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EMARK-2005-13

Art. 14a al. 4 LSEE: exigibilité de l’exécution du renvoi.

Emark · 2003-05-20 · Français CH
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Sachverhalt

Le 7 avril 2003, D.A. a déposé une demande d’asile en Suisse.

L’intéressé a exposé avoir été confronté aux membres du Groupe islamiste armé

(GIA). Ceux-ci lui aurait réclamé de l’argent et de la nourriture et auraient

exercé des pressions afin qu’il s’engage à leurs côtés. Par crainte de

représailles de la part des terroristes, il n’aurait pas donné suite à la

convocation au service militaire.

Par décision du 20 mai 2003, l’ODR a rejeté la demande d’asile du requérant,

au motif que les faits allégués n’étaient ni vraisemblables ni pertinents au

regard de la loi sur l’asile. Il a également prononcé le renvoi de l’intéressé

et ordonné l’exécution de cette mesure.

2005 / 13 - 121

Le 20 juin 2003, le requérant a recouru contre cette décision concluant à

l’octroi de l’asile. Il a relevé que l’Etat algérien n’était pas en mesure de

protéger ses citoyens contre les agissements du GIA.

La Commission a rejeté le recours.

Extraits des considérants :

7.2. Selon l'art. 14a al. 4 LSEE, l'exécution du renvoi ne peut pas être

raisonnablement exigée si elle implique une mise en danger concrète de

l'étranger. Cette disposition s'applique en premier lieu aux "réfugiés de la

violence", soit aux étrangers qui ne remplissent pas les conditions de la

qualité de réfugié parce qu'ils ne sont pas personnellement persécutés, mais qui

fuient des situations de guerre, de guerre civile ou de violences généralisées,

et ensuite aux personnes pour qui un retour reviendrait à les mettre

concrètement en danger, notamment parce qu'elles ne pourraient plus recevoir les

soins dont elles ont besoin. L'autorité à qui incombe la décision doit donc dans

chaque cas confronter les aspects humanitaires liés à la situation dans laquelle

se trouverait l'étranger concerné dans son pays après l'exécution du renvoi à

l'intérêt public militant en faveur de son éloignement de Suisse (

JICRA

1999 n° 28 p.170

et jurisp. citée,

1998 n°

22 p. 191

).

Il s’agit donc d’examiner, au regard des critères explicités ci-dessus, si le

recourant peut conclure au caractère inexigible de l’exécution de son renvoi,

compte tenu de la situation prévalant dans son pays d’une part, et des motifs

personnels d’autre part.

7.2.1. En 1998, la Commission a publié deux décisions relatives à la

situation générale régnant en Algérie (

JICRA

1998 n° 25

et

26

). Dans la décision

publiée sous

JICRA 1998 n° 25

, la

Commission a relevé que la situation en Algérie se caractérisait par de nombreux

accrochages entre forces de sécurité et membres du Groupe Islamique Armé (GIA),

rendant ainsi plusieurs provinces du pays peu sûres. Dans la mesure toutefois où

les forces de sécurité maîtrisaient la situation dans les grandes villes (Alger,

Oran, Constantine, Annaba, Setif et Batna) et où bien des régions sises à l’est

d’Alger et d’Oran étaient fort peu touchées par ces actes de violence, la

Commission a estimé qu’il n’y avait pas lieu de considérer l’ensemble du nord de

l’Algérie comme étant une région confrontée à une situation de violences

généralisées. Par ailleurs, dans la décision publiée sous

JICRA 1998 n° 26

, la Commission a retenu

qu’en dépit des troubles qui affectaient l’Algérie, cet Etat ne se trouvait pas

dans une situation de guerre civile mais qu’il convenait d’analyser de manière

détaillée l’exécution du renvoi de person-

2005 / 13 - 122

nes en provenance de provinces sujettes aux attaques des terroristes. Ainsi,

à défaut d’admettre l’exigibilité du renvoi dans ces régions, il y avait alors

lieu de procéder à l’examen d’une possibilité de refuge interne dans des zones

plus calmes, notamment dans les régions sises à l’est du pays, près de la

frontière tunisienne.

Compte tenu du temps écoulé et des changements intervenus en Algérie depuis,

la Commission estime nécessaire de procéder à une réactualisation de son analyse

et de déterminer dans quelle mesure un examen de la possibilité d’un refuge

interne s’avère encore nécessaire. A cet effet, l’autorité de céans s’est

appuyée sur des sources publiques telles que des rapports sur le pays effectués

par des autorités suisses ou étrangères, des analyses de situation émanant de

différentes organisations internationales ou encore des articles de presse

divers (savoir en particulier International Crisis Group, rapport du 30 juillet

2004, « Islamism, violence and reform in Algeria : turning the page »; Amnesty

International, Algérie, Rapport annuel 2004; Reporters sans frontières, Algérie,

Rapport annuel 2004; Observatoire des droits humains en Algérie, U.S.

Department of State, la presse écrite et notamment algérienne [L’Express, AFP,

El Watan, Le Quotidien d’Oran, Le Matin algérien]).

Les massacres de juillet-septembre 1997 d’abord puis de décembre 1997-janvier

1998 perpétrés par le GIA contre des centaines de civils ont influencé

l’évolution ultérieure du paysage politico-militaire de l’Algérie. Le 21

septembre 1997, après plusieurs mois de négociations avec l’armée, l’Armée

islamique du Salut (AIS) a annoncé un cessez-le-feu général, applicable à partir

du 1er octobre 1997. Sur le plan stratégique, ce cessez-le-feu équivalait pour

le Front islamique du Salut (FIS) à reconnaître sa défaite, tant sur le plan

militaire que sur le plan politique. Cette annonce a également remis en question

l’action du GIA. La Ligue Islamique pour le Da’wa et le Djihad (LIDD; mouvement

sécessionniste du GIA, fondé en février 1997 par Ali Benhadjar) et le groupe

dirigé par Mustafa Kertali (émir en charge du commandement des forces du GIA du

district de Larba) ont également adhéré à ce cessez-le-feu. Kada Benchiha a

quitté le GIA pour fonder un nouveau mouvement sous le nom de Houmat Al-Da’wa

al-Salafiyya (HDS). Hassan Hattab, commandant du GIA de la région de Boumerdès,

s’est également séparé de ce mouvement en septembre 1998, pour créer le Groupe

Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC).

