snapchat, mais "il n'y avait rien de concret, c'était pour faire peur". Le message mentionnant qu'il devait terminer quelque chose faisait référence à un jeu qu'il devait terminer avec R______. Il n'y avait pas eu de contact entre lui et G______ entre le dépôt de la plainte du 27 mai 2017 et le 6 juin 2017. Ce jour-là, il avait essayé sans succès de la contacter. Il n'avait eu aucun contact avec D______. ib) Le 5 juillet 2017, X______ a confirmé ses déclarations à la police. Il a précisé qu'entre février et mars 2016, quelques tensions avaient existé entre lui et F______. S'il y avait eu des menaces réciproques, qu'il qualifiait de "petites", il n'y avait jamais eu de guerre entre eux. S'agissant de sa relation avec G______, il n'avait pas eu d'autre choix que d'accepter le "flirt" qu'elle lui avait proposé, s'il voulait continuer à la voir. Le fait que D______ avait procédé à des modifications sur le véhicule de G______ l'avait énervé. Celui-ci avait voulu faire "des choses qui n'étaient pas dans la légalité ou qui pouvaient détériorer le véhicule". Il ne voulait pas que G______ se fasse amender. S'il ne ressortait pas expressément des messages échangés entre G______ et D______ qu'ils "couchaient" ensemble, ils le laissaient sous-entendre, ce qui avait été clair pour lui lorsqu'il les avait lus. Il les avait montrés à F______ qui avait été du même avis. Les principaux intéressés avaient toutefois nié toute relation intime. D______ avait assuré qu'il ne se passerait jamais rien entre elle et lui. Il avait su que leurs affirmations étaient fausses, mais comme il avait voulu faire confiance à G______, il leur avait laissé "le bénéfice du doute". Il avait toutefois pris des distances avec elle. Vers la moitié du mois de mars 2017, il avait cependant posté sur Snapchat une photo de deux peluches que G______ lui avait offertes. Elle l'avait recontacté en affirmant qu'il lui manquait aussi et ils avaient recommencé à se voir.
- 24 - P/12004/2017 Au mois de mars 2017, il avait rencontré M______ et avait entamé une relation avec elle en avril 2017. Il était toujours amoureux de G______ mais il avait essayé de s'épanouir avec M______. Cette relation lui permettait de rester lui-même, ce qui n'était pas le cas avec G______. Quand il était avec celle-ci, il était nerveux, tendu, le "monstre" qu'il avait été lors du drame. Même si le drame était de sa faute, celui-ci ne se serait pas produit s'il n'avait pas fréquenté G______ et s'il n'avait pas fait le tour en voiture avec elle. Sa mère, N______ ainsi que F______ le lui avaient fait remarquer. Son demi-frère, J______, était également intervenu dans ce sens. Ils en étaient même venus aux mains. Il avait toutefois été aveuglé par son amour. Il utilisait souvent l'expression "je vais te tuer" avec sa mère ou avec des amis comme R______, F______ ou M______ par jeu. Il ne s'agissait pas de vraies menaces. ic) Le 27 juillet 2017 devant le Ministère public, X______ a confirmé que G______ avait mis un terme à leur relation en août 2016. En effet, le père de sa fille était violent et elle ne voulait plus fréquenter ce genre d'homme. Ils avaient néanmoins continué une relation de "flirt", lors de laquelle ils s'étaient comportés comme s'ils étaient en couple, mais sans l'afficher et sans qu'elle soit exclusive. Ils n'avaient plus entretenu de relations intimes depuis le mois de novembre 2016. Quant à G______ et D______, il ne croyait pas qu'ils aient "couché" ensemble. Il a évoqué un épisode du salon de l'auto 2017, lors duquel il avait publié sur Snapchat une vidéo de la fille de F______, sur laquelle H______ était visible. Fâché, D______ avait contacté cette dernière par téléphone, en lui demandant des explications. Alors qu'il était en voiture avec H______, ils avaient croisé D______ qui marchait sur le trottoir. Celui-ci leur avait fait un doigt d'honneur et lui avait envoyé un message dans lequel il disait : "continue à jouer au con". Il avait pour habitude de rassurer ses amis. Il lui arrivait de leur dire de ne pas se mettre dans tous leurs états pour une autre personne et de ne pas retourner vers leurs anciens petits amis. Il était souvent l'illustration de l'adage "faites ce que je dis, mais pas ce que je fais". Il avait passé des heures à jouer à GTA 5 avec R______. Il s'agissait d'un jeu où l'on incarnait un criminel et où le but était de s'entretuer. Il aimait le fait qu'il fallait s'y chercher et se tuer, soit toutes les choses que l'on ne peut pas faire théoriquement dans la "vraie vie". Il jouait également à Forza, soit un jeu de voitures. Il aimait les voitures qui allaient vite et était fier d'en avoir une. Il avait déjà roulé à trois reprises sur des circuits et maîtrisait très bien les véhicules. Sa relation avec M______ avait duré une semaine, soit depuis le 9 avril 2017, mais pour elle, leur relation avait duré un mois. Il avait voulu y mettre un terme car la jeune femme continuait à avoir des contacts avec son ancien petit ami. Elle était revenue vers lui vers le milieu du mois de mai 2017, car elle avait eu besoin de réconfort. Ils avaient partagé beaucoup d'activités, mais ne s'étaient toutefois jamais remis ensemble. id) Le 29 août 2017 devant le Ministère public, X______ a indiqué que les messages échangés avec R______ le 29 mai 2017 ainsi que les menaces sur Snapchat avaient été
- 25 - P/12004/2017 écrits sous le coup de la colère. Dans ce genre de moments, il disait beaucoup de choses qu'il regrettait ensuite. Il s'agissait d'évacuer la colère qu'il ressentait, mais il ne visait personne. Il n'avait jamais eu l'intention de tuer D______. Il regrettait ce qu'il avait dit et ce qu'il avait fait. Le matin du 7 juin 2017, il avait eu une longue discussion avec S______, la colocataire de G______, au sujet de la bagarre du 28 mai 2017. La première lui avait rapporté que la seconde avait tenté de le joindre dans la nuit pour qu'il la console après qu'elle s'était "salement engueulée" avec D______. Entre le 30 mai et le 7 juin 2017, il avait espéré voir G______ pour organiser l'expertise du véhicule de celle-ci et pour partir en week- end avec elle à la fin du mois de juin, mais la jeune femme ne lui avait pas répondu. La publication annonçant à D______ qu'il allait mourir n'était que de la provocation. Il voulait lui faire peur pour qu'il fasse une erreur et puisse en tirer profit dans la procédure pénale ouverte entre eux. ie) Le 19 octobre 2018 devant le Ministère public, X______ a expliqué qu'il avait fait livrer des fleurs à G______ pour son anniversaire, depuis la prison, même s'il ne l'avait pas fait exactement à la bonne date, car il n'avait pas été en mesure de le faire à la date en question. La journée du 8 juin 2017 ja) Le 8 juin 2017, à 01h30, après une dispute avec D______, G______ a tenté de joindre X______ par téléphone, puis lui a écrit qu'elle avait besoin de lui car elle allait mal. S______ est également intervenue dans ce sens auprès de lui. jb) Le jour des faits, X______ a eu plusieurs contacts téléphonique avec G______. Ils ont parlé de choses anodines. jc) De 14h00 à 21h00 environ, X______ a travaillé comme agent de sécurité au Caribana Festival de Crans-près-Céligny. jd) Pendant toute la journée, X______ a échangé de nombreux messages avec différents interlocuteurs. Il ressort notamment de ceux-ci qu'il espérait pouvoir voir G______ le soir-même pour discuter de la situation. Il n'arrivait toutefois que difficilement à la contacter et s'en est irrité. Il ne comprenait pas le fait que G______ lui ait dit qu'elle voulait le récupérer et qu'il devait la consoler, alors qu'elle ne répondait pas à ses messages. je) Parallèlement au fait qu'il attendait la confirmation d'une rencontre avec G______, X______ a échangé de nombreux messages avec L______. Tous deux ont évoqué la mise en place d'une discussion dans le but de réunir plusieurs amis afin de faire comprendre à G______ que D______ avait une mauvaise influence sur elle. Pour X______, il ne s'agissait pas d'une médiation au sens strict du terme. Il ne voulait pas que D______ soit présent et espérait uniquement que ses amis et lui parviendraient à convaincre G______ qu'elle devait le "dégager". A cette fin, X______ a contacté les différents intéressés. La réunion était censée se tenir le week-end suivant.
- 26 - P/12004/2017 jf) A 18h24, F______ a demandé à X______ s'il voyait finalement G______ le soir- même. L'intéressé lui a répondu qu'il ne le savait pas encore. A 19h32, X______ a écrit à F______ de solliciter sa sœur afin de savoir si celle-ci serait avec G______ durant la soirée et si D______ serait présent, ce que F______ lui a confirmé quelques minutes plus tard. A 19h38, X______ a appelé G______ pendant plus de cinq minutes. jg) A l'issue de cette conversation, X______ s'est plaint à F______ d'en avoir marre de cette situation et a affirmé vouloir dégager G______ avant la fin de la semaine. Il ne comprenait pas pourquoi elle lui disait qu'il lui manquait et qu'en fin de compte elle allait voir D______ plutôt que lui. S'il tombait sur le jeune homme au parking, il ferait exprès de s'arrêter et irait le chercher. jh) Après que F______ lui a conseillé de laisser tomber, X______ lui a répété, à de nombreuses reprises, entre 19h51 à 21h38, vouloir tuer D______. Il a notamment écrit: "Je vais l'écraser comme une vieille merde". F______ a pris cela à la rigolade et lui a plutôt proposé de "lui faire un gros bisou, avec sa main ou son poing". X______ lui a répondu : "Non, avec la Seat". Lorsque F______ lui a fait remarquer que cela allait salir sa voiture, il a répondu que ce n'était pas grave car il irait la laver. Plus tard, X______ a encore demandé à F______: "Tu viens avec moi aller tuer l'autre ce soir? j'ai envie… j'te jure… je suis pressé de finir là (…)". ji) A 19h55, X______ a écrit sur Snapchat à l'attention de D______ : "ton heure a sonné". jj) Un premier groupe d'amis, composé de AX______, G______ et AA______, est arrivé sur le parking de la piscine de Meyrin, vers 20h00. Une trentaine de minutes plus tard, D______ les a rejoints. jk) A 20h06, X______ a écrit à R______ : "R______ ça te dit un petit meurtre ce soir ?". jl) Après son service, vers 21h00, X______ est rentré en scooter à son domicile pour se changer. M______ y était présente avec I______. Il n'a pas mangé avec elles et est allé chercher en voiture F______ chez lui, aux Libellules, vers 21h45. En chemin, il est passé à plusieurs reprises devant le parking de la piscine et a constaté la présence de G______ et de D______. Il a pressé F______ de le rejoindre avant que le jeune homme ne quitte le parking et a encore menacé de tuer D______ dans la voiture. jm) Alors qu'il était en chemin, M______ lui a écrit de faire attention. Il lui a répondu : "t'inquiète pas je reviendrai vivant et entier. Bon y en a un y reviendra pas vivant". Sa mère lui a également laissé un message vocal dans lequel elle a lui demandé s'il était sûr qu'il allait revenir vivant car elle n'était pas sûre que "le nain de jardin ne l'attendait pas avec d'autres personnes". Il devait arrêter "de jouer au caïd". jn) Un peu avant 22h00, X______, accompagné de F______, est passé devant le parking de la piscine, au volant de son véhicule. Il est allé se garer sur un autre parking à proximité de la patinoire. Les deux jeunes hommes ont ensuite rejoint à pied le premier groupe sur le parking de la piscine. X______ était calme et il n'y a eu aucun
- 27 - P/12004/2017 échange entre D______ et lui. A un certain moment, X______ et G______ se sont éloignés du groupe pour discuter. jo) Toute la scène s'est déroulée sur le parking de la piscine de Meyrin. Celui-ci est composé de sept rangées de places de parc, d'une longueur de 80 m environ, chacune séparée par une voie de circulation à sens unique. Les cinq rangées du centre sont doubles, les places se faisant face. Elles sont régulièrement ornées de buissons et d'arbres, ainsi que d'un, respectivement deux, candélabres par rangée. Pour des motifs de simplification, le côté du parking où se situe l'entrée sera appelé le bas du parking et le côté opposé le haut. jp) Vers 22h20, AX______ a emmené AA______ et D______ dans sa voiture pour se rendre aux toilettes, dans un bar de Champ-Fréchet. Craignant pour sa Seat, X______ a couru vers elle et l'a amenée sur le parking. jq) Alors qu'il ne restait plus que F______, G______ et X______ sur le parking, les deux derniers nommés sont partis faire un tour avec la Seat. G______ conduisait le véhicule. Lors de cette promenade, qui a duré un peu plus de 30 minutes, G______ a avoué à X______ entretenir une relation intime avec D______. A ces propos, X______ a eu un geste d'énervement, en tapant contre la vitre de la portière. Selon les déclarations de G______, il a réitéré ses menaces de mort à l'encontre de D______, ce que tendent à corroborer les propos de X______ lorsqu'après les faits, il s'est adressé à la jeune femme en ces termes : "je t'avais prévenue". Selon les déclarations de X______ en audience, il lui aurait demandé de faire un choix entre les deux hommes, sans qu'elle n'ait formellement répondu. A cet égard, G______ a confirmé en audience de jugement lui avoir affirmé qu'il devait lui laisser du temps. jr) Peu avant 23h58, X______ et G______ sont revenus sur le parking. X______ était alors au volant de la Seat. Le reste du groupe était à nouveau présent sur le parking. La voiture de G______ était stationnée au bas de cette voie, sur la gauche dans le sens de marche des véhicules, à la hauteur des troisième et quatrième cases. A la fin des deux rangées de parking situées sur la droite, se trouvait un large buisson au centre des deux rangées. Un horodateur, protégé d'une barrière, se situait sur la gauche de ce buisson, vers le centre de la rangée de places bordant immédiatement cette voie de circulation. X______ a stoppé sa Seat, le moteur allumé, en haut de la troisième voie de circulation, à l'opposé de l'endroit où les véhicules de G______ et AX______ étaient garés. A ce moment, AX______, qui s'apprêtait à rentrer chez lui et à ramener AA______ chez elle, tandis qu'elle s'était rendue à pied vers la Seat, a démarré et a arrêté son véhicule à la hauteur de la Seat. F______ a suivi le même trajet, mais à pied. Dans le même temps, G______ est sortie de la Seat et est venue se placer à côté de la portière du conducteur, dont le fenêtre était restée ouverte. F______ les a rejoints quelques instants plus tard. Il a constaté qu'X______ était alors très tendu. js) X______ a donné un ou deux coups d'accélérateur puis, d'un seul coup, il a fortement accéléré en direction de D______, qui traversait la voie du parking de gauche à droite, quelques mètres plus bas. La Seat l'a heurté de plein fouet à une vitesse située entre 50 et 60 km/h. Il a été projeté en avant. X______ a arrêté son véhicule. Puis, alors
- 28 - P/12004/2017 que le corps de D______ se trouvait au sol, quelques mètres devant la Seat, il a redémarré et a roulé sur le corps inerte. jt) X______ s'est ensuite rendu avec son véhicule vers F______ et lui a demandé ce qu'il faisait. Il s'est à nouveau avancé vers le point de choc et est sorti de la Seat. AX______ a tenté de le retenir, mais X______ l'a repoussé et est remonté dans la voiture. Il a roulé à proximité de G______, qui avait accouru dans l'intervalle près du corps de D______. Il s'est adressé à elle en ces termes : "je t'avais prévenue". ju) X______ a ensuite quitté le parking et a tenté de joindre ses amis par téléphone. Il a indiqué avoir pensé à aller laver son véhicule à la station-service ou à fuir dans un autre pays, mais il est finalement revenu à son domicile, après que sa mère, avertie par F______, l'a convaincu de rentrer. La victime ka) Selon le scanner cérébral effectué par les HUG le 9 juin 2017, D______, né le ______1992, a souffert notamment d'un hématome épidural temporo-polaire gauche de 11 cm d'épaisseur maximale, d'une fracture déplacée de la partie squameuse de l'os temporal gauche et d'un hématome épicrânien fronto-pariétal bilatéral avec saignement actif artériel au sein de l'hématome à droite. kb) Selon le scanner thoraco-abdominal effectué le même jour par les HUG, des condensations et infiltrats en verre dépoli bi-pulmonaires majeurs ont été constatés chez D______. Il présentait également une fracture du pelvis "open book", avec fracture déplacée des branches ilio- et ischio-pubiennes et séparation de la symphyse pubienne, une fracture déplacée de la diaphyse proximale du fémur droit, une fracture déplacée du tiers moyen de la clavicule gauche et une fracture non déplacée de l'arc latéral de la 6ème côte gauche, un hématome pelvien extra-péritonéale avec saignement actif artériel postérieurement la symphyse pubienne, ainsi que dans le muscle ischio-caverneux gauche et en regard du muscle iliaque droit. De multiples hématomes avec saignement actifs artériels intra-musculaires ou sous-cutanés étaient également visibles dans plusieurs régions au niveau des quadriceps, des fessiers, des lombaires, des dorsaux et de la clavicule. kc) Son décès a été prononcé le 9 juin 2017, à 13h40. kda) Selon le rapport d'autopsie établi par le CURML le 6 juillet 2018, D______ a souffert d'un polytraumatisme sévère, en présence de signes de franchissement thoraco- abdominal gauche, avec ecchymoses "en forme" linéaires et répétées. Ces lésions pouvaient avoir été provoquées par une zone saillante "en forme de peigne" située sous le véhicule. Des signes de franchissement ont également été relevés au niveau du bassin et des membres inférieurs. Une fracture de la calotte crânienne et de la base du crâne, en charnière, a été constatée, avec un enfoncement d'un fragment temporal gauche, évocateur d'un mécanisme de compression à ce niveau. Au niveau des membres inférieurs, une plaie antérieure de la jambe droite a été constatée, ainsi qu'une fracture multi fragmentaire du fémur droit et une fracture du condyle externe du fémur gauche,
- 29 - P/12004/2017 avec hémarthrose. Les constations sont compatibles avec le heurt du corps par un véhicule, avec franchissement du corps par le véhicule (châssis). kdb) Le 29 août 2018 devant le Ministère public, le Dr AD______ a confirmé la teneur et les conclusions de son rapport du 6 juillet 2018. Avant l'examen de la victime, celle- ci avait bénéficié de mesures de réanimation extrêmes, destinées notamment à créer une sorte de circulation sanguine extracorporelle. Les experts avaient constaté la présence de lésions qui démontraient un franchissement par une pièce du châssis. Ils n'avaient pas mis en évidence, sur le corps, des signes qui pouvaient faire penser à un profil de pneumatique. Cela n'excluait pas le franchissement d'une partie du corps par une roue. Les experts pensaient que l'enfoncement d'un fragment temporal gauche avait été provoqué par une pièces saillante de 2 cm environ et non par la chute. D______ présentait des fractures sur les deux tempes ainsi que sur un zygomatique. Ces deux fractures se rejoignaient et s'expliquaient par un seul mécanisme de compression. Les éléments matériels la) Selon le rapport d'interpellation du 9 juin 2017, une patrouille de police s'est rendue à 00h25 au domicile de X______, où était stationnée la Seat Leon Cupra, feux allumés. X______ a été interpelé dans sa chambre, sans opposer aucune résistance. Il a spontanément reconnu être l'auteur des faits. lb) Selon le rapport d'arrestation du même jour, des témoins ont rapporté qu'après avoir percuté une première fois la victime, X______ lui avait roulé dessus quelques secondes plus tard, alors qu'elle se trouvait au sol. Cette manœuvre aurait eu pour effet de trainer la victime sur quelques mètres. Le véhicule a été acheminé à l'Hôtel de police pour constat, avant d'être mis en fourrière. lc) Selon le rapport de prélèvement du 9 juin 2017, le contrôle de l'alcool dans l'air expiré par X______ le 9 juin 2017, à 00h46, était négatif. Sa démarche était normale et ses paroles cohérentes, mais ses yeux étaient injectés. ld) Les enregistrements des appels à la CECAL de G______, d'un jeune homme et de AA______ ont été produits et confirment les versions rapportées. le) Le journal des appels du téléphone de X______, confirme qu'il a tenté de joindre F______ à deux reprises, à 00h02 et 00h03, puis qu'à 00h04, il a essayé d'appeler L______ et S______. A 00h05, il a reçu l'appel de sa mère, avec qui il a parlé pendant 4 min 30 sec. maa) Selon l'expertise réalisée par le Centre de tests dynamiques (ci-après DTC) le 31 août 2018, l'emplacement du choc initial n'a pas pu être déterminé précisément, faute d'indices sur la chaussée. Sur la base des différents témoignages ainsi que d'après la position finale des lunettes et du sac à dos du piéton, une zone a été retenue comme la plus plausible. Au vu des témoignages, la distance d'accélération de la Seat entre sa position à l'arrêt et le point de choc a été estimée à 30 m au maximum. Compte tenu d'une accélération maximale sur cette distance de 60 km/h, un domaine de vitesse de 50 à 60 km/h a été retenu comme plausible, au moment du choc avec le piéton. L'expertise relève toutefois qu'il est également possible que le véhicule ait heurté le piéton à une
- 30 - P/12004/2017 vitesse moindre, sur la base d'une comparaison entre les dégâts subis par la Seat et ceux subis par des véhicules utilisés lors de crash tests. Lors de ceux-ci, les dommages subis au niveau du capot et du pare-brise après des collisions dans ce domaine de vitesse sont plus importants. Le système "Front Assist" de la Seat avec détection de piéton fonctionne correctement, mais uniquement si le piéton est en mouvement. Le système n'a jamais réagi en présence d'un piéton immobile ou couché sur sa trajectoire. Selon les tests réalisés jusqu'à 35 km/h, à cette vitesse le système détecte le piéton en mouvement, mais il devient limite pour éviter un choc. Il est fort probable qu'une vitesse supérieure à 35 km/h ne permettrait pas d'éviter un choc. Les différentes traces laissées sur la Seat laissent penser que, suite au choc, le piéton a vraisemblablement été projeté par-dessus le capot puis est venu heurter le toit, avant de retomber au sol, sur la gauche du véhicule. Après avoir vraisemblablement fait un tour complet pour revenir vers le piéton, la voiture a roulé sur lui, alors qu'il était étendu sur le dos, avec un angle d'environ 45°, comme le démontre les griffures obliques retrouvées sur l'abdomen de D______. Selon un complément d'expertise du 22 octobre 2018, l'enclenchement de la fonction "launch control" au moment des faits n'aurait pas modifié les conclusions de l'expertise. mab) Le 8 octobre 2018 devant le Ministère public, AE______, expert, a confirmé les conclusions de son rapport. Dans le cas particulier, en l'absence de traces sur les lieux de l'événement (pneumatique, semelles, sang), il avait dû se baser sur les différents témoignages, la position des lunettes et du sac à dos ainsi que sur les dommages du véhicule. Il était peu plausible qu'à la suite du premier choc, la voiture ait roulé sur le piéton en continuant sur sa lancée, dans la mesure où le piéton était tombé sur le côté gauche de la voiture. Il n'y avait eu qu'un seul passage de la voiture sur le piéton et, d'après son expérience, il n'y avait pas eu d'écrasement direct par les roues. Le piéton était passé entre les deux essieux. Il était assez rare de ne pas avoir d'impact sur le pare- brise lorsqu'il y en avait sur le capot et le toit du véhicule, raison pour laquelle il s'était posé des questions sur la vitesse de l'impact. Il avait finalement conclu à une vitesse de collision de 50 à 60 km/h, dans la mesure où il fallait une certaine vitesse pour que le piéton soit projeté sur le toit, respectivement par-dessus le véhicule. Il était tout à fait possible que, sur la distance estimée, X______ n'ait pas appuyé à fond sur la pédale. Les déclarations de ce dernier, selon lesquelles il avait heurté la victime, freiné puis à nouveau accéléré en lui passant dessus, étaient autant compatibles avec les éléments constatés que la version selon laquelle il aurait fait un tour autour de l'îlot avant de passer sur le corps. mb) Le véhicule de marque Seat, modèle Leon Cupra 2.0 a été séquestré et a fait l'objet d'expertises. Aucune défectuosité n'a été constatée. Le capot et le pare-chocs sont déformés et la calandre est cassée. Des traces d'impact ont été relevées au centre du pavillon du toit, à la hauteur du pare-brise. D'autres enfoncements plus petits ont été remarqués sur le côté gauche et droit du toit. Une marque de frottement est également visible sur le côté gauche du toit, à la hauteur du montant arrière de la porte conducteur. L'activation du "launch control" nécessite deux manœuvres préalables, à savoir déconnecter l'anti-patinage et sélectionner un mode particulier. L'activation de ce mode
- 31 - P/12004/2017 désactive le système de détection de piéton. Selon les tests réalisés, sur la distance comprise entre le point de démarrage théorique d'X______ et l'endroit du heurt de D______, la vitesse maximale possible était comprise entre 57 et 63 km/h. Les éléments de l'enquête ne permettent pas de retenir que le "launch control" ait été activé lorsqu'X______ a démarré en direction de la victime. mc) Le profil ADN de D______ a été retrouvé sur les prélèvements effectués sur les traces rougeâtres relevés sous la Seat. Aucun profil ADN interprétable n'a été mis en évidence sur la trace glissée relevée sur le côté gauche du toit du véhicule, au-dessus du montant avant de la porte arrière. Les messages échangés le jour des faits
n) Compte tenu de leur importance, les messages essentiels échangés par X______ sont mentionnés ici. na) Le jour des faits, X______ a été en contact avec G______ de la manière suivante :
- Entre 01h26 et 01h27, le numéro de G______ a essayé d'appeler celui de X______ à trois reprises.
