opencaselaw.ch

23_I_619

BGE 23 I 619

Bundesgericht (BGE) · 1897-01-01 · Français CH
Source Original Export Word PDF BibTeX RIS
Volltext (verifizierbarer Originaltext)

618

C. Civilrechtspflege.

materieUe &ntj ef)etbung ntef)t tn belfen

au~fd)nesnef)e stom~eten3

legte. ~el)H e~ aoer naef) bem @efagten an einer cunbe~gefej?nef)en

JBeftimmung, nad) wefd)er bie tlQrfiegenbe Eltrettigfett bel'

au§~

fef)Hcsrtd)m Q3ettrteifung

be~ \8unbe~gerief)te~ unteritent wäre, 10

greifen bie aUgemeinen @erief)tftanb§TIQrmen 'ß(aj?, fraft i1.lefef)er

bel' JBeUagte für :perjönlid)e m:nj:prüef)e cet bem @erief)te

feine~

?IDo~morte~ gefuef)t werben mUß.

2. ~{t bel' stfliger

ba~ Q3ege9ren geftent 9at, ba§ Q3unbe~~

gerief)t möge auf aUe ~/iUe, ario auef) für ben ~aU, baa e~ fief)

in bel' S)auptiaef)e infom:petent erWirt, jej?t fef)on bie in m:rt. 43

leg. cit. \.lorgefef)rie6ene stautton feftfej?en, unb bie stQm:petenö

l)TqU, wte in &rwiigung 1 au§gefül)rt worben tft, bem JBunbe~~

gerief)te, unacl)/ingig \.lon ber stom:petenjfrage rüttfief)ttief) bel'

S)au:ptjaef)e, 3uftd,t, 10 tft .1Uef) biefe Staution au 6ejtimmen; bie~

fdce wirb auf 800 ~r. angefe~t, unb tft oei bel' JBunbe~gertd)t~.

fanatei au teiften.

~emnaef) l)at ba§ Q3unbe§gerief)r

eriannt:

m:uf bie strage wirb wegen

~nfompeten& be~ @ertd)te~ nief)t

eingetreten.

1lI. Haftpflicht der Eisenbahnen bei Tödtnngen und Verletzungen. NQ 95.

619

!II. Haftpflicht der Eisenbahnen u. s. w.

bei Tödtungen und Verletzungen.

Responsabilite

des entreprises de chemins de fer, etc.

en cas d'accident entrainant mort d'homme

ou lesions corporelles.

95. AmU du 5 mai 1897 dans la cause

Socü!te des chemins de {er ä voie etroite de Geneve

contre llfilliquet.

Le 2 mars 1895, a '7 heures 20 minutes du soir, une ma-

chine du train des chemins de fer a voie etroite a atteint,

au Rond-point de Plainpalais, le demandeur David Milliquet,

tailleur de pierres, qui a ce moment se trouvait couehe sur la

voie; Milliquet re(jut, a la main droite, de graves blessures,

qui ont necessite la desartieulation du medius et de l'annu-

laire, et la reseetion de la te te de leurs metacarpiens. Milli-

quet resta a l'höpital, ou il avait ete transporte immediate-

ment, jusqu'au 20 avril suivant. C'est a la fin du mois dejuin

1895 seulement que la cicatrisation fut complete, et le Dr

Goetz constate, dans un certifieat du 3 clecembre 1895, qu'a

eette derniere date la main droite du demandeur presente

une mutilation importante, qui adetermine une invalidite du

membre partielle et definitive. Par lettre du 7 dit, Ie meme

medecin es time que l'aecident dont a ete victime Milliquet a

entraine une diminution definitive de la capacite de travail du

membre blesse de 70 Ufo.

Milliquet est ne le 4 octobre 1836; il avait done 58 f/2 ans

au moment ou l'aecident est survenu; son gain eomme con-

tremaitre tailleur de pierres etait de 6 fr. 50 c. en moyenne

par jour, soit de 1950 fr. par an a raison de 300 jours ouvra-

bles.

Au moment ou l'accident s'est produit, Ie sol etait couvert

620

C. Civilrechtspflege.

d'une epaisse couche de neige tomMe les 25 et 26 fevrier;

cette chute s'est elevee a Ia quantite, extraordinaire POUI'

Geneve, de 71,5 cm. Le boulevard sur Iequell'accident a eu

lieu n'etait pas deblaye, mais Ia voie sur laquelle se meut le

train avait ete ouverte, et des deux cötes des rails s'elevaient

de hauts talus de neige entre Iesquels le train circuIait. Ces

tranche es avaient ete ouvertes transversalement en quelques

endroits pour permettre la traversee de la voie ferree.

