opencaselaw.ch

20_I_695

BGE 20 I 695

Bundesgericht (BGE) · 1894-01-01 · Italiano CH
Fonte Original Esporta Word PDF BibTeX RIS
Volltext (verifizierbarer Originaltext)

694

C. Civilrechtspflege.

meno nessun caso contrario, quantunque fatti di simile natura

si siano presentati pin volte in seguito aIle frequenti riforme

eostituzionali di quest' ultimi anni. E il motivo si e, che se-

condo l'opinione generale si presume ehe Ie cariche pubbliehe

vengano conferite colla riserva sottintesa, che esse non ab-

biano a durare per tutto i1 tempo st3 bilito dalle leggi, che

qualora durante questo periodo di tempo non avvenga una

riorganizzazione delle autorita dello Stato mediante riforma

costituzionale. Ora, dato questo principio, un diritto al paga-

mento dell'onorario per il tempo che rimarrebbe ancora a

deeorrere dopo cessata la carica, non esisterebbere neppure

se il rapporto fra 10 Stato ed i suoi funzionari fosse da ri

guardarsi come di diritto privato.

2. Non vi e dubbio ehe nel caso concreto si tratti di pub-

blid funzionari. Le funzioni aIle quali attendevano gli attori

erano funzioni giudiziarie, e come tali form anti parte dei po-

teri pubblici dello Stato. E cio che del resto non hanno con-

testato neppure gli attori. Invece essi hanno sostenuto nella

101'0 esposizione di causa che illoro licenziamento e stato ref-

fetto della legge 2 dicembre 1892. Pero a torto. L'art. 1 delle

disposizioni transitorie della riforma costituzionale 2 luglio

1892 prescrive : « Le funzioni dei membri del Consiglio di

» Stato, del Tribunale di appelIo, della Camera di accusa e

» dei TrilmnaJi di prima istanza, eletti 0 da eleggersi in con-

» formita delle disposizioni costituzionali e legislative vigenti

» prima dell'entrata in vigore della presente riforma costitu-

» zionale, continuano sino alla rinnovazione integrale delle

» autorita suddette, da farsi a norma delle disposizioni degli

» art. 15, 18, 19, 21 e 22, la quale dovra avvenire nell'epoea

» prevista delY art. 32, tosto che saranno state definitivamente

» accettate Ie relative Ieggi di esecuzione. La Legge deterrni-

» nera il termine da cui deve decorreTe it periodo di scadenza

» delle auto rita elette in conformita delle disposizioni della

» presente riforma. » La legge 2 dicembre 1892 non ha fatto

altro dunque che di stabilire il termine suddetto; il principio

invece che la rinnovazione delle autorita esistenti e l'entrata

in carica deBe nuove dovesse avvenire prima del 1895, ppoca

in cui sarebbero spirate Ie funzioni degli attori, e contenuto

X. Civilstreitigkeiten zwischen Kantonen und Privaten, etc. N° 107.

695

implicitamente gia nella riforma costituzionale. Gli attori stessi

non hanno pin insistito su quanto essi avevano affermato nella

lorn esposizione, dopo che furono contradetti dallo Stato nel

suo allegato di risposta.

3. I considerandi di cui sopra trovano pertanto la lofO

piena applicazione nel caso presente. II rapporto esistito fra

gli attori e 10 Stato del cantone Tieino e un rapporto di diritto

pubblico, e la rimozione degli attori dall'impiego ha avuto la

sua causa in un decreto di riforma costituzionale. La questione

di sapere, se la rimozione da un impiego mediante legge so-

lamente obblighi 0 non obblighi 10 Stato a risarcimento, non

fa dunque bisogno di essere risolta.

Tuttavia iI giudice partendo da ragioni d'equita, crede giu-

stificato di non mettere a carico degli attori Ie spese ripetibili.

Per questi motivi

It Tribunale federale pronuncia :

L'azione d'indennizzo inoltrata dai signori Dre in legge

Gerolamo Riva e avvocato Giuseppe Albrizzi e respinta.

108. Arret du 5 Juillet 1894 dans la cause

Zimmermann contre Vattd.