- A 01h32, X______ a reçu le iMessage suivant depuis le numéro de téléphone de celle-ci : " Coucou c'est S______ tu ne me répond pas stp répond moi G______ ne vas pas du tout bien elle aurai besoin de toi et de te voir !!stp répond pas moi c'est urgent je mtkt pour elle ნმმმმმმმმმმმმ".
- A 01h33, G______ a écrit à X______ sur Whatsapp : "X______ j'ai besoin de toi… sa va mal".
- Dans la journée, G______ a appelé X______ pendant près de quinze minutes vers 10h00 et plus de cinq minutes vers 12h28. X______ l'a appelée également pendant cinq minutes à 19h38.
- Dans l'après-midi, ils ont échangé quelques messages cordiaux, dans lesquels G______ lui demandait où il était et semblait désolée qu'il ne soit plus à Balexert, là où elle disait se faire coiffer. nb) X______ est également en contact avec la colocataire de G______, S______.
- Dans la matinée, X______ a écrit à S______ pour lui dire que "ça le tue" que G______ veuille le voir mais qu'elle trouvait toujours une excuse. Elle lui a répondu que G______ voulait bien le voir, mais pas pour se faire engueuler. Celle-ci ne voulait pas qu'il lui parle de D______. Ils ont semblé avoir convenu de se voir.
- A 11h13, X______ a laissé un message vocal disant qu'il voulait bien consoler G______, mais pas si elle retournait ensuite vers D______. Elle devait choisir entre les deux.
- A 18h30, S______ a envoyé une image d'une étagère qui s'était décrochée du mur de la chambre de G______ et a demandé à X______ quel jour il pouvait venir la réparer. Il a répondu en rigolant et a constaté qu'il n'y avait pas qu'une vis qui s'était décrochée. Dans le message vocal suivant, G______ lui a demandé sur un ton léger s'il voulait qu'elle lui rappelle comment ils avaient galéré pour monter ce truc qu'il lui avait fabriqué. X______ a répondu à G______ sur le même ton.
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- A 19h23, comme S______ n'était plus avec G______, il lui a parlé du groupe Whatsapp destiné à organiser une table ronde pour expliquer à celle-ci que D______ n'était pas une bonne personne, vu que, selon lui, plusieurs d'entre eux ne le supportaient plus. S______ a répondu que ce n'était pas une bonne idée parce qu'G______ ne voulait plus rien entendre au sujet de cette histoire.
- A 19h27, X______ a maintenu sa position et a dit que G______ devait faire face aux problèmes.
- A 19h45, le ton de X______ a changé et il s'est plaint du fait que G______ lui disait qu'il lui manquait et que, le soir-même, elle allait voir D______. Il n'en pouvait plus et, dès la fin de la semaine, il la dégageait. nc) Pendant toute la journée, X______ et L______ ont beaucoup échangé de messages, surtout vocaux. Leur conversation est à l'origine du projet de réunir des amis pour parler à G______ :
- X______ a commencé par expliquer à L______ son ressenti. Il se sentait constamment mal. Quant à G______, elle allait mal suite à une dispute avec D______ de sorte qu'il devait la réconforter. Il était en train de se battre "pour ça", toutefois il ne voulait pas la réconforter pour qu'elle retourne ensuite "vers le mal" et que lui "se prenne dans la gueule". G______ n'avait toujours pas compris qu'il fallait qu'elle dégage D______. Il en avait marre d'être là juste quand elle en avait besoin. X______ et L______ ont évoqué une "médiation" entre tous leurs amis et G______. Pour X______, si D______ était là, "c'était mort". L______ lui a conseillé de mettre en œuvre la médiation et de rester calme. X______ lui a rapporté que D______ s'en était pris à S______ en lien avec le fait que le chien de G______ avait déféqué sur ses affaires laissées au domicile de G______. Le problème de D______ était qu'il se prenait pour un dictateur, incapable de reconnaître ses erreurs et reprochant les choses aux autres. Il a ajouté que c'était triste d'avoir des gens comme ça sur la planète et ça lui "faisait chier" que cela tourne autour de G______. - Entre 18h00 et 18h30, ils ont discuté de l'organisation de la "médiation". Ils souhaitaient que L______, S______ et "P______", éventuellement F______ et AF______, le "frère de cœur" de G______, y participent. En effet, ceux-ci pensaient aussi que D______ n'était pas une bonne personne à avoir dans son entourage. X______ a proposé d'organiser ce rassemblement le week-end suivant. Comme L______ était occupée, ils l'ont repoussé au week-end d'après. Ils ont décidé de créer un groupe Whatsapp et ont discuté de ses modalités jusqu'à 19h35. Le ton de X______ était calme.
- A 20h15, X______ a laissé un nouveau message vocal à L______. Le ton était toutefois plus irrité et il a décrit un "exemple typique". G______ lui avait dit qu'il lui manquait et il devait la consoler. Ils avaient prévu de se voir le soir-même, mais finalement G______ était allée voir "l'autre con de D______".
- A 21h28, L______ a pris une voix ironique pour lui faire remarquer qu'il se faisait prendre "pour la bonne poire", alors qu'il avait dit qu'il ne se ferait plus avoir. Elle lui a conseillé de dire à G______ que, la prochaine fois qu'elle annulerait, il ne lui dirait plus jamais oui.
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- A 21h34, X______ lui a dit de ne pas s'inquiéter, que G______ n'était pas prête de le revoir, avant de préciser qu'enfin "on verra bien". Pour lui "c'était mort", la prochaine fois, c'était lui qui lui "tournait à l'envers". L______ lui a répondu qu'elle ne le croyait pas vu le nombre de fois qu'il l'avait prétendu. Tous deux savaient bien que la prochaine fois qu'G______ pleurerait, il voudrait la réconforter.
- A 21h36, X______ lui a répondu qu'elle pourrait être étonnée, car il n'avait pas mâché ses mots envers G______ au téléphone, lorsqu'elle était avec S______. L______ en a rigolé en relevant que cela ne lui ressemblait pas de jouer "au gros dur". Il était trop gentil et faisait trop de concessions, ce qui le "bouffait beaucoup". Il ne devait pas se donner un genre. Même s'il en voulait énormément à G______, il continuait à être là pour elle et il devait l'accepter, mais devait trouver un mode de fonctionnement acceptable pour lui.
- A 21h42, X______ a concédé savoir qu'il était beaucoup trop gentil, ce qui constituait son problème. Il avait cependant gardé ses distances en donnant l'exemple d'une conversation téléphonique avec G______. Cette dernière lui avait dit en rigolant "X______, je te déteste" et il lui avait répondu "je t'adore G______" au lieu de lui dire "je t'aime", comme il l'aurait déclaré d'habitude. Il gardait toutes ses distances car il savait qu'elle retournerait voir D______. nd) A 19h04, X______ a contacté AF______ pour lui proposer de participer à la "médiation" envisagée. Celui-ci a répondu bien vouloir venir mais qu'il écouterait ce que chacun avait à dire car D______ ne lui avait rien fait. ne) X______ et F______ ont également beaucoup communiqué ce jour-là. Leurs messages permettent de ressentir une certaine bascule lorsque X______ apprend que G______ a prévu de passer sa soirée sur le parking de la piscine en compagnie de D______. L'évocation de tuer le précité devient alors omniprésente. Les messages suivants sont notamment apparus :
- A 18h24, F______ a demandé à X______ si, finalement, il voyait G______ le jour- même. X______ a répondu l'ignorer.
- A 18h40, il l'a informé que L______ et lui organisaient un groupe pour convaincre G______ que D______ n'était pas une bonne personne et qu'elle devait "le dégager". Il le tiendrait informé plus précisément. Il en avait marre de cette situation et voulait dégager G______ avant la fin de la semaine. Il a ajouté que L______ avait "pris les grandes mesures".
- A 19h32, X______ a laissé un message vocal à F______, lui demandant d'interroger sa sœur, AA______, sur ses projets pour la soirée. Il avait eu S______ au téléphone tandis que G______ se trouvait derrière elle. Celle-ci projetait de conduire avec AX______ et AA______, mais X______ pensait que D______ serait sûrement présent. Il voulait en avoir le cœur net.
- A 19h38, F______ lui a confirmé que sa sœur verrait D______. X______ lui a répondu que cela ne l'étonnait même pas, sous-entendu que G______ irait voir D______.
- A 19h47, par message vocal, il a juré dégager G______ avant la fin de la semaine. Il en avait marre. Il ne comprenait pas pourquoi elle lui disait qu'il lui manquait, qu'elle
- 34 - P/12004/2017 voulait qu'il la réconforte et qu'en fin de compte, elle allait voir D______ plutôt que lui. Il jurait que s'il tombait sur le précité au parking, il ferait exprès de s'arrêter. Il a terminé son message en affirmant qu'il allait "dégager G______" dimanche.
- A 19h50, il a rapporté avoir aussi laissé un message vocal à S______ et attendre sa réponse, car cette situation le gonflait. Il allait "[s]e faire l'autre" et allait "le chercher". F______ lui a conseillé de laisser tomber mais X______ lui a assuré qu'il voulait "se le faire", ce à quoi F______ a répondu "baise le". En même temps que l'échange de messages entre X______ et L______ relatif à l'organisation de la "médiation", se place la discussion suivante, entre 19h52 et 21h38 :
- X______ : Non je vais le tue. Je vais l'écraser comme une vieille merde;
- F______: Mais nooooon. Tu vas lui faire un gros bisou, avec ta main ou ton poing, je sais pas encore;
- X______ : Non avec la seat;
- F______: Noooooooon tu va la salir. C'est pas un animal fantôme celui là;
- X______ : C'est pas grave j'irais la laver;
- F______: Et si tu la casse;
- X______ : Tkt pas pour sa. Tkt je gère;
- F______: C'est bien ce qui m'inquiète;
- X______ : Connard;
- F______: Tu gère quedal toi en général;
- X______ : Ah sa tkt pas que je vais gere; (…)
- X______ : (audio) Tu viens avec moi aller tuer l'autre ce soir? Arghh j'ai envie… arghgg j'te jure… je suis pressé de finir là (…);
- F______: Tu fini quand?
- X______ : Dans 30 min;
- F______: Mais tu dois manger non?
- X______ : (audio) Vers 21h10, 21h15 chez moi. Si tu veux après on y va. On prend la voiture et on y va. Laisse tomber je mangerai pas. J'ai pas très faim encore en ce moment. T'inquiète pas pour ça;
- F______: Ahahah. Petit machin à pas faim;
- X______ : Noooon. Je tue du nain de jardin. Je veux*;
- F______: Mdr. Mange le après;
- X______ : Non. Je le jete a la benne;
- F______: T'as peur d'être malade?
- X______ : Grave;
- F______: Cela se trie dans quel type de déchet?
- X______ : Je sais pas trop. On s'en fous on jette dans les ordure menager;
- F______: Ouai ok. J'espère que ça brûle bien;
- 35 - P/12004/2017
- X______ : Au pire on met de l'essence;
- F______: J'ai G______ qui m'as appeler pour me dire que t'as fais scandale. Ahahah;
- X______ : Looooool;
- F______: Lol c'est cher payer pour lui;
- X______ : Grave. Mais c'est pas grave;
- F______: Economie de lenvironnement. L'environnement;
- X______ : (audio) On va déjà fait une belle fleur à la terre en éliminant cette ordure. On peut bien dépenser au moins dix litres d'essence, c'est rien ou bien;
- F______: Mouais;
- X______ : Bon alors tu viens?
- F______: Jai pad envie de me battre moi. Alors ca risque de faire très mal si je me face. Faché;
- X______ : Ils sont dans les voitures au P-Piscine près à partir depuis qu'ils m'ont vu passer. J'aimerais bien savoir où c'est qu'ils vont aller;
- F______: Pourquoi t'es passer devant endouille;
- X______ : (audio) Pour leur montrer ma présence, tu crois quoi? Pour faire peur. Pour dire : attention je vais arriver;
- F______: Mdr. Tu leur as donner rdv?
- X______ : (audio) Moi je leur ai rien donné rendez-vous du tout. Par contre tu vois je suis là dans 5 minutes. Donc si tu veux déjà descendre… si tu veux;
- F______: Je suis un roi en ce moment;
- X______ : (audio) Et bien active;
- F______: Tu fais quoi derrière à bus depuis tout à l'heure
- X______ : (audio) tu fais pareil;
- F______: (audio) Pareil que quoi? D'abord?
- X______ : (audio) Pareil que avant derrière ton bus. T'actives! Tu grouilles ton cul avant qu'il se bouge ce fils de pute. Je veux me le choper. J'veux m'faire un lancer de nain de jardiiiinnn… din-din-din… J'le veux, j'le veux et je l'veux ce soir… j'veux mon repas…;
- F______: (audio) T'as qu'à bouffer le minou de la blonde qu'est chez toi. C'est mieux non?
- X______ : (audio) J'en ai rien à foutre du minou de la blonde de chez moi. Je veux le nain de jardin ce sooooirr;
- F______: (audio) Ouais. Mais tu sais que c'est pas commestible hein? Enfin je crois;
- X______ : (audio) J'ai pas dit que je voulais le bouffer. J'veux le tuer, l'enterrer et basta.