Suite à l’élection d’Abdelaziz Bouteflika (porté par l’armée et le Front de

libération nationale [FLN]) à la présidence en avril 1999, le peuple algérien a

approuvé la loi de concorde civile instaurant une amnistie partielle pour les

islamistes non impliqués dans des crimes de sang. Au mois de janvier 2000, ce

texte a été complété par un décret accordant le pardon présidentiel (grâce

amnistiante)

2005 / 13 - 123

aux membres de l’AIS, au groupe dirigé par Mustafa Kertali ainsi qu’au LIDD,

lesquels se sont dissous. Le GSPC, le HDS et le GIA ont refusé de capituler et

sont demeurés actifs. Toutefois, au mois de février 2002, Antar Zouabri (émir

national du GIA) a été tué, et le nombre des personnes se réclamant du GIA s’est

réduit à une centaine de combattants, dispersés dans les régions montagneuses de

l’Algérie en petites unités. Par ailleurs, un petit groupe s’est retranché à

Sidi Bel Abbes.

Depuis lors, le GIA représente une force très diminuée sur l’échiquier

politique, estimée à plusieurs dizaines d’hommes très mobiles, lesquels seraient

encore en activité dans les régions montagneuses de Blida et de Louarsenis.

Quant au HDS, il représente, avec le GSPC, les deux groupes armés les plus

importants. Le GSPC, qui regrouperait plusieurs centaines de combattants, a été

présent dans divers maquis en Kabylie (en particulier dans la région de Tizi

Ouzou et de Boumerdès) et à l’est du pays dans les monts de Tebessa. Désormais,

il semble se replier dans le Sahel et le Grand-Sud, fief de Mokhtar Belmokhtar,

qui est également connu sous le nom de « l’Emir du Sud ». Le GSPC, une

organisation très ramifiée, serait toutefois à même de mener des attaques à

travers le pays, ou du moins dans le nord/nord-est, comme il l’a fait au mois de

janvier 2005, à Biskra et Tizi Ghenif. Le fondateur dudit mouvement, Hassan

Hattab, a quitté le GSPC en juillet 2003, se déclarant par la suite favorable au

projet d’amnistie générale mentionné par le président Bouteflika lors de son

discours à la Nation, tenu le 31 octobre 2004 à l’occasion de la célébration du

50e anniversaire du déclenchement de la Révolution. Pour cette raison, l’émir

Abdewahab Droukdel, alias Abou Mossab Abdelwadoud et actuel dirigeant du GSPC, a

émis le 9 janvier 2005 une fatwa à l’encontre de son prédécesseur, l’accusant de

haute trahison. Hassan Hattab a réagi à cette accusation par la voie d’un

communiqué, paru le 15 février 2005, communiqué dans lequel il a pris ses

distances par rapport à la nouvelle direction du GSPC. A ces dissensions

internes s’ajoute l’arrestation de l’ex numéro deux du GSPC, Amar Saïfi, dit

Abderrezak El Para, dont le procès devait débuter le 23 avril 2005. Depuis, les

forces de l’ANP ont enclenché dans l’est algérien, et notamment à El Taref,

Guelma et Annaba, une vaste opération de ratissage sur les montagnes de Moumna,

Béni Salh, Houara, Telli, Bounefa ainsi que sur l’immense Edough de Annaba (également

surnommé le « triangle de la mort ») dans le but de neutraliser les derniers

terroristes appartenant aux groupes du GIA, de l’AIS et du GSPC. Le HDS, qui,

selon les sources, compterait 70, 100 ou 350 combattants, serait basé à Had

Chekala, dans la wilaya de Relizane, à Aïn Defla, à Tissemssilt et dans la

partie sud de la région de Medea.

Durant son premier mandat, le président Bouteflika s’est efforcé de ramener

la paix sur le territoire algérien, d’abord avec la loi sur la concorde civile,

ensuite

2005 / 13 - 124

en poursuivant l’action militaire contre les mouvements terroristes sévissant

en Algérie. En parallèle, il a œuvré sur le plan de la politique extérieure en

essayant de convaincre les investisseurs potentiels de l’attractivité financière

et économique de l’Algérie.

Lors des élections législatives du 30 mai 2002, le FLN a remporté la majorité

à l’assemblée, en obtenant 199 sièges sur 389. Le Rassemblement national

démocratique (RND), principal parti de la coalition gouvernementale sortante a

obtenu 47 sièges. Les islamistes du Mouvement de la réforme nationale (MRN) ont

remporté 43 sièges et ceux du Mouvement de la société de la paix (MSP, ex-Hamas)

38 sièges. Le Parti des travailleurs (PT) a obtenu 21 sièges et des petits

partis se sont partagés une dizaine de sièges. Les indépendants ont obtenu un

siège supplémentaire, passant de 29 à 30 députés. Les partis de l’opposition

laïque, le Front des Forces Socialistes (FFS) et le Rassemblement pour la

culture et la démocratie (RCD), qui avaient appelé au boycottage des élections

en signe de protestation contre la situation en Kabylie, sont désormais absents

de l’assemblée.

Le 8 avril 2004, Abdelaziz Bouteflika a été réélu à la tête de l’Etat

algérien, avec 84,99% des suffrages. Pour son nouveau mandat, il a annoncé

diverses mesures, à savoir deux millions de chômeurs en moins, un million de

logements supplémentaires, la poursuite de la stratégie d’investissements

publics dans les infrastructures de base et dans le développement local, et une

croissance soutenue, avec un taux moyen de 7% par an. Il a en outre entrepris la

réforme du code de la famille. Dans son discours à la Nation du 31 octobre 2004,

le président Bouteflika a exprimé son souhait de voir un terme définitif à la

guerre civile qui a déchiré l’Algérie au cours des années précédentes, rappelant

que la loi sur la concorde civile n’avait été qu’une première étape. Il a donc

invoqué un projet d’amnistie générale des terroristes, projet devant être soumis

cette année encore en référendum à la population.

