opencaselaw.ch

76_I_229

BGE 76 I 229

Bundesgericht (BGE) ·I · 1950-10-12 · Français CH
Source Original Export Word PDF BibTeX RIS
Sachverhalt

Par jugement du 15 mai 1936, notifie le 18 mai,

le Tribunal civil de Barcelone a prononce le divorce de

Jules Moens et de son epouse Josefa-Antonia, nee Ferrer-

VidaL Le 16 mars 1937, cette derniere, alors domiciliee a.

Geneve, aecouchait d'un fils, Angel-Jose-Luis. TI a et6

inscrit au registre des naissances comme son enfant naturel.

A la requete de la mere, le Departement de justice et

police du canton de Geneve a, le 17 avril 1950, ordonne la

rectification de l'acte de naissance, l'enfant devant etre

inscrit comme fils -de Jules Moens, ressortissant beIge, et

de Josefa-Antonia Ferrer-Vidal. Cette decision, dont Moens

a eM informe par lettre du 20 amI, est motivee comme i1

230

Verwaltungs- und Disziplinarrecht.

suit: Selon une consultation du doyen de la Faculte de

droit de Barcelone, le jugement du 15 mai 1936 n'est

devenu executoire que dix jours apres la notification, soit

le 28 mai 1936; or, suivant Ia legislation belge, l'enfant ne

dans les 300 jours apres la dissolution du mariage a pour

pere le mari; II s'ensuit que l'enfant Angel-Jose-Luis, ne

292 jours apres l'entree en force du jugement de divorce,

doit etre presume legitime et inscrit· comme tel.

B. -

Moens a defere cette decision au Tribunal federal

par un reoours de droit administratif. Il conclut a son

annulation et au retablissement de l'insoription primitive.

n se plaint d'une violation de l'art. 45 CC, releve que son

anoienne epouse avait invoque, dans Ie proces en divorce,

la non-oonsommation du mariage et pretend qu'll ne pourra

plus intenter une aotion en desaveu dans les delais prevus

par la Iegislation beIge.

O. -

Le Departement cantonal de justice et police,

ainsi que dame Ferrer-Vidal ooncluent au rejet du recours.

Le Departement federal de justice et police l'estime egaIe-

ment mal fonde.

Oonsiderant en droit :

Aux termes de l'art. 45 CC, aucune inscription faite dans

les registres de l'etat civil ne sera rectifiee que sur l'ordre

du juge (al. 1). L'autorite de surveillance peut toutefois

prescrire la rectification des inexactitudes resultant d'une

inadvertance ou d'une erreur manifestes (al. 2). L'ordon-

nance sur le service de I'etat civil ne precise pas ce qu'll

faut entendre par 10. (art~ 50). La doctrine et la jurispru-

dence ne fournissent pas non plus de definition satisfai-

sante. Si la plupart des fautes d'ecriture (lapsus calami,

mention d'une date erronee) proviennent d'une inadver-

tance manifeste, la notion d'erreur manifeste est plus diffi-

cile a cerner. Elle a ete reprise de la loi du 24 decembre 1874

concernant I'etat civil et le mariage. Son art. 9 permettait

dejo. o.l'autorite de surveillance, « lorsqu'il existe une erreur

manifeste », d'en ordonner la rectification par voie admi-

I

~

I

Regi stersaohen. N0 40.

231

nistrative. Le Conseil federal a juge, comme autorite de

recours, qu'est seule manifeste une erreur inoontestee et

incontestable. « Si l'on peut s'attendre a une opposition

quelconque 0. la rectification, ou si l'erreur qui existerait

dans l'inscription n'est pas absolument hors de doute, la

rectification doit avoir lieu sur la base d'une sentence

. judiciaire; si neanmoins elle est operee par voie adminis-

trative, ce procede constitue une violation de la loi))

(FF 1891 Ir 425; 1906 I 388). La Cour de ceans partage

cet avis, car les auteurs du code civil n'ont pas voulu

augmenter le nombre des oas Oll les interesses sont prives

des garanties offertes par la procedure judiciaire. Il con-

vient d'ajouter que le caractere manifeste tant de l'erreur

que de l'inadvertance suppose en tout cas que l'inscription

ne correspond pas aux donnees dont disposait l'officier de

l'etat civil.