- Les derniers messages audio avant le drame concernent l'arrivée de X______ chez F______ et prennent place à 21h45. F______ a relevé avoir entendu arriver
- 36 - P/12004/2017 X______, lequel lui a répondu que ce n'était pas possible, qu'il n'avait pas fait de bruit et qu'il était en mode normal. Le ton était toujours à la rigolade. A 22h20, F______ lui a écrit qu'il revenait car sa sœur avait besoin de faire pipi, puis à 23h06 "ils sont de retour". nf) A 20h06, X______ a écrit à R______ : "R______ sa te dit un petit meurtre se soir", ce à quoi l'intéressé a répondu : "je bosse hahaha". ng) A 21h22, M______ a écrit à X______ de faire attention. Il lui a envoyé tout d'abord un bref message, puis lui a laissé le message vocal suivant, à 21h38: "T'inquiètes pas, je reviendrai vivant et entier. Bon, y en a un y reviendra pas vivant. Mais bon, ça c'est pas grave". Elle lui a répondu : "Ta de l humour. non mais… Calme toi…". nh) A 21h43, X______ a envoyé une image à sa mère en lui disant de la montrer à M______. Il s'agissait d'une publication listant les signes du zodiaque, du plus romantique au moins romantique. Sa mère lui a répondu que M______ aurait préféré qu'il soit là.
o) Du contenu du téléphone portable de D______ ressortent notamment les éléments suivants. oa) Un échange de messages confirme qu'une dispute a eu lieu entre D______ et G______ dans la nuit du 7 au 8 juin 2017. D______ lui a notamment écrit : "Demerdes toi désormais.." à 23h28 et "Je souhaiterai juste récupérer mes affaires une prochaine foi.. désolé mais là vous avez fait déborder le vase..". Cependant, à 01h38, D______ lui a demandé de l'appeler, car il s'inquiétait pour elle. G______ lui a répondu que c'était chou de s'inquiéter pour elle et qu'elle s'endormait doucement. ob) Le 8 juin 2017, X______ a publié deux messages sur sa "story" Snapchat, visibles par tous ses contacts. Le premier, publié à 16h22, était une photo de lui avec le message "je cuits au soleil". Le second a été posté à 19h55 et contenait le texte suivant : "Ton heure a sonner". Les déclarations des témoins sur le jour du drame paa) Le 9 juin 2017 devant la police, G______ a indiqué qu'après l'arrivée de X______ sur le parking, elle l'avait pris à part, afin de discuter de leur situation. Elle ne supportait en particulier plus qu'il la surveille. Elle avait ensuite pris le volant de la Seat, car elle voulait l'essayer. Pendant quasiment tout le trajet, ils avaient discuté de leur conflit. X______ lui avait dit que D______ était une mauvaise personne, qui profitait d'elle. Elle lui avait répondu qu'elle n'appartenait à personne et que D______ lui avait interdit de le voir jusqu'à ce qu'un juge se prononce sur leurs plaintes. A un moment donné, X______ avait tapé du poing contre la vitre ou la portière. Il lui avait affirmé que c'était pour écraser un moustique, mais pour elle, il s'agissait d'énervement. Après un certain temps, il avait repris le volant pour lui montrer ce que représentaient 300 chevaux sous le capot, en faisant de fortes accélérations. Lorsqu'ils étaient revenus sur le parking et qu'elle s'était accoudée à la fenêtre du conducteur, F______ les avait rejoints et avait demandé à G______ ce qu'elle avait fait à X______, pour qu'il soit dans cet état. En effet, avant le tour en question, celui-ci était plutôt calme, alors qu'après, il était très énervé. D'ailleurs, durant le trajet, il lui avait fait comprendre que, s'il croisait D______,
- 37 - P/12004/2017 il le tuerait. Elle ne se souvenait cependant pas s'il avait utilisé ces termes exacts. Alors qu'il était arrêté sur le parking, X______ avait fait vrombir son moteur deux ou trois fois puis était parti en direction de D______, qui était en train de traverser la voie de parking une vingtaine de mètres devant lui. Il lui semblait que D______ était de face lorsqu'il s'était fait percuter par l'avant droit du véhicule. Il s'était fait projeter vers l'avant et le véhicule avait ensuite roulé par-dessus lui. Elle avait alors couru vers D______ pour le secourir. X______ était ensuite revenu vers eux au volant de sa voiture et lui avait dit quelque chose du genre "il l'a mérité", sans qu'elle se souvienne des mots exacts. pab) Le 28 juillet 2017 devant le Ministère public, G______ a confirmé ses précédentes déclarations. Elle a précisé que, lors du tour en voiture, elle avait dit à X______ avoir "couché" avec D______ et que celui-ci venait environ une fois par semaine chez elle. A son avis, lorsque X______ avait violement tapé contre la vitre de la portière, il avait dû se dire "putain merde, elle l'a fait". Il avait ensuite clairement fait savoir qu'il voulait faire du mal à D______. Il avait dit quelque chose du genre "je le vois, je le tue". Il lui avait également dit qu'il était protégé, au cas où il lui ferait plus que du mal. Ces propos l'avaient inquiétée et elle y avait repensé quand, après avoir roulé sur D______, X______ lui avait lancé qu'il l'avait prévenue. pba) Le 9 juin 2017 devant la police, F______ a expliqué que, le soir des faits, il s'était rendu sur la parking de la piscine de Meyrin avec X______, parce que celui-ci voulait parler à G______ du problème qui les occupait depuis plusieurs mois, soit les liens de celle-ci avec D______. X______ savait que le précité serait présent. Depuis plusieurs semaines, son ami menaçait celui-ci de mort par le biais de Facebook et de Snapchat. Il avait toujours pensé que les menaces étaient "des paroles en l'air". A la période où lui et X______ voyaient G______, son ami l'avait également menacé de mort, via les mêmes réseaux sociaux. Le soir des faits, X______ était passé le chercher chez lui aux alentours de 21h30. Le jeune homme était calme et avait lancé en rigolant "je veux me le faire", en parlant de D______. Il ne l'avait vraiment pas pris au sérieux, mais il lui avait quand-même répondu que cela ne servait à rien de vouloir le tuer. Ils avaient tous deux utilisé le terme "tuer", mais pour lui, il évoquait plutôt une bagarre, comme lors de l'épisode du 28 mai 2017. Arrivés à la hauteur du parking de la piscine, ils avaient continué jusqu'au parking de la patinoire, qui se trouvait à proximité, car X______ voulait éviter que la Seat soit victime de "dommages collatéraux", comme l'avait été le véhicule de G______ le soir du 28 mai 2017. En se rendant à pied jusqu'au parking de la piscine, ils avaient rigolé et il avait dit à X______ de le laisser d'abord parler à G______ et à D______ pour éviter toute querelle. Jusque vers 22h30, tout s'était passé calmement. X______ et G______ s'étaient isolés pour discuter. Après qu'il avait accompagné sa sœur AA______ dans un bar, en compagnie de AX______ et D______, il était retourné parler avec G______ et X______, qui était calme. Ils avaient fait quelques passes avec un ballon. A un moment donné, AX______, AA______ et D______ étaient partis en voiture sans leur dire où ils allaient. X______ était directement retourné à sa voiture, par peur que D______ soit allé l'abimer. Tel n'avait pas été le cas et X______ était revenu sur le parking au volant de la Seat. G______ s'était ensuite installée au volant du
- 38 - P/12004/2017 véhicule. Comme elle voulait l'essayer depuis longtemps, X______ avait accepté qu'elle la conduise. Lorsque X______ et G______ étaient revenus sur le parking, ils s'étaient arrêtés loin des véhicules, où F______ discutait avec AA______, AX______ et D______. Il était tard et tout le monde s'apprêtait à rentrer. AX______ et AA______ s'étaient dirigés vers la Seat en voiture. Pour sa part, il les avait rejoints à pied. Alors qu'il était en train de dire au revoir à AX______ et AA______, il avait aperçu que X______ était une "boule de nerfs". Celui-ci était assis dans sa voiture et son visage était tendu, regardant dans la direction de D______. Il avait démarré en "launch control", à savoir en appuyant fort sur l'accélérateur, tout en maintenant le frein, avant de démarrer pour partir très rapidement. Il était arrivé "en pleine face" sur D______ et l'avait percuté une première fois. Il avait ensuite fait le tour des poteaux se trouvant sur le parking et était revenu rouler sur la victime. Après cela, D______ était venu vers lui et lui avait demandé s'il voulait monter. Pour sa part, il avait contacté le 144 puis la mère de X______, à qui il avait tout expliqué. G______ n'avait pas été en état de parler après les faits, si bien qu'il ne savait pas pourquoi X______ s'était mis dans cet état de folie. Pour lui, celui-ci avait vraiment "viré". X______ était habituellement une personne douce, voir timide. En début de soirée, il était souriant et déconnait avec lui. A partir du moment où il était revenu de son tour en voiture avec G______, il n'avait plus été le même. pbb) Le 12 septembre 2017 devant le Ministère public, F______ a déclaré qu'il avait prévu de voir sa sœur AA______ sur la parking de la piscine, tandis que X______ souhaitait rencontrer G______. Avant d'arriver, il avait demandé à son ami de ne pas hausser le ton, car il avait peur qu'il y ait à nouveau une bagarre. X______ avait été d'accord avec lui et celui-ci ne s'était pas rendu sur le parking pour se battre. Deux heures s'étaient écoulées sans que rien de particulier ne se soit passé. Il n'avait jamais vu X______ dans l'état qui était le sien lorsqu'il s'était approché de la Seat après que son ami et G______ étaient revenus sur le parking. Ce dernier, rouge et en colère regardait fixement devant lui et ne répondait pas lorsqu'il lui parlait. Il s'était souvenu après coup que G______ lui avait dit "ne fais pas ça, il y a ma voiture". Pour lui, elle savait ce que X______ voulait faire, à savoir percuter D______. Quand le premier avait vu le second avancer, il avait appuyé sur l'accélérateur. G______ avait immédiatement couru après la Seat lorsque celle-ci avait démarré, avant même qu'elle ne percute D______. pc) Le 9 juin 2017 devant la police, AX______ a indiqué que, le soir des faits, G______ avait été nerveuse lorsque X______ avait rejoint le groupe en raison des tensions entre celui-ci et D______. Ce dernier était resté un peu à l'écart, consultant son téléphone. S'agissant de la collision, il a indiqué que D______ devait se trouver à une vingtaine de mètres de son véhicule et de la Seat, arrêtés au milieu de la voie. Il avait vu celle-ci partir en "lauch control" en direction de D______, mais ne l'avait pas vue le percuter. Il était sorti de son véhicule, tout comme AA______. Toutefois, choqué, il n'avait pas pu s'approcher de la victime. Il n'avait pas vu que X______ serait passé une deuxième fois sur le corps de D______. Il avait essayé de retenir le jeune homme lorsqu'il était revenu
- 39 - P/12004/2017 vers lui avec la Seat et qu'il en était descendu. X______ l'avait toutefois repoussé et avait quitté le parking avec son véhicule. pd) Le 9 juin 2017 devant la police, AA______ a expliqué qu'elle était la petite sœur de cœur de F______, qui était le fils de l'ancien compagnon de sa mère. Elle avait vu deux ou trois fois D______ et X______. Le soir en question, X______ était passé deux ou trois fois devant le parking de la piscine, en conduisant de manière totalement irresponsable, pour attirer leur attention. Une quinzaine de minutes plus tard, il était arrivé à pied sur le parking, accompagné de F______. Lorsque X______ et G______ étaient revenus de leur tour en voiture, ils s'étaient garés un peu plus loin, les phares allumés, et étaient restés dans cette position une dizaine de minutes. Comme elle devait partir, elle s'était rendue vers eux pour les saluer. AX______ les avait rejoints avec sa voiture, qu'il avait placée à la hauteur de la Seat. G______ était sorti de la voiture de X______, dont le moteur était enclenché. Un instant plus tard, X______ avait commencé à appuyer sur l'accélérateur, sans mettre la voiture en mouvement, avant de partir "comme un boulet de canon". Au début, elle avait cru qu'il allait de nouveau "faire son intéressant", mais il avait percuté D______. Elle avait vu quelque chose voler, dont elle avait cru qu'il s'agissait du parcomètre ou d'un sac en plastique. Elle avait compris ensuite que D______ avait été projeté plus loin. Après cela, X______ avait fait demi-tour et était parti en direction du CERN. Elle avait appris plus tard qu'après son demi-tour, il avait de nouveau roulé sur la victime, mais elle ne l'avait pas vu faire, car elle était trop loin et ne savait pas où D______ était tombé. pe) Le 5 juillet 2017 devant le Ministère public, AG______ a déclaré s'être arrêtée peu avant minuit avec son ami dans la 4ème allée du parking de la piscine. Deux voitures étaient déjà arrêtées perpendiculairement aux places, dans la troisième allée, au bout de la flèche de direction du milieu. Alors qu'ils étaient appuyés contre le coffre de leur véhicule pour fumer une cigarette, ils avaient entendu deux à trois coups d'accélération dans le vide. Ils avaient regardé dans cette direction, tout en continuant à discuter. Ils avaient ensuite entendu une forte accélération et avaient vu une voiture noire démarrer assez brutalement. Elle avait ensuite vu un corps voler au-dessus du buisson qui se trouvait au bout du parking. Ils avaient entendu un homme crier "arrêtez-le, il est fou", si bien qu'ils s'étaient cachés derrière leur voiture, en regardant un peu par-dessus le toit. Ils avaient vu la Seat faire un tour sur elle-même, puis tanguer quand elle était passée sur le corps. A noter qu'elle a précisé ensuite ne pas être certaine que le véhicule ait effectué un tour entre le moment où le corps avait volé et celui où il s'était fait rouler dessus. Elle n'arrivait pas à évaluer le temps entre ces deux épisodes mais cela avait été très rapide. La Seat avait ensuite fait un autre tour sur elle-même puis était partie à toute vitesse vers la sortie. Son ami et elle étaient remontés dans leur voiture pour se rendre à proximité de la victime. Une jeune femme, accroupie à côté du corps, soit G______, lui avait demandé de l'aider. Elle avait placé le corps en position latérale de sécurité. Cet événement l'avait beaucoup perturbée. Le lendemain, elle s'était rendue à un rassemblement sur le parking et avait
- 40 - P/12004/2017 revu la jeune femme. Elles avaient un peu parlé ensemble et celle-ci lui avait raconté ce qui s'était passé avant le soir du drame, soit qu'il s'agissait d'une histoire de jalousie. pf) Le 7 juillet 2017 devant le Ministère public, A______ a expliqué avoir tout de suite penser que X______ avait mis ses menaces à exécution, quand elle avait reçu l'appel des HUG à 03h00 l'informant de l'état de santé très précaire de son fils D______. Elle n'en avait pas informé AH______, le frère de D______, car celui-ci était en train de passer des examens. A son arrivée à l'hôpital, travaillant elle-même dans le milieu médical, elle avait compris la situation et avait demandé aux médecins de "débrancher les appareils", avant même d'avoir vu son fils. Elle avait finalement accepté qu'il soit emmené au bloc opératoire, car son cerveau fonctionnait encore. Quand elle était entrée dans sa chambre, elle ne l'avait pas reconnu. Sa tête était énorme, son crâne était tout ouvert et la partie de l'oreille et du cuir chevelu était couverte par un gros pansement. "C'était monstrueux". Il lui était difficile d'exprimer son ressenti. C'était comme si on lui arrachait les tripes, elle ressentait de la rage et avait envie d'hurler, mais ne devait "rien lâcher" car elle devait rester le pilier, pour le "petit". A cet égard, elle a indiqué souffrir d'un lymphome du menton, au dernier stade de son développement. Cinq ans auparavant, elle avait subi une opération, dont l'issue aurait pu être fatale. Elle s'était alors préparée à s'en aller mais avait voulu tenir jusqu'à la majorité de son fils AH______, après quoi D______ aurait pu s'en occuper. Ce drame lui avait fait perdre sa paix intérieure. Si elle n'avait pas eu AH______, elle se serait suicidée car on lui avait enlevé une grosse partie de sa vie. pga) Le 9 juin 2017 devant la police, I______ a déclaré que, le soir des faits, M______ était venue à son domicile pour lui préparer son repas, car elle venait d'être opérée du talon d'Achille. X______ était arrivé vers 21h00. Elle l'avait senti énervé. Il leur avait dit qu'il ne fallait pas l'attendre et qu'il allait retrouver F______. Sentant qu'ils iraient au parking de la piscine, elle avait rappelé à son fils qu'il n'avait aucune raison de raviver la dispute du 28 mai 2017. Pendant toute la semaine, elle avait senti une rancœur monter. Depuis l'altercation, son fils, F______ et R______ parlaient, d'abord sur le ton de la plaisanterie, de "se faire" D______. Elle avait mis en garde son fils sur le fait qu'il ne devait pas régler leur différend par la violence et il lui avait répondu de ne pas s'inquiéter. Vers minuit, F______ l'avait appelée pour lui expliquer ce qui s'était passé. Elle avait ensuite téléphoné à son fils. Celui-ci lui avait déclaré devoir quitter le pays car il avait fait une bêtise. Elle lui avait demandé de rentrer à la maison pour discuter, ce qu'il avait fait. Selon les dires de son fils à son domicile, il avait agi sur un coup de folie, avait "vu noir" et ne comprenait pas pourquoi il avait agi ainsi. Elle l'avait senti abattu et désemparé. Il lui avait rapporté que, juste avant son geste, il avait fait un tour de voiture avec G______ pendant une trentaine de minutes et qu'elle lui avait alors avoué avoir des relations sexuelles avec D______. La police était ensuite arrivée. pgb) Le 15 juin 2017 devant le Ministère public, I______ a précisé que la première chose que son fils avait expliqué, lors de son retour au domicile après le drame, était qu'G______ lui avait dit qu'elle et D______ "couchaient" ensemble. Il lui avait ensuite demandé pourquoi personne ne l'avait empêché de faire cela.