Le mouvement anarchiste d'Avril 1892 s'est egalement

manifeste a Lausanne, on l'on avait signaIe la presence de

plusieurs anarchistes etrangers; des ecrits seditieux y furent

decouverts, et notamment Ie prefet de ce district reQut une

lettre, datee du 12 Avril 1892, signee «Antoine Zimmermann,

bottier, Halle 33, et mon camarade Neeser, bottier, Petit-

SainWean. :I> Cette lettre est de la teneur suivante :

« N ous avons decide de vous faire passer a la dynamite

» pour Ie 1 er mai, pour vous apprendre a expulser des com-

» pagnons commp, Germani. Attention a vous et a votre com-

» mandant de gendarmes. »

Le 27 Avril, Ie me me fonctionnaire reQut une nouvelle

lettre, sans signature, portant uniquement en grosses lettres

696

C. Civilrechtspllege.

ce mot « Demain. » Les rapports de la police paraissaient

etablir que Zimmermann etait anarchiste.

Ces faits furent communiques, entre autres par office du

28 du meme mois, au Conseil federal, en sa qualite de surveil-

lant superieur de la police des etrangers sur Ie territoire de

la Confederation. (Constitution federaIe, art. 102, chiffres go

et 100 .)

Par teIegramme du 29 Avril, Ie procureur-general de la

Confederation intima au departement de Justice et Police du

canton de Vaud l'ordre « d'arreter Mari et Cazenave, ainsi

» que to us autres individus suspects de menees anarchistes

» dangereuses, de proceder a des perquisitions dans leur

» domicile, de saisir leurs correspondances it la poste, en ge-

» neral de faire une enquete, dont vous voudrez bien nous

» communiqueI' les resultats sans retard. »

Le juge d'instruction cantonal avait cm toutefois devoir se

declarer incompetent pour executer les mesures requises.

Par teIegramme du meme jour, Ie procureur-general de la

» Confederation repondit qu' «il ne s'agit pas pour Ie moment

» d'une enquete judiciaire; que les rapports du departement

» de Justice et Police du canton de Vaud etablissant des

» soupgons suffisamment motives contre les anarchistes etran-

» gel's, il incombe a Ia police de se procurer les preuves ne-

» cessaires pour procedercontre eux par voie administrative

» ou judiciaire. L'arrestation devra done et1'e executee et

» l'enquete provisoire faite par les autorites de police. »

Par lettre adressee sous la meme date au prefet du district

de Lausanne, Ie departement vaudois de Justice et Police in-

vite ce fonctionnaire it lui faire connaitre kt nationalite, la

filiation et la profession du nomme Zimmermann, Antoine,

mentionne dans son rapport du 26 Avril 1892.

Par office du 29 Avril, Ie departement vaudois, en trans-

mettant au prefet les deux teIegrammes du procureur general

susmentionnes, Ie charge de pourvoir, sans delai, au necessaire

et de lui adresser un prompt rapport sur l'execution.

Le lendemain, 30 Avril, Zimmermann fut arrete a 6 heures

du matin it son domicile, rue de l'Halle, conduit d'abord au

bureau de police, puis transfere aux prisons de l'Eveche.

X. Civilstreiligkeiten zwischen Kantonen und Privaten, etc. N° 108.

697

Une perquisition domiciliaire fut faite dans Ie courant de

l'apres-midi dans l'appartement de Zimmermann par Ie juge

d'instruction. Peu apres l'inculpe fut interroge par Ie prefet

et il en resulta que les soupgons formes contre lui n'etaient

pas fondes.

Le 30 Avril, a 7 1/2 heures du soil', Zimmermann fut mis en

liberte.

Zimmermann, age aujourd'hui de 29 ans environ, est origi-

naire de Miltenberg, royaume de Baviere; il est cordonuier

de son etat et son etablissement a Lausanne date de 1889; il

s'y est marie avec une Bernoise et deux enfants sont issus de

cette union.

Par exploit du 11 Mai 1892, Zimmermann a cite l'Etat de

Vaud en conciliation, sur l'action qu'il lui intente pour faire

prononcer it ses depens que Ie dit Etat est son debiteur et

doit lui faire paiement de la somme de 3001 francs avec in-

terMs au 5 % des la dite date, a titre de dommages-interets.