n resulte de ces principes que l'art. 45 al. 2 CC ne

s'appliquait pas en l'espece. La passiviM que dame Ferrer-

Vidal, la principale interessee, a observee de 1937 0. 1950,

bien qu'elle possedat l'acte de naissance de son :lils et sut

qu'il avait eM enregistre comme enfant illegitime, ne se

concilie pas avec la these qu'elle defend aujourd'hui. Une

erreur qu'on ne decouvre pas avant treize ans ne saurait

etre qualifiee de manifeste. On ne voit du reste pas queis

elements d'appreciation I'officier de l'etat civil aurait

meconnus en inscrivant la naissance. n savait -

cela

ressort de I'acte de naissance -

que la mere etait divorcee

en vertu d'un jugement du 15 mai 1936. L'enfant etant ne

plus de 300 jours apres cette date, rien ne l'autorisait alors

ale presumer legitime (art. 252 CO). L'erreur que l'intimee

lui reproche est si peu evidente et incontestable que, pour

l'etablir, elle doit invoquer a. la fois Ia procedure espagnole

et le droit beIge. Les questions posees par sa requete

apparaissent des lors trop delicates pour ressortir a. l'auto-

rite de surveillance (RO 63 I 198). On est meme en presence

d'un cas typique Oll une rectification par la voie adminis-

trative est exclue.

232

Verwaltungs- und Disziplinarrecht.

L'officier de l'etat civil de Geneve devra donc radier

-

s'i! y a deja procooe -

la rectifIcation ordonnee par le

Departement cantonal et retablir l'inscription anterieure.

Par ces motijs, le Tribunal jl/Urat

Admet le recours et annule la decision attaquee.

Volltext (verifizierbarer Originaltext)

40. Arret de la IIe Cour civiIe du 12 octobre 1950 dans Ia cause

Moens contre Departement de jnstiee et police du canton de

Geneve et Ferrer-Vidal.

Art. 45 GG. Notion de l'erreur et de l'inadvertance manifestes.

Art. 45 ZGR Begriff des offenbaren Irrtums oder Versehens.

Art. 45 GG. Concetto dello sbaglio 0 della disattenzione manifesti.

A. -

Par jugement du 15 mai 1936, notifie le 18 mai,

le Tribunal civil de Barcelone a prononce le divorce de

Jules Moens et de son epouse Josefa-Antonia, nee Ferrer-

VidaL Le 16 mars 1937, cette derniere, alors domiciliee a.

Geneve, aecouchait d'un fils, Angel-Jose-Luis. TI a et6

inscrit au registre des naissances comme son enfant naturel.

A la requete de la mere, le Departement de justice et

police du canton de Geneve a, le 17 avril 1950, ordonne la

rectification de l'acte de naissance, l'enfant devant etre

inscrit comme fils -de Jules Moens, ressortissant beIge, et

de Josefa-Antonia Ferrer-Vidal. Cette decision, dont Moens

a eM informe par lettre du 20 amI, est motivee comme i1

230

Verwaltungs- und Disziplinarrecht.

suit: Selon une consultation du doyen de la Faculte de

droit de Barcelone, le jugement du 15 mai 1936 n'est

devenu executoire que dix jours apres la notification, soit

le 28 mai 1936; or, suivant Ia legislation belge, l'enfant ne

dans les 300 jours apres la dissolution du mariage a pour

pere le mari; II s'ensuit que l'enfant Angel-Jose-Luis, ne

292 jours apres l'entree en force du jugement de divorce,

doit etre presume legitime et inscrit· comme tel.

B. -

Moens a defere cette decision au Tribunal federal

par un reoours de droit administratif. Il conclut a son

annulation et au retablissement de l'insoription primitive.

n se plaint d'une violation de l'art. 45 CC, releve que son

anoienne epouse avait invoque, dans Ie proces en divorce,

la non-oonsommation du mariage et pretend qu'll ne pourra

plus intenter une aotion en desaveu dans les delais prevus

par la Iegislation beIge.