- 41 - P/12004/2017 ph) Le 29 septembre 2017 devant le Ministère public, M______ a expliqué que, le 8 juin 2017 au soir, elle s'était rendue chez I______ pour l'aider à cuisiner. Quand X______ était rentré, ils s'étaient juste salués et demandé comment cela allait. Il était reparti très vite, soit dix ou quinze minutes plus tard, sans dire où il allait. Il avait juste indiqué avoir rendez-vous et elle n'avait pas demandé avec qui. Confrontée aux messages échangés avec X______ ce soir-là, elle a indiqué qu'elle ne l'avait pas vu aussi calme que d'habitude. Quand elle lui avait écrit de faire attention, elle avait juste voulu manifester tenir à lui et s'inquiéter pour lui. Elle était en souci car elle avait senti que quelque chose "ne jouait pas". Elle avait compris du message de X______ qu'il voulait faire du mal à quelqu'un et elle avait pensé à D______. X______ avait toujours été très attentionné et "très chou" envers elle. Il avait toujours été serein, calme et réfléchi, il n'avait jamais été violent. Elle avait été très choquée d'apprendre ce qu'il avait fait. Les déclarations du prévenu sur le jour du drame qa) Lors de sa première audition le soir des faits, X______ a indiqué être arrivé sur le parking de la piscine à l'improviste, même s'il savait que G______ serait présente. Il avait senti que l'ambiance était lourde et il n'avait pas parlé du tout avec D______. Lorsqu'il s'était rendu compte que le groupe dans lequel se trouvait ce dernier avait quitté le parking, il avait couru vers sa voiture, craignant que celui-ci n'aille l'endommager. Il avait récupéré la Seat et l'avait amenée sur le parking de la piscine. Lors de la promenade effectuée avec G______, elle lui avait avoué que, contrairement à ce qu'elle lui avait toujours affirmé, elle avait "couché" à plusieurs reprises avec D______. Il était resté calme, mais ces vérités lui étaient restées en travers de la gorge. Au moment où ses amis étaient venus à leur hauteur à leur retour dans le parking, il était très énervé. Lorsqu'il avait vu D______ traverser le parking, il avait vu noir et n'avait plus rien contrôlé. Il avait appuyé sur l'accélérateur, presque machinalement, comme si son corps avait pris le contrôle de ses gestes. Il n'avait pas eu conscience de ce qu'il faisait, son cerveau était comme déconnecté de son corps. Quand il voyait noir, plus rien, ni personne ne pouvait l'arrêter. Il avait voulu "chopper" D______ et avait foncé. Il avait entendu le choc, avait vu D______ monter sur le pare-brise et par-dessus la Seat. Puis, comme il avait freiné, le jeune homme était retombé au sol, trois à quatre mètres devant la voiture. Il avait alors eu un bref éclair de lucidité et avait songé qu'il y avait un problème. Mais le voile noir était revenu. Il avait accéléré à nouveau et lui avait "passé dessus". Il avait continué sa course et s'était arrêté sur une autre voie du parking. Il était passé près du corps et avait vu que G______ était déjà à ses côtés. Il lui avait alors dit : "je t'avais prévenue". Par ces mots, il avait voulu lui rappeler lui avoir demandé de choisir entre eux, parce qu'à l'époque, la situation était devenue insoutenable pour lui. Il avait avancé à nouveau et s'était arrêté vers F______ pour lui demander ce qu'il faisait. Celui-ci avait répondu appeler une ambulance. Il s'était alors dit qu'il ne servait plus à rien et avait quitté les lieux pour rentrer chez lui. En arrivant à son domicile, il était très mal et avait conscience d'avoir fait une "grosse connerie". Il avait discuté avec sa mère, informée de la situation par F______, des
- 42 - P/12004/2017 solutions à adopter. Il avait commencé à réaliser ce qu'il avait fait en partie sur le parking et entièrement une fois à la maison. Lorsqu'il avait été interpelé, il n'avait pas tout de suite pensé à D______ et s'était questionné sur son état à son arrivée à la police. Même s'il ne l'aimait pas, le jeune homme ne méritait pas ce qu'il avait subi. Il s'était également inquiété pour sa mère, qui était handicapée par une blessure au tendon d'Achille. Il avait voulu dégager D______ de la vie de G______, dans le sens de le faire sortir de sa vie. Il en avait déjà parlé à plusieurs personnes, comme L______ ou H______. Il n'avait voulu que le bien de G______ et lui avait posé des ultimatums pour qu'elle choisisse entre eux. Il avait le sentiment que D______ la dénigrait et la rabaissait systématiquement, alors que lui la valorisait et essayait de la faire avancer dans la vie. Il trouvait les allers-retours de G______ entre D______ et lui très néfastes pour elle. Il aurait été d'accord de s'effacer si G______ avait choisi D______. G______ était sa première copine et ses sentiments pour elle étaient forts. Il avait toujours envie de se remettre avec elle. qb) Lors de son audition devant le Ministère public le 9 juin 2017, X______ a confirmé ses précédentes déclarations. Il s'était rendu sur le parking pour discuter avec G______, qui l'évitait constamment. Arrivé sur place, elle l'avait pris à part pour discuter. Au cours de leur virée en voiture, des vérités avaient été dites. Elle lui avait avoué qu'elle "couchait" au moins une fois par semaine avec D______, alors qu'elle lui avait toujours affirmé qu'il était le dernier avec qui elle avait eu une relation intime. Alors passager au moment des révélations, il s'était senti très mal et s'était énervé intérieurement, sans rien laisser paraître. Quand ils étaient revenus au parking, il était tendu, sans le laisser paraître, mais moins que lorsqu'elle lui avait tout avoué. Il était "tendu et zen à la fois". Il avait vu noir quand il avait aperçu D______ traverser la voie. A ce moment-là, il avait eu la haine mais son but n'avait pas été de le tuer. Il ne savait pas ce qu'il avait voulu. Il avait voulu "l'amocher", mais en aucun cas le tuer. Il avait accéléré, l'avait percuté puis avait freiné. Il s'était demandé ce qui s'était passé, la colère ayant disparu. Mais d'un coup, celle-ci était revenue et il avait "foncé" sur lui pour lui rouler dessus. Il ne s'était pas rendu compte de ce qui se passait. Il avait quitté le parking en bifurquant à droite pour rentrer chez lui. Il avait essayé d'appeler F______, L______ et S______, mais aucun des trois n'avait répondu. Sa mère l'avait appelé juste après. Elle lui avait demandé de rentrer au plus vite, alors qu'il avait envisagé de quitter le pays. Cela lui faisait mal d'apprendre que l'état de D______ était critique et que l'issue risquait d'être fatale. qc) Lors de l'audience du 23 juin 2017 devant le Ministère public, X______ a expliqué qu'à son retour sur le parking, il s'était positionné en haut de la voie, vers la pointe de la première flèche peinte au sol. Il avait alors montré à G______ le fonctionnement du système de frein automatique, ce qui avait fait avancer la Seat de deux mètres environ. Après que le véhicule de AX______ avait démarré pour venir se placer sur sa droite, il avait vu D______ devant le véhicule de G______ sortir le chien de la jeune femme et jouer une petite minute avec lui. Le jeune homme s'était ensuite dirigé vers l'entrée de la
- 43 - P/12004/2017 piscine, soit dans l'angle opposé à l'entrée du parking, ce qui l'avait amené à traverser la voie de gauche à droite, légèrement en diagonale. Pour sa part, il se trouvait à la hauteur de la huitième case depuis le haut du parking. Lorsqu'il avait démarré, le frein de parking de la Seat était enclenché ainsi que la vitesse D. Il n'avait pas appuyé à fond sur la pédale. D______ n'avait rien fait pour l'éviter et lui avait tourné le dos. Le système de détection des piétons, qui aurait dû amener le véhicule à s'arrêter, n'avait pas fonctionné. Quand il avait percuté D______, celui-ci avait heurté le capot et le pare-brise de la Seat. Il avait tout d'abord pensé que le jeune homme avait touché le toit mais, en réalité, cela devait être le haut du pare-brise, parce qu'il le "voyai[t]" à ce moment-là. Il a estimé sa vitesse à 60 ou 70 km/h. Il avait alors freiné et D______ était retombé devant lui. Il avait eu un instant de lucidité. Il l'avait vu couché sur le côté droit et avait à nouveau vu noir, avait redémarré et lui avait roulé dessus. Il avait fait une boucle pour remonter vers F______ et avait roulé au pas en passant à côté de lui, pour lui parler. Il était ensuite reparti vers le bas de la troisième voie. Il était sorti de son véhicule et avait vu AX______ courir dans sa direction, F______ derrière lui. Il était remonté dans son véhicule et était passé à côté de D______ et G______, qu'il n'avait pas vue se déplacer vers le corps, en disant "je t'avais prévenue". Il était ensuite reparti en faisant une boucle pour quitter le parking. qd) Le 5 juillet 2017 devant le Ministère public, X______ a indiqué que quelque chose chez G______ le faisait changer, ne plus être lui-même. A son arrivée sur le parking, il était calme. S'il n'avait pas fait le tour en voiture avec G______, le drame ne se serait jamais produit. qe) Le 29 août 2017 devant le Ministère public, X______ a précisé avoir affirmé à G______ l'avoir prévenue, parce que, lors de leur tour en voiture, il l'avait avertie qu'il y aurait à nouveau un "clash" entre D______ et lui si elle continuait de faire le "yo-yo" entre eux. Il avait pensé à un "clash" verbal car il était conscient de la tension entre D______ et lui, que le comportement de G______ n'aidait pas à faire baisser. En arrivant sur le parking, il n'avait eu aucune intention particulière par rapport à D______. Au contraire, il avait voulu l'éviter et ils étaient restés éloignés l'un de l'autre. Au moment de foncer sur lui, il ne savait pas quelle avait été son intention, il avait vu noir et avait eu un accès de colère. Le voile noir s'était matérialisé par le fait qu'il ne voyait plus rien et ne se rappelait plus de rien. Il avait été présent au moment de "foncer" sur D______ jusqu'à celui où le corps avait heurté le pare-brise de la Seat. Ensuite, il avait repris ses esprits et freiné. Il s'était dit : "merde qu'est-ce qui s'est passé" puis avait à nouveau eu un voile noir et avait à nouveau "foncé" sur lui. C'était vraiment triste que D______ soit décédé, il ne le méritait pas. Il n'avait pas voulu cela. Sur le moment, il n'avait pas réalisé à quel point "foncer" sur une personne avec une voiture pouvait avoir des conséquences graves. Il n'était pas allé porter secours à D______, car G______ et F______ étaient déjà en train d'appeler les secours. S'agissant de G______, elle n'avait pas essayé de le contacter avant le 8 juin 2017, alors qu'ils auraient dû se voir. A cette date, elle l'avait appelé par le biais du téléphone d'S______. Elle avait également tenté de le joindre dans la nuit du 7 au 8 juin 2017, vers
- 44 - P/12004/2017 01h00, mais il n'avait pas répondu. G______ cherchait à le voir depuis un moment, mais L______ et la jeune femme lui avaient rapporté que D______ bloquait ses appels et empêchait celle-ci de l'appeler. Cette situation l'avait énervé. Même s'il avait été en colère contre D______, il n'avait eu aucune intention de le tuer ou de lui faire du mal. Même quand il était en colère contre quelqu'un, il ne souhaitait pas sa mort, même s'il le prétendait. Il regrettait "ses conneries". D______ ne méritait pas de mourir ni d'être blessé. Même si cela ne se voyait pas, il était triste. Il était comme cela, il s'était forgé une carapace pour protéger son cœur et ne pleurait que lorsque celle-ci était percée. Quant aux messages échangés avec R______, il ne se souvenait pas avoir écrit "sa te dit un petit meurtre ce soir". Il lui avait peut-être proposé une partie du jeu vidéo auquel ils jouaient souvent, soit Grand Theft Auto (GTA). Il s'agissait d'humour noir. Il avait cherché une occupation pour la soirée. Comme R______ travaillait, il avait appelé F______. Il était allé le chercher en voiture et avait vu que G______ était sur le parking, si bien qu'il l'avait rejointe. S'agissant des messages échangés avec F______ le soir des faits, il s'agissait également d'humour noir. Au moment de les écrire, il ressentait de la colère, mais ils ne correspondaient pas à de réelles intentions. Il avait écrit vouloir écraser D______ avec la Seat et l'avait effectivement fait quelques heures plus tard, de sorte qu'il comprenait qu'il était difficile de croire à une coïncidence. Il n'y avait toutefois eu aucune préméditation de sa part. Il ne savait pas pourquoi il avait foncé sur D______. Il avait eu un trou noir. Quant aux messages échangés avec M______, elle lui avait dit de faire attention à lui car elle savait qu'il allait voir G______ et ce qui s'était passé le 28 mai 2017. Elle ne voulait pas de bagarre. Ses messages étaient une façon de jouer au caïd, mais ils ne représentaient pas son intention. qf) Le 18 décembre 2018 lors de l'audience finale du Ministère public, X______ a indiqué se sentir odieux de ce qu'il avait fait et s'en vouloir énormément. Il avait agi dans un accès de colère. Sa situation était tendue et conflictuelle depuis plusieurs mois et les épisodes des jours précédant le drame avaient constitué la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase. Il n'avait voulu la mort de personne. X______ s'est excusé auprès de la famille de D______ et lui a présenté ses condoléances. Il ne pourrait jamais réparer ce qu'il avait fait mais voulait faire au mieux de ses possibilités, en donnant de l'argent pour compenser leur dommage et leur tort moral. Reconstitution ra) Une première reconstitution s'est déroulée sur les lieux mêmes du drame le 26 juin 2017 afin de déterminer le positionnement des différentes personnes impliquées et des véhicules. Une vidéo de cette reconstitution figure à la procédure. G______, AA______, AX______ et F______ ont confirmé les versions des faits décrites ci- dessus. Ils n'ont été en mesure de déterminer qu'approximativement les positions de la Seat et de D______ au moment des chocs. G______ a confirmé que X______ n'avait
- 45 - P/12004/2017 pas fait de manœuvre entre le premier choc et le moment où il avait roulé sur le corps de D______, avec ses quatre pneus. AA______ et AX______ n'ont pas pu se déterminer à cet égard. Selon F______, D______ s'était arrêté et retourné en direction de la voiture juste avant d'être percuté. Il avait ensuite été projeté en avant, sans passer par-dessus la Seat. Il ne savait pas exactement par où celle-ci était passée mais elle avait eu le temps de faire le tour des arbres pour revenir passer sur le corps et le trainer sur quelques mètres. rb) Une seconde reconstitution s'est déroulée le 6 juillet 2017, sur la place d'arme des Vernets, afin de recueillir les déclarations de X______ quant aux positions des différents protagonistes. Une vidéo de cette reconstitution figure également à la procédure. Ne se trouvant pas sur les lieux du drame, le prévenu a eu de la peine à déterminer de manière précise les distances et les positionnements. Il a toutefois confirmé pour l'essentiel les explications qu'il avait déjà fournies dans la procédure. L'état psychologique d'X______ sa) Selon l'expertise psychiatrique du 3 janvier 2018 établie par les Drs AI______ et AJ______, X______ leur a expliqué lors des entretiens que, malgré le choc d'avoir appris que G______ entretenait régulièrement des relations sexuelles avec D______, il espérait toujours se remettre en couple avec elle. Lors du tour en voiture, il lui avait demandé de faire un choix entre eux jusqu'au dimanche suivant. G______ lui avait répondu souhaiter plus de temps et, en particulier, attendre l'issue des plaintes pénales. Il avait maintenu son ultimatum et elle avait éludé la question. Lorsqu'il avait vu D______ marcher sur le parking, il s'était d'abord dit "tant mieux s'il part". Quelques secondes après et de façon très brusque, un fort sentiment de colère était apparu et il avait accéléré en direction de D______. Lorsqu'il l'avait vu au sol, il avait pensé que le jeune homme était sous le choc, mais jamais qu'il était mort. Il n'avait jamais eu de projet meurtrier avant la commission des faits. Il s'est également demandé pourquoi le système de sécurité n'avait pas fonctionné et pourquoi la victime était restée plantée devant sa voiture. Lors des entretiens, X______ a en outre allégué avoir quitté le parking dans le but de se rendre dans une station de nettoyage, où il avait l'habitude d'aller, non pas pour dissimuler des preuves mais par souci pour son véhicule. Les experts ont diagnostiqué chez X______ un trouble mixte de la personnalité, avec composantes borderline, narcissique et immature (F61). Ils ont été frappés par son empathie limitée et sa difficulté à décrire ses propres émotions. Ses interactions sociales étaient marquées par une nette rigidité, qui s'illustrait par des ultimatums réguliers, ce qui trahissait une tendance de maitrise relationnelle, assimilable à des traits dits pervers. En réalité, ce besoin d'avoir recours à la maitrise et à la rigidité s'expliquait par des failles narcissiques. L'expertisé ne supportait pas le risque de déception et de potentielle rupture, ce qui le faisait sans cesse retourner vers G______, par peur et crainte de se retrouver seul. Que X______ ait agi de manière programmée ou non, il présentait à l'époque des faits une personnalité extrêmement fragile et, notamment, une pensée très opératoire, diminuant de façon très légère ses capacités cognitives de représentation mentale et
- 46 - P/12004/2017 notamment de discernement en matière d'appréciation des limites de la légalité. Sa faculté d'apprécier le caractère illicite de son acte était ainsi très légèrement réduite du fait de sa déstabilisation de l'équilibre psychique. De même, cette déstabilisation avait réactivé des angoisses abandonniques, incluant une dimension impulsive, et des capacités d'empathie faibles, si bien que sa capacité à se déterminer d'après son appréciation était également très légèrement diminuée. Sa responsabilité était ainsi faiblement restreinte. Le risque de récidive d'actes violents était quant à lui faible, existant surtout dans un contexte de stress émotionnel. Une mesure thérapeutique, à savoir une prise en charge psychothérapeutique, était toutefois susceptible de le diminuer encore. Une mesure ambulatoire apparaissait nécessaire et suffisante. sba) Le 26 février 2018 devant le Ministère public, les Drs AI______ et AJ______ ont confirmé la teneur et les conclusions de leur expertise. Ils ont expliqué que les passages à l'acte violents de l'expertisé survenaient dans des moments de stress émotionnellement chargés. Comme la gestion des émotions faisait partie des difficultés qu'il rencontrait, lorsque celles-ci n'étaient pas verbalisables, il passait à l'acte. La colère noire évoquée par l'expertisé était un mécanisme très infantile, que l'on pouvait comparer à la rage d'un bébé. Il s'exprimait sans filtre, ce qui était rare pour un adulte. La version de l'expertisé, faisant état d'une colère noire, entrecoupée d'un moment de lucidité, était plausible et compatible avec la rage, cette dernière apportant des effets cathartiques apaisants. L'expertisé détournait la violence. Il s'agissait d'une violence à l'état brut, sans filtre, qu'il tournait contre celui qui était à l'origine de sa rage. Cette rage n'entrainait pas une défaillance des organes, qui aurait dû amener l'expertisé à ne pas se souvenir des faits. Bien qu'il connaisse la loi, ce dernier n'était pas en mesure de l'intérioriser, ses capacités cognitives étaient légèrement réduites en cas de colère. Sa problématique ne consistait pas tellement dans le passage à l'acte, mais dans le fait que, quand il passait à l'acte, l'autre n'existait pas. Il se souciait plus de nettoyer sa voiture que de savoir ce qu'il était advenu de la victime. Il y avait chez l'expertisé des fusibles qui ne marchaient pas. Il présentait une incapacité à se remettre en cause ainsi qu'une impulsivité. La froideur de l'expertisé avait frappé les experts. Il peinait à reconnaitre l'autre comme un sujet ayant sa propre existence. Il était centré sur lui-même. Une évolution était toutefois possible, son trouble narcissique n'était pas enkysté. L'espoir thérapeutique était centré sur l'empathie, la maîtrise de soi et la gestion de la colère. L'expertisé avait évoqué la victime à plusieurs reprises lors des entretiens, de façon assez froide. Il y avait des regrets quant aux faits et à la victime. L'expression de la culpabilité était présente, même si elle paraissait légèrement froide également. L'expertisé avait parlé du corps de la victime à la manière d'un médecin légiste, de manière très technique, comme pour échapper à ses émotions. Il avait décrit un sentiment intense de colère, qui n'était pas identifiable à un raptus, soit la réaction de jalousie exacerbée ressentie par un mari qui trouve sa femme dans les bras de son amant. Le projet de suppression de l'amant consistait également en un autre processus que celui éprouvé par l'expertisé. L'instabilité de sa relation avec G______ avait certainement réactivé ses angoisses abandonniques et avait eu un impact sur son agressivité. Sa distance ainsi que son dénigrement pouvaient
- 47 - P/12004/2017 être des mécanismes de défense. En référence aux outils statistiques, X______ était un homme qui pouvait être qualifié de non violent et le risque de récidive était relativement faible. La dangerosité contextuelle était toutefois plus importante si l'expertisé venait à être déstabilisé par un vécu d'abandon ou de trahison. Suite au décès de son père, l'expertisé s'était senti matériellement essentiel dans sa relation avec sa mère. Le rôle émotionnel n'avait en revanche pas été exprimé compte tenu de sa personnalité. L'expertisé ne niait pas la gravité des faits ni l'existence de l'autre dans ceux-ci, mais il la déniait. Il était, par exemple, incapable d'imaginer ce que ressentait sa mère vis-à-vis de son incarcération et sa mise en cause pour des faits aussi graves. sbb) Le 22 mars 2018 devant le Ministère public, les Drs AI______ et AJ______ ont précisé que la mesure proposée était la plus adéquate pour palier au risque de récidive présenté par l'expertisé. Un placement à Belle-Idée ou à Curabilis n'aurait aucun effet thérapeutique pour lui. L'évolution de l'expertisé en milieu carcéral et notamment le fait qu'il n'ait pas fait l'objet de mesures disciplinaires était un élément dont il fallait tenir compte dans son risque envers les autres. Si des traits immatures de l'expertisé avaient évolué vers la psychopathie, la mesure préconisée pourrait peut-être ne pas être suffisante. L'immaturité était un élément de bon pronostic chez un sujet jeune, dès lors que les traits de personnalité étaient moins fixés. Mais l'évolution pouvait aussi se péjorer en fonction de son attitude vis-à-vis des autres détenus. Il y avait un risque d'imitation. S'agissant des voiles noirs, les experts ne pouvaient pas trancher entre les trois hypothèses possibles, soit l'existence de deux voiles noirs, d'un seul lors du premier choc ou d'aucun. sc) Selon le rapport de suivi psychothérapeutique établi le 5 février 2018 par AK______, psychologue auprès de la prison de Champ-Dollon, X______ s'est investi dans son travail psychothérapeutique et a exprimé des regrets concernant l'homicide commis. Son empathie s'exprimait toutefois uniquement au niveau cognitif et de manière limitée. Il présentait une pensée très opératoire et son fonctionnement était caractérisé par une certaine psychorigidité et une immaturité affective. Les déclarations d'X______ sur son état mental
t) Le 18 décembre 2018 devant le Ministère public, X______ a expliqué qu'il suivait un traitement à la prison auprès de la psychologue AK______. Il avait progressé en matière de gestion des émotions, de la colère et du stress. Il ne voulait pas s'arrêter en si bon chemin et entendait poursuivre ce traitement. Les courriers de X______ pendant sa détention
u) Pendant sa détention, X______ a envoyé un certain nombre de courriers, soit à sa famille, soit à ses amis, dans lesquels il a évoqué les faits. Les éléments suivant en ressortent notamment :
- il a écrit plusieurs lettres d'amour à M______;
- dans plusieurs courriers, il a évoqué le fait de récupérer la Seat et de la faire réparer. Conduire lui manquait énormément. Par exemple, dans un courrier adressé à sa mère
- 48 - P/12004/2017 le 11 juillet 2017, il lui a notamment demandé de solliciter un devis pour repeindre la Seat en "mystery blue" ou en blanc comme celle utilisée pendant la reconstitution;
- dans un courrier du 19 juillet 2017, il a écrit prier le ciel pour que la voiture sorte. Il a évoqué les attentats de Nice et s'est dit touché de voir que, même un an après, il y avait toujours des souvenirs de ce drame;
- dans un courrier du 9 août 2017, il écrit à sa mère avoir rempli le constat d'accident pour ALLIANZ "comme [il] pouvai[t]", précisant la victime n'était pas morte à cause de lui mais parce que la mère de D______ avait demandé à "couper";
- dans un courrier du 25 août 2017, il a évoqué sa relation fusionnelle avec sa mère et avec "______", ce qui le faisait pleurer, et son idée de "faire tomber" G______ pour incitation à assassinat, comme c'était quand même un peu à cause d'elle que D______ était mort;
- le 27 septembre 2017, il a indiqué à sa mère qu'il ne voulait plus jamais voir G______. Il regrettait ce qu'il avait fait. Il ne l'avait jamais dit auparavant car il n'arrivait pas à croire ce qui était arrivé. D______ était un bon mec et lui manquait.