Durant son premier mandat, le président Bouteflika a également eu à se

prononcer sur la question de la Kabylie. On se rappellera que le 18 avril 2001,

un étudiant de 19 ans a été blessé par balle au poste de police de Beni Douala,

en Kabylie. Son décès, deux jours plus tard, ainsi que les déclarations

mensongères du Ministre de l’intérieur Zerhouni selon lesquelles l’étudiant

aurait été arrêté pour vol, ont déclenché des protestations, parfois violentes,

dans la région. Les forces de sécurité ont riposté avec une extrême violence,

faisant plusieurs morts. En date du 30 avril 2001, le président Bouteflika a

annoncé à la télévision la création d’une commission d’enquête. Face à la

persistance des émeutes, les autorités ont été contraintes de faire deux

concessions importantes. D’abord, en mars 2002, le Parlement a adopté le texte

de loi faisant du tamazight une langue na-

2005 / 13 - 125

tionale, à l’instar de l’arabe. Puis, au cours du même mois, le gouvernement

a annoncé le démantèlement d’une quinzaine de brigades de gendarmerie en Kabylie,

accusées d’avoir exercé une répression sauvage à l’encontre des jeunes

manifestants. Ces deux mesures n’ont cependant pas été suffisantes pour

désamorcer la crise entre le pouvoir et une région réputée rebelle et frondeuse.

Aussi, ensuite de discussions entre le gouvernement algérien et les

représentants des tribus kabyles (les archs), le gouvernement s’est engagé, au

mois de janvier 2004, à satisfaire six exigences, soit le minimum requis par les

représentants des archs pour assurer leur participation aux négociations.

Toutefois, après deux jours de tractations, les pourparlers ont été interrompus,

suite au refus catégorique des autorités de procéder à l’officialisation du

tamazight. Les délégués ont quitté la table des négociations jusqu’à ce que

Ahmed Ouyahia, le chef de l’exécutif algérien, ait relancé le 4 janvier 2005 un

appel au dialogue avec les archs, appel qui a été entendu de manière positive,

permettant la signature d’un accord en date du 15 janvier 2005. Celui-ci prévoit

la mise en place d’un comité conjoint de mise en œuvre et un comité conjoint de

suivi. Le comité conjoint de mise en œuvre est constitué de neuf représentants

des archs et de neuf cadres de l’Etat. Il est chargé de discuter de la mise en

œuvre de la plate-forme d’El-Kseur [La plate-forme d’El-Kseur, du nom d’une

ville de Béjaïa (Petite Kabylie, 260 km à l’est d’Alger), datant de juin 2001,

énonce, en 15 points, les revendications kabyles, notamment un programme de

développement économique pour cette région montagneuse et pauvre, la prise en

charge des victimes du printemps noir de 2001, l’annulation des poursuites

judiciaires contre les délégués des archs et des manifestants, la reconnaissance

du tamazight (berbère) comme langue officielle] et d’arrêter et de définir les

voies et moyens adéquats à cet effet. Quant au comité conjoint de suivi, il est

chargé de suivre, d’évaluer et d’annoncer les travaux du comité conjoint de mise

en œuvre de la plate-forme d’El-Kseur. Il se réunit de manière ordinaire tous

les quinze jours et de manière extraordinaire à la demande de l’une de ses

composantes.

Comme on peut le constater à la lecture des considérants précédents, la

situation en Algérie a considérablement évolué depuis 1998. Les forces alors en

présence, notamment le GIA, ou encore le GSPC, n’existent presque plus ou alors

sont cantonnées dans certaines régions bien précises du pays, sans toutefois

exercer une influence comparable à celle du GIA à l’époque où la Commission se

prononçait une première fois sur la situation en Algérie. L’avènement

d’Abdelaziz Bouteflika à la tête de l’Algérie, en 1999, puis les mesures

déployées suite aux attentats du 11 septembre 2001 ont fondamentalement modifié

le paysage politique algérien jusque et y compris en Kabylie. Aussi, compte tenu

de ce qui précède, il convient de retenir qu’il n’est plus nécessaire,

aujourd’hui, de se déterminer en fonction de la province d’origine des

requérants d’asile algériens, la question du refuge interne ayant perdu toute

pertinence. Il suffit de considérer

2005 / 13 - 126

que, de manière générale, l’exécution du renvoi est raisonnablement exigible

sur l’ensemble du territoire algérien, sauf circonstances particulières, propres

au cas d’espèce.

7.2.2. Concernant le recourant, il n’y a pas lieu d’admettre l’existence d’un

motif d’ordre personnel qui pourrait faire obstacle à l’exécution du renvoi au

sens de l’art. 14a al. 4 LSEE. En effet, l’intéressé est jeune et sans charge de

famille. Certes, il a fait valoir des problèmes de santé mais force est de

constater que ceux-ci sont aujourd’hui résorbés. Il ne ressort donc pas du

dossier de la cause que le renvoi du recourant impliquerait une mise en danger

concrète et personnelle en raison de circonstances qui lui seraient propres.

L’exécution du renvoi apparaît ainsi être raisonnablement exigible au sens de

la disposition précitée.

©

19.07.05

Erwägungen (2 Absätze)

E. 22 p. 191). Il s’agit donc d’examiner, au regard des critères explicités ci-dessus, si le recourant peut conclure au caractère inexigible de l’exécution de son renvoi, compte tenu de la situation prévalant dans son pays d’une part, et des motifs personnels d’autre part. 7.2.1. En 1998, la Commission a publié deux décisions relatives à la situation générale régnant en Algérie (JICRA 1998 n° 25 et

E. 26 ). Dans la décision

publiée sous

JICRA 1998 n° 25

, la

Commission a relevé que la situation en Algérie se caractérisait par de nombreux

accrochages entre forces de sécurité et membres du Groupe Islamique Armé (GIA),

rendant ainsi plusieurs provinces du pays peu sûres. Dans la mesure toutefois où

les forces de sécurité maîtrisaient la situation dans les grandes villes (Alger,

Oran, Constantine, Annaba, Setif et Batna) et où bien des régions sises à l’est

d’Alger et d’Oran étaient fort peu touchées par ces actes de violence, la

Commission a estimé qu’il n’y avait pas lieu de considérer l’ensemble du nord de

l’Algérie comme étant une région confrontée à une situation de violences

généralisées. Par ailleurs, dans la décision publiée sous

JICRA 1998 n° 26

, la Commission a retenu

qu’en dépit des troubles qui affectaient l’Algérie, cet Etat ne se trouvait pas

dans une situation de guerre civile mais qu’il convenait d’analyser de manière

détaillée l’exécution du renvoi de person-

2005 / 13 - 122

nes en provenance de provinces sujettes aux attaques des terroristes. Ainsi,

à défaut d’admettre l’exigibilité du renvoi dans ces régions, il y avait alors

lieu de procéder à l’examen d’une possibilité de refuge interne dans des zones

plus calmes, notamment dans les régions sises à l’est du pays, près de la

frontière tunisienne.