A l'audience du juge de paix du 20 Mai, l'Etat de Vaud a

declare ce qui suit:

10 Les autorites vaudoises de police n'ont agi que sur direc-

tions des autorites federales competentes. Elles n'ont commis

aucune faute dans l'execution des ordres regus et aucun dom-

mage n'a ete cause a Zimmermann, dont les agissements jus-

tifient amplement une arrestation preventive. Toutefois, et

dans Ie but unique d'eviter un proces, l'Etat de Vaud offre a

Zimmermann 10 francs et les frais faits a ce jour, pour la

journee de detention qu'il a subie. Si cette offre n'est pas

acceptee au cours de la presente audience, elle est d'ores et

deja retiree.

20 Si Ie proces doit suivre son cours, l'Etat de Vaud, invo-

quant l'art. 27 § 40 de la loi du 27 Juin 1874 sur l'organisa-

tion judiciaire federale, requiert que Ie Tribunal federal soit

nanti de la cause a l'exc1usion des tribunaux vaudois.

Le demandeur a repousse l'oft're de l'Etat de Vaud.

Sous date du 7 Avril 1893, Zimmermann a depose au Tri-

bunal federal une demande concluant a ce qu'il soit prononce

avec depens que l'Etat de Vaud est son debiteur et doit lui

faire prompt paiement de la somme de 3000 francs, avec in-

698

C. Civilrechtspilege.

terets au 5 % des Ie 13 Mai 1892. En meme temps Ie deman-

deur requiert d'etre mis au benefice du pauvre.

Cette demande se fonde, en fait et en resume, sur Ies alIe-

gues ci-apres :

Le samedi 30 Avril 1892, a 6 heures du matin, alors que

Zimmermann etait encore au lit, deux agents de police sont

venus frapper a sa porte; iIs Ie sommerent de les suivre chez

Ie pretet de Lausanne, mais au lieu de l'y conduire ils l'em-

menerent anx prisons de I'EvecM. II n'a ete signifie a Zim-

mermann aucun mandat d'amener, de depot ou autre, et aucun

mandat pareil ne lui a ete remis (C. p. p. vaudois, art. 31-

37). A cet egaI'd Ie demandeur fait etat de Fart. 4 de la cons-

titution cantonale, aUK termes duquel nul ne peut etre pour-

suivi ou arrete que dans les cas determines par la Ioi et selon

les formes qu'elle prescrit, et des dispositions du C. p. p.,

obligeant les agents de la force publique, a part les cas de

flagrant delit, a etre porteurs d'un maudat et a I'emettre ce

mandat a la personne qu'ils arretent. Le demandeur invoque,

en outre, les art. 34, 35, 44 et suivants, entre autres 47, 66

et suivants, 116 et suivants, 166 a 202, plus specialement les

art. 189 et suivants et 198 du C. p. p. precite. L'arrestation

de Zimmermann est iIIegale; il a ete conduit a l'Eveche entre

deux agents de police et il a traverse ainsi plusieurs rues et

places, un jour de marche. Ce n'est que dans Ie courant de

1'apres-midi que Ie juge informateur est venu v:isiter Ie de-

mandenr et lui a fait connaitre qu'il etait arrete comme anar-

chiste. La lettre adressee au pretet de Lausanne, et signee

Zimmermann et N eeser, est l'ffiuvre d'nn faussaire. Le deman-

deur n'a jamais ete anarchiste; au contraire iI a fait pendant

longtemps partie du « Katholischer Gesellenverein. » Son ar-

restation lui a cause un grave prejudice, moral et pecuniaire;

elle a fait l'objet d'interpellations et de debats au Grand Con-

seil du canton de Vaud et aux Chambres federales. Le chef

du departement de Justice et Police de Vaud a reconnu lui-

meme qu'aucun mandat d'arret n'a ete notifie a Zimmermann;

que Ie personnel charge de l'arrestation n'avait pas l'habitude

de teIles operations et que bien que chacun des agents fut

X. Civilstreitigkeiten zwischen Kantonen und Privaten, etc. N·108.

699

porteur d'un mandat d'arret, cette piece n'a pas ete commu-

niquee au demandeur.