O. -

Le Departement cantonal de justice et police,

ainsi que dame Ferrer-Vidal ooncluent au rejet du recours.

Le Departement federal de justice et police l'estime egaIe-

ment mal fonde.

Oonsiderant en droit :

Aux termes de l'art. 45 CC, aucune inscription faite dans

les registres de l'etat civil ne sera rectifiee que sur l'ordre

du juge (al. 1). L'autorite de surveillance peut toutefois

prescrire la rectification des inexactitudes resultant d'une

inadvertance ou d'une erreur manifestes (al. 2). L'ordon-

nance sur le service de I'etat civil ne precise pas ce qu'll

faut entendre par 10. (art~ 50). La doctrine et la jurispru-

dence ne fournissent pas non plus de definition satisfai-

sante. Si la plupart des fautes d'ecriture (lapsus calami,

mention d'une date erronee) proviennent d'une inadver-

tance manifeste, la notion d'erreur manifeste est plus diffi-

cile a cerner. Elle a ete reprise de la loi du 24 decembre 1874

concernant I'etat civil et le mariage. Son art. 9 permettait

dejo. o.l'autorite de surveillance, « lorsqu'il existe une erreur

manifeste », d'en ordonner la rectification par voie admi-

I

~

I

Regi stersaohen. N0 40.

231

nistrative. Le Conseil federal a juge, comme autorite de

recours, qu'est seule manifeste une erreur inoontestee et

incontestable. « Si l'on peut s'attendre a une opposition

quelconque 0. la rectification, ou si l'erreur qui existerait

dans l'inscription n'est pas absolument hors de doute, la

rectification doit avoir lieu sur la base d'une sentence

. judiciaire; si neanmoins elle est operee par voie adminis-

trative, ce procede constitue une violation de la loi))

(FF 1891 Ir 425; 1906 I 388). La Cour de ceans partage

cet avis, car les auteurs du code civil n'ont pas voulu

augmenter le nombre des oas Oll les interesses sont prives

des garanties offertes par la procedure judiciaire. Il con-

vient d'ajouter que le caractere manifeste tant de l'erreur

que de l'inadvertance suppose en tout cas que l'inscription

ne correspond pas aux donnees dont disposait l'officier de

l'etat civil.

n resulte de ces principes que l'art. 45 al. 2 CC ne

s'appliquait pas en l'espece. La passiviM que dame Ferrer-

Vidal, la principale interessee, a observee de 1937 0. 1950,

bien qu'elle possedat l'acte de naissance de son :lils et sut

qu'il avait eM enregistre comme enfant illegitime, ne se

concilie pas avec la these qu'elle defend aujourd'hui. Une

erreur qu'on ne decouvre pas avant treize ans ne saurait

etre qualifiee de manifeste. On ne voit du reste pas queis

elements d'appreciation I'officier de l'etat civil aurait

meconnus en inscrivant la naissance. n savait -

cela

ressort de I'acte de naissance -

que la mere etait divorcee

en vertu d'un jugement du 15 mai 1936. L'enfant etant ne

plus de 300 jours apres cette date, rien ne l'autorisait alors

ale presumer legitime (art. 252 CO). L'erreur que l'intimee

lui reproche est si peu evidente et incontestable que, pour

l'etablir, elle doit invoquer a. la fois Ia procedure espagnole

et le droit beIge. Les questions posees par sa requete

apparaissent des lors trop delicates pour ressortir a. l'auto-

rite de surveillance (RO 63 I 198). On est meme en presence

d'un cas typique Oll une rectification par la voie adminis-

trative est exclue.

232

Verwaltungs- und Disziplinarrecht.

L'officier de l'etat civil de Geneve devra donc radier

-

s'i! y a deja procooe -

la rectifIcation ordonnee par le

Departement cantonal et retablir l'inscription anterieure.

Par ces motijs, le Tribunal jl/Urat

Admet le recours et annule la decision attaquee.