Compte tenu du temps écoulé et des changements intervenus en Algérie depuis,

la Commission estime nécessaire de procéder à une réactualisation de son analyse

et de déterminer dans quelle mesure un examen de la possibilité d’un refuge

interne s’avère encore nécessaire. A cet effet, l’autorité de céans s’est

appuyée sur des sources publiques telles que des rapports sur le pays effectués

par des autorités suisses ou étrangères, des analyses de situation émanant de

différentes organisations internationales ou encore des articles de presse

divers (savoir en particulier International Crisis Group, rapport du 30 juillet

2004, « Islamism, violence and reform in Algeria : turning the page »; Amnesty

International, Algérie, Rapport annuel 2004; Reporters sans frontières, Algérie,

Rapport annuel 2004; Observatoire des droits humains en Algérie, U.S.

Department of State, la presse écrite et notamment algérienne [L’Express, AFP,

El Watan, Le Quotidien d’Oran, Le Matin algérien]).

Les massacres de juillet-septembre 1997 d’abord puis de décembre 1997-janvier

1998 perpétrés par le GIA contre des centaines de civils ont influencé

l’évolution ultérieure du paysage politico-militaire de l’Algérie. Le 21

septembre 1997, après plusieurs mois de négociations avec l’armée, l’Armée

islamique du Salut (AIS) a annoncé un cessez-le-feu général, applicable à partir

du 1er octobre 1997. Sur le plan stratégique, ce cessez-le-feu équivalait pour

le Front islamique du Salut (FIS) à reconnaître sa défaite, tant sur le plan

militaire que sur le plan politique. Cette annonce a également remis en question

l’action du GIA. La Ligue Islamique pour le Da’wa et le Djihad (LIDD; mouvement

sécessionniste du GIA, fondé en février 1997 par Ali Benhadjar) et le groupe

dirigé par Mustafa Kertali (émir en charge du commandement des forces du GIA du

district de Larba) ont également adhéré à ce cessez-le-feu. Kada Benchiha a

quitté le GIA pour fonder un nouveau mouvement sous le nom de Houmat Al-Da’wa

al-Salafiyya (HDS). Hassan Hattab, commandant du GIA de la région de Boumerdès,

s’est également séparé de ce mouvement en septembre 1998, pour créer le Groupe

Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC).

Suite à l’élection d’Abdelaziz Bouteflika (porté par l’armée et le Front de

libération nationale [FLN]) à la présidence en avril 1999, le peuple algérien a

approuvé la loi de concorde civile instaurant une amnistie partielle pour les

islamistes non impliqués dans des crimes de sang. Au mois de janvier 2000, ce

texte a été complété par un décret accordant le pardon présidentiel (grâce

amnistiante)

2005 / 13 - 123

aux membres de l’AIS, au groupe dirigé par Mustafa Kertali ainsi qu’au LIDD,

lesquels se sont dissous. Le GSPC, le HDS et le GIA ont refusé de capituler et

sont demeurés actifs. Toutefois, au mois de février 2002, Antar Zouabri (émir

national du GIA) a été tué, et le nombre des personnes se réclamant du GIA s’est

réduit à une centaine de combattants, dispersés dans les régions montagneuses de

l’Algérie en petites unités. Par ailleurs, un petit groupe s’est retranché à

Sidi Bel Abbes.

Depuis lors, le GIA représente une force très diminuée sur l’échiquier

politique, estimée à plusieurs dizaines d’hommes très mobiles, lesquels seraient

encore en activité dans les régions montagneuses de Blida et de Louarsenis.

Quant au HDS, il représente, avec le GSPC, les deux groupes armés les plus

importants. Le GSPC, qui regrouperait plusieurs centaines de combattants, a été

présent dans divers maquis en Kabylie (en particulier dans la région de Tizi

Ouzou et de Boumerdès) et à l’est du pays dans les monts de Tebessa. Désormais,

il semble se replier dans le Sahel et le Grand-Sud, fief de Mokhtar Belmokhtar,

qui est également connu sous le nom de « l’Emir du Sud ». Le GSPC, une

organisation très ramifiée, serait toutefois à même de mener des attaques à

travers le pays, ou du moins dans le nord/nord-est, comme il l’a fait au mois de

janvier 2005, à Biskra et Tizi Ghenif. Le fondateur dudit mouvement, Hassan

Hattab, a quitté le GSPC en juillet 2003, se déclarant par la suite favorable au

projet d’amnistie générale mentionné par le président Bouteflika lors de son

discours à la Nation, tenu le 31 octobre 2004 à l’occasion de la célébration du

50e anniversaire du déclenchement de la Révolution. Pour cette raison, l’émir

Abdewahab Droukdel, alias Abou Mossab Abdelwadoud et actuel dirigeant du GSPC, a

émis le 9 janvier 2005 une fatwa à l’encontre de son prédécesseur, l’accusant de

haute trahison. Hassan Hattab a réagi à cette accusation par la voie d’un

communiqué, paru le 15 février 2005, communiqué dans lequel il a pris ses

distances par rapport à la nouvelle direction du GSPC. A ces dissensions

internes s’ajoute l’arrestation de l’ex numéro deux du GSPC, Amar Saïfi, dit

Abderrezak El Para, dont le procès devait débuter le 23 avril 2005. Depuis, les

forces de l’ANP ont enclenché dans l’est algérien, et notamment à El Taref,

Guelma et Annaba, une vaste opération de ratissage sur les montagnes de Moumna,

Béni Salh, Houara, Telli, Bounefa ainsi que sur l’immense Edough de Annaba (également

surnommé le « triangle de la mort ») dans le but de neutraliser les derniers

terroristes appartenant aux groupes du GIA, de l’AIS et du GSPC. Le HDS, qui,

selon les sources, compterait 70, 100 ou 350 combattants, serait basé à Had

Chekala, dans la wilaya de Relizane, à Aïn Defla, à Tissemssilt et dans la

partie sud de la région de Medea.

Durant son premier mandat, le président Bouteflika s’est efforcé de ramener

la paix sur le territoire algérien, d’abord avec la loi sur la concorde civile,

ensuite

2005 / 13 - 124

en poursuivant l’action militaire contre les mouvements terroristes sévissant

en Algérie. En parallèle, il a œuvré sur le plan de la politique extérieure en

essayant de convaincre les investisseurs potentiels de l’attractivité financière

et économique de l’Algérie.