Ell droit, la demande fait vaIoir que Ie sieur Zimmermann

a ete victime d'une arrestation arbitraire, operee dans des

formes autres que celles prescrites par Ia Ioi. Comme etran-

ger, au benefice de traites qui Ie mettent sur Ie meme pied

que nos nationaux, il a Ie droit d'exiger que les memes for-

malites soient observees a son egard. Cette arrestation revet

son caractere de gravite ensuite de sa pro pre cause; signale

et traite a tort comme anarchiste, ses chances de gain sont

diminuees, sa clientele a soufIert, par la faute du preiet de

Lausanne, qui emploie des subaIternes mal eduques, et par la

faute des agents qui ont provo que l'arrestation du demandeur

en negligeant les formalites les plus eIementaires. Ces fautes

engagent la responsabilite de l'Etat de Vaud.

L'Etat defendeur a cru devoir, tout d'abord, denoncer l'in-

stance it. la Confederation, qui, par office du 25 Mai 1893, a

toutefois declare expressement se refuser a prendre part au

proces.

Dans les faits de sa reponse, l'Etat de Vaud conteste ex_

pressement I'illegalite de l'arrestation et il allegue que Zim-

mermann aurait ete signale au pretet comme anarchiste; il

insiste, en outre, sur Ie mouvement anarchiste a Lausanne en

1892, sur les Iettres de menaces susmentionnees et sur. Ies

faits que, Ie 12 Avril 1892, deux individus suspects s'etalent

presentes a Ia prefecture so us pretexte de demander des ren-

seignements et que Ie 27 du meme mois un anarchiste connu

declarait dans un cafe de Lausanne que Ie pretet etait menace

de sauter. La reponse mentionne en suite la correspondance

echangee entre Ie procm'eur general de Ia Confederation et Ie

departement de;Justice et Police vaudois, ainsi que Ia circons-

tance que, dans Ia nuit du 29 au 30 Avril 1892, une explosion

se produisit a Prilly sous la fenetre de Ia chambre habitee

par la mere du prMet de Lausanne.

Apres Ie narre de l'arrestation, qui coIncide dans ses lignes

principales avec les allegues de Ia demande, la reponse ajoute

que Ie prefet avait procede, alors, immediatement a l'audition

700

C. Civilrechtspflege.

de Zimmermann, ainsi qu'a cene des temoins; que l'enquete

a reveIe que Ie demandeur avait bien fait partie du groupe

anarchiste, mais qu'il s'en etait retire pour entrer dans l'eglise

methodiste allemande; que Zimmermann fut relache Ie jour

meme de son arrestation et que, sur Ie vu de l'enquete, Ie

Conseil federal decida de n'y pas donner suite, ni administra-

tivement, ni par voie judiciaire. L'Etat de Vaud declare enfin

que Ie dossier de l'enquete de police se trouve entre les mains

du procureur-general et que celui-ci n'en autorise pas la pro-

duction.

En droit, Ia reponse de I'Etat de Vaud presente, en subs-

tance, les considerations suivantes:

Le droit applicable est Ie droit cantonal; par denombreux

arrets Ie Tribunal fedel'al a prononce que la responsabilite de

l'Etat pour Ie dommage cause par les actes de ses employes,

-

en tant que ces actes ne se rattachent pas a l'exercice

d'une industrie, -

est regIee par Ie droit cantonal. L'art. 3

de la loi vaudoise du 25 Novembre 1863 place l'adion en

responsabilite contre I'Etat sous l'application des art. 1039

et suivants du C. C. vaudois, lesquels ont ete abroges par la

Ioi vaudoise du 31 Aout 1882 et remplaces par les art. 50

et suivants C. O. C'est donc Ie C. O. qui fait regIe dans l'es-

pece, sinon comme loi federale, tout au moins comme loi can-

tonale. Pour qu'il y ait responsabilite, il faut qu'il y ait une

faute et un dommage. En premier lieu Zimmermann reproche

it l'Etat de s'etre rendu coupable vis-a.-vis de lui d'une arres-

tation arbitraire et, en second lieu, que les formes dans les-

queUes cette arrestation a ete faite sont illegales. Sur Ie pre-

mier point, ce n'est pas l'Etat de Vaud, ni ses agents qui ont

ordonne l'arrestation de Zimmermann et la visite domiciliaire;

