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EMARK-2004-32

Art. 14a al. 4 LSEE : exigibilité de l’exécution du renvoi.

Emark · 2004-09-17 · Français CH
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Sachverhalt

Le 14 novembre 2001, A.G.M. a déposé une demande d’asile en Suisse.

L’intéressé, commerçant de profession, a exposé être originaire de la ville

de Mbanza Congo. Soupçonné de complicité avec l’UNITA, il aurait été appréhendé,

en novembre 2001, par les troupes gouvernementales. Ayant pu s’évader grâce à

l’aide providentiel d’un commandant du MPLA, ami de son père, il aurait embarqué,

le 13 novembre 2001, à bord d’un avion à destination de la Suisse.

A.K., épouse de l’intéressé, accompagnée de leur enfant, a déposé une demande

d’asile, le 13 mai 2003. Elle a déclaré être née à Mbanza Congo et y avoir vécu

toute sa vie. En mars 2003, elle aurait été brutalisée et violée par plusieurs

hommes en tenue civile.

Par décision du 11 mars 2004, l’ODR a rejeté les demandes d’asile déposées,

au motif que les faits allégués n’étaient ni vraisemblables ni pertinents au

regard de

2004 / 32 - 228

la loi sur l'asile. Il a également prononcé le renvoi des intéressés et de

leur enfant et a ordonné l’exécution de cette mesure.

Le 22 septembre 2003, les requérants ont recouru contre cette décision,

concluant principalement à l’octroi de l’asile, subsidiairement au prononcé

d’une admission provisoire.

La Commission a rejeté le recours.

Extraits des considérants :

7.

7.1. Selon l'art. 14a al. 4 LSEE, l'exécution du renvoi ne peut notamment pas

être raisonnablement exigée si elle implique une mise en danger concrète de

l'étranger. Cette disposition s'applique en premier lieu aux "réfugiés de la

violence", soit aux étrangers qui ne remplissent pas les conditions de la

qualité de réfugié parce qu'ils ne sont pas personnellement persécutés, mais qui

fuient des situations de guerre, de guerre civile ou de violences généralisées,

et ensuite aux personnes pour qui un retour reviendrait à les mettre

concrètement en danger, notamment parce qu’elles ne pourraient plus recevoir les

soins dont elles ont impérativement besoin ou qu’elles seraient, selon toute

probabilité, conduites irrémédiablement à un dénuement complet, exposées à la

famine, et ainsi à une dégradation grave de leur état de santé, à l’invalidité,

voire à la mort. L'autorité à qui incombe la décision doit donc dans chaque cas

confronter les aspects humanitaires liés à la situation dans laquelle se

trouverait l'étranger concerné dans son pays après l'exécution du renvoi à

l'intérêt public militant en faveur de son éloignement de Suisse (J

ICRA

2002 n° 11 consid. 8a p. 99

;

1999 n° 28 p. 170 et

jurisp. citée

;

1998 n° 22 p. 191

).

7.2. Aux termes d’un conflit de près de 27 ans entre l’Union pour

l’indépendance totale de l’Angola (UNITA) et le Mouvement populaire de

libération de l’Angola (MPLA), qui a déchiré le pays, la situation en Angola

évolue favorablement. La mort de Jonas Savimbi, chef de l’UNITA, survenue le 22

février 2002, a permis de relancer le processus de paix initié par le protocole

de Lusaka en 1994. Le 4 avril 2002, le gouvernement angolais et l’UNITA ont

ainsi signé, à Luena, un accord de cessez-le-feu complémentaire audit protocole,

le « Memorando de Entendimento ». Ce mémorandum a prévu la dissolution

progressive de l’aile armée de l’UNITA (dissolution achevée le 1er août 2002),

sous le contrôle d’une Commission militaire conjointe (Joint Military

Commission) formée notamment de représentants des Forces armées angolaises

(FAA), de l’UNITA et de l’ONU, ainsi que l’intégration de 5000 anciens

combattants de

2004 / 32 - 229

l’UNITA dans les FAA et la police nationale (Angola Country Report, Country

Information and Policy Unit, United Kingdom, avril 2004, pts 4.11 et 4.12).

Parallèlement au mémorandum, une loi d’amnistie est entrée en force, après sa

ratification par le Parlement, le 4 avril 2002 également (Jornal de Angola, Lei

da Amnistia, 4.4.2002; BBC News, Angola rebels granted amnesty, 2.4.2002).