- le 22 août 2017, après avoir mentionné le terme "ironique" entre parenthèses, il a écrit que des auteurs d'attentats le copiaient en utilisant un véhicule. Il plaignait les véhicules qui n'avaient rien demandé. Il a terminé son écrit par un "hommage aux victimes".
- le 28 août 2017, il a indiqué qu'en cellule, il parlait beaucoup avec le "mec des Libellules", qu'il trouvait "super cool". Celui-ci lui avait dit qu'il le considérait comme son petit-frère, ce qui lui avait fait chaud au cœur.
- dans un courrier à sa mère, non daté, il s'est insurgé contre sa détention. Cela devenait inhumain alors qu'il était le pilier de beaucoup de monde. G______ était une personne malsaine et il était d'accord avec sa mère sur le fait qu'il allait y avoir un "drame beaucoup plus grave et violent que le [s]ien" si la justice n'arrêtait pas la jeune femme à temps.
- le 16 octobre 2017, il s'est plaint auprès de sa mère du temps mis par les autorités pour faire sortir la Seat. Il a qualifié les intéressés d'"assassins de véhicule" et a demandé le respect pour sa voiture. Il a évalué les réparations résultant de son immobilisation. Evoquant Y______, il a transmis à sa mère qu'elle savait très bien que le précité ne cherchait qu'à la "sauter", comme il l'avait fait avec G______ et "AL______". S'il essayait de rentrer en contact avec M______, il "lui garanti pas une vie sereine".
- dans un courrier à F______ du 26 décembre 2017, il s'est insurgé contre ces "connards" qui lui avaient retiré le permis. Il avait toujours été un bon conducteur qui respectait les règles.
- dans un courrier adressé à "U______", sa "frangine", du 26 mars 2018, il a déclaré que, contrairement à ce que sa mère avait dû lui raconter, le fait qu'G______ était responsable des événements du 8 juin n'était pas la "vraie vérité". Sa vérité était que D______ avait commis plein d'erreurs qui lui avaient "fait péter un cable". Il était vrai qu'après, G______ avait essayé de le récupérer. Le soir du 8 juin 2017, comme il ne supportait plus qu'elle veuille le voir mais qu'elle trouve toujours des excuses, il s'était rendu sur le parking discuter tranquillement avec elle. Lors d'un tour en
- 49 - P/12004/2017 voiture, il avait appris certaines vérités et trahisons de la part de la jeune femme, si bien que, quand il était revenu sur le parking et qu'il avait vu D______, la colère avait pris le contrôle et il lui avait "foncé dessus". Pour lui, le fautif était D______, même si G______ n'était pas innocente à 100% non plus. Cela lui faisait "chier qu'on en soit arrivé là" et qu'il ait abimé sa voiture. Mais bon on ne pouvait pas revenir en arrière et la voiture pourrait être réparée.
- le 4 avril 2018, il a écrit à G______ à l'occasion de l'anniversaire de celle-ci. Il regrettait d'en être arrivé à de telles extrêmes et qu'une personne ne soit plus parmi eux, mais il lui écrivait essentiellement pour lui dire qu'il tenait à elle et qu'elle l'avait marqué au fer rouge. Il était conscient que la vie ne devait pas être facile pour elle. Cela étant, même s'il était l'auteur de tout cela, il était quand même là pour elle. Il était au courant qu'elle "s'est mise" avec AX______ et lui souhaitait tout le bonheur, mais il ne pouvait pas lui cacher qu'il avait encore des sentiments pour elle. Il travaillait avec la psychologue pour redevenir le X______ qu'elle avait connu tout au début.
- le même jour, il a écrit à M______ pour lui dire qu'il pensait souvent à elle mais qu'il n'avait jamais de nouvelles de sa part et qu'il en avait marre d'être uniquement traité comme une bouée de sauvetage quand elle allait mal;
- trois jours plus tard, il lui a à nouveau écrit après l'avoir rencontrée à la prison. Il s'excusait pour son dernier courrier, lui disait qu'elle devait prendre soin de sa santé et qu'elle était libre de voir qui elle voulait. Son "AM______" n'avait pas à décider de sa vie, sinon il lui enverrait "[s]es pitbull de R______ et F______ pour lui montrer qu'on touche pas aux gens qu['il] aime".
- le 8 avril 2018, il a écrit à F______. Au dos de son courrier, il lui a demandé de vérifier dans un programme de E______ si un contrôle des airbags de la Seat avait été effectué, afin qu'il sache où en était l'expertise.
- le 1er mai 2019, I______ a écrit à son fils être toujours bien vue et acceptée à Meyrin, ce qui devait sûrement déranger la mère de D______. Les événements du 8 juin 2017 étaient un accident aggravé. De toute façon, ce n'était pas lui qui avait donné la mort à D______ mais la mère du jeune homme en le débranchant douze heures après le drame. C) A l'audience de jugement, le Tribunal a entendu les parties, l'expert psychiatre ainsi que différents témoins. aa) X______ a confirmé ses déclarations figurant à la procédure. De mars 2017 jusqu'au drame, ses contacts avec G______ étaient amicaux, mais, vers la fin, ils avaient essayé de se reconquérir mutuellement. Malgré les mises en garde de ses proches, il n'avait jamais été capable de renoncer à la jeune femme. Leur seul moment d'intimité avait constitué en un échange de baisers, le 26 mai 2017. Il avait interprété cela comme un signe d'intérêt, tout comme le projet de passer un week-end ensemble à la fin du mois de juin 2017, qu'ils avaient évoqués lorsqu'ils s'étaient vus le 1er juin 2017. Dans le même temps, elle avait toutefois trouvé des excuses pour ne pas le voir, ce qu'il ne comprenait pas et qui l'énervait. Cette relation l'avait tourmenté mais il avait été incapable d'y renoncer. Au jour de l'audience, même s'il ne se projetait pas dans une perspective avec
- 50 - P/12004/2017 G______, avec laquelle il n'avait plus de contact, il considérait une relation amicale possible avec elle à l'avenir. Cette relation appartenait au passé, mais il ne savait pas de quoi était fait l'avenir et peut-être que les choses seraient différentes dans vingt ans. Quant à sa relation avec M______, elle était terminée au moment du drame, ce que lui avait confirmé l'intéressée dans un message du 1er juin 2017. Au début de son incarcération, il avait vécu une période difficile lors de laquelle ses sentiments étaient confus, écrivant des lettres d'amour à M______ et envoyant des fleurs à G______. Au début de l'année 2019, M______ et lui avait tenté de vivre une relation amoureuse, mais ils y avaient rapidement renoncé. Au début de sa détention, il n'avait pas été capable d'assumer ses actes et avait vécu dans le déni. Il s'était construit une carapace et avait eu beaucoup de difficultés à exprimer ses sentiments. S'il avait pu rejeter la faute du drame sur d'autres, la thérapie lui avait permis de savoir qu'il en était la seule cause et qu'il devait en assumer les conséquences. S'il avait presque terminé le travail d'acceptation des faits, il devait encore se concentrer sur la gestion des situations de stress émotionnel pour l'avenir. Alors qu'il avait évoqué la rédaction d'une lettre à l'attention des parties plaignantes, lors d'une demande de mise en liberté en janvier 2018, il n'avait jamais trouvé le moment opportun pour l'envoyer et avait finalement préféré présenter ses excuses aux parents de D______ de vive voix, à l'audience de jugement, ce qu'il a fait. Lorsqu'il avait appris le décès du jeune homme, il avait éclaté en sanglots à son retour en cellule. Il s'était dit qu'il lui avait enlevé la vie pour l'amour d'une femme. Il ne savait pas comment il avait pu en arriver là, il était un monstre. S'agissant des faits à proprement parler, il les a admis tels que retenus dans l'acte d'accusation. Il a toutefois contesté toutefois avoir voulu tuer D______ et avoir prémédité son acte. Les menaces à l'encontre du précité étaient destinées à lui faire peur, pour que celui-ci s'éloigne de G______. Les menaces de mort avaient été proférées sous le coup de l'énervement et de la colère. Lorsqu'il avait affirmé à ses amis vouloir le tuer, il s'agissait d'évacuer sa colère et la pression et de confronter son avis sur celui-ci à celui de ses amis. Il n'avait pas imaginé mettre ses menaces à exécution, y compris celle de l'écraser avec la Seat. Cela avait été dit sur le ton de la "déconne". Pendant toute la journée du 8 juin 2017, il avait évoqué la création d'un groupe destiné à convaincre G______ de faire sortir D______ de sa vie en raison de sa mauvaise influence sur elle. Lorsqu'après le drame, il avait indiqué à G______ l'avoir prévenue, il se référait au fait qu'il se passerait quelque chose entre D______ et lui si elle continuait à ne pas choisir entre eux. G______ avait évoqué passer la soirée du 8 juin 2017 avec lui, mais il avait appris peu après 19h30 qu'elle allait finalement conduire avec AX______ et AA______. Il avait rapidement su que D______ serait également présent. A ce moment-là, il ne comprenait plus pourquoi G______ lui disait vouloir le voir mais toujours trouver des excuses pour ne pas y donner suite. Elle venait de se faire "engueuler" par D______, mais elle retournait quand-même auprès de celui-ci. Il était très en colère contre le précité. C'était dans ce contexte qu'il avait écrit de nombreux messages, où il affirmait vouloir le tuer. F______ avait toutefois réussi à le calmer. Il s'était rendu sur le parking dans le but de
- 51 - P/12004/2017 récupérer G______ et d'avoir des réponses à ses questions. Il ne s'était pas du tout occupé de D______, qui était présent dès son arrivée. Avant le tour en voiture avec G______, il pensait qu'elle avait pu coucher avec D______ une fois. Toutefois, les intéressés avaient toujours nié toute relation intime entre eux. Il pensait donc que tel était le cas et avait l'espoir de récupérer la jeune femme. Quand elle lui avait avoué sa relation avec D______, son monde s'était écroulé. Quant à leur avenir, G______ souhaitait attendre l'issue des plaintes déposées sans voir les deux garçons. Ils n'avaient finalement pas trouvé de solution et étaient revenus sur le parking sans savoir qui s'y trouvait. Au moment où il avait appuyé sur l'accélérateur, il était complètement perdu suite à la révélation de G______. Il était dans une colère immense, n'avait plus conscience de rien et avait "pété les plombs". Il n'avait pas envisagé à ce moment-là qu'il soit possible de tuer D______ avec la Seat. Il avait eu un voile noir, avait appuyé quelques fois sur l'accélérateur, alors que le levier de vitesse était en position neutre, et avait ensuite démarré. Après avoir percuté D______, il avait eu une fraction de seconde de lucidité mais la colère était immédiatement remontée, lui occasionnant un deuxième voile noir. Il avait agi de manière égoïste. Il a d'abord indiqué n'avoir pas pensé à D______ avant de préciser avoir eu l'intention de lui faire ressentir la douleur qu'il éprouvait lui-même. Il n'était pas en mesure d'expliquer en quoi blesser son rival lui aurait permis de récupérer G______. Il a finalement admis qu'en accélérant en direction de D______, il savait que l'issue pouvait être fatale. Après avoir quitté le parking, il n'avait pas su quoi faire ni où aller. Plusieurs pensées lui avaient traversé l'esprit avant que l'appel de sa mère ne le fasse rentrer à son domicile. Ce soir-là, il avait pris toutes les mauvaises décisions, qu'il changerait s'il le pouvait. Il avait été incapable de renoncer à son amour pour G______ alors qu'il aurait dû s'en éloigner. Il n'appréciait toujours pas que l'on s'en prenne aux gens qu'il aime et, si cela devait arriver, sans aller aussi loin que le 8 juin 2017, il ferait comprendre aux intéressés que cela ne servait à rien "d'emmerder les gens qu'il aime" et qu'il fallait les laisser tranquilles. S'agissant des courriers rédigés au début de sa détention, il était alors très immature, dans le déni et la provocation. Après son suivi psychothérapeutique, il ne les écrirait plus. Invité à se positionner sur les prétentions civiles des parties plaignantes, X______ a indiqué qu'il comprenait leur douleur et leur demande, si bien qu'il acquiesçait à toutes les prétentions dans leur principe. Il n'était toutefois pas à même de se déterminer quant aux montants demandés, si bien qu'il s'en remettait à la justice. ab) X______ a produit un bordereau de pièces contenant notamment :
- trois rapports de suivi psychothérapeutique rédigés par AK______. Le dernier, établi le 18 août 2020, relève que X______ s'investit dans son travail psychothérapeutique et exprime des regrets concernant l'homicide commis. Son empathie s'exprime essentiellement d'un point de vue cognitif et de manière limitée. Il présente une pensée très opératoire et doit être stimulé par la thérapeute, mais il se livre volontiers.
- 52 - P/12004/2017 Son fonctionnement est toujours caractérisé par une certaine psychorigidité et une immaturité affective. Il est parvenu à s'adapter au monde carcéral et a commencé un BTS en service informatique aux organisations, pour lequel il étudie activement. Un suivi thérapeutique au long court est préconisé pour approfondir le travail sur l'expression émotionnelle, la gestion de la colère et les modes relationnels instaurés avec autrui.
- trois attestations de suivi social établis par AN______.
- des attestations des compétences acquises par X______ en cours de détention et un projet de formation devant déboucher sur un BTS informatique à la fin de l'année 2022.
b) Le Dr AI______ a confirmé le contenu et les conclusions de son expertise ainsi que ses déclarations devant le Ministère public. Les faits rapportés par la Tribunal qui s'étaient produits après l'élaboration de son rapport n'en modifiaient pas les conclusions. Il en allait en particulier ainsi de l'évocation des sentiments de l'expertisé envers G______ ainsi que des contacts pris avec l'extérieur en vue d'obtenir une peine plus clémente. Un épisode violent avec son codétenu et les jours de cachot qui avaient suivi pour les deux protagonistes n'étaient pas suffisamment explorés pour qu'il puisse en être tiré une conséquence. Un événement isolé n'était en tout cas pas de nature à changer ses conclusions. Il en allait de même de ses affinités avec un codétenu accusé de la même infraction que lui. Les tests avaient mis en évidence des tendances à la manipulation, sans que d'autres éléments concrets ne parlent en faveur de traits de personnalité en lien avec celle-ci. Le risque de mimétisme avec des codétenus existait aussi bien en milieu carcéral qu'en institution pour jeune adulte. De même un tel placement n'éloignerait pas l'expertisé d'une influence potentiellement inadaptée ou peu soutenante de sa famille. Dans tous les cas, il fallait examiner la position de l'expertisé vis-à-vis de certains propos familiaux. S'il y avait une forme de distance ou de critique, cela n'était pas problématique. Si tel n'était pas le cas, il faudrait savoir si cet aspect avait été abordé en thérapie et, cas échéant, l'y intégrer.
c) G______ a confirmé ses précédentes déclarations. Elle a indiqué qu'après sa rupture d'avec X______, elle avait pris ses distances, tout en gardant contact. Elle ne s'était pas plus rapprochée de lui en mai 2017 que les mois précédents. Ses souvenirs se concentraient sur le drame et elle ne se souvenait plus des autres aspects de sa relation avec lui. Elle ne se rappelait notamment pas si elle l'avait embrassé pendant le Geneva Open, mais il était fort probable que tel ait été le cas. Elle avait plus cherché à "concilier" qu'à avoir un contact étroit avec lui. Si D______ avait toujours voulu garder leur relation secrète, elle s'en était toutefois ouverte à sa meilleure amie, L______. A un certain moment, vers le mois de février 2017, X______ lui avait fait comprendre, par ses attitudes, qu'il avait été informé de leur relation. Il avait eu un regard noir depuis lors. Il l'avait régulièrement suivie et elle s'était sentie oppressée. Elle voulait qu'il arrête de la considérer comme sa propriété. Au sujet du message qu'elle lui avait envoyé dans la nuit du 7 au 8 juin 2017, elle avait cherché à pacifier sa relation avec lui. Elle a contesté l'avoir appelé à l'aide suite à une dispute avec D______. Au début du tour en
- 53 - P/12004/2017 voiture, X______ était calme. Comme elle se sentait oppressée par les tensions entre celui-ci et D______, elle lui avait petit-à-petit dit la vérité, soit qu'elle avait des sentiments envers le précité et qu'elle voulait construire quelque chose avec celui-ci. X______ avait quant à lui été obnubilé par la question de savoir s'ils couchaient ensemble, ce qu'elle avait admis pour la première fois. X______ était énervé au possible et avait dit qu'il allait tuer D______. Après leur retour sur le parking, alors qu'elle se trouvait à côté de la portière du conducteur, elle lui avait dit avoir besoin de temps. Elle avait entendu le moteur vrombir et X______ avait démarré. Interrogée sur le fait que F______ l'aurait entendue mettre X______ en garde sur la présence de sa voiture, elle a admis avoir pu le dire. A l'heure actuelle, elle avait peur d'X______. En effet, il pouvait se dire que, s'il ne pouvait pas l'avoir, personne ne l'aurait. Depuis les faits, elle se sentait mal et ne dormait presque plus. Elle ne supportait plus la vue des Seat Cupra.