l'ordre a ete donne au defeudeur par les autorites federales

competentes. A teneur de la Constitution federale, la police

des etrangers est placee dans la competence des autorites

federales (art. 70 C. F.) et notamment du Conseil federal

(art. 102, chiffres 9 et 10 ibidem). Le procureur-general de

la Confederation, institue par La loi du 28 Juin 1889 sur Ie

Ministere public federal, est charge tout specialement de la

police des etrangers; c'est ce magistrat qui, dans sa compe-

X. Civilstreitigkeiten zwischen Kantonell lIml Privaten, etc. N°t08.

701

tenee, a ordonne l'arrestation de Zimmermann et la visite

domieiliaire qui a eu lieu chez lui. Le departement de Justice

et Police vaudois ne saurait, des 10rs, encourir aucune res-

ponsabilite, puisqu'il n'a fait qu'exeeuter les ordres de .J'auto-

rite federale. Si done l'arrestation de Zimmermann etait illi-

cite, -

ce qni est eonteste, -

Ie demandeur peut attaquer

les autorites federales, conformement a Ia loi federale du 9

Decembre 1850. La question de savoir si l'arrestation de

Zimmermann etait arbitraire et non justifiee eoncerne les auto-

~ rites federaies et, en particulier, Ie procureur-general de Ia

Confederation. Le demandeur ne parait pas d'ailleurs avoir ete

arrete sans motifs; il frequentait a. Lausanne des anarchistes

et passait pour tel; d'apres Ie dire d'un de ses coreligion-

naires politiques, Zimmermann faisait partie du groupe anar-

chiste. Une leUre adressee au prefet de Lausanne Ie 12 Avril

1892, sous la signature de NeeseI' et Zimmermann, mena(jait

de faire sauter la prefecture. Tous ces faits indiquent que de

justes soup(jons pesaient sur la conduite de Zimmermann.

Quant a la question de savoir si Ie departement de Justice et

Police de Vaud et ses subalternes ont commis des fautes dans

l'execution des ordres donnas par Ie procureur-general de la.

Confederation et se sout rendus coupables d'actes illegau.'{, il

faut d'abord preciser les regles de droit qui regissent la ma-

tiere. II s'agit, dans l'espece, (l'un cas renb'ant dans la police

des etrangers telle qu'elle est prevue a. l'art. 70 de la Consti-

tution federale; Zimmermann, en effet, est etranger. II s'agit

donc d'un acte de police politique qui n'a rien affaire avec les

codes penaux et les codes de procedure penale fedeI'au.'{ ou

cantonaux. La police des etrangers, pnrement politique, n'a

pas pour but la recherche et la repression d'nn delit; elle ne

vise pas necessairement des actes delietueux au point de vue

de la loi penale, mais seulement des actes de nature politique,

pouvant compromettre la surete interieure ou exterieure de la.

Suisse. L'expulsion prevue a. l'art. 70 de la Constitution fede-

rale n'est pas une peine, mais bien une me sure de simple

police politique. Pour autoriser cette expulsion, il n'est pas.

necessaire que l'etranger se soit rendu coupable d'un delit;

iI s'ensuit que toute cette matiere fait partie de la police ad-

702

C. Civiirechtspfiege.

ministrative ou politique. L'art. 70 pre cite donne a la Confe-

deration un droit d'expulsion, lequel en implique d'autres,

eomme Ie droit d'enquete et, comme mayens, l'arrestation

provisoire de l'etranger incrimine et la visite domiciliaire. Le

droit d'arrestation se justifie encore en vue de s'assurer de la

personne de l'etranger dans Ie but de son expulsion possible.

L'argnmentation de Zimmermann consistant a dire que les

regles du Code de procedure penale vaudois n'ont pas ete

observees il'est done nullement justitiee en droit, puisque ce

Code n'est d'aucune application dans l'espece. En tout cas,

puisqu'il s'agit d'un acte de police federale, Ie C. p. p. fede-

ral serait seul applicable; aux termes des art. 13 et 14 de ce

Code, meme dans Ie cae ou Ia poursuite contre Zimmermann

devrait etre consideree comme une instruction judiciaire pro-

prement dite, Ie procureur-general de la Confederation avait

Ie droit de prendre des mesures provisoires pour rassembler

les preuves necessaires et pour s'assurer en cas de besoin

de la personne des coupables.