Celle-ci – garantissant l’immunité pour tous les crimes commis contre la

sécurité de l’Etat dans le contexte du conflit à tous les civils et soldats qui,

volontairement ou non, se sont rendus aux autorités angolaises – est respectée

dans la pratique; les anciens combattants de l’UNITA ne risquent pas d’être

poursuivis, pas même pour des délits d’ordre militaire commis par le passé, tels

que désertion ou refus de servir (UNHCR Position on Return of rejected Asylum

Seekers to Angola, janvier 2004, p. 2). L’UNITA, officiellement réunifiée le 8

octobre 2002 avec l’UNITA-Renovada, sa fraction dissidente non armée, est devenu

le plus grand parti d’opposition. D’importants postes ministériels ont par

ailleurs été attribués à ses membres (Angola Country Report, Country Information

and Policy Unit, United Kingdom, avril 2004, pt 5.11), et un ancien général de

l’UNITA, le général Camelora, a été nommé chef suppléant de l’état-major de

l’armée angolaise. Le 21 novembre 2002, la Commission militaire conjointe, après

avoir officiellement déclaré le processus de paix achevé, a prononcé sa

dissolution. Par résolution 1448 du 9 décembre 2002, le Conseil de sécurité de

l’ONU a en outre levé l’ensemble des sanctions prises contre l’UNITA entre 1993

et 1998. Dès lors, on considère que la paix est relativement stable (hormis au

Cabinda; cf. infra), la situation dépendant en grande partie des nouvelles

structures et des réformes prévues par le parti gouvernemental, le MPLA

(Economist Intelligence Unit, Country Report Angola, février 2004, p. 7-9).

Celui-ci, et son leader, le président José Eduardo dos Santos, ont posé une

série de conditions préalables pour l’organisation des premières élections

présidentielles et législatives depuis la fin de la guerre, – dont l’adoption

d’une nouvelle constitution et d’une loi sur le recensement électoral –,

reportant celles-ci au plus tôt en 2006. L’UNITA et les autres partis

d’opposition ont cependant contesté ce calendrier et ont exigé que des élections

générales soient organisées en septembre 2005 déjà (Panafrican News Agency,

UNITA presses for general elections in 2005, 16.3.2004).

Sur le plan sécuritaire, la situation s’est grandement améliorée depuis la

signature du « Memorando de Entendimento ». Les affrontements entre l’UNITA et

les FAA, ainsi que les attaques de ces deux belligérants envers la population

civile, ont cessé. Toutefois, des agressions, par des bandes armées, ont

toujours lieu sporadiquement. Dans la province de Cabinda, par contre, la

situation est préoccupante. A fin 2002, les FAA ont intensifié leurs opérations

militaires contre les mouvements séparatistes du FLEC (Frente para a Libertaçao

de Cabinda), dont les principaux sont le FLEC-FAC, le FLEC-Renovada et le FDC.

2004 / 32 - 230

L’offensive gouvernementale a entraîné un sensible affaiblissement militaire

du FLEC-FAC et la reddition aux autorités angolaises, en juillet 2003, de

plusieurs officiers de haut rang de ce mouvement. Des combats opposent cependant

toujours les FAA à des groupes rebelles isolés, principalement dans des zones

difficilement accessibles au nord de l’enclave. La population civile, victime

d’exécutions, d’enlèvements et de tortures, perpétrés tant par les FAA que par

les rebelles, paie un lourd tribut à ces affrontements (US Department of State,

Country Report on Human Rights Practices - 2003, 25.2.2004, p. 3; Ad-hoc

Commission for Human Rights in Cabinda, Cabinda 2003 : A Year of Pain,

2.11.2003).

Au plan des infrastructures et des équipements, l’Angola connaît un état de

délabrement extrême sur l’ensemble de son territoire. L’approvisionnement en eau

et en énergie est très aléatoire et la situation sanitaire précaire. La

mortalité infantile reste très élevée et un quart des enfants meurent avant

l’âge de cinq ans. Une grande partie de la population vit dans la misère et le

coût de la vie ne cesse d’augmenter (UN Office for the Coordination of

Humanitarian Affairs, Poor still waiting for benefits of peace, 5.4.2004). De

plus, les innombrables mines disséminées dans tout le pays constituent des

obstacles majeurs à l’apport de l’aide humanitaire ainsi qu’à la réinstallation

des réfugiés dans leurs régions d’origine, principalement dans les régions

situées au centre et à l’est du pays. Les provinces dont la situation est

qualifiée d’extrêmement grave par le HCR dans son rapport de janvier 2004, sont

celles de Bié, Cuando Cubango, Lunda Norte, Malanje, Moxico et Uige (UNHCR

Position on Return of rejected Asylum Seekers to Angola, janvier 2004, p. 3). Il

en est de même de la province de Lunda Sul (UNHCR, Bureau de liaison pour la

Suisse, information transmise par courriel du 16.4.2004). La situation est moins

défavorable dans la capitale et les provinces de l’ouest du pays (soit Cunene,

Huila, Namibe, Benguela, Huambo, Cuanza Sul, Cuanza Norte, Bengo et Zaïre), à

l’intérieur desquelles la circulation est devenue plus aisée à mesure que

plusieurs routes importantes ont été rouvertes.