d) F______ a confirmé ses précédentes déclarations. Il était intervenu tant auprès de X______ que de D______ pour leur dire que G______ n'était pas une bonne personne. Celle-ci jouait avec les deux jeunes hommes et le premier en était affecté. Il ne se souvenait pas du but précis pour lequel il s'était rendu sur le parking avec X______, mais il n'était en tout cas pas question de meurtre. S'il lui avait envoyé un message à la fin de la soirée indiquant que les autres étaient revenus, c'était parce qu'il était tard et qu'il souhaitait que son ami revienne aussi sur le parking pour qu'il puisse rentrer chez lui. Quand il l'avait revu sur le parking, le jeune homme était dans un état extrême, qu'il ne pensait pas avoir déjà vu auparavant. Suite au drame, il avait été coupé de tout son groupe d'amis, avait été incapable de suivre ses cours pendant six mois et avait dû entamer un suivi psychologique. X______ était quelqu'un de bien, qu'il était heureux de côtoyer. Il avait gardé contact pendant son incarcération même s'il n'était pas allé lui rendre visite en prison. ea) A______ a confirmé ses précédentes déclarations. Après la bagarre du 28 mai 2017 et les menaces que son fils lui avait transférées, elle s'était inquiétée de plus en plus pour lui. Son fils avait toujours vécu avec elle et son plus jeune frère. Il était bon vivant et très affectueux. Leur relation était très complice. La mort de D______ avait chamboulé sa vie, même si elle s'efforçait de tenir le coup pour son fils AH______. Trois ans après les faits, elle parvenait encore difficilement à décrire son état. Elle bénéficiait d'un suivi psychiatrique et, depuis 2018, d'un traitement médicamenteux pour lutter contre la dépression. Elle avait été incapable de toucher à la chambre de D______, qui était restée exactement dans l'état où celui-ci l'avait laissée le jour du drame. Elle y avait érigé un mémorial avec les cendres de son fils, en attendant d'être capable de les disperser dans la mer, comme il l'avait souhaité. Suite au drame, elle n'avait plus réussi à effectuer son travail d'accompagnatrice en fin de vie de sorte que son contrat de travail avait été résilié. Au jour de l'audience, elle n'avait pas été en mesure de reprendre une activité professionnelle et percevait une rente AI à 75%. La détresse psychologique consécutive au décès de son fils s'était ajoutée aux difficultés liées à son lymphome de stade 4. eb) A______ a pris des conclusions civiles. Elle a prétendu au versement par X______ de la somme de CHF 100'000.-, avec intérêts à 5% l'an dès le 8 juin 2017, à titre de réparation de son tort moral, au versement des sommes de CHF 6'294.15, avec intérêts à
- 54 - P/12004/2017 5% dès le 7 juin 2018, CHF 43'802.45, avec intérêts à 5% dès le 15 janvier 2020, CHF 864.10, avec intérêts à 5% dès le 15 janvier 2018 et CHF 1'167.45 avec intérêts à 5% dès le 1er janvier 2019, en réparation de son dommage matériel. Elle a produit un bordereau de pièces justifiant ses conclusions, dont notamment un certificat médical, établi le 21 août 2020 par la Dresse AO______. Il en ressort qu'en raison du décès de son fils, elle a perdu son activité professionnelle. Son travail de deuil était bloqué. Elle n'arrivait pas à s'habituer à l'absence de son fils et ressentait un sentiment de vide. Elle était régulièrement re-traumatisée par l'exposition aux circonstances de l'assassinat et à l'assassin en raison des audiences et souffrait de stress post-traumatique. fa) B______ a expliqué avoir vécu avec son fils, D______ jusqu'en 2010, époque de sa séparation d'avec son épouse. Son fils était un bon vivant, serviable, respectueux et généreux. Leur lien avait été constant et se matérialisait autour de leur passion commune pour la mécanique. Il culpabilisait de ne pas avoir pu le protéger. Son fils lui avait rapporté ses problèmes avec X______ et lui avait transmis les menaces reçues. Au début, il s'agissait de messages entre adolescents mais ils étaient devenus inquiétants. Tous deux avaient eu peur qu'il arrive quelque chose, mais ils n'avaient jamais envisagé la mort. Le 9 juin 2017, à 05h00, il avait vu les multiples appels de A______ et s'était immédiatement rendu à l'hôpital. Son fils était alors méconnaissable. Tandis qu'il était de petite taille, il occupait tout le lit d'hôpital et sa tête avait doublé de volume. Suite au drame, il avait quitté son travail dans la mécanique car il n'arrivait plus à se concentrer suffisamment. A l'heure actuelle, son état était fluctuant. Certains jours, il ne parvenait pas à se lever. D'autres, il n'arrivait pas à dormir et partait marcher des kilomètres pour évacuer et se changer les idées. Souvent, il faisait le trajet du Grand-Lancy vers le parking de Meyrin, sans véritablement savoir pourquoi et en espérant voir son fils marcher vers lui. Il ne croyait pas à la sincérité des regrets exprimés par X______. fb) B______ a déposé des conclusions civiles, demandant à ce que X______ soit condamné à lui verser la somme de CHF 100'000.-, avec intérêts à 5% dès le 9 juin 2017, à titre d'indemnité pour tort moral.
g) AP______ a expliqué être un ami de B______ depuis l'arrivée de celui-ci en Suisse, en 1984 ou 1985. Il avait vu D______ grandir et jouer avec ses filles. Le jeune homme avait toujours fait preuve de courtoisie et de correction. Depuis le drame, il essayait d'être présent aux côtés de B______. Le choc suite au décès de son fils avait été très fort.
h) AQ______ a indiqué être une amie de A______ depuis près de vingt-quatre ans. Leurs enfants avaient suivi leur scolarité ensemble et D______ avait toujours été un petit ange. A______ avait une relation privilégiée avec son fils. Son amie était effondrée depuis son décès. Elle allait mieux désormais, mais intériorisait énormément sa souffrance pour rester forte pour son deuxième enfant.
i) AR______ a déclaré avoir été un ami proche de D______. Celui-ci, toujours calme et souriant, respirait la joie de vivre; il était très proche, voire fusionnel, avec sa mère,
- 55 - P/12004/2017 avec laquelle il pouvait toujours parler de tout. Après le drame, il avait vu A______, afin de la soutenir dans cette épreuve. Elle était effondrée mais n'avait jamais cessé de se battre.
j) AS______ a expliqué être la compagne de B______. Elle avait connu D______ depuis tout petit car ses enfants et lui fréquentaient la même école. Depuis toujours, le jeune homme avait été très gentil et sociable. En grandissant, il avait toujours voulu aider les autres et avait élaboré des projets, tel que celui d'aller à la rencontre de sa famille au Canada. Comme il y avait eu des tensions familiales, elle s'était tenue en retrait lorsque son compagnon voyait son fils, mais il en avait toujours parlé avec beaucoup d'émotion. Depuis le drame, il avait beaucoup changé. Il était triste et ne voyait plus beaucoup d'intérêt à la vie. Il ne se projetait plus dans l'avenir et ne dormait quasiment plus.
k) I______ a confirmé ses précédentes déclarations. Elle a rappelé que son fils et D______ s'entendaient bien avant que G______ n'intervienne dans leur vie. Cette fille avait fait de sa vie un enfer et elle s'était battue jusqu'au bout pour que son fils la quitte. L'unique débordement physique qu'il avait eu à son encontre s'était produit parce qu'elle avait accusé sa relation avec G______ d'être la cause du décès de son époux. Quand il était rentré à la maison après le drame, il lui avait demandé pourquoi personne ne l'avait empêché de faire cela. Il éprouvait des remords et était conscient d'avoir enlevé la vie de quelqu'un. Lors d'un parloir, il lui avait relaté que, si D______ était sorti de la voiture d'G______ avec le chien de celle-ci, il ne l'aurait pas "shooté".
l) R______ a confirmé ses précédentes déclarations. Il connaissait X______ depuis sept ou huit ans au travers de leur passion commune pour les transports en commun et l'aéronautique. Leur relation avait forcément été péjorée par la détention de X______. Cependant, il allait le voir car cela lui faisait du bien et qu'il l'aimait. D) X______ est né le ______1996 à Meyrin. Il est de nationalité suisse, célibataire et sans enfant. Avant son incarcération, il vivait avec sa mère. Son père est décédé le ______2016. Il est titulaire d'un CFC de gestionnaire de commerce de détail, obtenu en 2016, après un apprentissage effectué auprès du garage E______. Depuis novembre 2016, il a travaillé sur appel, en qualité d'agent de sécurité au sein de l'entreprise AT______ ainsi que chez AU______. Il a également fait des co-voiturages pour E______. Avant son incarcération, il percevait des revenus à hauteur de CHF 1'000.-, complétés par des indemnités de l'assurance-chômage à hauteur de CHF 200.- environ. Il ne payait pas de loyer mais participait à l'achat de nourriture. Il déclare des dettes à hauteur de CHF 30'000.- engendrées par une hospitalisation pour une appendicite en clinique privée alors qu'il ne bénéficiait que d'une couverture d'assurance en division commune. Pendant sa détention préventive, il a travaillé aux cuisines puis à la bibliothèque. Il a entamé un BTS en informatique. Il a indiqué qu'à sa sortie de prison, il se voyait travailler dans l'informatique, fonder une famille et surtout voyager.
- 56 - P/12004/2017 Selon l'extrait du casier judiciaire suisse, il n'a pas été condamné avant les faits discutés dans la présente affaire.
EN DROIT Culpabilité
1. 1.1.1. La présomption d'innocence, garantie par les art. 10 CPP, 32 al. 1 Cst., 14 § 2 Pacte ONU II et 6 § 2 CEDH, ainsi que son corollaire, le principe in dubio pro reo, concernent tant le fardeau de la preuve que l'appréciation des preuves au sens large (ATF 144 IV 345 consid. 2.2.3.1). En tant que règle sur le fardeau de la preuve, elle signifie, au stade du jugement, que le fardeau de la preuve incombe à l'accusation et que le doute doit profiter au prévenu. Comme règle d'appréciation des preuves, la présomption d'innocence signifie que le juge ne doit pas se déclarer convaincu de l'existence d'un fait défavorable à l'accusé si, d'un point de vue objectif, il existe des doutes quant à l'existence de ce fait. Il importe peu qu'il subsiste des doutes seulement abstraits et théoriques, qui sont toujours possibles, une certitude absolue ne pouvant être exigée. Il doit s'agir de doutes sérieux et irréductibles, c'est-à-dire de doutes qui s'imposent à l'esprit en fonction de la situation objective (ATF 144 IV 345 consid. 2.2.3.3). 1.1.2. Selon l'art. 111 CP, celui qui aura intentionnellement tué une personne sera puni d'une peine privative de liberté de cinq ans au moins, en tant que les conditions prévues aux articles suivants ne seront pas réalisées. 1.1.3. Selon l'art. 12 al. 2 CP, agit intentionnellement quiconque commet un crime ou un délit avec conscience et volonté. L'auteur agit déjà avec intention, sous la forme du dol éventuel, lorsqu'il tient pour possible la réalisation de l'infraction et l'accepte pour le cas où celle-ci se produirait (ATF 133 IV 9 consid. 4.1). Parmi les éléments extérieurs permettant de conclure que l'auteur s'est accommodé du résultat dommageable pour le cas où il se produirait figurent notamment la probabilité, connue par l'auteur, de la réalisation du risque et l'importance de la violation du devoir de prudence. Plus celle-ci est grande, plus sera fondée la conclusion que l'auteur, malgré d'éventuelles dénégations, a accepté l'éventualité de la réalisation du résultat dommageable (ATF 138 V 74 consid. 8.4.1; 135 IV 12 consid. 2.3.3). Ainsi, le dol éventuel peut notamment être retenu lorsque la réalisation du résultat devait paraître suffisamment vraisemblable à l'auteur pour que son comportement ne puisse raisonnablement être interprété que comme une acceptation de ce risque (ATF 137 IV 1 consid. 4.2.3; 133 IV 222 consid. 5.3). 1.1.4. Selon l'art. 112 CP, si le délinquant a tué avec une absence particulière de scrupules, notamment si son mobile, son but ou sa façon d'agir est particulièrement odieux, il sera puni d'une peine privative de liberté à vie ou d'une peine privative de liberté de dix ans au moins.
- 57 - P/12004/2017 L'assassinat (art. 112 CP) est une forme qualifiée d'homicide intentionnel qui se distingue du meurtre ordinaire (art. 111 CP) par le fait que l'auteur a tué avec une absence particulière de scrupules. Cela suppose une faute spécialement lourde et déduite exclusivement de la commission de l'acte; les antécédents ou le comportement que l'auteur adopte immédiatement après les faits n'entrent en ligne de compte que dans la mesure où ils y sont étroitement liés et permettent de caractériser la personnalité de l'auteur (ATF 127 IV 10 consid. 1a p. 14). Pour caractériser la faute de l'assassin, l'art. 112 CP évoque le cas où les mobiles, le but ou la façon d'agir de l'auteur sont particulièrement odieux, mais cet énoncé n'est pas exhaustif. Le mobile de l'auteur est particulièrement odieux lorsqu'il tue pour obtenir une rémunération ou voler sa victime. Il l'est également lorsqu'il apparaît futile, l'auteur tuant pour se venger, sans motif sérieux, ou encore pour une broutille (CORBOZ, Les infractions en droit suisse, volume I, 3ème éd. 2010, n. 8 ad art. 112 CP). Le but, qui se recoupe en grande partie avec le mobile, est particulièrement odieux lorsque l'auteur élimine un témoin gênant ou une personne qui l'entrave dans la commission d'une infraction (CORBOZ, op. cit., n. 9 ss ad art. 112 CP). Quant à la façon d'agir, elle est particulièrement odieuse lorsqu'elle est barbare ou atroce ou lorsque l'auteur a exploité avec perfidie la confiance de la victime (ATF 141 IV 61 consid. 4.1; CORBOZ, op. cit.,
n. 13 ss ad art. 112 CP). Il ne s'agit toutefois que d'exemples. L'énumération du texte légal n'est pas exhaustive. L'absence particulière de scrupules peut être admise lorsque d'autres éléments confèrent à l'acte une gravité spécifique (ATF 117 IV 369 consid. 19b). C'est ainsi que la réflexion et la planification de l'acte peuvent constituer des éléments susceptibles de conduire à retenir une absence particulière de scrupules (STRATENWERTH / JENNY / BOMMER, Besonderer Teil I: Straftaten gegen Individualinteressen, 7ème éd. 2010, § 1 n. 25). Par la froideur dans l'exécution et la maîtrise de soi, l'auteur manifeste également le plus complet mépris de la vie d'autrui (arrêt du Tribunal fédéral 6B_600/2014 du 23 janvier 2015 consid. 4.1 et les références citées). La préméditation, au sens d'une planification froide de l'acte peut certes constituer un indice de l'absence particulière de scrupule de l'auteur. En tant que cette notion vise aussi le travail qui se fait dans l'esprit de celui-ci avant qu'il commette son acte et qui le conduit à l'exécuter, on doit cependant se demander si ce débat intérieur ne traduit pas par lui-même l'existence de scrupules et s'interroger, cas échéant, sur la manière dont l'auteur a évacué ses scrupules initiaux. Le Tribunal fédéral a ainsi confirmé que, malgré le fait que l'auteur avait prémédité le meurtre de son ex-femme, le meurtre devait être retenu plutôt que l'assassinat, car l'auteur avait agi par détresse, en étant ballotté par des émotions qu'il avait de la peine à lire et à intégrer, ce qui s'éloignait de l'homme totalement dépourvu de scrupules qu'exige la définition de l'assassin (arrêt du Tribunal fédéral 6B_23/2012 du 1er novembre 2012 consid. 4.4). Pour déterminer si l'on se trouve en présence d'un assassinat, il faut procéder à une appréciation d'ensemble des circonstances externes (comportement, manière d'agir de l'auteur) et internes de l'acte (mobile, but, etc.). Les troubles psychiques dont souffre
- 58 - P/12004/2017 l'auteur et qui sont la cause d'une représentation erronée des faits, sont en revanche sans pertinence pour la qualification d'assassinat, qui doit procéder d'une appréciation morale objective (arrêt du Tribunal fédéral 6B_719/2009 du 3 décembre 2009 consid. 2.3 et les réf. citées). Il y a assassinat lorsqu'il résulte de l'ensemble de ces circonstances que l'auteur a fait preuve du mépris le plus complet pour la vie d'autrui. Alors que le meurtrier agit pour des motifs plus ou moins compréhensibles, généralement dans une grave situation conflictuelle, l'assassin est une personne qui agit de sang-froid, sans scrupules, qui démontre un égoïsme primaire et odieux et qui, dans le but de poursuivre ses propres intérêts, ne tient aucun compte de la vie d'autrui. Chez l'assassin, l'égoïsme l'emporte en général sur toute autre considération. Il est souvent prêt, pour satisfaire des besoins égoïstes, à sacrifier un être humain dont il n'a pas eu à souffrir. La destruction de la vie d'autrui est toujours d'une gravité extrême. Pour retenir la qualification d'assassinat, il faut cependant que la faute de l'auteur, son caractère odieux, se distingue nettement de celle d'un meurtrier au sens de l'art. 111 CP (ATF 141 IV 61 consid. 4.1; 127 IV 10 consid. 1a). Le Tribunal fédéral a retenu que le fait d'agir avec acharnement et cruauté, sans raison ou pour un motif futile réalisait toutes les hypothèses mentionnées à l'art. 112 CP. En outre, le comportement de l'auteur après l'acte, consistant à éliminer toute trace de son passage sans affolement, confirmait sa froideur et son mépris total de la vie d'autrui (arrêt du Tribunal fédéral 6B_600/2014 du 23 janvier 2015 consid. 4.2). La responsabilité restreinte, l'émotion ou des particularités de caractère n'excluent pas la qualification d'assassinat (arrêt 6B_825/2016 du 6 juillet 2017 consid. 2.1). 1.2.1. En l'espèce, au vu de l'état de fait retenu par le Tribunal, il est établi que les agissements du prévenu, soit le fait d'avoir percuté un piéton à une vitesse comprise entre 50 et 60 km/h avec un véhicule automobile, puis d'être passé sur son corps avec celui-ci, ont engendré la mort de la victime. Le prévenu a toujours contesté avoir voulu la mort de celle-ci lorsqu'il a foncé sur elle, indiquant soit ne pas savoir ce qu'il avait voulu, soit avoir voulu lui faire du mal. Or, le prévenu avait proféré des menaces de mort explicites à l'encontre de la victime. Dans plusieurs messages, y compris plusieurs semaines avant les faits, il a en outre mentionné le fait de tuer quelqu'un avec un véhicule. Il savait donc pertinemment qu'en percutant un piéton avec la Seat à une vitesse non négligeable, il prenait le risque, et l'acceptait, de provoquer sa mort. Le prévenu n'a toutefois pas seulement agi par dol éventuel. En effet, si son unique but avait été de causer du mal à la victime, tout en acceptant le risque de la tuer, il était déjà parvenu à ses fins après le premier choc. Le fait qu'il ait encore roulé sur le corps inerte démontre que sa volonté n'était pas seulement de blesser mais aussi de tuer. Comme cela sera développé ci-dessous, le prévenu voyait en la victime un rival, qui l'empêchait de vivre une relation avec son premier amour et qu'il s'agissait d'éliminer. Il ne pouvait obtenir ce résultant qu'en lui ôtant la vie. Le Tribunal a ainsi acquis la conviction que le prévenu a tué D______ à dessein. 1.2.2. Les circonstances du meurtre reproché au prévenu étant établies, se pose la question de l'application de l'infraction qualifiée que constitue l'assassinat.