Enfin, en ce qui touche Ie dommage cause, l'arrestation de

Zimmermann a dure quelques heures seulement; Ie dommage

materiel est donc de minime importance et Ie demandeur n'a

pas accepte les ofi'res suffisantes que l'Etat de Vaud lui faisait

en vue de sa reparation. Le dommage moral est completement

nul.

Dans leur replique et duplique,les parties reprennent, avec

~uelqu~s nouveaux developpements,·leurs conclusions respec-

tives.

Les 12 Mars et 17 Avril 1894, il fut pro cede, par l'offtce du

Tribunal federal, a l'audition d'un certain nombre de temoins:

les principales de ces depositions sont con~ues, en resume,

comme suit:

M. Ie conseiller d'Etat Virieux, chef du departement de

Justice et Police du canton de Vaud, a declare que les rap-

ports relatifs aux menees anarchistes etaient consideres par

lui comme absolument confidentiels et destines uniquement

au procureur-general de la Confederation. D'apres les rapports

-de police, Zimmermann etait compris dans les suspects. Con-

X. Civilstreitigkeiten zwischen Kantonen und Privaten, etc. :,\0 f08.

700

trairement a l'opinion du procureur-general de Ia Confedera-

tion, Ie temoin estime qu'en matiere de perquisitions a domi-

cile, de saisies de correspondances a la poste, etc., la Consti-

tution et les lois canton ales doivent etre respectees et que

seul un magistrat judiciaire a Ie droit de fouiller un domicile

et d'arretcr les Iettres a la poste. Cette divergence a eu pour

efi'et de prolonger quelque temps la detention de Zimmer-

mann. Le prefet de Lausanne, se conformant aUK instructions

du temoin, avait fait les mandats et les avait remis aux agents

charges de I'arrestation. Le temoin a appris que Ie commis-

missaire de police n'avait pas montre a Zimmermann Ie man-

dat d'arrestation lorsqu'il penetra chez ce dernier.

La deposition de M. Ie prefet de Lausanne, A. Pingoud,

porte, en substance, ce qui suit:

Le temoin avait charge Ie commissaire de police Chambaz

de pro ceder a l'arrestation de Zimmermann; a cet efi'et, Ie

prefet avait etabli Ie mandat SUI' un formulaire, en y ajoutant,

en tete, la mention «Par ordre du procureur-general de la

Confederation suisse. » Le temoiu a appris depuis que Ie pre-

dit commissaire, au lieu de proceder a l'arrestation reguliere

de Zimmermann par signification du mandat, a remis cette

piece au geolier Musy, a l'Eveche, et pas a Zimmermann. Ce

dernier a ete mis en liberte dans Ia soiree, immediateE.1ent

apres avoir ete entendu. Le connnissaire Chambaz a cleclare

au temoin avoir dit a,Zimmermann, pour proceder it son ar-

restation sans scandaIe, qu'on Ie demandait a Ia prefecture i

au lieu d'etre conduit vel'S Ie prefet, il fut incarcere, en rea-

lite, dans les prisons de l'Eveche. Apres avoir re~u la lettl'e

de menaces, signee ~ eeser et Zimmermann, Ie tell10in a donne

des ordres pour faire surveiller celui-ci et il resuite de rap-

ports d'agel1ts que les anarchistes consideraient Zimmermann

cOll1ll1e etant des leurs. On Ie :filait tous les jours et on per-

dait regulierement sa trace au bas de la rue Cheneau-de-

Bourg; or un anarchiste, qui avait heberge en son temps pen-

dant quelques jours PadIewsky, l'assassin du general russe

Seliverstofi', et qui faisait d'ailleurs montre d'anarchisme, ha-

bitait dans ces parages; c'etait un cordonnier italien du nom

xx -

1894

704

C. Giviirechtspflcg''''

de Nottaris, que Ie temoin a fait arreter par Ia meme occasion.