7.3. Au regard de ce qui précède, la Commission considère que, d’une manière

générale, l’exécution du renvoi n’est, à l’heure actuelle, pas raisonnablement

exigible dans les provinces de Cabinda, Uige, Malanje, Lunda Norte, Lunda Sul,

Bié, Moxico et Cuando Cubango. Ailleurs, et en l’absence de risques spécifiques

découlant de l’appartenance à un mouvement de libération du Cabinda, les

garanties pour un retour dans la sécurité sont suffisantes, à tout le moins à

Luanda et dans les villes aisément accessibles des provinces de Cunene, Huila,

Namibe, Benguela, Huambo, Cuanza Sul, Cuanza Norte, Bengo et Zaïre. Les

conditions de vie dans ces agglomérations ne sont pas telles qu’il faille

exclure d’emblée, pour des raisons humanitaires, l’exécution du renvoi des

requérants d’asile dé-

2004 / 32 - 231

boutés qui y avaient leur dernier domicile ou y disposent d’attaches solides.

Ce constat vaut particulièrement pour les personnes jeunes (hommes célibataires

ou couples), sans enfants et ne souffrant pas de graves problèmes de santé. Pour

les requérants n’appartenant pas à ces catégories, et pour autant qu’ils ne

soient pas accompagnés d’enfants en bas âge ou à l’état de santé déficient, il y

a lieu d’apprécier si un réseau familial ou social sur place ou encore leur

situation financière particulière leur permettra de bénéficier de chances de

réinsertion convenables.

7.4. En l'espèce, la Commission considère que les recourants n’ont pas

démontré que leur retour dans leur pays d’origine reviendrait à les mettre

concrètement en danger. En effet, ils sont tous deux originaires de Mbanza Congo,

chef-lieu aisément accessible de la province de Zaïre, et y étaient domiciliés

avant leur départ du pays. Ils y disposent d’un important réseau familial (la

mère, deux frères et une sœur de la recourante; la mère, un frère et trois

sœurs du recourant), et également social, compte tenu du fait qu’ils y ont vécu

toute leur vie (hormis, pour l’intéressé, les douze à quinze années passées en

République démocratique du Congo). En outre, ils sont jeunes et n’ont pas

allégué souffrir de problèmes de santé qui feraient obstacle à l‘exécution de

leur renvoi. Ils devraient dès lors être capables de se réinsérer dans leur

ville d’origine et de subvenir à leurs besoins et à ceux de leur enfant I.F.,

âgée de 9 ans, dont l’état de santé n’a pas non plus été décrit comme déficient.

Dès lors, compte tenu de la pesée des intérêts en présence, la Commission estime

qu’il peut être raisonnablement exigé des recourants qu’ils retournent, avec

leur enfant, s’établir dans leur pays d’origine.

©

22.12.04

Erwägungen (4 Absätze)

E. 7.1 Selon l'art. 14a al. 4 LSEE, l'exécution du renvoi ne peut notamment pas être raisonnablement exigée si elle implique une mise en danger concrète de l'étranger. Cette disposition s'applique en premier lieu aux "réfugiés de la violence", soit aux étrangers qui ne remplissent pas les conditions de la qualité de réfugié parce qu'ils ne sont pas personnellement persécutés, mais qui fuient des situations de guerre, de guerre civile ou de violences généralisées, et ensuite aux personnes pour qui un retour reviendrait à les mettre concrètement en danger, notamment parce qu’elles ne pourraient plus recevoir les soins dont elles ont impérativement besoin ou qu’elles seraient, selon toute probabilité, conduites irrémédiablement à un dénuement complet, exposées à la famine, et ainsi à une dégradation grave de leur état de santé, à l’invalidité, voire à la mort. L'autorité à qui incombe la décision doit donc dans chaque cas confronter les aspects humanitaires liés à la situation dans laquelle se trouverait l'étranger concerné dans son pays après l'exécution du renvoi à l'intérêt public militant en faveur de son éloignement de Suisse (J ICRA 2002 n° 11 consid. 8a p. 99; 1999 n° 28 p. 170 et jurisp. citée; 1998 n° 22 p. 191).