Par exploit du 3 aout 1895, Milliquet a dirige contre la

Societe des chemins de fer a voie etroite une demande en

paiement de dix mille francs a titre d'indemnite.

La Compagnie a resiste a cette demande et a decline toute

responsabilite, en alIeguant que l'accident etait du exclusive-

ment a Ia faute de Ia victime, que Milliquet etait etendu sur

la voie au moment Oll iI a ete surpris par Ie train, qu'il etait

en etat d'ivresse et qu'il avait eu tort de s'engager sur la voie

et de la suivre.

Milliquet a conteste toute faute cle sa part, notamment

d'avoir ete en etat d'ivresse et d'avoir vouIu longer Ia voie

ferree.

Le tribunal de premiere instance, apres enquetes, a estime,

en substance, qu'en traversant la voie Milliquet avait fait une

chute sur un des talus de neige qui Ia bordaient, et que c'est

a ce moment, et alors qu'il etait deja renverse sur le sol, qu'il

a ete atteint par la machine et blesse; le tribunal a admis en

outre que, d'autre part, la Compagnie avait commis une faute

en ne deblayant pas les talus qui bordaient Ia voie; que l'ac-

cident etant Ia suite de negligences et de circonstances

imputables aux deux: parties, Ia responsabilite de Ia Comra-

gnie devait etre attenuee. Le tribunal, pour fixer l'indemnite

a admis que celle-ci, pour reparer entierement Ie prejudice

souffert par le demandeur, devrait s'elever a 8000 fr., mais

qu'il y avait lieu de Ia reduire par suite des negligences im-

putables aux deux parties, et de Ia fixer a 4000 fr.; il a enfin

condamne Ia Compagnie a tous Ies depens.

La Compagnie a forme appel principal de ce jugement, et

:Ylilliquet appel incident.

1II. Haftptlicht der Eisenbahnen bei Tödtungen und Verletzungen. N° :i5. 621

Par arret du 13 mars 1897, la Cour de justice civile, apres

avoir constate que les questions a resoudre par elle sont les

suivantes :

a) La Cornpagnie a-t-elle etabli une faute de Ia part de

Milliquet?

b) Milliquet a-t-il etabli une faute a Ia charge de la Corn-

pagnie ou de ses agents ?

c) Quel est le montant du dommage cause a Milliquet et

de l'indemnite a laquelle il a droit ?

-

a reforme 1e jugement de premiere il1stance en tant qu'iI

arrete a 4000 fr. seulement Ie rnOl1tant de l'indemnite due

a Milliquet, -

condamne Ia Compagnie a payer la somme

de 6000 fr. a Milliquet a titre d'indemnite, -

confirme pour

le surplus Ie predit jl1gement et rnis les depens d'appel a la

charge de Ia Compagnie.

Cet anet se fonde, en rasume, sur les motifs suivants :

Snr Ia premiere ql1estion: La Compagnie n'a nullement

prouve que Milliquet se trouvat en etat d'ivresse le soir de

l'accident i le contraire resulte des depositions des temoins.

Le demandeur a, en revanche, commis une imprudence legere

en s'engageant sur Ia voie ferree dans les circonstances

speciales creees par la forte chute de neige des jours prece-

dents; il aurait du se rendre compte, avant de le faire, du

danger qu'il courait en circulant de nuit dans une tranchee

dont il devait lui etre difficile de sortir a l'arrivee d'un train,

et a nne heure Oll il ne pouvait ignorer que Ia circulation de

ceux-ci est encore active. Il resuIte des depositions des

temoins et des propos de Ia victime elle-meme que c'est en

voulant sortir de Ia tranchee Oll il s'etait imprudemment

engage, que Milliquet a glisse sur 1e talus et est tomM sur

la voie quelques instants avant l'arrivee de Ia locomotive.

Une faute, legere a la verite, doit donc etre retenue a Ia

-charge du demandeur.