Lors des élections législatives du 30 mai 2002, le FLN a remporté la majorité

à l’assemblée, en obtenant 199 sièges sur 389. Le Rassemblement national

démocratique (RND), principal parti de la coalition gouvernementale sortante a

obtenu 47 sièges. Les islamistes du Mouvement de la réforme nationale (MRN) ont

remporté 43 sièges et ceux du Mouvement de la société de la paix (MSP, ex-Hamas)

38 sièges. Le Parti des travailleurs (PT) a obtenu 21 sièges et des petits

partis se sont partagés une dizaine de sièges. Les indépendants ont obtenu un

siège supplémentaire, passant de 29 à 30 députés. Les partis de l’opposition

laïque, le Front des Forces Socialistes (FFS) et le Rassemblement pour la

culture et la démocratie (RCD), qui avaient appelé au boycottage des élections

en signe de protestation contre la situation en Kabylie, sont désormais absents

de l’assemblée.

Le 8 avril 2004, Abdelaziz Bouteflika a été réélu à la tête de l’Etat

algérien, avec 84,99% des suffrages. Pour son nouveau mandat, il a annoncé

diverses mesures, à savoir deux millions de chômeurs en moins, un million de

logements supplémentaires, la poursuite de la stratégie d’investissements

publics dans les infrastructures de base et dans le développement local, et une

croissance soutenue, avec un taux moyen de 7% par an. Il a en outre entrepris la

réforme du code de la famille. Dans son discours à la Nation du 31 octobre 2004,

le président Bouteflika a exprimé son souhait de voir un terme définitif à la

guerre civile qui a déchiré l’Algérie au cours des années précédentes, rappelant

que la loi sur la concorde civile n’avait été qu’une première étape. Il a donc

invoqué un projet d’amnistie générale des terroristes, projet devant être soumis

cette année encore en référendum à la population.

Durant son premier mandat, le président Bouteflika a également eu à se

prononcer sur la question de la Kabylie. On se rappellera que le 18 avril 2001,

un étudiant de 19 ans a été blessé par balle au poste de police de Beni Douala,

en Kabylie. Son décès, deux jours plus tard, ainsi que les déclarations

mensongères du Ministre de l’intérieur Zerhouni selon lesquelles l’étudiant

aurait été arrêté pour vol, ont déclenché des protestations, parfois violentes,

dans la région. Les forces de sécurité ont riposté avec une extrême violence,

faisant plusieurs morts. En date du 30 avril 2001, le président Bouteflika a

annoncé à la télévision la création d’une commission d’enquête. Face à la

persistance des émeutes, les autorités ont été contraintes de faire deux

concessions importantes. D’abord, en mars 2002, le Parlement a adopté le texte

de loi faisant du tamazight une langue na-

2005 / 13 - 125

tionale, à l’instar de l’arabe. Puis, au cours du même mois, le gouvernement

a annoncé le démantèlement d’une quinzaine de brigades de gendarmerie en Kabylie,

accusées d’avoir exercé une répression sauvage à l’encontre des jeunes

manifestants. Ces deux mesures n’ont cependant pas été suffisantes pour

désamorcer la crise entre le pouvoir et une région réputée rebelle et frondeuse.

Aussi, ensuite de discussions entre le gouvernement algérien et les

représentants des tribus kabyles (les archs), le gouvernement s’est engagé, au

mois de janvier 2004, à satisfaire six exigences, soit le minimum requis par les

représentants des archs pour assurer leur participation aux négociations.

Toutefois, après deux jours de tractations, les pourparlers ont été interrompus,

suite au refus catégorique des autorités de procéder à l’officialisation du

tamazight. Les délégués ont quitté la table des négociations jusqu’à ce que

Ahmed Ouyahia, le chef de l’exécutif algérien, ait relancé le 4 janvier 2005 un

appel au dialogue avec les archs, appel qui a été entendu de manière positive,

permettant la signature d’un accord en date du 15 janvier 2005. Celui-ci prévoit

la mise en place d’un comité conjoint de mise en œuvre et un comité conjoint de

suivi. Le comité conjoint de mise en œuvre est constitué de neuf représentants

des archs et de neuf cadres de l’Etat. Il est chargé de discuter de la mise en

œuvre de la plate-forme d’El-Kseur [La plate-forme d’El-Kseur, du nom d’une

ville de Béjaïa (Petite Kabylie, 260 km à l’est d’Alger), datant de juin 2001,

énonce, en 15 points, les revendications kabyles, notamment un programme de

développement économique pour cette région montagneuse et pauvre, la prise en

charge des victimes du printemps noir de 2001, l’annulation des poursuites

judiciaires contre les délégués des archs et des manifestants, la reconnaissance

du tamazight (berbère) comme langue officielle] et d’arrêter et de définir les

voies et moyens adéquats à cet effet. Quant au comité conjoint de suivi, il est

chargé de suivre, d’évaluer et d’annoncer les travaux du comité conjoint de mise

en œuvre de la plate-forme d’El-Kseur. Il se réunit de manière ordinaire tous

les quinze jours et de manière extraordinaire à la demande de l’une de ses

composantes.

Comme on peut le constater à la lecture des considérants précédents, la

situation en Algérie a considérablement évolué depuis 1998. Les forces alors en

présence, notamment le GIA, ou encore le GSPC, n’existent presque plus ou alors

sont cantonnées dans certaines régions bien précises du pays, sans toutefois

exercer une influence comparable à celle du GIA à l’époque où la Commission se

prononçait une première fois sur la situation en Algérie. L’avènement

d’Abdelaziz Bouteflika à la tête de l’Algérie, en 1999, puis les mesures

déployées suite aux attentats du 11 septembre 2001 ont fondamentalement modifié

le paysage politique algérien jusque et y compris en Kabylie. Aussi, compte tenu

de ce qui précède, il convient de retenir qu’il n’est plus nécessaire,

aujourd’hui, de se déterminer en fonction de la province d’origine des

requérants d’asile algériens, la question du refuge interne ayant perdu toute

pertinence. Il suffit de considérer

2005 / 13 - 126

que, de manière générale, l’exécution du renvoi est raisonnablement exigible

sur l’ensemble du territoire algérien, sauf circonstances particulières, propres

au cas d’espèce.