E. 7.2 Aux termes d’un conflit de près de 27 ans entre l’Union pour

l’indépendance totale de l’Angola (UNITA) et le Mouvement populaire de

libération de l’Angola (MPLA), qui a déchiré le pays, la situation en Angola

évolue favorablement. La mort de Jonas Savimbi, chef de l’UNITA, survenue le 22

février 2002, a permis de relancer le processus de paix initié par le protocole

de Lusaka en 1994. Le 4 avril 2002, le gouvernement angolais et l’UNITA ont

ainsi signé, à Luena, un accord de cessez-le-feu complémentaire audit protocole,

le « Memorando de Entendimento ». Ce mémorandum a prévu la dissolution

progressive de l’aile armée de l’UNITA (dissolution achevée le 1er août 2002),

sous le contrôle d’une Commission militaire conjointe (Joint Military

Commission) formée notamment de représentants des Forces armées angolaises

(FAA), de l’UNITA et de l’ONU, ainsi que l’intégration de 5000 anciens

combattants de

2004 / 32 - 229

l’UNITA dans les FAA et la police nationale (Angola Country Report, Country

Information and Policy Unit, United Kingdom, avril 2004, pts 4.11 et 4.12).

Parallèlement au mémorandum, une loi d’amnistie est entrée en force, après sa

ratification par le Parlement, le 4 avril 2002 également (Jornal de Angola, Lei

da Amnistia, 4.4.2002; BBC News, Angola rebels granted amnesty, 2.4.2002).

Celle-ci – garantissant l’immunité pour tous les crimes commis contre la

sécurité de l’Etat dans le contexte du conflit à tous les civils et soldats qui,

volontairement ou non, se sont rendus aux autorités angolaises – est respectée

dans la pratique; les anciens combattants de l’UNITA ne risquent pas d’être

poursuivis, pas même pour des délits d’ordre militaire commis par le passé, tels

que désertion ou refus de servir (UNHCR Position on Return of rejected Asylum

Seekers to Angola, janvier 2004, p. 2). L’UNITA, officiellement réunifiée le 8

octobre 2002 avec l’UNITA-Renovada, sa fraction dissidente non armée, est devenu

le plus grand parti d’opposition. D’importants postes ministériels ont par

ailleurs été attribués à ses membres (Angola Country Report, Country Information

and Policy Unit, United Kingdom, avril 2004, pt 5.11), et un ancien général de

l’UNITA, le général Camelora, a été nommé chef suppléant de l’état-major de

l’armée angolaise. Le 21 novembre 2002, la Commission militaire conjointe, après

avoir officiellement déclaré le processus de paix achevé, a prononcé sa

dissolution. Par résolution 1448 du 9 décembre 2002, le Conseil de sécurité de

l’ONU a en outre levé l’ensemble des sanctions prises contre l’UNITA entre 1993

et 1998. Dès lors, on considère que la paix est relativement stable (hormis au

Cabinda; cf. infra), la situation dépendant en grande partie des nouvelles

structures et des réformes prévues par le parti gouvernemental, le MPLA

(Economist Intelligence Unit, Country Report Angola, février 2004, p. 7-9).

Celui-ci, et son leader, le président José Eduardo dos Santos, ont posé une

série de conditions préalables pour l’organisation des premières élections

présidentielles et législatives depuis la fin de la guerre, – dont l’adoption

d’une nouvelle constitution et d’une loi sur le recensement électoral –,

reportant celles-ci au plus tôt en 2006. L’UNITA et les autres partis

d’opposition ont cependant contesté ce calendrier et ont exigé que des élections

générales soient organisées en septembre 2005 déjà (Panafrican News Agency,

UNITA presses for general elections in 2005, 16.3.2004).

Sur le plan sécuritaire, la situation s’est grandement améliorée depuis la

signature du « Memorando de Entendimento ». Les affrontements entre l’UNITA et

les FAA, ainsi que les attaques de ces deux belligérants envers la population

civile, ont cessé. Toutefois, des agressions, par des bandes armées, ont

toujours lieu sporadiquement. Dans la province de Cabinda, par contre, la

situation est préoccupante. A fin 2002, les FAA ont intensifié leurs opérations

militaires contre les mouvements séparatistes du FLEC (Frente para a Libertaçao

de Cabinda), dont les principaux sont le FLEC-FAC, le FLEC-Renovada et le FDC.