Sur Ia deuxieme question : Il n'a point ete articulC qu'au-

cune disposition legale ou reglementaire ou aucune clause de

son cahier des charges oblige Ia Compagnie a deblayer Ia

neige aux abords de Ia voie; il suffit qu'elle assure, -

ce

622

C. Civilrechtspflege.

qu'elle a fait en l'espece, -

la circulation sur la ligne en

deblayant le passage necessaire a ses trains. Meme en

admettant qu'elle soit tenue a deblayer la voie publique en

dehors de l'espace strictement necessaire ä Ia circuIation de

ses trains, la Compagnie serait a l'abri de tout reproche en

raison de la force majeure, soit de la chute de neige extraor'

dinairement abundante des 25/26 fevrier, qui empechait

absolument ee deblaiement dans l'espace de quatre jours.

Le fait de la Compagnie d'avoir laisse subsister a la date du

2 mars des amas de neige le long de sa voie, ne saurait done

lui etre impute a faute. Aucune autre faute ne peut etre

reIevee a sa charge, il n'y a notamment rien d'anormaI a ce

que Milliqllet~ deja etendu sur la voie lorsque la locomotive

est arrivee pres de lui, n'ait ete aper~u par le mecanicien

que trop tard pour que celui-ci ait pu arreter le train a

temps.

Sur la troisieme question : Les premiers juges, en fixant a

8000 fr. le montant du domrnage total eprouve par Ie deman-

deur, paraissent avoir tenu un compte equitabIe des diverses

circonstances sur Iesquelles iIs basel1t Ieur appreciatiol1. C'est

en revanche a tort qu'ils ont reduit a 4000 fr. la somme a

payer a Milliquet, Ia faute que celui-ci a commise etant reIa-

tivement Iegere et excusable en raison des circonstances

speciales dans lesquelles elle s'est produite. II n'est en effet

point interdit aux passants de suivre les voies des chemins

de fer sur route, alors que les rails sont places sur la voie

publique, et que le danger ne resuItait que d'un etat de la

voie ferree du ades circonstances atmosphetiques anor-

males.

Le fait qu'aucune faute n'est reprochabIe a Ia Compagnie

ne la decharge toutefois pas de la responsabilite que lui im-

pose l'art. 2 de Ia Ioi federale du 1 er juillet 1875 sur la

matiere. Dans ces circonstances i1 est equitable de porter ä

6000 fr. l'indemnite a payer an demandeur par Ia defende-

resse.

C'est contre cet arret que la Societe des chemins de fer a

voie etroite a recouru an Tribunal federal par dtklaration du

Uf. Haftpflicht der EIsenbahnen bei Tödtungen und Verletzungen. N° 95. 623

8 avril 1897, concluant a ce qu'il lui plaise reformer le dit

arret, et, statuant a nonveau:

10 Dire que l'accident dont Milliquet a ete victime est du

soit a sa faute, soit a une circonstance de force majeure, a

l'exclusion de toute faute de Ia re courante; debouter en con-

sequence Milliquet de sa demande d'indemnite, avec suite de

tous depens.

Subsidiairement, et vu 1'art. 82,§ 2 de Ia loi federale precitee.

2° Annuler le jugement dont est recours et renvoyer Ia

cause a la Cour d'appel de Geneve pour compIeter le dossier

par une expertise medicale contradictoire, en ce qui concerne

Ia diminution actuelle de Ia capacite de travail de Milliquet.

Tres snbsidiairernent, et au cas ou le tribunal de ceans

n'estimerait pas devoir renvoyer la cause a la Cour d'appel

de Gel1l've.

30 reduire a 500 fr. l'indemnite due a Milliquet.

A l'appui de ce recours, la Compagnie invoque les conside-

rations ci-apres :

Le chiffre de 6000 fr. adopte par la Cour cantonale est

hors de proportion meme avec celui qui pourrait etre alloue

a Milliquet s'il n'avait commis aucune faute. L'arret ne tient

compte, ni de l'imprudence grave cOlnmise par Milliquet, ni

de son age avance et du peu de temps pendant lequel son

gain lui etait encore ass ure; enfin le dit arret a fait une

appreciation exageree du degre d'incapacite de Ia victime.

L'evaluation de la Cour cantonale sur ce point est arbitraire,

et celle-ci n'a pas procede a cet effet a une expertise medicale

contradictoire; i1 Y a lieu en tout cas de completer Ia proce-

du re sur ce point, en application de l'art. 82, al. 2, de la loi

sur l'organisation judiciaire federale.