- 59 - P/12004/2017 Au regard de l'état de fait fixé ci-dessus, il apparait que, les heures précédant le drame, le prévenu est monté en puissance. Le 7 juin 2017, il a essentiellement évoqué, avec plusieurs amis, deux options, celle de sortir G______ de sa vie ou celle d'éliminer son rival. Dans la nuit du 7 au 8 juin 2017, un groupe a été créé pour venir en aide à la jeune femme. Quelques minutes plus tard, elle a écrit au prévenu pour lui demander son aide. C'est dans ce contexte que, pendant toute la journée du drame, le prévenu a espéré pouvoir la rencontrer afin de discuter de leur situation et qu'inspiré par ledit groupe, il a imaginé un moyen de la convaincre de faire sortir D______ de sa vie. Il a contacté plusieurs amis pour tenter de les fédérer à sa cause. Il a parlé de cette perspective de discussion, prévue le week-end suivant, dans la majeure partie de ses messages jusqu'à 19h38. A ce moment-là, il a appris que G______ passerait sa soirée avec D______. Les menaces de mort sont alors devenues de plus en plus pressantes et le ton est monté. Il est allé jusqu'à décrire la scène qui aura lieu plus tard, soit tuer son rival avec la Seat, dans des messages avec son meilleur ami. Il a évoqué un projet de meurtre avec R______ et a indiqué à M______ qu'une personne ne reviendrait pas vivante. Au vu de la teneur des menaces de mort, de leur fréquence et de leur concrétisation dans l'élaboration d'un moyen de tuer, puis de l'exécution finale du moyen évoqué, le Tribunal a acquis la conviction que, durant la journée du 8 juin 2017 et avant d'arriver sur le parking, le prévenu a eu le projet de tuer D______. Toutefois, le Tribunal constate également que le prévenu est arrivé sur le parking sans la Seat, alors qu'il savait que son rival s'y trouvait. Il était alors calme. Il a passé plusieurs minutes à discuter avec G______ et a côtoyé D______ sans chercher l'affrontement. Il n'y a ainsi pas eu de continuité entre le funeste projet évoqué dans les messages et le déroulement de la soirée. En effet, au cours des trente-six heures qui ont précédé le drame, le prévenu avait évoqué trois options pour mettre un terme à une situation qu'il ne supportait plus : soit il écartait G______ de sa vie, soit l'intervention de ses amis permettait de lui faire comprendre qu'elle devait "dégager" D______, soit il le tuait. Rien n'indique qu'il avait alors écarté l'une de ses trois options et, en particulier, qu'il avait renoncé à son projet de discussion de groupe prévu le week-end suivant. Même si le prévenu savait déjà que G______ couchait avec D______, les principaux intéressés l'avaient toujours nié. Ainsi, lorsqu'au cours de leur tour en voiture, celle qu'il espérait reconquérir lui a dit pour la première fois qu'ils couchaient ensemble, son monde s'est écroulé. Cette révélation a provoqué en lui une colère noire. Lorsqu'il est revenu sur le parking, le prévenu n'était plus dans le même état qu'auparavant. Il est rappelé également que, lorsqu'il a quitté le parking avec G______, seul F______ s'y trouvait encore. Le prévenu a indiqué qu'il n'avait pas pris connaissance du message dans lequel ce dernier l'informait du retour des autres protagonistes sur le parking et aucun élément du dossier ne permet d'infirmer cette déclaration. Ainsi, il est retenu que le prévenu ignorait la présence de D______ à leur retour. Il a stoppé son véhicule en haut de la voie de circulation et est resté assis au volant de son véhicule. Lorsqu'il a vu D______ devant le véhicule de G______ puis traverser la voie de circulation devant la Seat, l'option de le tuer, qui concourait jusqu'alors avec deux autres solutions dans les heures précédentes, a pris toute la place. C'est à ce moment uniquement que l'option de
- 60 - P/12004/2017 tuer son rival s'est imposée à lui et qu'il a délibérément dirigé son véhicule sur lui. De telles circonstances ne relèvent pas d'une froide planification. La réalisation quelques heures plus tard de la possibilité envisagée de tuer D______, que le prévenu avait affirmé vouloir écraser avec la Seat, ne suffit pas pour constituer un indice d'une préméditation et, partant d'une absence particulière de scrupules. En revanche, le prévenu a agi avec une immense lâcheté en fonçant avec son véhicule sur D______, lequel ne se doutait de rien et s'apprêtait à quitter le parking à pied. Vu la disparité des forces en présence, il n'a laissé aucune chance à la victime d'échapper à son sort. Alors que le corps inerte de D______ gisait au sol après avoir été percuté, le prévenu a fait preuve d'acharnement en roulant sur lui et en l'achevant sans aucun scrupule. Après avoir agi de la sorte, il a roulé à une vitesse normale sur le parking; il s'est tout d'abord adressé à F______ pour lui demander ce qu'il faisait puis est descendu de son véhicule et y est remonté en repoussant un autre membre du groupe, qui tentait de le retenir. Il est ensuite passé à proximité de sa victime, simplement pour lancer à G______ qu'il l'avait prévenue, sans le moindre égard pour l'homme qui gisait au sol. Après avoir quitté le parking, il a imaginé aller nettoyer son véhicule. Ces éléments démontrent que le prévenu a agi de façon odieuse, au mépris de la vie de D______, ce qui dénote une absence particulière de scrupule. En outre, le but du prévenu était éminemment égoïste. G______ était son premier amour. Si leur relation a été courte, l'idée de la récupérer a toujours été présente dans son esprit. Même lorsqu'il a évoqué la possibilité de la "jarter" de sa vie, c'était dans l'espoir qu'elle se rende compte qu'il lui manquerait et dans le but de la faire ainsi revenir vers lui. Au début du mois de juin 2017, son but principal était de la récupérer. Partant, même si le prévenu a souvent exprimé le fait qu'il voulait aider G______ et écarter de la vie de celle-ci toute personne néfaste, aucun altruisme n'a motivé sa démarche. Le prévenu n'a tenu aucun compte des avis qui pouvaient diverger du sien, ni de la volonté de G______, qui, même si elle a pu faire preuve d'ambivalence, lui a manifesté sa volonté de ne pas reprendre une relation avec lui. Il n'a surtout eu aucune considération pour D______, qu'il a tué parce qu'il estimait qu'il constituait un obstacle à sa relation avec G______. Plusieurs mobiles se dégagent du dossier. Le prévenu a notamment agi par jalousie, pour éliminer un rival et récupérer son premier amour, alors qu'objectivement cette relation était une amourette, qui avait pris fin depuis plusieurs mois. Il a également agi sous le coup d'une grande colère suite aux révélations de G______. Le prévenu a éprouvé un sentiment de trahison, tant à l'égard de la jeune femme que de D______, ainsi que de la frustration. Il a ainsi réagi de manière totalement inadaptée à une situation qu'il a interprétée comme une tromperie, alors même que la personne concernée n'avait aucun engagement envers lui. Seuls son intérêt et le mépris de tout ce qui pouvait nuire à celui-ci ont dicté sa conduite. S'il a contesté avoir voulu tuer la victime, le prévenu a tout de même affirmé avoir voulu lui faire mal, comme lui avait souffert. Une composante de vengeance exacerbée a ainsi également fonctionné comme mobile à ses actes. Comme il était incapable de s'en prendre directement à G______,
- 61 - P/12004/2017 cette volonté de vengeance s'est entièrement concentrée sur celui qu'il tenait comme responsable de l'échec de sa relation. Les paroles adressées après l'acte à G______ le confirment. Le prévenu a ainsi agi de manière égoïste, afin de combler une blessure narcissique, sans penser aux conséquences de ses agissements. Son but et ses mobiles étaient ainsi également odieux et dénotent une absence particulière de scrupules du prévenu. En tout état de cause, il est rappelé que l'examen du caractère odieux de l'acte se fait selon une appréciation morale objective. Au moment d'agir, le prévenu possédait une large capacité de discernement. La légère limitation de cette capacité ainsi que la difficulté éprouvée par le prévenu à contrôler ses émotions en raison de son trouble de la personnalité seront prises en compte au moment de l'appréciation de la gravité de la faute et de la fixation de la peine. Compte tenu de ce qui précède, il ressort de l'ensemble des circonstances externes et internes de l'acte que le prévenu a fait preuve du mépris le plus complet pour la vie de D______. Il a agi sans scrupules, en faisant preuve d'un égoïsme primaire et odieux, et n'a tenu aucun compte de la vie de celui-ci dans le but de poursuivre ses propres intérêts. La circonstance aggravante de l'assassinat doit être retenue. Le prévenu sera donc déclaré coupable d'assassinat. Responsabilité
2. 2.1.1. Le juge atténue la peine en application de l'art. 19 al. 2 CP si, au moment d'agir, l'auteur ne possédait que partiellement la faculté d'apprécier le caractère illicite de son acte ou de se déterminer d'après cette appréciation. Dans ce cas, il s'agit de diminuer la faute et non la peine; la réduction de la peine n'est que la conséquence de la faute plus légère (ATF 136 IV 55 consid. 5.5). Le juge dispose d'une marge d'appréciation lorsqu'il doit décider comment la diminution de la responsabilité constatée doit se manifester sur l'appréciation de la culpabilité (subjective) en tenant compte de l'ensemble des circonstances. Il faut appliquer dans un tel cas le barème ordinaire, à savoir qu'une faute (objectivement) très grave peut être ramenée à cause d'une légère diminution de la responsabilité à une faute grave à très grave. 2.1.2. Selon l'art. 20 CP, l'autorité d'instruction ou le juge ordonne une expertise s'il existe une raison sérieuse de douter de la responsabilité de l'auteur. Selon la jurisprudence, le juge apprécie en principe librement une expertise et n'est pas lié par les conclusions de l'expert. Il est libre d'appliquer l'art. 19 CP même si cela contredit l'avis de l'expert, ou de ne pas appliquer cette disposition, alors que l'expert la considère comme indiquée (ATF 102 IV 225 consid. 7b, DUPUIS et al. PC CP, n° 16 ad art. 20 CP; STRÄULI, CR - CP I, n° 34 ad art. 20 CP). Toutefois, il ne peut s'en écarter que lorsque des circonstances ou des indices importants et bien établis en ébranlent sérieusement la crédibilité; il est alors tenu de motiver sa décision de ne pas suivre le
- 62 - P/12004/2017 rapport d'expertise (ATF 133 II 384 consid. 4.2.3; 129 I 49 consid. 4; 128 I 81 consid. 2). 2.2. Conformément aux conclusions des experts, dont il n'y a pas lieu de s'écarter, la responsabilité du prévenu était légèrement diminuée lors des faits du 8 juin 2017. Peine
3. 3.1.1. Il sera fait application de l'ancien droit des sanctions, conformément au principe de la non-rétroactivité du droit pénal, dès lors que le nouveau droit entré en vigueur le 1er janvier 2018 n'est pas plus favorable au prévenu. 3.1.2. A teneur de l'article 47 al. 1 CP, le juge fixe la peine d'après la culpabilité de l'accusé, en tenant compte des antécédents et de la situation personnelle de ce dernier ainsi que de l'effet de la peine sur son avenir. L'alinéa 2 de cette disposition prévoit en outre que la culpabilité est déterminée par la qualité de la lésion ou de la mise en danger du bien juridique concerné, par le caractère répréhensible de l'acte, par les motivations et les buts de l'auteur et par la mesure dans laquelle celui-ci aurait pu éviter la mise en danger ou la lésion, compte tenu de sa situation personnelle et des circonstances extérieures. Il appartient au juge de pondérer les différents facteurs de la fixation de la peine (ATF 134 IV 17 consid. 2.1). La faute est l'élément principal à prendre en considération dans le cadre de la fixation de la sanction. 3.1.3. La définition de l'assassinat ne laisse que peu de place pour d'éventuelles circonstances atténuantes. Si l'application de l'art. 48 CP ne semble pas exclue dans son principe, elle semble cependant devoir s'envisager de façon exceptionnelle, en raison du caractère difficilement compatibles des circonstances atténuantes avec la définition même de l'assassinat (DUPUIS et al., op. cit., n° 28 ad art. 112 CP). Le jeune âge n'est plus une circonstance atténuante depuis l'entrée en vigueur du Code pénal 2007, mais peut être pris en considération par le juge dans le contexte de la détermination de la culpabilité, à titre d'élément de la situation personnelle de l'auteur. Il peut ainsi constituer un indice d'une certaine immaturité ou influençabilité (cf. arrêt 6B_889/2010 du 24 mai 2011 consid. 3.2.2., 6B_305/2010 du 23 juillet 2010 consid. 3.5). 3.2. La faute du prévenu est extrêmement lourde. Il s'en est pris à D______, lui ôtant la vie, bien le plus précieux de notre ordre juridique. Il a démarré en trombe pour le percuter puis l'a achevé en franchissant son corps inerte avec son véhicule. Il a agi avec une très grande lâcheté, alors que la victime était sans défense, n'avait aucune possibilité de s'échapper et ne s'attendait aucunement à être agressée. Il a quitté les lieux sans se soucier du sort de la victime. Par son acte, il a privé la famille de la victime de leur fils et de leur frère. Il a également bouleversé la vie de nombreuses personnes, en particulier celles de ses amis, dont certains sont restés traumatisés.
- 63 - P/12004/2017 Il a fait preuve d'une intensité délictueuse certaine. Si le passage à l'acte a été déclenché dans des circonstances que le prévenu n'avait pas anticipées, il avait exprimé depuis plusieurs jours son envie d'éliminer celui qu'il considérait comme son rival et l'avait menacé de mort à de réitérées reprises. Il a agi sous l'emprise de la colère et mû par des sentiments de jalousie, de vengeance et de trahison. Ses mobiles étaient égoïstes. Le prévenu aurait pu agir autrement et éviter le drame. Ses proches l'avaient mis en garde sur le caractère toxique de cette relation et avaient tenté de calmer son animosité contre D______. Il doit toutefois être tenu compte du jeune âge du prévenu et de son état émotionnel au moment de son acte. G______ était son premier amour. Il éprouvait un amour irrationnel pour elle. L'ambivalence de la jeune femme a renforcé tant l'attachement qu'il lui portait que sa frustration. Cette relation s'est avérée toxique. C'est dans ce contexte qu'il a réagi de manière exacerbée suite aux révélations de la jeune femme. Si ces éléments permettent d'expliquer une telle extrémité dans ses agissements, ils ne les justifient pas. Ceux-ci s'inscrivent également dans le trouble de personnalité retenu par les experts. Il doit en effet être tenu compte de la responsabilité faiblement restreinte du prévenu au moment des faits, ce qui vient amoindrir sa faute. S'agissant de sa collaboration, il doit être retenu qu'il a spontanément fourni des explications détaillées sur les éléments factuels du dossier mais qu'il est resté en retrait sur son ressenti et ses motivations. Sur ce point, il a toutefois progressé au cours de l'audience, même s'il a persisté à nier son intention homicide. Le prévenu a manifesté des regrets. Il a de lui-même suivi une psychothérapie en prison qui semble l'avoir fait progresser, même si le travail de prise de conscience n'est pas abouti. Encore récemment, il a notamment rédigé un certain nombre de courriers qui interrogent sur la prise de conscience de sa responsabilité et sur sa capacité à oublier son premier amour, éléments importants dans l'appréciation du risque de récidive. Les progrès du prévenu ont été constatés en audience de jugement, lors de laquelle il a admis avoir agi de façon odieuse et égoïste et a assumé la seule responsabilité de ce drame. Un attachement à son premier amour semble toutefois toujours couver sous les couches de rationalisation que le prévenu a accepté de revêtir. L'absence d'antécédent judiciaire du prévenu au moment des faits a un effet neutre sur la peine. En conséquence, une peine privative de liberté de 13 ans sera infligée au prévenu. Mesures
4. 4.1.1. Selon l'art. 56 al. 1 CP, une mesure doit être ordonnée si une peine seule ne peut écarter le danger que l'auteur commette d'autres infractions, si l'auteur a besoin d'un traitement ou que la sécurité publique l'exige et si les conditions prévues aux art. 59 à 61, 63 ou 64 CP sont remplies. Si les conditions sont remplies aussi bien pour le
- 64 - P/12004/2017 prononcé d'une peine que pour celui d'une mesure, le juge ordonne les deux sanctions (art. 57 al. 1 CP). 4.1.2. L'art. 61 al. 1 CP, prévoit que le juge peut ordonner le placement de l'auteur dans un établissement pour jeunes adultes, s'il avait moins de 25 ans au moment de l'infraction, qu'il souffre de graves troubles du développement de la personnalité, qu'il a commis un crime ou un délit en relation avec ces troubles (let. a) et qu'il est à prévoir que cette mesure le détournera de nouvelles infractions en relation avec ces troubles (let.b). Ainsi, plusieurs conditions doivent être réalisées pour qu'une telle mesure puisse être prononcée: l'auteur doit être âgé de 18 à 25 ans au moment de la commission de l'infraction; il doit souffrir de graves troubles du développement de la personnalité; l'infraction commise doit être en lien avec ces troubles; la mesure paraît propre à prévenir la récidive, en particulier parce que le jeune adulte semble accessible à un traitement socio-pédagogique et thérapeutique. Cette mesure est ordonnée principalement en raison de l'état personnel du jeune adulte délinquant et de sa capacité à recevoir un soutien socio-pédagogique et thérapeutique pouvant influencer favorablement le développement de sa personnalité (FF 1999 1887; ATF 118 IV 351consid. 2b p. 354 s.). Un tel placement doit par conséquent être réservé aux jeunes adultes qui peuvent encore être largement influencés dans leur développement et qui apparaissent accessibles à cette éducation. Moins l'intéressé semble encore malléable, moins cette mesure peut entrer en considération. En outre, les carences du développement pertinentes sous l'angle pénal doivent pouvoir être comblées par l'éducation, en tout cas dans la mesure où ce moyen permet de prévenir une future délinquance (ATF 125 IV 237 consid. 6b p. 240; 123 IV 113 consid. 4c p. 122; 118 IV 351consid. 2b et d p. 354 ss). 4.1.3. Selon l'art. 63 al. 1 CP, lorsque l'auteur souffre d'un grave trouble mental, est toxicodépendant ou qu'il souffre d'une autre addiction, le juge peut ordonner un traitement ambulatoire au lieu d'un traitement institutionnel, si l'auteur a commis un acte punissable en relation avec son état et s'il est à prévoir que ce traitement le détournera de nouvelles infractions en relation avec son état. 4.2. En l'espèce aucun élément du dossier ne permet de se distancer de l'avis des experts, qui ont relevé notamment que le prévenu était correctement inséré socialement et professionnellement. Chez celui-ci, le problème ne se pose pas sous l'angle éducatif mais sous celui de l'introspection personnelle et de sa capacité à identifier et à gérer ses émotions dans des domaines particuliers. Ainsi les critères d'application de la mesure applicable aux jeunes adultes ne sont pas réunis dans le cas d'espèce. En outre, le traitement ambulatoire débuté en détention a montré une certaine efficacité, avec une évolution notable, même si le travail n'est pas terminé. Celui-ci sera donc prononcé, conformément aux recommandations des experts. Prétentions civiles
- 65 - P/12004/2017
5. 5.1.1. A teneur de l'art. 122 al. 1 CPP, en qualité de partie plaignante, le lésé peut faire valoir des conclusions civiles déduites de l'infraction par adhésion à la procédure pénale. Le même droit appartient aux proches de la victime dans la mesure où ceux-ci font valoir contre le prévenu des conclusions civiles propres (art. 122 al. 2 CPP). Le Tribunal statue sur les conclusions civiles présentées lorsqu'il rend un verdict de culpabilité à l'encontre du prévenu (art. 126 al. 1 lit. a CPP), étant précisé que si le prévenu acquiesce aux conclusions civiles, sa déclaration doit être consignée au procès- verbal et constatée dans la décision finale (art. 124 al. 3 CPP). La notion de proche de la victime est définie à l'art. 116 al. 2 CPP; il s'agit notamment des père et mère, mais aussi d'autres personnes ayant avec elle des liens analogues. 5.1.2. Chacun est tenu de réparer le dommage qu'il cause à autrui d'une manière illicite, soit intentionnellement, soit par négligence ou imprudence (art. 41 al. 1 CO). La preuve du dommage incombe au demandeur (art. 42 al. 1 CO). 5.1.3. Selon l'art. 46 al. 1 CO, en cas de lésions corporelles, la partie qui en est victime a droit au remboursement des frais et aux dommages-intérêts qui résultent de son incapacité de travail totale ou partielle, ainsi que de l'atteinte portée à son avenir économique. La jurisprudence admet que les parents subissent un choc émotionnel après avoir appris la mort de leur enfant dans un accident par exemple. Il s'agit d'une atteinte directe à l'intégrité corporelle et la victime ainsi atteinte peut demander la réparation de son préjudice, pour autant qu'il soit en lien de causalité adéquate avec l'accident (ATF 112 II 118 consid. 5; 138 II 276 consid. 2 ss, JdT 2012 I 270; ATF 142 III 433, JdT 2016 I 347). 5.1.4. Aux termes de l'art. 47 CO, le juge peut, en tenant compte de circonstances particulières, allouer à la victime de lésions corporelles ou, en cas de mort d'homme, à la famille, une indemnité équitable à titre de réparation morale. En raison de sa nature, l'indemnité pour tort moral, qui est destinée à réparer un dommage qui ne peut que difficilement être réduit à une simple somme d'argent, échappe à toute fixation selon des critères mathématiques, de sorte que son évaluation en chiffres ne saurait excéder certaines limites. L'indemnité allouée doit toutefois être équitable (ATF 130 III 699 consid. 5.1; arrêt 6B_1066/2014 du 27 février 2014 consid. 6.1.2). A titre de comparaison, les indemnités pour tort moral suivantes ont été définitivement alloués à des parents dans des affaires d'homicides :
- un montant de CHF 100'000.- a été alloué aux parents d'une petite fille de 12 ans, violée et assassinée chez elle par l'ami de la mère dans des circonstances atroces (JTCR/1/2018);
- un montant de CHF 40'000.- a été alloué à la mère d'une femme tuée par son époux de sept balles dans la tête. L'intéressée était en contact constant avec sa fille malgré la
- 66 - P/12004/2017 distance séparant leurs lieux de vie et sa vie avait été bouleversée par le fait qu'elle devait désormais prendre de soin de ses petits-enfants encore jeunes (AARP/526/2016).