2004 / 32 - 230

L’offensive gouvernementale a entraîné un sensible affaiblissement militaire

du FLEC-FAC et la reddition aux autorités angolaises, en juillet 2003, de

plusieurs officiers de haut rang de ce mouvement. Des combats opposent cependant

toujours les FAA à des groupes rebelles isolés, principalement dans des zones

difficilement accessibles au nord de l’enclave. La population civile, victime

d’exécutions, d’enlèvements et de tortures, perpétrés tant par les FAA que par

les rebelles, paie un lourd tribut à ces affrontements (US Department of State,

Country Report on Human Rights Practices - 2003, 25.2.2004, p. 3; Ad-hoc

Commission for Human Rights in Cabinda, Cabinda 2003 : A Year of Pain,

2.11.2003).

Au plan des infrastructures et des équipements, l’Angola connaît un état de

délabrement extrême sur l’ensemble de son territoire. L’approvisionnement en eau

et en énergie est très aléatoire et la situation sanitaire précaire. La

mortalité infantile reste très élevée et un quart des enfants meurent avant

l’âge de cinq ans. Une grande partie de la population vit dans la misère et le

coût de la vie ne cesse d’augmenter (UN Office for the Coordination of

Humanitarian Affairs, Poor still waiting for benefits of peace, 5.4.2004). De

plus, les innombrables mines disséminées dans tout le pays constituent des

obstacles majeurs à l’apport de l’aide humanitaire ainsi qu’à la réinstallation

des réfugiés dans leurs régions d’origine, principalement dans les régions

situées au centre et à l’est du pays. Les provinces dont la situation est

qualifiée d’extrêmement grave par le HCR dans son rapport de janvier 2004, sont

celles de Bié, Cuando Cubango, Lunda Norte, Malanje, Moxico et Uige (UNHCR

Position on Return of rejected Asylum Seekers to Angola, janvier 2004, p. 3). Il

en est de même de la province de Lunda Sul (UNHCR, Bureau de liaison pour la

Suisse, information transmise par courriel du 16.4.2004). La situation est moins

défavorable dans la capitale et les provinces de l’ouest du pays (soit Cunene,

Huila, Namibe, Benguela, Huambo, Cuanza Sul, Cuanza Norte, Bengo et Zaïre), à

l’intérieur desquelles la circulation est devenue plus aisée à mesure que

plusieurs routes importantes ont été rouvertes.

E. 7.3 Au regard de ce qui précède, la Commission considère que, d’une manière générale, l’exécution du renvoi n’est, à l’heure actuelle, pas raisonnablement exigible dans les provinces de Cabinda, Uige, Malanje, Lunda Norte, Lunda Sul, Bié, Moxico et Cuando Cubango. Ailleurs, et en l’absence de risques spécifiques découlant de l’appartenance à un mouvement de libération du Cabinda, les garanties pour un retour dans la sécurité sont suffisantes, à tout le moins à Luanda et dans les villes aisément accessibles des provinces de Cunene, Huila, Namibe, Benguela, Huambo, Cuanza Sul, Cuanza Norte, Bengo et Zaïre. Les conditions de vie dans ces agglomérations ne sont pas telles qu’il faille exclure d’emblée, pour des raisons humanitaires, l’exécution du renvoi des requérants d’asile dé- 2004 / 32 - 231 boutés qui y avaient leur dernier domicile ou y disposent d’attaches solides. Ce constat vaut particulièrement pour les personnes jeunes (hommes célibataires ou couples), sans enfants et ne souffrant pas de graves problèmes de santé. Pour les requérants n’appartenant pas à ces catégories, et pour autant qu’ils ne soient pas accompagnés d’enfants en bas âge ou à l’état de santé déficient, il y a lieu d’apprécier si un réseau familial ou social sur place ou encore leur situation financière particulière leur permettra de bénéficier de chances de réinsertion convenables.

E. 7.4 En l'espèce, la Commission considère que les recourants n’ont pas démontré que leur retour dans leur pays d’origine reviendrait à les mettre concrètement en danger. En effet, ils sont tous deux originaires de Mbanza Congo, chef-lieu aisément accessible de la province de Zaïre, et y étaient domiciliés avant leur départ du pays. Ils y disposent d’un important réseau familial (la mère, deux frères et une sœur de la recourante; la mère, un frère et trois sœurs du recourant), et également social, compte tenu du fait qu’ils y ont vécu toute leur vie (hormis, pour l’intéressé, les douze à quinze années passées en République démocratique du Congo). En outre, ils sont jeunes et n’ont pas allégué souffrir de problèmes de santé qui feraient obstacle à l‘exécution de leur renvoi. Ils devraient dès lors être capables de se réinsérer dans leur ville d’origine et de subvenir à leurs besoins et à ceux de leur enfant I.F., âgée de 9 ans, dont l’état de santé n’a pas non plus été décrit comme déficient. Dès lors, compte tenu de la pesée des intérêts en présence, la Commission estime qu’il peut être raisonnablement exigé des recourants qu’ils retournent, avec leur enfant, s’établir dans leur pays d’origine. © 22.12.04