En presence de ces faits et les allures passablement sus_

pectes du demandeur, Ie prefet n'a pas doute que Zimmermann

ne fltt anarchiste et peut-etre l'auteur de la lettre de menaces

sl1smentionnee. Tous les jours, a cette epoque, les agents

charges de surveiller les anarchistes signalaient Ie depart ou

l'arrivee d'un certain nombre de personnes qui se reudaient

all domicile des individus connus comme anarchistes a Lau-

sanue; Ie pamphlet intitule « Unione revoluzionaria interna-

zionale » a ete redige et compose pour I'impression a Lau-

sanne; ce pamphlet, ceuvre du sieur Mari, etait d'une violence

extreme; il preconisait Ie meurtre, l'assassinat, Ie pillage, etc.

Le sieur Nottaris a eftectivement tenu les propos menattants

sllsmentionnes a l'adresse du temoin. Le prefet ajoute qu'apres

avoir entendu Zimmermann, il l'a fait mettre en liberte, at-

tendu qu'il n'etait evidemment pour rien dans les faits objets

de l'enquete. Le pasteur de l'Eglise methodiste allemande a

dit au temoin que Zimmermann avait cesse toute relation avec

ses anciens amis politiques, mais qu'il avait precedemment

fait partie d'une association politique secrete; l'anarchiste

Cazenave a dit que Zimmermann avait ete des leurs, mais qu'il

s'etait retire, voyant qu'il n'y avait rien a gagner, et qu'il

avait fait ensuite des demarches pour se faire admettre

comme membre de l'Eglise methodiste allemande; dans cette

situation, la lettre adressee au prefet et signee Ant. Zimmer-

mann peut bien avoil' ete une vengeance des anarchistes

contre ce dernier. Le temoin termine sa deposition en ajou-

tant qu'il y a eu un moment ou Zimmermann etait un ana1'-

chiste dangereux et repute comme tel.

L'agent de police Dubosson accompagnait Ie commissaire

Chambaz lors de I'arrestation de Zimmermann, Ie 30 Avril, a

6 heures du matin; les agents 1'0nt attendu dans Ie corridor

et ne sont pas meme entres dans l'appartement; ils 1'ont

somme de venir au poste de Saint-Laurent et de la Ie temoin

l'a conduit a la prison de l'EvecM, en passant par Ill, rue

Neuve et la place de la Riponne; arrive a l'Eveche, l'agent

a remis Ie mandat d'arret au geMier Musy, a 6 1/l> heures.

Pendant ce transfert, il y avait peu de monde dans les rues.

X. l.:ivilstreHigkeiten zwischen Kantonen und Privaten, etc. N0 108.

705

Le temoin avait communique Ie mandat a Zimmermann, qui

l'a Iu au poste de police.

Le commissaire Chambaz confirme d'une maniere generale

la deposition qui precede, en ajoutant que Zimmermann n'a

fait aucune resistance; il lui avait ete donne connaissance au

poste dn mandat d'arret. II y avait fort pen de monde sur la

rue lors du transfert de Zimmermann a I 'EvecM; les voisins

ne se sont meme apergus de rien; Ies reponses et la tenue

dn demandeur ont ete tres con venables.

Le tel110in Taillens, secretaire a Ill, prefecture, confirme la

deposition de son chef.

Les autres temoins declarent n'avoir eu aucune connais-

sauce qne Zimmermann ait appartenu a la secte des anar-

chistes; ils Ie considerent comme jouissant, au contraire,

d'nne bonne reputation et ils estiment que son arrestation a

du. nuire plus ou moins a son gain comme cordonnier.

Stalnant sur ces faits et considerant en droit:

1 ° La demande du sieur Zimmermann se caracterise comme

une reclamation civile d'un particulier a l'adresse d'un canton·

La somme reclamee atteint Ie chiffre de 3000 francs et la

competence du Tribunal federal existe, des lors, aux termes

de I'art. 27 chiffre 40 de l'ancienne 10i sur l'organisation judi-

ciaire federale.

20 II res sort aussi bien des ecritures des parties que des

plaidoyers de ce jour que Ia demande se fonde a Ia fois sur

nne arrestation arbitraire quant au fond et illegale quant ala

forme.

3° A l'un comme a l'autre de ces points de vue, il y a lieu

d'examiner avant tout l'exception de defaut de qualite, soit

de legitimation passive de l'Etat defendenr, exception soule-

vee par ce dernier.