- un montant de CHF 60'000.- a été alloué aux parents d'une victime tuée de vingt-sept à trente-cinq coups de tournevis pour un mobile inconnu. Les parents étaient profondément affectés et peinaient à se remettre, plus de deux ans et demi après les faits. Ils entretenaient des liens particulièrement étroits avec la victime et se voyaient quasiment tous les jours (JTCR/6/2015);
- un montant de CHF 40'000.- a été alloué aux parents d'une victime tuée par arme à feu durant son sommeil, par une personne mandatée dans ce but par l'ex-copine de la victime, la mère de l'ex-copine et un intermédiaire. La famille était extrêmement unie et leur souffrance était importante. 5.2.1. En l'espèce, chacun des parents de la victime a conclu à ce que le prévenu soit condamné à leur payer un montant de CHF 100'000.- à titre d'indemnité pour tort moral, avec intérêt à 5% depuis la date du drame. Le prévenu a acquiescé à ces prétentions sur le principe, ce dont il est pris acte. Il est notoire que la perte d'un enfant constitue une grande souffrance pour des parents et n'est pas loin de représenter ce qui se fait de pire dans l'échelle des valeurs d'une épreuve. Dans le cas d'espèce, il est établi que les parties plaignantes ont été profondément affectées par la perte de leur fils, épreuve dont elles peinent à se remettre et dont les conséquences sont toujours bien présentes, plus de deux ans et demi après les événements. Par ailleurs, la victime, âgée de 25 ans, vivait avec sa mère et entretenait des liens privilégiés avec elle. Si les circonstances de la vie ont amené le père de la victime à vivre séparé de son fils, il n'en continuait pas moins à entretenir des contacts réguliers avec lui, comme l'ont attesté plusieurs témoins. La vie de ces deux parents a été chamboulée par ce drame. Leur incompréhension face à celui-ci ainsi que l'attitude parfois désinvolte du prévenu, qui a pu reporter la responsabilité du décès de la victime sur celle-ci ou sur sa mère, ont constitué des sources de souffrance supplémentaires pour les parties plaignantes, propres à rendre leur deuil plus difficile encore. Des indemnités pour tort moral de CHF 60'000.- seront ainsi allouées à chacune des parties plaignantes. 5.2.2. La partie plaignante A______ a sollicité réparation de son dommage matériel. Le prévenu a admis les conclusions civiles sur leur principe, si bien que le principe de l'indemnisation est reconnu. Au surplus, un certificat médical atteste du fait que la partie plaignante a perdu son travail suite au décès de son fils. S'agissant du calcul de la perte de gain, de manière générale, il est établi qu'à partir du 1er septembre 2017, la partie plaignante a touché une rente invalidité de trois-quarts, alors qu'elle percevait une demie rente auparavant. Plutôt que d'imputer ce montant de manière globale, le Tribunal a calculé les dommages mensuels de la partie plaignante et a donc mensuellement déduit la différence entre ces deux montants, soit CHF 498.35
- 67 - P/12004/2017 (CHF 1'495.- - CHF 996.65). A partir du 1er janvier 2019, les montants des rentes ont varié et la différence est passée à CHF 502.65 (CHF 1'508.- - CHF 1'005.35). Nonobstant cette précision, les chiffres avancés par la partie plaignante dans son mémoire de conclusions civiles jusqu'au mois de février 2018 sont corrects. Le salaire habituel à 100% a été déterminé sur la base du salaire à 80% effectivement perçu. Ceux- ci varient chaque mois. Pour la période qui a débuté après le licenciement de la partie plaignante, le Tribunal tient compte d'un salaire habituel mensuel de CHF 3'481.05 (calculé au pro rata du salaire annuel assuré : CHF 41'772.60 / 12) et en déduit les prestations de l'assurance perte de gain et la différence des rentes AI pour déterminer le dommage subi chaque mois. Les chiffres ainsi obtenus diffèrent quelque peu de ceux de la partie plaignante. A partir du 8 juin 2019, les prestations de l'assurance perte de gain sont arrivées à leur terme et la partie plaignante a sollicité l'octroi de prestations complémentaires AVS/AI. Contrairement à la partie plaignante, le Tribunal estime que ces montants doivent venir en déduction de la perte de gain éprouvée par la partie plaignante. Il s'agit en effet de prestations versées par un assureur social, qui ne va jamais réclamer à la bénéficiaire le remboursement des prestations versées. Si le prévenu était condamné à lui verser ces montants, la partie plaignante serait indemnisée à double. A partir du mois de juillet 2019, la perte de gain était ainsi chaque mois de CHF 1'894.40 (salaire habituel de CHF 3'481.05 auquel sont soustraites les prestations complémentaires de CHF 1'084.- et la différence des rentes AI de CHF 502.65). Compte tenu des éléments qui précèdent, le dommage de la partie plaignante s'articule de la manière suivante : - du 9 au 30 juin 2017 : CHF 606.15 - juillet 2017 : CHF 798.60 - août 2017 : CHF 698.55 - septembre 2017 : CHF 338.60 - octobre 2017 : CHF 200.20 - novembre 2017 : CHF 178.60 - décembre 2017 : CHF 200.20 - janvier 2018 : CHF 178.15 - février 2018 : CHF 32.25 - 1er au 26 mars 2018 : CHF 96.75 - 27 au 31 mars 2018 :
- CHF 156.10 - avril 2018 : CHF 236.20 - mai 2018 : CHF 144.65 - juin 2018 : CHF 236.20 - juillet 2018 : CHF 144.65 - août 2018 : CHF 144.65 - septembre 2018 : CHF 236.20 - octobre 2018 : CHF 144.65 - novembre 2018 : CHF 236.20
- 68 - P/12004/2017 - décembre 2018 : CHF 144.65 - janvier 2019 : CHF 140.35 - février 2019 : CHF 415.00 - mars 2019 : CHF 140.35 - avril 2019 : CHF 231.90 - mai 2019 : CHF 140.35 - 1er au 7 juin 2019 : CHF 479.15 - 8 au 30 juin 2019 : CHF 1'415.25 - juillet 2019 à août 2020 : CHF 26'521.60 Total : CHF 34'323.95 CHF 34'636.25 La perte de gain subie par la partie plaignante s'élève ainsi à CHF 34'636.25. La partie plaignante a également demandé à être dédommagée pour les frais de transport en ambulance, qu'elle a dû honorer à hauteur de CHF 864.-, et pour les frais médicaux de la Dresse AO______, qui n'ont pas été pris en charge par l'assurance maladie (franchises et quote-part), à hauteur de CHF 1'167.45. Ces postes de dommages sont également justifiés et s'ajoutent au dommage matériel qui doit être indemnisé par le prévenu. Celui-ci sera ainsi condamné à lui payer un montant total de CHF 36'667.70. L'ensemble du préjudice étant réparti sur quarante-trois mois, la date moyenne des intérêts sera fixée au 31 janvier 2019.
6. Le défenseur d'office et les conseil juridiques gratuits seront indemnisés conformément aux arts. 135 al. 2 et 138 CPP.
7. Le Tribunal ordonnera la restitution au prévenu de ses deux téléphones portables et à la partie plaignante A______ celle des effets personnels de son fils (art. 267 al. 1 et 3).
8. Les frais de la procédure, qui s'élèvent à CHF 76'501.35, y compris l'émolument de jugement fixé à CHF 10'000.- (art. 10 du Règlement fixant le tarif des frais en matière pénale, du 16 décembre 2010; RTFP ; E 4 10.03), seront mis à la charge du prévenu (art. 426 al. 1 CPP).
PAR CES MOTIFS, LE TRIBUNAL CRIMINEL statuant contradictoirement : Déclare X______ coupable d'assassinat (art. 111 et 112 CP). Condamne X______ à une peine privative de liberté de 13 ans, sous déduction de 1'176 jours de détention avant jugement (art. 40 aCP et 51 CP).
- 69 - P/12004/2017 Ordonne que X______ soit soumis à un traitement ambulatoire (art. 63 CP). Ordonne la transmission du présent jugement, du procès-verbal de l'audience de jugement, du rapport d'expertise psychiatrique du 3 janvier 2018 et des procès-verbaux d'audition des experts des 26 février 2018 et 22 mars 2018 au Service d'application des peines et mesures. Ordonne, par prononcé séparé, le maintien en détention pour des motifs de sûreté de X______ (art. 231 al. 1 CPP). ***** Constate que X______ acquiesce aux conclusions civiles dans leur principe (art. 124 al. 3 CPP). Condamne X______ à payer à A______ et B______ CHF 60'000.- chacun, avec intérêts à 5% dès le 8 juin 2017, à titre de réparation du tort moral (art. 47 CO). Condamne X______ à payer à A______ CHF 36'355.50, avec intérêts à 5% dès le 31 janvier 2019, à titre de réparation du dommage matériel (art. 41 CO). Déboute A______ et B______ de leurs conclusions civiles pour le surplus. ***** Ordonne la restitution à X______ des téléphones portables figurant sous chiffres 1 et 2 de l'inventaire n° 9678420170609 du 9 juin 2017 (art. 267 al. 1 et 3 CPP). Ordonne la restitution à A______ des objets figurants sous chiffres 1 à 7 de l'inventaire n° 9673320170609 du 9 juin 2017 (art. 267 al. 1 et 3 CPP). Condamne X______ aux frais de la procédure, qui s'élèvent à CHF 76'501.35, y compris un émolument de jugement de CHF 10'000.- (art. 426 al. 1 CPP). ***** Fixe à CHF 47'631.90 l'indemnité de procédure due à Me AX______, défenseur d'office de X______ (art. 135 CPP). Fixe à CHF 53'544.45 l'indemnité de procédure due à Me AV______, conseil juridique gratuit de A______ (art. 138 CPP). Fixe à CHF 42'923.20 l'indemnité de procédure due à Me AW______, conseil juridique gratuit de B______ (art. 138 CPP).
- 70 - P/12004/2017 Ordonne la communication du présent jugement aux autorités suivantes : Casier judiciaire suisse, Service cantonal des véhicules, Service de l'application des peines et mesures, Service des contraventions (art. 81 al. 4 let. f CPP).
La Greffière
Soraya COLONNA
La Présidente
Brigitte MONTI
Voies de recours Les parties peuvent annoncer un appel contre le présent jugement, oralement pour mention au procès-verbal, ou par écrit au Tribunal pénal, rue des Chaudronniers 9, case postale 3715, CH-1211 Genève 3, dans le délai de 10 jours à compter de la communication du dispositif écrit du jugement (art. 398, 399 al. 1 et 384 let. a CPP). Selon l'art. 399 al. 3 et 4 CPP, la partie qui annonce un appel adresse une déclaration écrite respectant les conditions légales à la Chambre pénale d'appel et de révision, Place du Bourg-de-Four 1, case postale 3108, CH-1211 Genève 3, dans les 20 jours à compter de la notification du jugement motivé. Si le défenseur d'office ou le conseil juridique gratuit conteste également son indemnisation, il peut interjeter recours, écrit et motivé, dans le délai de 10 jours dès la notification du jugement motivé, à la Chambre pénale d'appel et de révision contre la décision fixant son indemnité (art. 396 al. 1 CPP). L'appel ou le recours doit être remis au plus tard le dernier jour du délai à la juridiction compétente, à la Poste suisse, à une représentation consulaire ou diplomatique suisse ou, s'agissant de personnes détenues, à la direction de l'établissement carcéral (art. 91 al. 2 CPP).
Etat de frais Frais du Ministère public CHF 65'811.35 Frais du Tribunal des mesures de contrainte CHF 100.00 Frais de fourrière OCV CHF 6'120.00 Convocations devant le Tribunal CHF 105.00 Frais postaux (convocation) CHF 35.00
- 71 - P/12004/2017 Emolument de jugement CHF 10'000.00 Etat de frais CHF 50.00 Frais postaux (notification) CHF 0.00 Total CHF 76'501.35
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Indemnisation du défenseur d'office – Me AX______ Vu les art. 135 CPP et 16 RAJ et les directives y relatives ; Bénéficiaire : X______ Avocat : AX______ Etat de frais reçu le : 26 août 2020
Indemnité : Fr. 38'667.50 Forfait 10 % : Fr. 3'866.75 Déplacements : Fr. 2'360.00 Sous-total : Fr. 44'894.25 TVA : Fr. 3'510.40 Total : Fr. 48'404.65 Observations :
- 6h45 Activité stagiaire 2017 à Fr. 110.00/h = Fr. 742.50.
- 132h10 Activité 2018-2020 à Fr. 150.00/h = Fr. 19'825.–.
- 93h55 Activité 2017 à Fr. 150.00/h = Fr. 14'087.50.
- 26h45 Audience de jugement à Fr. 150.00/h = Fr. 4'012.50.
- Total : Fr. 38'667.50 + forfait courriers/téléphones arrêté à 10 % vu l'importance de l'activité déployée (art 16 al 2 RAJ) = Fr. 42'534.25
- 19 déplacements A/R (Déplacements 2017) à Fr. 75.– = Fr. 1'425.–
- 2 déplacements A/R (Déplacements stagiaire 2017) à Fr. 55.– = Fr. 110.–
- 7 déplacements A/R (Déplacements 2018) à Fr. 75.– = Fr. 525.–
- 4 déplacements A/R (Audience de jugement) à Fr. 75.– = Fr. 300.–
- TVA 7.7 % Fr. 2'082.55
- TVA 8 % Fr. 1'427.85
* En application de l'art. 16 al. 2 RAJ, réductions de :
i) 3h15 (collaborateur) pour le poste "conférences"
- 72 - P/12004/2017
- les conférences avec I______ ne sont pas prises en charge par l'Assistance juridique. ii) 2h10 (collaborateur) pour le poste "procédure" :
- les recherches juridiques font partie de la formation continue de l'avocat-e et n'ont pas à être prises en charge par l'Etat.
- les études de diverses pièces (demande de prolongation de détention, observations, arrêt de de la Cour) ainsi que la rédaction demande acte d'accusation sont des prestations comprises dans le forfait "courriers/téléphones".
Déplacements : Transport sur place à Meyrin compté en heures dans l'activité globale effectuée La vacation par le stagiaire à la Cour de justice n'est pas pris en charge par l'AJ 1 déplacement A/R par audience MP, VHP et TCRIM
Audiences : Ajout du temps d'audience de jugement Conférences : *Réduction de -0h45' pour les entretiens du 2.12.2019 au 30.01.2020 car 1h30 de conf. admise par mois, sous réserve d'audiences *Conférence avec I______ du 19.08.2020 pas prise en compte par l'AJ
Indemnisation du conseil juridique gratuit – Me AW______ Vu les art. 138 al. 1 CPP et 16 RAJ et les directives y relatives ; Bénéficiaire : B______ Avocat : AW______ Etat de frais reçu le : 14 août 2020
Indemnité : Fr. 33'945.05 Forfait 10 % : Fr. 3'394.50 Déplacements : Fr. 2'475.00 Sous-total : Fr. 39'814.55 TVA : Fr. 3'108.65 Total : Fr. 42'923.20 Observations :
- 52h45 Activité 2017 à Fr. 200.00/h = Fr. 10'550.–.
- 9h25 Activité stagiaire 2017 à Fr. 110.00/h = Fr. 1'035.85.
- 20h40 Activité 2018-2020 à Fr. 200.00/h = Fr. 4'133.35.
- 3h25 Activité stagiaire 2018-2020 à Fr. 110.00/h = Fr. 375.85.
- 62h30 ETF complémentaire à Fr. 200.00/h = Fr. 12'500.–.
- 26h45 Audience de jugement à Fr. 200.00/h = Fr. 5'350.–.
- Total : Fr. 33'945.05 + forfait courriers/téléphones arrêté à 10 % vu l'importance de l'activité déployée (art 16 al 2 RAJ) = Fr. 37'339.55
- 14 déplacements A/R (2017) à Fr. 100.– = Fr. 1'400.–
- 3 déplacements A/R (2017) à Fr. 55.– = Fr. 165.–
- 4 déplacements A/R (2018-2020) à Fr. 100.– = Fr. 400.–
- 2 déplacements A/R (2018-2020) à Fr. 55.– = Fr. 110.–
- 4 déplacements A/R (Audience de jugement) à Fr. 100.– = Fr. 400.–
- TVA 7.7 % Fr. 1'963.90
- 73 - P/12004/2017
- TVA 8 % Fr. 1'144.75
Indemnisation du conseil juridique gratuit – Me AV______ Vu les art. 138 al. 1 CPP et 16 RAJ et les directives y relatives ; Bénéficiaire : A______ Avocat : AV______ Etat de frais reçu le : 10 août 2020
Indemnité : Fr. 42'700.00 Forfait 10 % : Fr. 4'270.00 Déplacements : Fr. 2'700.00 Sous-total : Fr. 49'670.00 TVA : Fr. 3'874.45 Total : Fr. 53'544.45
Observations :
- 75h35 Activité 2017 à Fr. 200.00/h = Fr. 15'116.65.
- 59h40 Activité 2018-2020 à Fr. 200.00/h = Fr. 11'933.35.
- 51h30 ETF complémentaire à Fr. 200.00/h = Fr. 10'300.–.
- 26h45 Audience de jugement à Fr. 200.00/h = Fr. 5'350.–.
- Total : Fr. 42'700.– + forfait courriers/téléphones arrêté à 10 % vu l'importance de l'activité déployée (art 16 al 2 RAJ) = Fr. 46'970.–
- 6 déplacements A/R (Déplacements 2018) à Fr. 100.– = Fr. 600.–
- 4 déplacements A/R (Audience de jugement) à Fr. 100.– = Fr. 400.–
- 17 déplacements A/R (Déplacements 2017) à Fr. 100.– = Fr. 1'700.–
- TVA 7.7 % Fr. 2'544.20
- TVA 8 % Fr. 1'330.25 Audiences : *Réduction Audience 05.07.2017 = -0h10 (09h30 à 12h50) *Réduction Audience 05.07.2017 = -3h30 (14h30 à 17h00) *Réduction Audience 07.07.2017 = -0h10 *Réduction Audience 27.07.2017 = -0h05 *Réduction Audience 12.09.2017 = -0h30 (14h30 à 16h35) *Réduction Audience 26.02.2018 = -0h02 *Réduction Audience 22.03.2018 = -0h12 *Réduction Audience 29.08.2018 = -0h20 *Réduction Audience 08.10.2018 = -0h02 *Réduction Audience 18.12.2018 = -0h04 *Ajout Audience 28.07.2017 = +0h05 *Ajout Audience 04.08.2017 = +0h20
Audience de jugement : 24.08.2020 = 9h00 à 18h30 25.08.2020 = 09h00 à 17h00 26.08.2020 = 09h00 à 16h50
- 74 - P/12004/2017 Déplacements : 1 A/R par audience MP et VHP 1 A/R par jour d'audience TCRIM
Voie de recours si seule l'indemnisation est contestée Le défenseur d'office peut interjeter recours, écrit et motivé, dans le délai de 10 jours, devant la Chambre pénale de recours contre la décision fixant son indemnité (art. 135 al. 3 let. a et 396 al. 1 CPP; art. 128 al. 1 LOJ). Le conseil juridique gratuit peut interjeter recours, écrit et motivé, dans le délai de 10 jours, devant la Chambre pénale de recours contre la décision fixant son indemnité (art. 135 al. 3 let. a et 396 al. 1 CPP; art. 128 al. 1 LOJ).
Restitution de valeurs patrimoniales et/ou d'objets Lorsque le présent jugement sera devenu définitif et exécutoire, il appartiendra à l'ayant- droit de s'adresser aux Services financiers du pouvoir judiciaire (finances.palais@justice.ge.ch et +41 22 327 63 20) afin d'obtenir la restitution de valeurs patrimoniales ou le paiement de l'indemnité allouée, ainsi que, sur rendez-vous, au Greffe des pièces à conviction (gpc@justice.ge.ch et +41 22 327 60 75) pour la restitution d'objets.
Notification à X______, soit pour lui ses Conseils Mes AX______ et AY______ Par recommandé Notification à A______, soit pour elle son Conseil Me AV______ Par recommandé Notification à B______, soit pour lui son Conseil Me AW______ Par recommandé Notification au Ministère public à l'att. de Mme le Procureur Sophie VARGA LANG Par recommandé