Volltext (verifizierbarer Originaltext)

EMARK - JICRA - GICRA   2004 32/227

EMARK - JICRA - GICRA

2004 / 32

2004 / 32 - 227

Extraits de la décision de la CRA du 17 septembre 2004, A.G.M.

et famille, Angola

Art. 14a al. 4 LSEE : exigibilité de l’exécution du renvoi.

Analyse de la situation en Angola et critères

d’appréciation de l’exigibilité de l’exécution du renvoi (actualisation de la

JICRA 1998 n° 11

).

Art. 14a Abs. 4 ANAG: Zumutbarkeit des Wegweisungsvollzugs.

Allgemeine Lage in Angola. Massgebende Kriterien der

Zumutbarkeit des Wegweisungsvollzugs (Aktualisierung von

EMARK 1998 Nr. 11

).

Art. 14a cpv. 4 LDDS: esigibilità dell’esecuzione

dell’allontanamento.

Analisi della situazione in Angola e criteri per la

valutazione dell’esigibilità dell’esecuzione dell’allontanamento (attualizzazione

di

GICRA 1998 n. 11

).

Résumé des faits :

Le 14 novembre 2001, A.G.M. a déposé une demande d’asile en Suisse.

L’intéressé, commerçant de profession, a exposé être originaire de la ville

de Mbanza Congo. Soupçonné de complicité avec l’UNITA, il aurait été appréhendé,

en novembre 2001, par les troupes gouvernementales. Ayant pu s’évader grâce à

l’aide providentiel d’un commandant du MPLA, ami de son père, il aurait embarqué,

le 13 novembre 2001, à bord d’un avion à destination de la Suisse.

A.K., épouse de l’intéressé, accompagnée de leur enfant, a déposé une demande

d’asile, le 13 mai 2003. Elle a déclaré être née à Mbanza Congo et y avoir vécu

toute sa vie. En mars 2003, elle aurait été brutalisée et violée par plusieurs

hommes en tenue civile.

Par décision du 11 mars 2004, l’ODR a rejeté les demandes d’asile déposées,

au motif que les faits allégués n’étaient ni vraisemblables ni pertinents au

regard de

2004 / 32 - 228

la loi sur l'asile. Il a également prononcé le renvoi des intéressés et de

leur enfant et a ordonné l’exécution de cette mesure.

Le 22 septembre 2003, les requérants ont recouru contre cette décision,

concluant principalement à l’octroi de l’asile, subsidiairement au prononcé

d’une admission provisoire.

La Commission a rejeté le recours.

Extraits des considérants :

7.

7.1. Selon l'art. 14a al. 4 LSEE, l'exécution du renvoi ne peut notamment pas

être raisonnablement exigée si elle implique une mise en danger concrète de

l'étranger. Cette disposition s'applique en premier lieu aux "réfugiés de la

violence", soit aux étrangers qui ne remplissent pas les conditions de la

qualité de réfugié parce qu'ils ne sont pas personnellement persécutés, mais qui

fuient des situations de guerre, de guerre civile ou de violences généralisées,

et ensuite aux personnes pour qui un retour reviendrait à les mettre

concrètement en danger, notamment parce qu’elles ne pourraient plus recevoir les

soins dont elles ont impérativement besoin ou qu’elles seraient, selon toute

probabilité, conduites irrémédiablement à un dénuement complet, exposées à la

famine, et ainsi à une dégradation grave de leur état de santé, à l’invalidité,

voire à la mort. L'autorité à qui incombe la décision doit donc dans chaque cas

confronter les aspects humanitaires liés à la situation dans laquelle se

trouverait l'étranger concerné dans son pays après l'exécution du renvoi à

l'intérêt public militant en faveur de son éloignement de Suisse (J

ICRA

2002 n° 11 consid. 8a p. 99

;

1999 n° 28 p. 170 et

jurisp. citée

;

1998 n° 22 p. 191

).