A cet egard il faut constater que Ie role des autorites vau-

doises a ete essentiellement passif en la cause. Alors que les

clites autorites, en se conformant a de precedentes instruc-

tions, se sont bornees a denoncer les individus suspects, il est

etabli que l'ordre de proceder a l'arrestation et a l'incarcera-

tion du demandeur est emane de l'office du procureur-general

de la Confederation. Cette circonstance resulte avec evidence

706

C. Civilrechtsptlege.

de Ia teneur du teIegramme adresse Ie 29 Avril 1892 par Ie

dit procureur-general au departement de Justice et Police du

canton de Vaud, teIegramme reproduit textuellement dans les

faits du present arret.

L'intervention officielle et autonome du Ministere public

federal s'est manifestee d'une maniere plus evidente encore, si

possible, dans Ie second teiegramme, de la me me date, dans

lequelle procureur-general declare positivement qu'il ne a'a-

git pas pour Ie moment d'une enquete judiciaire, mais seule-

ment d'une enquete provisoire a instruire par les autorites cle

police. Les agents de police cantonaux, ainsi que leurs supe-

rieurs charges d'executer l'arrestation cle Zimmennann a la

requete du Ministere public de la Confederation apparaissp,nt,

des lors, uniquelIlent comme les organes au moyen

desque~s

les ordres d'une autorite federale superieure ont ete transmlS

et executes.

11 est de toute evidence que, dans cette situation, 1'0n ne

saurait pretendre a bon droit que l'Etat defendeur puisse etre

declare responsable des agents qui ont prOCel1e a l'arrestation

incriminee.

40 L'Etat de Vaud n'apparait, des 10rs, point comme Ie

veritable defendeur en la cause et il n'y a pas lieu d'entrer

plus amplement en matiere sur les conclusi~ns cle la demand~,

ill sur les questions litigieuses qu'elles serment de nature a

faire surgir.

Par ces motifs,

Le Tribunal federal

prononce:

La demande du sienr Zimmermann dirigee contre l'Etat de

Vand est repoussee comme mal fondee, dans Ie sens des con-

siderants qui precedent.

Lausanne. -

Imp. C-eorges Bridel & G'

A. STAATSRECHTLICHE ENTSCHElDUNGEN

ARRETS DE DROIT PUBLIC

Erster Abschnitt. -

Premiere section.

Bundesverfassung. -

Constitution federale.

I. Rechtsverweigerung. -

Deni de justice.

109. UrteH bom 25. DUooer 1894 in SQel)en

~roen '5ieg\l.1Qrt.

A. iJCQel)bem

~nbe 1892 xQ\)er Sieg\l.1Qrt in

~ergi~\l.1t)(ge::

ftoroen \l.1Qr, TQm e~ QnlCij3ficf) ber ~etrung be~ iJCQcf){Qife~ 3\l.1t::

fel)en ben ~roen 3u '5treitigfeiten, htbem einige berfefben unb in

erfter mnie Q. '2>egeffer 6e~Qu~teten, ein anberer Weiter6e, ~not~

'2>iegll.1Qrt, ~a6e fiel) uerfel)iebene ®tucte QU~ bem iJCael){affe ange::

eignet Cfie~e bie oeafrgHcf)e

Qu~fu~dicf)e :varf±eUung im

6unbe~::

gericf)tnel)en

~ntfdleib bom 16. ®e~temoer 1893). \!Uoi~ ®teg;

\l.1Qrt er\l.1irfte bQt'(tuf am 17. Weat 1893 oei ber

06ergericf)t~::

fommiffton be~ stanton~ i)eiilll.1alben ein 113robofation~befretf burel)

\l.1elel)e~ bie u6rigen ~rlien aufgeforbert \l.1urben, inned oeftimmter

~rif± i~re q3rcttenfion, al~ ~&tte er au~ bem i)cael){Qffe be~ xQuer

®ieg\l.1art fel)on einen ~et(in ~mpfang genommen, gerid)tliel) gel::

tenb 3u mael)en, \l.1ibrigeltfaU~ angenommen \l.1erbe, "baj3 bte ~erren

xx -

1894

46