7.2.2. Concernant le recourant, il n’y a pas lieu d’admettre l’existence d’un

motif d’ordre personnel qui pourrait faire obstacle à l’exécution du renvoi au

sens de l’art. 14a al. 4 LSEE. En effet, l’intéressé est jeune et sans charge de

famille. Certes, il a fait valoir des problèmes de santé mais force est de

constater que ceux-ci sont aujourd’hui résorbés. Il ne ressort donc pas du

dossier de la cause que le renvoi du recourant impliquerait une mise en danger

concrète et personnelle en raison de circonstances qui lui seraient propres.

L’exécution du renvoi apparaît ainsi être raisonnablement exigible au sens de

la disposition précitée.

©

19.07.05

Volltext (verifizierbarer Originaltext)

EMARK - JICRA - GICRA 2005 13/120

EMARK - JICRA - GICRA

2005 / 13

2005 / 13 - 120

Extraits de la décision de la CRA du 18 mai 2005, D.A.,

Algérie

Art. 14a al. 4 LSEE: exigibilité de l’exécution du renvoi.

Analyse de la situation en Algérie et critères

d’appréciation de l’exigibilité de l’exécution du renvoi (actualisation de la

jurisprudence

JICRA 1998 n

os

25

et

26

).

Art. 14a Abs. 4 ANAG: Zumutbarkeit des Wegweisungsvollzugs.

Analyse der Lage in Algerien; massgebende Kriterien für

die Beurteilung der Zumutbarkeit des Vollzugs der Wegweisung (Aktualisierung

von

EMARK 1998 Nrn. 25

und

26

).

Art. 14a cpv. 4 LDDS: esigibilità dell’esecuzione

dell’allontanamento.

Analisi della situazione in Algeria e criteri per la

valutazione dell’esigibilità dell’esecuzione dell’allontanamento (aggiornamento

delle

GICRA 1998 ni. 25

e

26

).

Résumé des faits :

Le 7 avril 2003, D.A. a déposé une demande d’asile en Suisse.

L’intéressé a exposé avoir été confronté aux membres du Groupe islamiste armé

(GIA). Ceux-ci lui aurait réclamé de l’argent et de la nourriture et auraient

exercé des pressions afin qu’il s’engage à leurs côtés. Par crainte de

représailles de la part des terroristes, il n’aurait pas donné suite à la

convocation au service militaire.

Par décision du 20 mai 2003, l’ODR a rejeté la demande d’asile du requérant,

au motif que les faits allégués n’étaient ni vraisemblables ni pertinents au

regard de la loi sur l’asile. Il a également prononcé le renvoi de l’intéressé

et ordonné l’exécution de cette mesure.

2005 / 13 - 121

Le 20 juin 2003, le requérant a recouru contre cette décision concluant à

l’octroi de l’asile. Il a relevé que l’Etat algérien n’était pas en mesure de

protéger ses citoyens contre les agissements du GIA.

La Commission a rejeté le recours.

Extraits des considérants :

7.2. Selon l'art. 14a al. 4 LSEE, l'exécution du renvoi ne peut pas être

raisonnablement exigée si elle implique une mise en danger concrète de

l'étranger. Cette disposition s'applique en premier lieu aux "réfugiés de la

violence", soit aux étrangers qui ne remplissent pas les conditions de la

qualité de réfugié parce qu'ils ne sont pas personnellement persécutés, mais qui

fuient des situations de guerre, de guerre civile ou de violences généralisées,

et ensuite aux personnes pour qui un retour reviendrait à les mettre

concrètement en danger, notamment parce qu'elles ne pourraient plus recevoir les

soins dont elles ont besoin. L'autorité à qui incombe la décision doit donc dans

chaque cas confronter les aspects humanitaires liés à la situation dans laquelle

se trouverait l'étranger concerné dans son pays après l'exécution du renvoi à

l'intérêt public militant en faveur de son éloignement de Suisse (

JICRA

1999 n° 28 p.170

et jurisp. citée,

1998 n°

22 p. 191

).

Il s’agit donc d’examiner, au regard des critères explicités ci-dessus, si le

recourant peut conclure au caractère inexigible de l’exécution de son renvoi,

compte tenu de la situation prévalant dans son pays d’une part, et des motifs

personnels d’autre part.

7.2.1. En 1998, la Commission a publié deux décisions relatives à la

situation générale régnant en Algérie (

JICRA

1998 n° 25

et

26

). Dans la décision

publiée sous

JICRA 1998 n° 25

, la

Commission a relevé que la situation en Algérie se caractérisait par de nombreux

accrochages entre forces de sécurité et membres du Groupe Islamique Armé (GIA),

rendant ainsi plusieurs provinces du pays peu sûres. Dans la mesure toutefois où

les forces de sécurité maîtrisaient la situation dans les grandes villes (Alger,

Oran, Constantine, Annaba, Setif et Batna) et où bien des régions sises à l’est

d’Alger et d’Oran étaient fort peu touchées par ces actes de violence, la

Commission a estimé qu’il n’y avait pas lieu de considérer l’ensemble du nord de

l’Algérie comme étant une région confrontée à une situation de violences

généralisées. Par ailleurs, dans la décision publiée sous

JICRA 1998 n° 26

, la Commission a retenu

qu’en dépit des troubles qui affectaient l’Algérie, cet Etat ne se trouvait pas

dans une situation de guerre civile mais qu’il convenait d’analyser de manière

détaillée l’exécution du renvoi de person-

2005 / 13 - 122

nes en provenance de provinces sujettes aux attaques des terroristes. Ainsi,

à défaut d’admettre l’exigibilité du renvoi dans ces régions, il y avait alors

lieu de procéder à l’examen d’une possibilité de refuge interne dans des zones

plus calmes, notamment dans les régions sises à l’est du pays, près de la

frontière tunisienne.

Compte tenu du temps écoulé et des changements intervenus en Algérie depuis,

la Commission estime nécessaire de procéder à une réactualisation de son analyse

et de déterminer dans quelle mesure un examen de la possibilité d’un refuge

interne s’avère encore nécessaire. A cet effet, l’autorité de céans s’est

appuyée sur des sources publiques telles que des rapports sur le pays effectués

par des autorités suisses ou étrangères, des analyses de situation émanant de

différentes organisations internationales ou encore des articles de presse

divers (savoir en particulier International Crisis Group, rapport du 30 juillet

2004, « Islamism, violence and reform in Algeria : turning the page »; Amnesty

International, Algérie, Rapport annuel 2004; Reporters sans frontières, Algérie,

Rapport annuel 2004; Observatoire des droits humains en Algérie, U.S.