7.2. Aux termes d’un conflit de près de 27 ans entre l’Union pour

l’indépendance totale de l’Angola (UNITA) et le Mouvement populaire de

libération de l’Angola (MPLA), qui a déchiré le pays, la situation en Angola

évolue favorablement. La mort de Jonas Savimbi, chef de l’UNITA, survenue le 22

février 2002, a permis de relancer le processus de paix initié par le protocole

de Lusaka en 1994. Le 4 avril 2002, le gouvernement angolais et l’UNITA ont

ainsi signé, à Luena, un accord de cessez-le-feu complémentaire audit protocole,

le « Memorando de Entendimento ». Ce mémorandum a prévu la dissolution

progressive de l’aile armée de l’UNITA (dissolution achevée le 1er août 2002),

sous le contrôle d’une Commission militaire conjointe (Joint Military

Commission) formée notamment de représentants des Forces armées angolaises

(FAA), de l’UNITA et de l’ONU, ainsi que l’intégration de 5000 anciens

combattants de

2004 / 32 - 229

l’UNITA dans les FAA et la police nationale (Angola Country Report, Country

Information and Policy Unit, United Kingdom, avril 2004, pts 4.11 et 4.12).

Parallèlement au mémorandum, une loi d’amnistie est entrée en force, après sa

ratification par le Parlement, le 4 avril 2002 également (Jornal de Angola, Lei

da Amnistia, 4.4.2002; BBC News, Angola rebels granted amnesty, 2.4.2002).

Celle-ci – garantissant l’immunité pour tous les crimes commis contre la

sécurité de l’Etat dans le contexte du conflit à tous les civils et soldats qui,

volontairement ou non, se sont rendus aux autorités angolaises – est respectée

dans la pratique; les anciens combattants de l’UNITA ne risquent pas d’être

poursuivis, pas même pour des délits d’ordre militaire commis par le passé, tels

que désertion ou refus de servir (UNHCR Position on Return of rejected Asylum

Seekers to Angola, janvier 2004, p. 2). L’UNITA, officiellement réunifiée le 8

octobre 2002 avec l’UNITA-Renovada, sa fraction dissidente non armée, est devenu

le plus grand parti d’opposition. D’importants postes ministériels ont par

ailleurs été attribués à ses membres (Angola Country Report, Country Information

and Policy Unit, United Kingdom, avril 2004, pt 5.11), et un ancien général de

l’UNITA, le général Camelora, a été nommé chef suppléant de l’état-major de

l’armée angolaise. Le 21 novembre 2002, la Commission militaire conjointe, après

avoir officiellement déclaré le processus de paix achevé, a prononcé sa

dissolution. Par résolution 1448 du 9 décembre 2002, le Conseil de sécurité de

l’ONU a en outre levé l’ensemble des sanctions prises contre l’UNITA entre 1993

et 1998. Dès lors, on considère que la paix est relativement stable (hormis au

Cabinda; cf. infra), la situation dépendant en grande partie des nouvelles

structures et des réformes prévues par le parti gouvernemental, le MPLA

(Economist Intelligence Unit, Country Report Angola, février 2004, p. 7-9).

Celui-ci, et son leader, le président José Eduardo dos Santos, ont posé une

série de conditions préalables pour l’organisation des premières élections

présidentielles et législatives depuis la fin de la guerre, – dont l’adoption

d’une nouvelle constitution et d’une loi sur le recensement électoral –,

reportant celles-ci au plus tôt en 2006. L’UNITA et les autres partis

d’opposition ont cependant contesté ce calendrier et ont exigé que des élections

générales soient organisées en septembre 2005 déjà (Panafrican News Agency,

UNITA presses for general elections in 2005, 16.3.2004).

Sur le plan sécuritaire, la situation s’est grandement améliorée depuis la

signature du « Memorando de Entendimento ». Les affrontements entre l’UNITA et

les FAA, ainsi que les attaques de ces deux belligérants envers la population

civile, ont cessé. Toutefois, des agressions, par des bandes armées, ont

toujours lieu sporadiquement. Dans la province de Cabinda, par contre, la

situation est préoccupante. A fin 2002, les FAA ont intensifié leurs opérations

militaires contre les mouvements séparatistes du FLEC (Frente para a Libertaçao

de Cabinda), dont les principaux sont le FLEC-FAC, le FLEC-Renovada et le FDC.

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L’offensive gouvernementale a entraîné un sensible affaiblissement militaire

du FLEC-FAC et la reddition aux autorités angolaises, en juillet 2003, de

plusieurs officiers de haut rang de ce mouvement. Des combats opposent cependant

toujours les FAA à des groupes rebelles isolés, principalement dans des zones

difficilement accessibles au nord de l’enclave. La population civile, victime

d’exécutions, d’enlèvements et de tortures, perpétrés tant par les FAA que par

les rebelles, paie un lourd tribut à ces affrontements (US Department of State,

Country Report on Human Rights Practices - 2003, 25.2.2004, p. 3; Ad-hoc

Commission for Human Rights in Cabinda, Cabinda 2003 : A Year of Pain,

2.11.2003).