Milliquet a, de son cote, recouru par voie de jonction

contre l'arret de Ia Cour de justice; il conclut a ce qu'iI plaise

au Tribunal federal:

1. Reformer cet arret en tant qu'il met a Ia charge du

demandeur une faute quelconque, meme legere, et qu'il

reduit a 6000 fr. le montant de l'indemnite qui Iui est due

par la Compagnie.

C. Civilrechtspflege.

2. Conclamner Ia defenderesse, avec interets de droit et les

depens, a lui payer la somme de 8000 fr.

Le recourant Milliquet fait observer qu'il ne resulte pas des

enquetes qu'il ait commis Ia moindre faute ni qu'il ait cil'-

eule entre les deux talus ·de neige qui bol'daient de chaque

cote la voie ferree, la quelle est d'ailleurs etablie sur Ia voie

publique.

Dans leurs plaicloiries a l'allclience de ce jour, Ies conseils

des parties ont declare reprenclre les concIusions formulees

dans leul'S recours respectifs.

Statlwnl sur ces faits et consiclerant en dTOit :

1. -

Les legions corporelles, a raison desquelles Ie deman-

deur reclame une indemnite, se sont produites « dans l'ex-

ploitation» du chemin de fer. On ne saurait conclure le

contraire de Ia circonstance qu'a Ia suite d'une chute, le

corps du demandeur, au moment Oll Ie train l'a atteint, se

trouvait couche, au moins en partie, sur les rails. La chute

de Milliquet sur la voie parait avoir eu pour consequence de

le bl esser assez grievement au nez, mais les autres legions

qu'il a souffertes doivent etre attribuees au fait qu'immedia-

tement apres cette chute, et avant qu'il ait pu se relever, un

train a passe et lui a ecrase deux doigts de la main droite.

L'existence d'un rapport de cause a effet entre I'exploitation

de la ligne et cette derniere legion ne saurait cles 10rs etre

revoquee en doute.

2. -

Sur le point de savoir si, comme le pretend Ia defen-

deresse, l'accident a ete canse par Ia propre fante de la vie-

time, il y a lieu de rechereher comment ~filliquet a pu se

trouver clans Ia position indiquee, au moment Oll le train l'a

atteint. A cet egard, Milliquet a explique, a l'origine, qu'il

aurait ete renverse par le train, mais dans la snite il a aban-

donne cette version. Le demandeur ne donne pas, a la verite,

des explications satisfaisantes sur les circonstances dans les-

quelles I'accident s'est produit, mais il suffit, pour engager

Ia responsabilite de Ia Compagnie, que le dit accident soit

lmrvenu clans l'exploitation, et, si la defenderesse estime

pouvoir repudier cette responsabilite du chef de la propre

HI. Haftpflicht der Eisenbahnen bei Tödtungen uml Verletzungen. N° 95. 625

faute de Ia victime, c'est a elle qu'il incombe de prouver les

faits qui constitueraient cette faute. A cet effet elle a pre-

tendu en premiere ligne que 1\filliquet etait en etat d'ivresse

10rs de l'accident; mais les deux instances cantonales ont

admis, d'un commun accord, Ie mal fonde de cette allegation,

et le Tribunal federal est He par cette constatation de fait,

qui ne se trouve point contredite par les pieces du dossier.

3. -

La Compagnie a allegue en outre que le demandeur,

au lieu de se borner a traverser les rails par l'ouverture.

menagee a cet effet dans les talus de neige, se serait engage

imprudemment, en se coupant ainsi toute retraite, le long de

1a voie, dans la tranchee formee par ces talus. C'est ce qui

resulterait, d'apres elle, du dire de plusieurs temoins, les-

quels ont depose que le demandeur fut trouve gisant a trois

met res environ en arriere de la predite ouverture. Selon la

defenderesse, cette imprudence, -

aggravee encore par la

double circonstance qu'il faisait nuit, et que I'etat exceptionnel

dans lequel se presentait la voie augmentait les chances

d'accident,- constituait une faute grave a la charge de la

victime, qui aurait du d'ailleurs se relever immediatement

apres sa chute.

Les constatations des instances cantonales sur ces points,

et en particulier sur les circonstances dans lesquelles la chute

du demandeur s'est produite, ne sont toutefois ni precises,

ni concluantes. Il n'est, notamment, nullement etabli que

Milliquet ait voulu suivre la voie entre les talus de neige. On

peut facilement admettre que, clans Ia nnit et le brouillard,

le demandeur ait fait inconsciemment quelques pas dans une

fausse direction, ou qu'ayant manque l'ouverture pratiquee

dans les talus de neige, il ait franchi un de ceux-ci, sans que,

dans aucune de ces alternatives, sa maniere cle faire puisse

lui etre imputee a faute. La Compagnie n'a jamais tente de

prouver que Milliquet eilt agi, a cet egard, en pleine connais-

sance de la situation.