Department of State, la presse écrite et notamment algérienne [L’Express, AFP,

El Watan, Le Quotidien d’Oran, Le Matin algérien]).

Les massacres de juillet-septembre 1997 d’abord puis de décembre 1997-janvier

1998 perpétrés par le GIA contre des centaines de civils ont influencé

l’évolution ultérieure du paysage politico-militaire de l’Algérie. Le 21

septembre 1997, après plusieurs mois de négociations avec l’armée, l’Armée

islamique du Salut (AIS) a annoncé un cessez-le-feu général, applicable à partir

du 1er octobre 1997. Sur le plan stratégique, ce cessez-le-feu équivalait pour

le Front islamique du Salut (FIS) à reconnaître sa défaite, tant sur le plan

militaire que sur le plan politique. Cette annonce a également remis en question

l’action du GIA. La Ligue Islamique pour le Da’wa et le Djihad (LIDD; mouvement

sécessionniste du GIA, fondé en février 1997 par Ali Benhadjar) et le groupe

dirigé par Mustafa Kertali (émir en charge du commandement des forces du GIA du

district de Larba) ont également adhéré à ce cessez-le-feu. Kada Benchiha a

quitté le GIA pour fonder un nouveau mouvement sous le nom de Houmat Al-Da’wa

al-Salafiyya (HDS). Hassan Hattab, commandant du GIA de la région de Boumerdès,

s’est également séparé de ce mouvement en septembre 1998, pour créer le Groupe

Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC).

Suite à l’élection d’Abdelaziz Bouteflika (porté par l’armée et le Front de

libération nationale [FLN]) à la présidence en avril 1999, le peuple algérien a

approuvé la loi de concorde civile instaurant une amnistie partielle pour les

islamistes non impliqués dans des crimes de sang. Au mois de janvier 2000, ce

texte a été complété par un décret accordant le pardon présidentiel (grâce

amnistiante)

2005 / 13 - 123

aux membres de l’AIS, au groupe dirigé par Mustafa Kertali ainsi qu’au LIDD,

lesquels se sont dissous. Le GSPC, le HDS et le GIA ont refusé de capituler et

sont demeurés actifs. Toutefois, au mois de février 2002, Antar Zouabri (émir

national du GIA) a été tué, et le nombre des personnes se réclamant du GIA s’est

réduit à une centaine de combattants, dispersés dans les régions montagneuses de

l’Algérie en petites unités. Par ailleurs, un petit groupe s’est retranché à

Sidi Bel Abbes.

Depuis lors, le GIA représente une force très diminuée sur l’échiquier

politique, estimée à plusieurs dizaines d’hommes très mobiles, lesquels seraient

encore en activité dans les régions montagneuses de Blida et de Louarsenis.

Quant au HDS, il représente, avec le GSPC, les deux groupes armés les plus

importants. Le GSPC, qui regrouperait plusieurs centaines de combattants, a été

présent dans divers maquis en Kabylie (en particulier dans la région de Tizi

Ouzou et de Boumerdès) et à l’est du pays dans les monts de Tebessa. Désormais,

il semble se replier dans le Sahel et le Grand-Sud, fief de Mokhtar Belmokhtar,

qui est également connu sous le nom de « l’Emir du Sud ». Le GSPC, une

organisation très ramifiée, serait toutefois à même de mener des attaques à

travers le pays, ou du moins dans le nord/nord-est, comme il l’a fait au mois de

janvier 2005, à Biskra et Tizi Ghenif. Le fondateur dudit mouvement, Hassan

Hattab, a quitté le GSPC en juillet 2003, se déclarant par la suite favorable au

projet d’amnistie générale mentionné par le président Bouteflika lors de son

discours à la Nation, tenu le 31 octobre 2004 à l’occasion de la célébration du

50e anniversaire du déclenchement de la Révolution. Pour cette raison, l’émir

Abdewahab Droukdel, alias Abou Mossab Abdelwadoud et actuel dirigeant du GSPC, a

émis le 9 janvier 2005 une fatwa à l’encontre de son prédécesseur, l’accusant de

haute trahison. Hassan Hattab a réagi à cette accusation par la voie d’un

communiqué, paru le 15 février 2005, communiqué dans lequel il a pris ses

distances par rapport à la nouvelle direction du GSPC. A ces dissensions

internes s’ajoute l’arrestation de l’ex numéro deux du GSPC, Amar Saïfi, dit

Abderrezak El Para, dont le procès devait débuter le 23 avril 2005. Depuis, les

forces de l’ANP ont enclenché dans l’est algérien, et notamment à El Taref,

Guelma et Annaba, une vaste opération de ratissage sur les montagnes de Moumna,

Béni Salh, Houara, Telli, Bounefa ainsi que sur l’immense Edough de Annaba (également

surnommé le « triangle de la mort ») dans le but de neutraliser les derniers

terroristes appartenant aux groupes du GIA, de l’AIS et du GSPC. Le HDS, qui,

selon les sources, compterait 70, 100 ou 350 combattants, serait basé à Had

Chekala, dans la wilaya de Relizane, à Aïn Defla, à Tissemssilt et dans la

partie sud de la région de Medea.

Durant son premier mandat, le président Bouteflika s’est efforcé de ramener

la paix sur le territoire algérien, d’abord avec la loi sur la concorde civile,

ensuite

2005 / 13 - 124

en poursuivant l’action militaire contre les mouvements terroristes sévissant

en Algérie. En parallèle, il a œuvré sur le plan de la politique extérieure en

essayant de convaincre les investisseurs potentiels de l’attractivité financière

et économique de l’Algérie.

Lors des élections législatives du 30 mai 2002, le FLN a remporté la majorité

à l’assemblée, en obtenant 199 sièges sur 389. Le Rassemblement national

démocratique (RND), principal parti de la coalition gouvernementale sortante a

obtenu 47 sièges. Les islamistes du Mouvement de la réforme nationale (MRN) ont

remporté 43 sièges et ceux du Mouvement de la société de la paix (MSP, ex-Hamas)

38 sièges. Le Parti des travailleurs (PT) a obtenu 21 sièges et des petits

partis se sont partagés une dizaine de sièges. Les indépendants ont obtenu un

siège supplémentaire, passant de 29 à 30 députés. Les partis de l’opposition

laïque, le Front des Forces Socialistes (FFS) et le Rassemblement pour la

culture et la démocratie (RCD), qui avaient appelé au boycottage des élections

en signe de protestation contre la situation en Kabylie, sont désormais absents

de l’assemblée.