Au plan des infrastructures et des équipements, l’Angola connaît un état de

délabrement extrême sur l’ensemble de son territoire. L’approvisionnement en eau

et en énergie est très aléatoire et la situation sanitaire précaire. La

mortalité infantile reste très élevée et un quart des enfants meurent avant

l’âge de cinq ans. Une grande partie de la population vit dans la misère et le

coût de la vie ne cesse d’augmenter (UN Office for the Coordination of

Humanitarian Affairs, Poor still waiting for benefits of peace, 5.4.2004). De

plus, les innombrables mines disséminées dans tout le pays constituent des

obstacles majeurs à l’apport de l’aide humanitaire ainsi qu’à la réinstallation

des réfugiés dans leurs régions d’origine, principalement dans les régions

situées au centre et à l’est du pays. Les provinces dont la situation est

qualifiée d’extrêmement grave par le HCR dans son rapport de janvier 2004, sont

celles de Bié, Cuando Cubango, Lunda Norte, Malanje, Moxico et Uige (UNHCR

Position on Return of rejected Asylum Seekers to Angola, janvier 2004, p. 3). Il

en est de même de la province de Lunda Sul (UNHCR, Bureau de liaison pour la

Suisse, information transmise par courriel du 16.4.2004). La situation est moins

défavorable dans la capitale et les provinces de l’ouest du pays (soit Cunene,

Huila, Namibe, Benguela, Huambo, Cuanza Sul, Cuanza Norte, Bengo et Zaïre), à

l’intérieur desquelles la circulation est devenue plus aisée à mesure que

plusieurs routes importantes ont été rouvertes.

7.3. Au regard de ce qui précède, la Commission considère que, d’une manière

générale, l’exécution du renvoi n’est, à l’heure actuelle, pas raisonnablement

exigible dans les provinces de Cabinda, Uige, Malanje, Lunda Norte, Lunda Sul,

Bié, Moxico et Cuando Cubango. Ailleurs, et en l’absence de risques spécifiques

découlant de l’appartenance à un mouvement de libération du Cabinda, les

garanties pour un retour dans la sécurité sont suffisantes, à tout le moins à

Luanda et dans les villes aisément accessibles des provinces de Cunene, Huila,

Namibe, Benguela, Huambo, Cuanza Sul, Cuanza Norte, Bengo et Zaïre. Les

conditions de vie dans ces agglomérations ne sont pas telles qu’il faille

exclure d’emblée, pour des raisons humanitaires, l’exécution du renvoi des

requérants d’asile dé-

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boutés qui y avaient leur dernier domicile ou y disposent d’attaches solides.

Ce constat vaut particulièrement pour les personnes jeunes (hommes célibataires

ou couples), sans enfants et ne souffrant pas de graves problèmes de santé. Pour

les requérants n’appartenant pas à ces catégories, et pour autant qu’ils ne

soient pas accompagnés d’enfants en bas âge ou à l’état de santé déficient, il y

a lieu d’apprécier si un réseau familial ou social sur place ou encore leur

situation financière particulière leur permettra de bénéficier de chances de

réinsertion convenables.

7.4. En l'espèce, la Commission considère que les recourants n’ont pas

démontré que leur retour dans leur pays d’origine reviendrait à les mettre

concrètement en danger. En effet, ils sont tous deux originaires de Mbanza Congo,

chef-lieu aisément accessible de la province de Zaïre, et y étaient domiciliés

avant leur départ du pays. Ils y disposent d’un important réseau familial (la

mère, deux frères et une sœur de la recourante; la mère, un frère et trois

sœurs du recourant), et également social, compte tenu du fait qu’ils y ont vécu

toute leur vie (hormis, pour l’intéressé, les douze à quinze années passées en

République démocratique du Congo). En outre, ils sont jeunes et n’ont pas

allégué souffrir de problèmes de santé qui feraient obstacle à l‘exécution de

leur renvoi. Ils devraient dès lors être capables de se réinsérer dans leur

ville d’origine et de subvenir à leurs besoins et à ceux de leur enfant I.F.,

âgée de 9 ans, dont l’état de santé n’a pas non plus été décrit comme déficient.

Dès lors, compte tenu de la pesée des intérêts en présence, la Commission estime

qu’il peut être raisonnablement exigé des recourants qu’ils retournent, avec

leur enfant, s’établir dans leur pays d’origine.

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