Il convient d'ailleurs de relever, en ce qui conceme ce

point, la grande difference qui existe entre une ligne ferff:~e

sur route, dont la voie n'est point interdite a la circulation

XXIII -

1897

40

626 .

C. Civilrechtspllege.

des pietons, et une ligne de chemin de fer ordinaire, qu'il

n'est permis au public de traverser que sur des points

determines. Si la chute exceptionnelle de neige des 25/26 fe-

vrier 1895 avait cree sur Ia voie routiere de Geneve a Plain-

palais une situation particulierement dangereuse, il incombait

a Ia defenderesse de prendre, en vue de Ia securite du public,

des mesu1'es de precaution speciales, teIles que surveillance

et eclah'age de Ia voie, etc., de nature a p1'evenir ou tout au

moins a diminuer Ie peril dans Ia mesu1'e du possibIe; 01' Ia

Compagnie n'a pas meme alIegue avoir pris aucune me sure

de ce genre. Dans ces circonstances I'exception tiree de Ia

propre faute du demandeur ne peut etre accueillie.

4. -- Pour echapper a Ia responsabilite qui Iui incombe

aux termes de l'art. 2 de Ia loi federale sur Ia matiere, du

1 er juillet 1875, Ia Compagnie defenderesse a invoque egale-

ment Ia force majeure, resu!tant, selon elle, cle l'etat de

choses tout a fait exceptionnel du a Ia chute de neige extraor-

dinaire dont il s'agit. TI suffit, pour ecarter cette exception,

d'insister encore sur Ie fait, deja signale plus haut, que Ia

defenderesse n'a pas prouve avoil' fait tout ce qui etait en

son pouvoir pour eviter des accidents du genre de celui qui

a entraine Ia mutilation du demandeur; elle n'a pris aucune

mesure de precaution pour assurer Ia seeurite du public en

presence d'un danger extraordinaire, et si elle a eru pouvoir

continuer, dans de semblabIes circonstances, son exploitation

de la maniere habituelle, elle doit assumer, d'autre part, les

risques insepal'ables d'une pareille faqon de procecler.

5. -

Aucune faute ne pouvant etre I'eteulle a Ia charge

du demandeur, Ia I'esponsabilite de la Compagnie est encourue

aux termes de la disposition susvisee de la loi federale de

1875, et comme 1e demancleur ne se base pas sur l'art. 7

ibidem pour nlclamer une somme, outre le dommage. iI est

superfln de rechm'cher si les agissements de Ia defenderesse

devraient, le cas echeant, etre envisages comme impliquant

aussi une faute de sa part.

6. -

En ce qui concerne Ia quotite de l'indemnite a anouer

a Ia victime,les instances cantonales admettent l'une et l'autl'e

III. Haftpflicht der Eisenbahnen bei Tödtungen und Verletzungen. N° 95. 6il7

qu'il ya lien d'evaluer a 1000 fr. le dommage souffert par Ie

demandeur du chef de l'incapacite de travail totale passagere

que l'accident lui a causee, -

y compris les frais de gue-

rison, -

et a 7000 fr. le dommage resultant pour lui de

l'incapacite de travail durable qui l'a frappe.

Les tribunaux genevois sont arrives a ce dernier chiffre en

faisant entrer en ligne de compte les considerations et les

facteurs ci-apres: Milliquet, age de pres de 59 ans au mo-

ment de l'accident, venf et pere de plusieurs enfants au-

dessus de seize ans, gagnait alors 6 fr. 50 c. par jour, soit

1950 fr. par an. La capacite de travail de la main droite etant

diminuee, par suite de sa mutilation, de 70 % d'une maniere

definitive et permanente, on peut evaluer Ia perte subie par

le demandeur a une somme annuelle de 950 fr., car il ne

peut plus tenir Ia massette de tailleur de pierres, et se trouve

recluit a l'etat de simple manmuvre, dont le gain ne depasse

pas 1000 fr. par an. La dUf!~e probable de Ia vie de }filliquet

n'etant plus que de 14 ans, il se trouverait done prive defi-

nitivement d'un gain de 13 200 fr., mais il y a lieu, vu l'age

du demandeur, de tenir compte de Ia maladie, des infirmites

et du chOmage qui pourraient l'atteindre dans l'avenir, de

sorte que la perte de son gain futur depuis son retablisse-

ment ne peut pas etre evaluee a plus de 7000 fr.