Le 8 avril 2004, Abdelaziz Bouteflika a été réélu à la tête de l’Etat

algérien, avec 84,99% des suffrages. Pour son nouveau mandat, il a annoncé

diverses mesures, à savoir deux millions de chômeurs en moins, un million de

logements supplémentaires, la poursuite de la stratégie d’investissements

publics dans les infrastructures de base et dans le développement local, et une

croissance soutenue, avec un taux moyen de 7% par an. Il a en outre entrepris la

réforme du code de la famille. Dans son discours à la Nation du 31 octobre 2004,

le président Bouteflika a exprimé son souhait de voir un terme définitif à la

guerre civile qui a déchiré l’Algérie au cours des années précédentes, rappelant

que la loi sur la concorde civile n’avait été qu’une première étape. Il a donc

invoqué un projet d’amnistie générale des terroristes, projet devant être soumis

cette année encore en référendum à la population.

Durant son premier mandat, le président Bouteflika a également eu à se

prononcer sur la question de la Kabylie. On se rappellera que le 18 avril 2001,

un étudiant de 19 ans a été blessé par balle au poste de police de Beni Douala,

en Kabylie. Son décès, deux jours plus tard, ainsi que les déclarations

mensongères du Ministre de l’intérieur Zerhouni selon lesquelles l’étudiant

aurait été arrêté pour vol, ont déclenché des protestations, parfois violentes,

dans la région. Les forces de sécurité ont riposté avec une extrême violence,

faisant plusieurs morts. En date du 30 avril 2001, le président Bouteflika a

annoncé à la télévision la création d’une commission d’enquête. Face à la

persistance des émeutes, les autorités ont été contraintes de faire deux

concessions importantes. D’abord, en mars 2002, le Parlement a adopté le texte

de loi faisant du tamazight une langue na-

2005 / 13 - 125

tionale, à l’instar de l’arabe. Puis, au cours du même mois, le gouvernement

a annoncé le démantèlement d’une quinzaine de brigades de gendarmerie en Kabylie,

accusées d’avoir exercé une répression sauvage à l’encontre des jeunes

manifestants. Ces deux mesures n’ont cependant pas été suffisantes pour

désamorcer la crise entre le pouvoir et une région réputée rebelle et frondeuse.

Aussi, ensuite de discussions entre le gouvernement algérien et les

représentants des tribus kabyles (les archs), le gouvernement s’est engagé, au

mois de janvier 2004, à satisfaire six exigences, soit le minimum requis par les

représentants des archs pour assurer leur participation aux négociations.

Toutefois, après deux jours de tractations, les pourparlers ont été interrompus,

suite au refus catégorique des autorités de procéder à l’officialisation du

tamazight. Les délégués ont quitté la table des négociations jusqu’à ce que

Ahmed Ouyahia, le chef de l’exécutif algérien, ait relancé le 4 janvier 2005 un

appel au dialogue avec les archs, appel qui a été entendu de manière positive,

permettant la signature d’un accord en date du 15 janvier 2005. Celui-ci prévoit

la mise en place d’un comité conjoint de mise en œuvre et un comité conjoint de

suivi. Le comité conjoint de mise en œuvre est constitué de neuf représentants

des archs et de neuf cadres de l’Etat. Il est chargé de discuter de la mise en

œuvre de la plate-forme d’El-Kseur [La plate-forme d’El-Kseur, du nom d’une

ville de Béjaïa (Petite Kabylie, 260 km à l’est d’Alger), datant de juin 2001,

énonce, en 15 points, les revendications kabyles, notamment un programme de

développement économique pour cette région montagneuse et pauvre, la prise en

charge des victimes du printemps noir de 2001, l’annulation des poursuites

judiciaires contre les délégués des archs et des manifestants, la reconnaissance

du tamazight (berbère) comme langue officielle] et d’arrêter et de définir les

voies et moyens adéquats à cet effet. Quant au comité conjoint de suivi, il est

chargé de suivre, d’évaluer et d’annoncer les travaux du comité conjoint de mise

en œuvre de la plate-forme d’El-Kseur. Il se réunit de manière ordinaire tous

les quinze jours et de manière extraordinaire à la demande de l’une de ses

composantes.

Comme on peut le constater à la lecture des considérants précédents, la

situation en Algérie a considérablement évolué depuis 1998. Les forces alors en

présence, notamment le GIA, ou encore le GSPC, n’existent presque plus ou alors

sont cantonnées dans certaines régions bien précises du pays, sans toutefois

exercer une influence comparable à celle du GIA à l’époque où la Commission se

prononçait une première fois sur la situation en Algérie. L’avènement

d’Abdelaziz Bouteflika à la tête de l’Algérie, en 1999, puis les mesures

déployées suite aux attentats du 11 septembre 2001 ont fondamentalement modifié

le paysage politique algérien jusque et y compris en Kabylie. Aussi, compte tenu

de ce qui précède, il convient de retenir qu’il n’est plus nécessaire,

aujourd’hui, de se déterminer en fonction de la province d’origine des

requérants d’asile algériens, la question du refuge interne ayant perdu toute

pertinence. Il suffit de considérer

2005 / 13 - 126

que, de manière générale, l’exécution du renvoi est raisonnablement exigible

sur l’ensemble du territoire algérien, sauf circonstances particulières, propres

au cas d’espèce.

7.2.2. Concernant le recourant, il n’y a pas lieu d’admettre l’existence d’un

motif d’ordre personnel qui pourrait faire obstacle à l’exécution du renvoi au

sens de l’art. 14a al. 4 LSEE. En effet, l’intéressé est jeune et sans charge de

famille. Certes, il a fait valoir des problèmes de santé mais force est de

constater que ceux-ci sont aujourd’hui résorbés. Il ne ressort donc pas du

dossier de la cause que le renvoi du recourant impliquerait une mise en danger

concrète et personnelle en raison de circonstances qui lui seraient propres.

L’exécution du renvoi apparaît ainsi être raisonnablement exigible au sens de

la disposition précitée.

©

19.07.05