La defenderesse a critique I'appreciation, arbitraire selon

elle, de la Cour cantonale suivant laquelle l'incapacite de

travail durable causee par la mutilation de deux doigts de la

main droite est evaluee a 50 %, et, dans son l'ecours au

tribunal de ceans, elle conclut, ainsi qu'il a ete deja dit, a ce

qu'un complement d'enquete soit ordonne sur ce point.

TI n'y a pas lieu de deferer acette derniere eonclusion,

deja par le motif qu'elle n'a pas ete formulee devant les ins-

tances cantonales. L'evaluation de Ia diminution durable de

la capacite de travail du demandeur constitue d'aiIleurs une

appreciation de fait, qui n'est point coutraire aux donnees

du dossier, et qui doit lier des 101's le tribunal de ceans. En

fut-il meme autrement, que Ies consequences de Ia perte de

l'annulaire et du medius de Ia main d1'oite pourraient etre

628

C. Civilrechtspflege.

supputees par ce tribunal, en prenant en consideration Ia

jurisprudence consacree par de nombreux ..:as identiques ou

analogues en Suisse et a l'etranger, sans qu'll soit besoin a

cet effet de I'intervention d'une expertise medicale. 01' les

resultats de cette etude demontrent que Ie chiffre de 50 0/

"

I

.

0

s?sme~ lOnne nest nul ement exagere, et que cette supputa-

bon bent un compte equitable des divers elements a envi-

sager dans Ia cause actuelle (voir entre antres Kaufmann

Handbuch der Un{aUverletzungen, page 189, etc.).

'

En revanche, le calenl auquel se sont livrees les instances

cantonales est critiquabIe a un autre point de vne. Il ne suffit

pas, en effet, ponr determiner le chiffre de l'indemnite a

allouer a la victime, de multiplier simplement le nombre des

a:m~es .de sa vie probable par Ia somme correspondant a Ia

dlmmutlOn de son gain annuel, mais il y a lieu de rechercher

quelle est la somme necessaire POUi" assurer au demandeur

une rente viagere equivalente a cette diminution de gain.

Ce~te somme s'eleverait, en capital, d'apres les tables de la

ealSSe de rentes suisse, a 11 000 fr. environ.

En prenant toutefois en consideration I'avantage resultant

ponr le demandeur de la circonstance qu'i! recevra un capital

au lieu d'une rente, ainsi que les chan ces d'infirmites ou de

l~aladie auxquelles un ouvrier est toujours expose les der-

meres annees de sa vie, et en tenant un compte equitable de

tous les elements de Ia cause, le tribunal de ceans a pu se

convaincre qu'il se justifie de reduire ä. 6000 fr. I'indemnite a

accorder au demandeur du chef de la diminution de capacite

durable de travall a Iui causee par l'accident. A cette somme

de 6000 fr. doit s'ajouter celle de 1000 fr. poU'r Ie dommage

souffert par Milliquet ensuite d'incapacite de travail totale

mais passagere, y compris les frais de guerison.

'

Par ces motifs,

Le Tribunal federal

prononce:

I. -

Lc recours de la Societe des eh emins de fer ä. voie

etroite de Geneve est ecarte.

. II. -

Le recours interjete par voie de jonction par sieur

III. Haftpflicht der Eisenbahnen bei Tödtungen und Verletzungen. N° 96. 629

D. Milliquet est admis partiellement, et l'arn~t rendu entre

parties par Ia Cour de justice civile de Geneve, le 13 mars

1897, est reforme en ce sens que la somme a payer par la

defenderesse au demandeur a titre d'indemnite est fixße a

sept mille francs, y compris mille francs pour l'incapacite

de travail totale temporaire et frais de guerison avec interet

ä. 5 % l'an des la date de l'exploit introductif d'instance, soit

des le 3 aout 1895.

96. UrteU \)om 3.;juni 1897 tn eit \)om ~unb~

ort betfef6en in ttleftnef)er 91tef)tung :pafftett bie 6tra~e Il(uuerniet~

~otmonbtMje baß ®eleife. lBon ber 6tation ~ui)erniet t)et füt)tte